Archives de catégorie : La Silicon Valley et l »Europe

Une lettre vers et sur l’Amérique

En examinant de vieilles archives, j’ai redécouvert une lettre écrite par un membre de la famille en octobre 1993. À l’époque, je vivais en Californie. Je l’ai relue, l’ai tellement adorée pour des raisons personnelles, mais aussi l’ai trouvée si clairvoyante que j’ai décidé de la partager ici. J’espère que certains l’aimeront.

Dites-moi, mes bons amis, qu’est-ce donc que l’Amérique ? La rudesse des confins, cette impossible frontière où l’homme se trouve par la violence dépouillé du mensonge, où la vérité se fait jour ? Les vieilles terres du sud, si charnelles, si indolentes, si cruelles ? Les coups de vents dévastateurs et les cyclones dans les affaires qui font migrer les gens d’un bout à l’autre du pays ? Les Noirs, les Jaunes, les basanés, les mordorés et ces Indiens qui ouvrent des casinos dans leurs réserves, histoire de reprendre un peu de pouvoir aux Blancs ? Les Indiens sont un songe déglingué, comme la route 66, comme le train des Rocheuses. En Europe, nous vivons paradoxalement l’Amérique sur le mode du regard, plus que sur celui de l’écrit ou de la pensée. Tout le monde ne lit pas Tocqueville, puis, quel est le successeur de Tocqueville ? Reste l’image. Une fatrasie d’images où régnait la violence et le mélo, entre pop-corn et ice-cream, les hommes tannés des westerns, statues de poussière et de vent, les comédiens éblouissants des musicals, Miles Davies, tête baissée, lunettes noires, visage émacié, poussant sur sa trompette dans une encoignure, des suffragettes excitées et des sodomites en délire. Le vrai et le faux de mélangent, se confondent. La mémoire bégaye. De Niro ne cesse de retourner vers ses compagnons, les aciéristes, par un soir de pluie, gravissant une rue boueuse bordée de petits pavillons, dans le décor gris-bleu, monstrueux et hétéroclite, des fonderies ; Kennedy s’effondre encore à l’arrière de sa grande voiture décapotable, sous l’œil effaré de Jackie ; et je contourne toujours Long Island et Brooklyn pour aborder le défi orgueilleux des tours de Manhattan. Ou je survole de hautes montagnes, des déserts, des lacs, des plaines sans fin, où l’œil accroche, jalonnant l’immensité, pressées, serrées, des grappes de gratte-ciel, termitières du jour, monuments de verre et de béton dans le silence des nuits, édifiés à la gloire dont ne sait quel dieu mort.

Je regarde parfois CBS Evening News, je vois des gens s’inquiéter de tout et de n’importe quoi, jusqu’à l’obsession. Hantés par le cancer, la cellulite, le lait empoisonné, l’amaigrissement hâtif, la fumée de tabac, la main lest des hommes et le regard de l’autre. Je me demande : qu’est devenue la fière Amérique ? Ou n’a-t-elle jamais existé que dans les discours des présidents sur l’état de l’Union ? Qu’est-ce donc l’Amérique ? Thoreau et les transcendantalistes, Charles Ives, l’assureur musicien, qui a capté comme personne le fracas des orphéons, la fête et les lenteurs provinciales, l’immensité des terres et la simplicité des êtres ? Ou les Noirs qui sont peut-être les plus américains des Américains puisqu’ils ont vraiment perdu leurs racines (l’Afrique n’est pas lieu, mais un mythe et des rythmes alors que les émigrants ont encore des familles, qui en Sicile, qui en Corée, qui au Mexique, qui en Irlande) ? Ou ce « melting pot » qui ne se mélange pas, mais qui unit parce qu’à la manière des féodaux, l’appartenance vise les personnes, la foi jurée, requiert l’individu au plus noble de lui-même ? (Peut-être ne faut-il pas trop se moquer des Bibles déposées dans les chambres d’hôtel. Elles symbolisent le rapport direct, intime que les protestants établissent entre l’homme et son créateur. Transposé, on aperçoit le rapport direct, transcendant toutes les médiations administratives, juridiques, institutionnelles, qui unit l’homme américain à l’Amérique : Dieu, c’est l’Amérique. Comme Dieu, serait-elle inaccessible à notre intellect ?) On trouve de tout, semble-t-il en Amérique. Serait-elle le grand magasin du créateur, la Samaritaine de l’éternité ? L’Amérique est-elle hors du temps ? Alice au pays des décombres erre parmi les silos abandonnés, les usines désertées, les jerricanes au rebut, les pneumatiques usés, les carrosseries rouillées, pour découvrir dans un champ d’épandage l’inattendu, le surprenant, l’éternellement neuf. L’Amérique pionnière et fatiguée.

