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Harari est déjà de retour! 21 leçons pour le 21ème siècle (2ème partie)

Un autre court article après mon premier article sur le nouveau livre de Harari, 21 Lessons for the 21st Century. Harari est clairement un penseur ambitieux, profond et impressionnant. Alors que ses premiers chapitres m’inquiétaient un peu, ceux du milieu sont excellents. Je vais vous donner quelques exemples ci-dessous. Mais regardons d’abord les sous-titres de toutes ces 21 leçons:

Partie I: Le défi technologique
1. DÉSILLUSION – La fin de l’histoire a été reportée
2. TRAVAIL – Quand tu seras grand, tu n’auras peut-être pas de travail
3. LIBERTE – Le Big Data vous surveille
4. ÉGALITÉ – Ceux qui possèdent les données sont propriétaires de l’avenir

Partie II: Le défi politique
5. COMMUNAUTÉ – Les humains ont un corps
6. CIVILISATION – Il n’y a qu’une seule civilisation dans le monde
7. NATIONALISME – Les problèmes mondiaux ont besoin de réponses globales
8. RELIGION – Dieu sert maintenant la nation
9. IMMIGRATION – Certaines cultures pourraient être meilleures que d’autres

Partie III: Le désespoir et l’espoir
10. TERRORISME – Ne paniquez pas
11. GUERRE – Ne jamais sous-estimer la stupidité humaine
12. HUMILITÉ – Vous n’êtes pas le centre du monde
13. DIEU – N’utilisez pas le nom de Dieu en vain
14. SÉCULARISME – Connaissez vos zones ombre

Partie IV: La vérité
15. IGNORANCE – Vous en savez moins que vous ne le pensez
16. JUSTICE – Notre sens de la justice pourrait être dépassé
17. POST-VÉRITÉ – Certaines fausses nouvelles durent à jamais
18. SCIENCE-FICTION – L’avenir n’est pas ce que vous voyez dans les films

Partie V: Résilience
19. ÉDUCATION – Le changement est la seule constante
20. SIGNIFICATION – La vie n’est pas une histoire
21. MÉDITATION – Observez simplement

Dans son 14ème chapitre, la laïcité, il utilise quelques mots-clés très éclairants. Si c’est déroutant pour vous, vous devrez lire son livre. La laïcité est définie par un ensemble cohérent de valeurs: vérité, compassion, égalité, liberté, courage et responsabilité [Pages 203-14]. Dans son chapitre suivant, Ignorance, il présente une analyse très intéressante du pouvoir et de la vérité: il est extrêmement difficile de découvrir la vérité lorsque vous dirigez le monde. On est trop occupé. La plupart des chefs politiques et des magnats des affaires vivent toujours dans l’urgence. Cependant, si on souhaite approfondir un sujet, on a besoin de beaucoup de temps, et en particulier du privilège de perdre du temps. On doit expérimenter des chemins improductifs, explorer des impasses, laisser la place aux doutes et à l’ennui. Si on ne peut pas se permettre de perdre du temps, on ne trouve jamais la vérité. […] On doit perdre beaucoup de temps à la périphérie: elles contiennent peut-être quelques idées révolutionnaires brillantes, mais elles sont généralement remplies de suppositions non informées, de modèles démentis, de dogmes superstitieux et de théories du complot ridicules. Les leaders sont ainsi pris au piège dans une double impasse. S’ils restent au centre du pouvoir, ils auront une vision extrêmement déformée du monde. S’ils s’aventurent à la marge, ils perdront trop de leur temps précieux. [Pages 220-2]

Grigori Perelman selon Masha Gessen

J’avais brièvement mentionné Grigori Perelman dans un post assez ancien: 7 x 7 = (7-1) x (7+1) + 1. J’ai récemment découvert un nouveau livre sur ce mathématicien exceptionnel, non pas tant sur ses réalisations, mais davantage sur sa personnalité.

