Homo Deus : une brève histoire du futur – Yuval Noah Harari (1ère partie : le passé)

J’ai écrit ici combien j’ai aimé lire Sapiens. Le nouveau livre de Yuval Noah Harari, Homo Deus: A Brief History of Tomorrow, est, lui aussi, un excellent livre.

Dans Death Is Optional, l’échange entre Daniel Kahneman et l’auteur, qui résume bon nombre des idées originales de Harari, voici l’une des plus intéressantes – en relation avec les start-up : « D’un point de vue historique, les événements au Moyen-Orient, d’ISIS et tout cela, ne seront qu’une petite bosse sur l’autoroute de l’histoire. Le Moyen-Orient n’est pas très important. La Silicon Valley est beaucoup plus importante. C’est le monde du 21e siècle … Je ne parle pas seulement de la technologie. » On peut ne pas aimer, mais c’est intéressant…

Comme d’habitude, quelques extraits:
« La plupart des études mentionnent la production d’outils et l’intelligence comme particulièrement importantes pour l’ascension de l’humanité. […] Les humains dominent aujourd’hui complètement la planète non pas parce que l’humain individuel est beaucoup plus intelligent et plus agile que le chimpanzé ou le loup, mais parce que Homo Sapiens est la seule espèce sur terre capable de coopérer de manière flexible et en grand nombre. » [Pages 130-1]

« Les animaux tels que les loups et les chimpanzés vivent dans une double réalité. D’une part, ils connaissent des entités objectives en dehors d’eux, comme les arbres, les rochers et les rivières. D’autre part, ils sont conscients des expériences subjectives, comme la peur, la joie et le désir. Les sapiens, par contre, vivent dans une réalité à triple niveau. En plus des arbres, des rivières, des peurs et des désirs, le monde de Sapiens contient aussi des histoires sur l’argent, les dieux, les nations et les entreprises. Au fur et à mesure que l’histoire se déroulait, l’impact des dieux, des nations et des entreprises augmentait au détriment des fleuves, des peurs et des désirs. Il y a encore beaucoup de fleuves dans le monde, et les gens sont toujours motivés par leurs craintes et leurs souhaits, mais Jésus-Christ, la République française et Apple Inc. ont barricadé et exploité les rivières et ont appris à façonner nos angoisses et nos aspirations les plus profondes. » [Page 156]

Si nous investissons de l’argent dans la recherche, les percées scientifiques accéléreront le progrès technologique. Les nouvelles technologies stimuleront la croissance économique et une économie en croissance pourrait consacrer encore plus d’argent à la recherche. Avec chaque décennie qui passe, nous allons profiter de plus de nourriture, de véhicules plus rapides et de meilleurs médicaments. Un jour, nos connaissances seront si vastes et notre technologie si avancée que nous pourrons distiller l’élixir de la jeunesse éternelle, l’élixir du vrai bonheur, et toute autre médicament que nous pourrions désirer – et aucun dieu ne nous arrêtera. […] La vie moderne consiste en une quête constante de pouvoir dans un univers dépourvu de sens. [Page 201]

Comparaison intéressante entre la révolution scientifique, où Connaissance = Données Empiriques X Mathématiques et la révolution humaniste dirigée par Connaissance = Experiences X Sensibilité. Dans l’Europe médiévale, Connaissance = Écritures X Logique. [Pages 235-7]


La révolution humaniste selon Harari [Pages 232-3]

Harari est parfois trop long dans le développement de ses idées, mais cela vaut la peine de le suivre. Aux pages 247-76, il explique comment l’humanisme n’est pas une vision cohérente du monde. Trois schismes se sont produits: le libéralisme (où la liberté est la valeur la plus importante), le socialisme (où l’égalité prime) et l’humanisme évolutionniste (où le conflit est la matière première qui pousse l’évolution vers l’avant).

« En 1970, le monde comptait 130 pays indépendants, mais seulement trente d’entre eux étaient libéraux. […] Et puis tout a changé. Le supermarché s’est avéré être beaucoup plus fort que le goulag. […] A partir de 2016, il n’y a pas d’alternative sérieuse au paquet libéral.[…] La Chine est le terrain le plus prometteur pour les nouvelles techno-religions qui émergent de la Silicon Valley. […] Dieu est mort. […] Les religions qui perdent le contact avec les réalités technologiques de la journée perdent leur capacité même à comprendre les questions posées. »[Pages 264-8]

« Les nombres seuls ne comptent pas beaucoup dans l’histoire. L’histoire est souvent façonnée par de petits groupes d’innovateurs tournés vers l’avenir. […] En 1881, Muhammad Ahmad bin Abdallah, […] en 1875, Dayananda Saraswati en Inde, […] Pie IX en Europe […] ou trente ans auparavant, Hong Xiuquan […] Leurs dogmes religieux furent suivis par des centaines de millions de personnes. . […] Hong a mené la guerre la plus mortelle du dix-neuvième siècle, la Rébellion Taiping. De 1850 à 1864, au moins 20 millions de personnes ont perdu la vie. » [Pages 270-1]

« La plupart des sociétés n’ont pas compris ce qui se passait et elles ont donc raté le train du progrès ». [Page 273] « Demandez-vous quelle découverte, invention ou création fut la plus influente du XXe siècle? C’est une question difficile […] antibiotiques, […] ordinateurs, […] féminisme. […] Qu’est-ce que les religions ont apporté au XXe siècle? C’est une question difficile aussi parce qu’il y a si peu de choix. [Page 275]

Et comme conclusion du chapitre 7: «Puisque l’humanisme a longtemps sanctifié la vie, les émotions et les désirs des êtres humains, il n’est guère surprenant qu’une civilisation humaniste veuille maximiser la durée de vie humaine, le bonheur humain et le pouvoir humain».
[Page 277]

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