Je me dis ceci, mais peut-être ai-je tort. L’attitude ambigüe que nous les Vieux Européens avons à l’égard de l’Amérique tient passablement du rapport parents-enfants qui mêle ambition, espoir, attente et déception, surprise et incompréhension, ravissement et exaspération, tendresse et colère. Reconnaissance, méconnaissance. Un être neuf est sorti de nous, qui nous prolonge mais qui n’est pas nous-mêmes et dont le destin nous échappe. America, America, le rêve de l’émigrant, mais aussi en quelque manière notre rêve à tous. La nouvelle Jérusalem ou la nouvelle Babylone. Quelque chose frappe, si l’on tente de survoler les siècles. L’autre côté. L’autre côté des collines, l’autre côté des montagnes. Nous sommes gens de petits témoins, d’horizons limités. Qui se sont souvent querellés, battus, entretués de vallée à vallée, de château à château, de bourg à bourg, de pays à pays. Moins pour prendre, sinon par rapine, moins pour s’agrandir que pour asseoir un lieu, un domaine, un territoire comme partie de soi, d’où l’autre sera exclu, toléré à la rigueur, toujours en situation d’extranéité. Et soudain, voilà que ces Lilliputiens s’en vont. Vous rendez-vous compte, mes amis, de ce que représente pareil départ ? Il ne s’agit pas exactement de voyage, de la curiosité du voyageur – il y a toujours eu des Hérodote, des Marco Polo. Pas davantage de commerce ou de l’errance qui suit les voies de l’échange. La démographie, l’économie, la politique des puissances, la religion peuvent nourrir les motivations et suffire à l’historien. Encore faut-il une détermination plus haute qui oriente les choix. Comment la nommer ? L’appel de l’inconnu, la volonté de force le destin, la capacité d’affronter le mystère ? Nous sommes des êtres de manque, dit le philosophe. Des êtres de désir. Manquer, c’est avoir le désir d’autre chose, qu’on ne peut définir puisqu’on en a une idée négative. Une audace inouïe : nier le présent pour s’ouvrir au mystère. Debout, les yeux ouverts sur l’horizon. Affronter l’immensité océane et ses fureurs, aborder des terres aussi vastes que la mer, s’enfoncer au profond de forêts immenses, cathédrales d’ombre grouillant d’une vie étrange, suivre la trace du soleil dans les mirages d’or du désert, découvrir des mœurs bizarres, incompréhensibles, sauvages, et des peuples plus nombreux que les grains de sable sur la plage. Mais surtout être devant la démesure dans la démesure dans céder. Et rester, ou revenir, avec dans la tête, le petit monde lointain, si lointain, quitté il y a si longtemps, dont les contours minuscules s’engourdissent lentement dans le sommeil du souvenir. Qu’y avait-il au cœur de cette volonté obstinée ? Peut-être la trace secrète d’une très longue mémoire. Après tout, chacun de nous descend plus ou moins de lointains envahisseurs. Celtes, Francs, Germains, Goths, quels étaient nos ancêtres ? Et avons-nous gardé dans les recoins de nos désirs l’empreinte de ces anciennes migrations ?