A propos du syndrome d’Asperger

Je ne vais pas raconter ici ce que Masha Gessen fait avec talent, mais tout de même citer un passage sur les Asperger: « Il me semble que nombre de lanceurs d’alertes, écrivit Atwwod, sont atteints du syndrome d’Asperger. J’en ai rencontré plusieurs qui appliquaient à leur travail le code de déontologie de leur entreprise ou du gouvernement et avaient dénoncé des entorses au règlement et de la corruption. Tous se sont étonnés ensuite de voir que leur direction et leurs collègues ne comprenaient guère leur attitude. »
Ce n’est donc peut-être pas un hasard si les fondateurs des mouvements dissidents en Union soviétique se trouvaient parmi les mathématiciens et les physiciens. L’Union soviétique n’était pas l’endroit idéal pour les gens qui prenaient les choses au sens littéral et s’attendaient à ce que le monde fonctionne de façon prévisible, logique et juste.
[Pages 215-6]
[…]
On peut également interpréter ainsi les difficultés qu’il éprouvait lorsqu’il présentait ses solutions. Si Perelman souffrait du syndrome d’Asperger, cette incapacité à voir « la grande image » en est peut-être un des traits les plus surprenants. Les psychologues britanniques Uta Frith et Francesca Happe ont parlé de ce qu’elles appellent la « faible cohérence centrale », caractéristique des troubles du spectre autistique. les autistes se concentrent sur les détails, au détriment de l’image globale. Lorsqu’ils parviennent à la reconstituer, c’est parce qu’ils en ont arrangé les divers éléments, un peu comme les éléments de la table périodique, dans un schéma systémique qui les satisfait à l’extrême. « … les faits les plus intéressants, écrivit Poincaré, l’un des plus grands esprits systémisants de tous les temps, il y a plus d’un siècle, sont ceux qui peuvent servir plusieurs fois, ce sont ceux qui ont une chance de se renouveler. Nous avons eu le bonheur de naitre dans un monde où il y en a. Supposons qu’au lieu de soixante éléments chimiques nous en ayons soixante milliards, qu’ils ne soient pas les uns communs et les autres rares, mais qu’ils soient répartis uniformément. Alors toutes les fois que nous ramasserions un nouveau caillou, il y aurait une grande probabilité pour qu’il soit formé de quelques substances inconnue. […] Dans un pareil monde, il n’y aurait pas de science; peut-être la pensée et même la vie y seraient-elles impossibles puisque l’évolution n’aurait pas pu y développer les instincts conservateurs. Grâce à Dieu, il n’en est pas ainsi. »
Les personnes atteinte du syndrome d’Asperger appréhendent le monde petit caillou par petit caillou. En parlant de l’existence de ce syndrome dans la société, Attwood recourait à la métaphore d’un puzzle de cinq mille pièces, « où les gens normaux disposeraient de l’image complète sur le couvercle » ce qui leur permmettrait d’avoir des intuitions globales. Les Asperger, eux, ne verraient pas cette grande image et devraient essayer d’imbriquer les morceaux un par un. Ainsi, peut-être que les règles telles que « n’ôte jamais ta chapka » et 2lis tous les livres qui sont inscrits sur la liste » formaient pour Gricha Perelman un moyen de voir l’image manquante sur le couvercle, d’englober tous les éléments de la table périodique du monde. C’était seulement en s’accrochant à ces règles qu’il pouvait vivre sa vie.
[Pages 217-8]

A propos du pouvoir

Un autre sujet intéressant abordé par Misha Gessen se trouve page 236:
– Lorsqu’il a reçu la lettre de la commission qui l’invitait il a répondu qu’il ne parlait pas avec les comités, s’exlama gromov, et c’est exactement ce qu’il faiut faire. Ils représentent tout ce que l’on ne devrait jamais accepter. Et si cette attitude paraît extrême, ce n’est que par rapport au conformisme qui caractérise le monde des mathématiques.
– Mais pourquoi refuser de parler aux comités?
– On ne parle pas aux comités, on parle à des gens! s’écria Gromov, exaspéré. Comment peut-on parler à un comité? Qui sait qui fait partie des comités? Qui vous dit que Yasser Arafat n’en fait pas partie?
– Mais on lui a envoyé la liste des membres, et il a continué à refuser.
– De la manière dont cela avait commencé, il avait bien raison de ne pas vouloir répondre, persiste Gromov. Dès qu’une communité commence à se conduire comme une machine, il ne reste plus qu’à couper les ponts, un point c’est tout. Le plus étrange, c’est qu’il n’y ait plus de mathématicien qui en fasse autant. C’est ça qui est bizarre. La plupart des gens acceptent de traiter avec des comités. Ils acceptent d’aller à Pékin et de recevoir un prix des mains du président Mao. Ou du roi d’espagne, de toute façon, cela revient au même!
– Et pourquoi, demandai-je, le roi d’Espagne ne pourrait-il pas avoir l’honneur d’accrocher une médaille au cou de Perelman?
– Qu’est-ce que c’est un roi? demanda gromov, totalement furieux à présent. Les rois, ce sont les mêmes crétins que les communistes. Pourquoi un roi décernerait-il une médaille à un mathématicient? Qu’est-ce qui le lui permet? Il n’est rien d’un point de vue mathématique. Pareil pour le président. Mais il y en a un qui a fait main basse sur le pouvoir comme un brigand et l’autre qui l’a hérité de son père. Cela ne fait aucune différence.
Contrairement à eux, m’explique encore Gromov, Perelman avait apporté au monde une véritable contribution.

