La révolution numérique : enjeux et défis (pour la Suisse)

Nouvelle contribution de ma part à Entreprise Romande, cette fois sur la révolution numérique.

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Je me suis toujours méfié des expressions à la mode (nanotechnologies, Health Valley, etc.) qui sont souvent vides de sens et désignent des enjeux sociétaux ou politiques sans le moindre passage à l’acte. « Révolution numérique » n’aurait pas dû faire exception à ma règle. Mais les enjeux à venir sont d’une toute autre nature et quelques lectures salutaires m’ont rapidement fait changer mon fusil d’épaule.

Loin de chez nous, le président Barack Obama vient de publier un texte, qu’il faut lire absolument, dans The Economist, the Way Ahead [1] et une série d’entretiens dans Wired [2] appelant à avoir confiance dans le progrès technologique et à soutenir le développement de l’intelligence artificielle. Son optimisme et son enthousiasme dans l’avenir, même modérés par les défis et enjeux à venir, sont impressionnants et sa seule vision du monde en fait sans aucun doute l’un des plus grands hommes politique de l’Histoire. Passons.

Plus proche de nous, Angela Merkel et Johann Schneider-Ammann ont aussi pris la mesure d’une révolution dont l’Allemagne et la Suisse devront tenir compte malgré la solidité de leur économie (voir [3] par exemple). L’article « L’Intelligente Industrie 4.0 en Suisse » de Matthias Kaiserswerth [4] dessine brillamment le paysage numérique suisse, les enjeux et les défis.

Les enjeux sont simples : il ne fait aucun doute que tous les pans de l’économie, de l’industrie aux services, vont être touchés pour ne pas dire « disruptés » par l’accélération des transformations numériques. Jusqu’à présent, il n’était question que de technologies de l’information et de la communication (ICT). Mais aujourd’hui tous les services peuvent être menacés par « l’ubérisation ». Et demain l’industrie automobile allemande sera concurrencée par les Google, Apple et autres Tesla, l’industrie suisse de l’horlogerie par la montre connectée. Et après-demain, peut-être, le domaine de la banque par le blockchain, de la santé par la médecine personnalisée et plus gravement encore le monde du travail par la robotique, l’automatisation et l’intelligence artificielle. Sans réaction de notre part, nous ne serons que des consommateurs, puis incapables de consommer faute de ressources.

Les défis sont à la hauteur des enjeux. Ils commencent par l’éducation et je crains que les acteurs et décideurs de l’éducation primaire et secondaire n’aient pas compris que word et excel ne suffisent pas à sensibiliser à la culture algorithmique. En termes de formation professionnelle, Kaiserswerth estime qu’il manquera plus de 30’000 experts du numérique en Suisse en 2022. Pourtant l’ICT représente plus de 20’000 emplois dans la seule Suisse romande (en fait à peu près autant que la medtech et biotech réunies). Mais en dehors de quelques grandes réussites (Temenos, Logitech, Swissquote), l’essentiel des emplois est créé par de grandes entreprises étrangères (IBM, HP) ou de sociétés de services. A Zurich, le leader s’appelle Google. Depuis plus de 20 ans, je m’acharne, souvent en vain, à décrire les retards de l’Europe en termes d’innovation en agitant l’étendard d’un manque criant de start-up devenues les géants que sont les GAFAs.

La prise de conscience des défis à venir est bienvenue car le pays a le temps de s’adapter. Du moins s’il réagit maintenant. Il faut beaucoup plus intégrer le numérique dans l’éducation et la formation et augmenter l’effort de recherche dans ces nouveaux domaines, au risque de rester à la traîne. Mais même cela ne suffira pas. Les Américains ont suffisamment montré que la première révolution numérique, loin d’être uniquement technologique, fut aussi culturelle. Il faut donner l’envie. Pourquoi aussi peu d’étudiant(e)s en informatique dans nos universités ? C’est aussi la manière d’innover qui a changé. L’innovation a déserté les laboratoires des grands groupes pour trouver refuge dans les garages des start-up. Je rêve que nos décideurs alarmés ne restent pas comme trop souvent attachés aux effets d’annonce et investissent dans la formation, la recherche et l’innovation par les start-up pour permettre à l’économie suisse à travers ses grands groupes et ses PMES de prendre le tournant d’une révolution riche en opportunités. La Suisse en a les moyens. En a-t-elle suffisamment la volonté ?

[1] http://www.economist.com/news/briefing/21708216-americas-president-writes-us-about-four-crucial-areas-unfinished-business-economic
[2] https://www.wired.com/2016/10/president-obama-mit-joi-ito-interview/
[3] https://www.letemps.ch/economie/2016/03/14/ensemble-allemagne-suisse-peuvent-devenir-leaders-economie-numerique-europe
[4] http://www.startup-book.com/fr/2016/07/08/defis-et-opportunites-de-lindustrie-4-0/

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