Asie, Afrique, Amérique, tous ces continents n’étaient pas également offerts au peuplement des colons. L’Asie, l’Afrique, des mondes trop remplis déjà ou des natures trop difficiles, trop hostiles. Restait l’Amérique et singulièrement l’Amérique du Nord à l’occupation lâche et dont la façade atlantique, vers le 40e parallèle, n’était somme toute pas si dépaysante pour des Européens. L’esprit d’entreprise du protestantisme a fait le reste. On pouvait bâtir sa Nouvelle Angleterre et s’imaginer qu’on allait reproduire en l’épurant dans une sorte de rêve virgilien la vieille mère Europe. Qu’est-ce alors que l’Amérique ? Vue rétrospectivement, elle peut apparaître comme le développement d’une simple conjoncture historique, comme le fruit du hasard et de la nécessité. Ou bien dira-t-on tel était le destin inscrit, quasiment de toute éternité, sur ce morceau de continent ? Pourquoi faut-il, que songeant à l’Amérique, j’ai le sentiment d’une réalité infiniment vieille et d’une promesse toujours inachevée ? En ce sens, si l’Amérique découle d’un destin, ce destin est toujours à venir, demeure toujours une ouverture sur l’inattendu.

Ceci par exemple, qui relève de l’entendement. Nous autres, Français, avons la religion du texte bien conduit, selon l’ordre des raisons : nous aimons une réflexion bien menée et quoi de plus aimable que d’aller de l’idée à ses conséquences ; nous sommes des législateurs de l’écriture. Le pragmatisme américain tend à n’avancer d’idées générales qu’étayées par l’analyse des faits. [C’est moi qui souligne.] Cela ne le libère pas de préjugés, mais lui donne une puissante mobilité et le prémunit contre l’excès des systèmes. Or je crois que dans la crise intellectuelle que nous vivons, nous ne parviendrons pas à nous diriger si nous ne retrouvons pas une compréhension satisfaisante du multiple et de la multiplicité, laquelle est bloquée, ou du moins contrariée, par le besoin de l’interprétation unitaire, besoin profondément enraciné en ce qu’il relève de la théologie chrétienne et de ses antécédents hébraïques. Parce que l’Amérique est essentiellement multiple, parce que l’unitaire n’est chez elle que le moyen d’associer et de coordonner ces multiplicités dans la foi en l’Amérique et la foi en l’individu, peut-être les pensées neuves nous viendront-elles d’outre-Atlantique. Et à notre habitude, nous les systématiserons. Pour le plaisir de l’ordre. Éternelle jeunesse de l’Amérique ? Mais qu’est-ce donc que l’Amérique.

Pardonnez-moi de vous écrire si tard. (J’espère que cette lettre tarabiscotée vous parviendra.) Je vous remercie de m’avoir donné de vos nouvelles. Si peu de gens le font. Mais je suis un mauvais épistolier. Je cours après les sous qui eux courent après les habiles et le temps me manque.

Je vous embrasse,
Georges, le 2 octobre 1993.

L’idéologie de la Silicon Valley selon Fred Turner et Jean-Pierre Dupuy (entre autres)

Excellent numéro de la célèbre revue Esprit sur l’idéologie de la Silicon Valley. Vous y trouverez des contributions de Emmanuel Alloa, Jean-Baptiste Soufron, Fred Turner, Shoshana Zuboff, Antonio Casilli, Jean-Pierre Dupuy.

J’ai surtout été frappé par l’étonnant entretien avec Fred Turner: Ne Soyez pas malveillants. Utopies, frontières et brogrammeurs. C’est en fait une traduction originellement publiée par LogicMag, que vous pouverz aussi découvrir en anglais: Don’t Be Evil. La lecture en vaut vraiment la peine. C’est son explication des racines de la Silicon Valley qui m’ont le plus étonné et comment elles influencent encore aujourd’hui cette région qui en définitive n’est pas très idéologique, même si les autres auteurs ont des points de vue variés.

Par exemple: « Pour trouver son origine, il faut remonter au communautarisme des années 1960. Il y avait en fait deux courants dans la contre-culture. L’un, la nouvelle gauche (New Left), faisait de la politique pour changer la politique, en étant fortement axée autour des institutions, sans vraiment se méfier de la hiérarchie. L’autre – et c’est dans ce courant que le monde de la technologie a trouvé son élan –, c’est ce que j’appelle les néo-communautaristes. Entre 1966 et 1973 a eu lieu la plus grande vague de développement de communautés qu’ait connue l’Amérique. Ces gens -s’appliquaient à abandonner la politique et la bureaucratie pour se tourner vers un monde dans lequel ils pouvaient modifier leur conscience. » Puis « Quant à savoir si cette tradition techno-utopique est aussi ancrée dans l’industrie technologique aujourd’hui qu’elle ne l’a été par le passé, cela varie selon l’entreprise. À certains égards, Apple est très cynique. La marque commercialise sans arrêt des idées utopiques. Elle commercialise ses produits comme étant des outils de transformation utopique et ce, dans un esprit de contre-culture. Dès la naissance de l’entreprise, Apple a repris toute une série d’emblèmes de la contre-culture. Dans d’autres entreprises, en revanche, c’est sincère. J’ai récemment passé beaucoup de temps chez Facebook, et ils veulent sincèrement construire ce que Mark Zuckerberg appelle un monde plus connecté. Je ne saurais pas dire si leurs pratiques correspondent à leurs convictions. Il y a environ une dizaine d’années, j’ai passé beaucoup de temps chez Google. Ce que j’y ai observé est une boucle intéressante. Celle-ci commençait par : « Ne soyez pas malveillants. » La question se posait alors de savoir : « D’accord, qu’est-ce qui est bien ? » L’information donne aux individus des moyens pour agir, elle les autonomise. Il est donc bon de fournir de l’information. Qui fournit cette information ? Ah d’accord, c’est Google qui la fournit. Donc vous vous retrouvez avec cette boucle, où ce qui est bon pour les individus est bon pour Google, et vice versa. C’est un espace difficile à vivre. L’élan pour sauver le monde est tout à fait sincère, mais les gens ont tendance à confondre cet élan avec celui qui consiste à faire le bien de l’entreprise. C’est une vieille tradition protestante. »

Jean-Pierre Dupuy dans « La nouvelle science des données » explique brillamment qu’il n’y a pas de science des données. La science concerne les causes, les données concernent davantage les corrélations qui ne peuvent pas vraiment aider aux prévisions (j’espère avoir compris son message!). Permettez-moi de citer une phrase: « L’idéologie qui accompagne le big data, quant à elle, annonce l’advenue de nouvelles pratiques scientifiques qui, faisant passer l’exigence théorique au second plan, mettent en péril l’avancée des connaissances et, plus grave encore, minent les fondements mêmes d’une éthique rationnelle. »

Je ne peux que vous encourager à vous procurer cette excellente publication.

Le bonheur, une idée neuve dans les entreprises ? (selon France Culture)

J’étais invité ce matin à débattre des méthodes de travail et de management (y compris « l’utilisation du bonheur ») importées de la Silicon Valley. Je mets plus bas (après les tweets) les notes que j’avais prise pour préparer cette émission

Voici les notes que je m’étais préparées.

On ne peut pas mettre dans les même paquet tous les GAFAM. Tout d’abord Amazon et Microsoft qui par coïncidence ne sont pas basées dans la Silicon Valley, mais à Seattle ne sont pas connues pour un management original. Ni Bill Gates, ni son successeur Steve Ballmer, ni Jeff Bezos ne sont connus pour des styles de management innovants. Par contre Google, Apple et Facebook ont sans doute des similarités:
– ce sont des méritocraties et le travail est la valeur « suprême », plus que le profit, au risque de tous les excès: recherche de performance, concurrence et risque de burn-out. On ne tient pas toujours très longtemps chez GAF
– on y recherche les meilleurs talents (sur toute la planète et sans exclusive, au fond le sexisme et le racisme n’y existent pas a priori)
– le travail en (petites) équipes est privilégié.
Du coup le management a innové pour permettre cette performance et reconnaître les talents (par le fameuses stock options mais aussi une multitude de services pour rendre les gens toujours plus efficaces)

J’aimerais vous mentionner 3 ouvrages (sur lesquels j’avais bloggé pour 2 d’entres eux)
– Work Rules décrit le « people management » chez Google (ils ne parlent « plus » de ressources humaines). L’auteur Lazlo Bock qui fut le patron de cette activité a quasiment théorisé tout cela. Vous trouverez mes 5 posts sur ce livre par le lien: http://www.startup-book.com/fr/?s=bock. C’est un livre en tout point remarquable parce qu’il montre la complexité des choses.

– I’m feeling Lucky décrit de l’intérieur ces manières hétérodoxes de « foncer ». Un pro du marketing montre comment Google a tout chamboulé par conviction / intuition plus que par expérience. http://www.startup-book.com/fr/2012/12/13/im-feeling-lucky-beaucoup-plus-quun-autre-livre-sur-google/

– Enfin un livre hommage sur Bill Campbell vient de sortir écrit par l’ancien CEO de Google Eric Schmidt. https://www.trilliondollarcoach.com. Comme je viens de commencer ce livre, je peux en parler plus difficilement mais il serait dommage d’oublier cette personnalité qui fut le « coach » de Steve Jobs, Eric Schmidt et Sheryl Sandberg, trois personnes majeures pour justement les GAF! Or ce Bill Campbell, décédé il y a 3 ans, fut une personne essentielle à cette culture du travail et de la performance. Ses valeurs sont décrites dans https://www.slideshare.net/ericschmidt/trillion-dollar-coach-book-bill-campbell. Bill Campbell revient de temps en temps sur mon blog pour des anecdotes assez étonnantes. (http://www.startup-book.com/fr/?s=campbell). Par exemple, chez Google on a souvent pensé que les managers étaient inutiles. L’autonomie d’individus brillants devait suffire… mais ce n’est pas si simple! – voir http://www.startup-book.com/fr/2015/09/01/google-dans-le-null-plex-partie-3-une-culture/.

A nouveau excellence des individus et travail en équipe, reconnaissance des talents à qui on donne autonomie, responsabilité(s) avec peu de hiérarchie semble être le leitmotiv… Tout cela on pas pour rendre les gens heureux, mais pour leur permettre d’être plus efficace parce qu’ils sont « heureux » au travail. « People First ». L’objectif c’est de fidéliser, de rendre plus productif, mais c’est aussi une mise en pratique de la confiance en les autres.

Alors comme je l’avais lu chez Bernard Stiegler, à toute pharmacopée sa toxicité. Les excès dans des valeurs conduisent à des abus. Trop de travail, de concurrence, de pression conduit au burnout. J’ai l’impression que la politique et même le sexisme y jouent moins de rôle qu’on pense, même s’il y en a comme partout. Quant au racisme, il me semble limité (et on est aux USA!) Le sexisme est un vrai sujet, mais je vois plus des nerds qui ont peur ou ne connaissent pas les femmes que des « old boy clubs of white men » qui dirigeraient les choses comme je l’ai lu (même si cet élément existe j’en suis sûr). La polémique sur la congélation des ovocytes chez Facebook peut être lue de manière contradictoire j’imagine. J’ai aussi abordé le sujet dans le passé, http://www.startup-book.com/fr/?s=femmes ou http://www.startup-book.com/tag/women-and-high-tech/. L’autre sujet de diversité, est plus clair: il y a tellement de nationalités dans les GAFAs et les startup en général que le racisme est dur à imaginer. Indiens, chinois surtout sont présents et jusqu’au somment (les CEO de Google et Microsoft aujourd’hui). Seule la minorité « African-American » est sans doute sous représentée et on peut imaginer que tout cela est corrélé avec le problème de l’accès à l’éducation (qui existe moins en Asie)

Voilà, c’est déjà beaucoup pour ne pas dire trop… je trouve que commencer par Bill Campbell est une manière simple et efficace d’entrer dans le sujet. Et maintenant que j’y pense tout cela est d’autant plus facilement que vous verrez que mes lectures récentes sont liées au « sens du travail » (Lochmann, Crawford, Patricot) http://www.startup-book.com/fr/?s=travail

Steve Jobs à Paris en 1984

Mes amis de l’INRIA viennent de me mentionner une interview de Steve Jobs par la télévision française en 1984, quand on lui a demandé s’il pouvait demander un emploi similaire dans la Silicon Valley. Voici sa réponse:


– Le niveau de recherche est bon mais les applications concrètes semblent poser problème et il s’agit d’une étape importante pour l’innovation.
– Cela vient d’un manque d’entreprises prêtes à essayer.
– Le risque est rarement pris par les grandes entreprises, mais par les petites.
– Vous avez besoin de nombreuses petites entreprises avec des étudiants talentueux et du capital-risque
– Vous avez également besoin de champions que vous prenez comme modèles, qui permettent de dire « l’innovation c’est ça! »
– Il existe un problème plus subtil, culturel: en Europe, l’échec est grave. Si vous échouez en Europe juste après l’université, cela vous suit à tout jamais. Aux États-Unis, nous échouons tout le temps.
– Vous avez également besoin d’une industrie du logiciel solide, car le logiciel est le nouveau pétrole. Vous avez besoin de centaines de petites entreprises et vous pouvez alors dominer un secteur.
– Vous avez besoin d’étudiants talentueux, d’une bonne compréhension de la technologie et encourage les jeunes à créer de petites entreprises.
– Il s’agit d’initiative privée. Les grandes entreprises ne doivent pas intervenir, pas plus que le gouvernement. Nous devrions laisser les entrepreneurs les posséder.

Trente cinq ans plus tard, la situation a-t-elle changé? Et s’il était vivant, dirait-il la même chose. Je vous laisse juge…

Les incubateurs sont pour les poulets

J’aurais pu tweeter seulement (et pas blogué) sur l’image ci-dessous. Son auteur que j’ai rencontré aujourd’hui m’a autorisé à la mettre en ligne. Il est bon de se rappeler les principes fondamentaux, les bases de l’entrepreneuriat. Cela ne signifie pas que les entrepreneurs n’ont pas besoin de soutien, mais pas trop, sauf s’ils sont trop fragiles. Par le passé, j’avais entendu beaucoup de choses similaires (incubateurs – incinérateurs?), Et Wikipédia explique que les incubateurs remplissent diverses fonctions, comme un dispositif servant à accueillir des bébés prématurés, un dispositif servant pour des œufs dans les exploitations avicoles. Une fois qu’ils sont hors des incubateurs, au moins ils sont prêts pour les accélérateurs…


« Les incubateurs sont pour les poulets. »

Silicon Valley 2018: Les libertariens ont remplacé les hippies

Alors que Trump et Harari étaient à Davos, je visitai la Silicon Valley pour la nième fois. Plus encore que lors de mes derniers voyages en 2014 et 2016, j’ai pu ressentir le fossé qui s’est créé entre la Silicon Valley que j’ai découverte et aimée à la fin des années 80 et celle qui se développe aujourd’hui (et que j’aime encore).

Comme me l’a dit un de mes interlocuteurs, la génération Hippie – que Leslie Berlin décrit dans ses Troublemakers et qui jusqu’à Brin et Page essaya de démocratiser la technologie – a été remplacée par l’égoïsme libertarien des réseaux sociaux que même Reid Hoffman aura bien du mal a rééquilibrer (voir It’s Time to Change Silicon Valley Culture). Les tours grimpent à San Francisco, les pauvres ont dû partir ou vivent dans des tentes un peu partout sur la baie, les fonds de capital-risque ne sont pas aussi performants que l’on croit, les licornes risquent bien de disparaître les unes après les autres, il faut 3h pour aller de Berkeley à Palo Alto si on part à 6h du matin, on trouve plus de fondateurs que d’entrepreneurs selon Leslie Hook, et même Steve Blank s’intéresse un peu moins aux startups pour se tourner vers l’innovation des organisations gouvernementales.

Cela fait un peu querelle des anciens et des modernes mais je ne suis pas sûr que Steve Jobs transmettrait le bâton à cette nouvelle génération quand il disait en 2005 [la mort] nettoie l’ancien pour laisser la place au neuf. Certains pensent que la Silicon Valley a atteint ses limites, mais AnnaLee Saxenian disait la même chose… en 1979. Vivrons-nous assez vieux pour avoir la réponse?

Quand le rêve américain de petite ville vit bien

«Alors que les communautés rurales américaines stagnent, que peut-on apprendre de l’une qui vit bien?» est le sous-titre de Our Town de Larissa MacQuhar dans l’édition papier du New Yorker du 13 novembre 2017. Le titre en ligne est Quand le rêve américain de petite ville vit bien. C’est une analyse étrange et fascinante de l’Amérique. Par ailleurs dans la même édition, vous pouvez également lire The Patriot une critique des écrits de non-fiction de Philip Roth, une autre explication éclairante de ce qu’est l’américanité.


La Chambre de Commerce à Orange City, Iowa. Photographie de Brian Finke.

Vers la fin de cet article de 10 pages, l’auteur écrit: Dans son livre de 1970, « Exit, Voice, and Loyalty », l’économiste Albert O. Hirschman a décrit différentes manières d’exprimer son mécontentement. Vous pouvez sortir – arrêter d’acheter un produit, quitter la ville. Ou vous pouvez utiliser votre voix – vous plaindre au fabricant, rester et essayer de changer l’endroit où vous habitez. Plus il est facile de sortir, moins il est probable qu’un problème sera résolu. C’est pourquoi l’attraction centripète d’Orange City pourrait ne pas seulement être une force conservatrice; cela pourrait aussi être un puissant dynamisme. Après tout, ce ne sont pas ceux qui ont fui la ville qui ont pu la faire avancer, politiquement ou économiquement, c’étaient ceux qui l’aimaient assez pour rester ou pour revenir.
Les Américains, écrit Hirschman, ont toujours préféré «la netteté de la sortie au désordre et à la tristesse de la voix». Les Européens mécontents ont organisé des révolutions; Les Américains ont déménagé. «Le curieux conformisme des Américains, noté par les observateurs depuis Tocqueville, peut aussi s’expliquer ainsi, continua-t-il. Pourquoi élever la voix en opposition et vous causer des ennuis alors que vous pouvez toujours vous retirer complètement de tout environnement quand il devient trop désagréable? »

Il y a beaucoup d’autres choses passionnantes sur les gens qui partent et ceux qui restent; et sur leurs ambitions, leurs motivations. Je ne sais pas comment cela se rapporte à l’innovation et à l’entrepreneuriat, mais je me souviens de Robert Noyce, un des pères de Silicon Valley, né dans une petite ville de l’Iowa … et qui a déménagé au MIT avant de partir vers l’ouest.

La Silicon Valley, il y a 20 ans

Il y a vingt ans, j’entrai dans le monde du VC et des startup. Quel anniversaire! Ce fut amusant et excitant. Je l’aurais oublié si je n’avais pas déjeuné il y a deux jours avec des gens de Logitech. Quand nous avons parlé des bureaux de Logitech dans la Silicon Valley, je leur ai dit que j’avais un document de Businessweek qui montrait que Logitech était considéré comme une progéniture de Stanford.

Je dus trouver ce document et ce fut fascinant de relire ce numéro spécial de Businessweek, datant du 18 août 1997, intitulé Silicon Valley, The People, the Deals, the Culture, The Future – How it really works. Alors laissez-moi reprendre quelques éléments.

Premièrement la couverture. Voici un petit quizz intéressant. Combien de personnes reconnaissez-vous? Réponse à la fin du post.

Deuxièmement, la table des matières. Ce pourrait être la même chose aujourd’hui. Donc les choses n’ont pas tellement changé. Par exemple, le facteur migratoire; la folie de la région, à cause du coût, du stress; et l’invisibilité des femmes, ce « sexisme subtil chaque jour ».

Troisièmement, la question récurrente de savoir pourquoi les efforts pour dupliquer la Silicon Valley ont tous échoué …

Il y a les arguments classiques: les gouvernements locaux offrent des incitations fiscales ou de petits investissements, mais ne peuvent pas inventer ou commercialiser la technologie. Et il y a un passage très intéressant: Même les efforts privés pour cloner la vallée ont échoué platement. Terman, le père de la Silicon Valley, a été embauché dans les années 1960 pour recréer la magie dans le New Jersey et au Texas. Il s’est concentré sur l’établissement d’institutions de recherche solides, comme Stanford, qui pourraient jouer le rôle une boîte de Petri pour les idées brillantes. Mais Terman a été embauché par de grandes organisations, y compris Bell Labs et Texas Instruments Inc., et peu d’hommes d’affaires étaient prêts à tenter une startup. ‘Il a échoué, en partie, parce qu’il a surestimé l’importance des universités et en partie parce qu’il a été embauché par de grandes entreprises sans tradition entrepreneuriale.’

Enfin, quelles sont les leçons à retenir. Tout cela est bien connu et toujours valable aujourd’hui …

Si vous voulez le pdf scanné, demandez le moi. Ce serait un cadeau privé, alors que la mise en ligne du document complet serait une violation du droit d’auteur…

Réponse au quizz: Une douzaine d’étoiles les plus brillantes de la vallée: (rangée du haut, de gauche à droite) Larry Ellison, Oracle; Marc Andreessen, Netscape; Andy Grove, Intel; Al Shugart, Seagate Technology; Gordon Moore, Intel; John Chambers, Cisco Systems – (rangée du bas, de gauche à droite) Steve Jobs, Apple Computer, Pixar; Scott McNealy, Sun Microsystems; John Doerr, Kleiner Perkins Caufield and Byers; Larry Sonsini, Wilson Sonsini Goodrich and Rosati; Lew Platt, Hewlett-Packard; Jim Clark, Netscape.

Le top 10 des (anciennes) startup des États-Unis et d’Europe

Depuis que j’ai publié mon livre en 2007, j’ai régulièrement fait l’exercice de comparer les plus grandes (anciennes) startup américaines et leurs homologues européennes. Vous pouvez regarder mes données en 2016 dans Les plus grandes (anciennes) start-up des USA et d’Europe. Voici mes listes mises à jour:

Les choses n’ont pas beaucoup changé. Yahoo en est sortie. Rovio est fait son apparition…

La Suisse est-elle une nation startup?

C’est la question qui m’a été posée au Forum de l’EPFL aujourd’hui. C’était même « La Suisse est-elle la nation startup? » Je n’ai pas répondu à la question, mais j’ai essayé de proposer quelques éléments de réflexion et je vous invite à regarder les diapositives ci-dessous.

Maintenant que les avez peut-être parcourues, j’ajoute deux points que je n’ai pas mentionnés dans mon exposé:

Le premier, c’est l’analyse du journal suisse: Sommes-nous, nous aussi, une start-up nation du point de vue des Israéliens? «J’ai un message pour la Suisse, annonce Dov Moran: vous n’avez pas d’ennemis et ainsi pas besoin de consacrer 20% de votre PIB à votre protection. Si vous êtes moins entrepreneur que nous, ce n’est pas si grave.»

Ensuite, encore une fois, Orson Welles à propos de la créativité et de la guerre … « L’Italie sous les Borgia a connu 30 ans de terreur, de meurtres, de carnage… Mais ça a donné Michel-Ange, de Vinci et la Renaissance. La Suisse a connu la fraternité, 500 ans de démocratie et de paix. Et ça a donné quoi ? … Le coucou! » dans Le troisième homme, dit par Holly Martins à Harry Lime…

Juste quelques éléments de réflexion.