Cela me rappelle la citation d’un collègue: « on ne trouve pas beaucoup de statues pour les comités dans les parcs publics. »

Il vaut probablement la peine d’ajouter ici un article du New Yorker que Gessen mentionne également: Manifold Destiny. A legendary problem and the battle over who solved it par Sylvia Nasar et David Gruber. Sur un sujet connexe, les auteurs citent Perelman, qu’ils ont rencontré: Il a mentionné un différend qu’il avait eu des années plus tôt avec un collaborateur sur la façon de créditer l’auteur d’une preuve particulière, et s’est déclaré consterné par l’éthique laxiste de la discipline. « Ce ne sont pas les gens qui enfreignent les normes éthiques qui sont considérés comme des extraterrestres », a-t-il déclaré. « Ce sont des gens comme moi qui sont isolés. » Nous lui avons demandé s’il avait lu l’article de Cao et Zhu. « Je ne sais pas quelle nouvelle contribution ils ont apportée », a-t-il déclaré. « Apparemment, Zhu n’a pas bien compris l’argument et l’a retravaillé. » Quant à Yau, Perelman a déclaré: « Je ne peux pas dire que je suis outré. Les autres font pire. Bien sûr, il y a beaucoup de mathématiciens qui sont plus ou moins honnêtes. Mais presque tous sont conformistes. Ils sont plus ou moins honnêtes, mais ils tolèrent ceux qui ne le sont pas. »

Harari est déjà de retour! 21 leçons pour le 21ème siècle

Quand j’ai vu le troisième livre de Harari, j’ai eu quelques inquiétudes. Pourrait-il écrire un autre très bon livre après l’extraordinaire Sapiens, mais le moins bon Homo Deus? Et pourquoi aussi vite?

Et en effet, la première partie de 21 Lessons for the 21st Century est effrayante pour ne pas dire très mauvaise. Elle est plein d’inquiétude, pour ne pas dire anxiogène, et je ne suis pas sûr qu’elle soit basée sur des faits ou même sur des vérités comme ses précédents livres… En effet, cette première partie est même trompeuse, car lorsque j’ai lu « Sapiens explorait le passé, Homo Deus explorait le futur et 21 leçons explore le présent » sur la couverture du livre, j’ai découvert que la première partie traitait d’un possible futur effrayant basé sur l’intelligence artificielle et la biotechnologie. Mais c’est le futur, pas le présent.

Heureusement, j’ai retrouvé le Harari que j’aime au début de la deuxième partie. Au chapitre 5, Communauté, il montre que nous sommes des êtres réels, physiques et non virtuels, augmentés. Au chapitre 6, Civilisation, il combat le concept de choc des civilisations. Le sous-titre est « il y a une civilisation dans le monde ». Alors permettez-moi de citer Harari ici [Pages 94-5]

Plus important encore, l’analogie entre l’histoire et la biologie qui sous-tend la thèse du «choc des civilisations» est fausse. Les groupes humains – des petites tribus aux grandes civilisations – sont fondamentalement différents des espèces animales et les conflits historiques sont très différents des processus de sélection naturelle. Les espèces animales ont des identités objectives qui perdurent pendant des milliers et des milliers de générations. Que vous soyez un chimpanzé ou un gorille dépend de vos gènes plutôt que de vos croyances, différents gènes dictent des comportements sociaux distincts. Les chimpanzés vivent dans des groupes mixtes de mâles et de femelles. Ils sont en concurrence pour le pouvoir dans des coalitions de partisans parmi les deux sexes. Parmi les gorilles, Au contraire, un seul mâle dominant établit un harem de femelles et expulse habituellement tout mâle adulte susceptible de remettre en cause sa position. Les chimpanzés ne peuvent pas adopter des arrangements sociaux semblables à ceux des gorilles; les gorilles ne peuvent pas commencer à s’organiser comme des chimpanzés; et pour autant que nous sachions, les chimpanzés et les gorilles ont été caractérisés non seulement par des systèmes sociaux pendant les dernières décennies, mais aussi pendant des centaines de milliers d’années.
Vous ne trouvez rien de tel chez les humains. Oui, les groupes humains peuvent avoir des systèmes sociaux distincts, mais ceux-ci ne sont pas déterminés génétiquement et ils durent rarement plus de quelques siècles. Pensez aux Allemands du vingtième siècle, par exemple. En moins de cent ans, les Allemands se sont organisés en six systèmes très différents: l’empire des Hohenzollern, la République de Weimar, le Troisième Reich, la République démocratique allemande (aussi appelée Allemagne de l’Est communiste), la République fédérale d’Allemagne (dite Allemagne de l’Ouest), et enfin l’Allemagne réunifiée démocratique. Bien sûr, les Allemands ont gardé leur langue et leur amour de la bière et des saucisses grillées. Mais existe-t-il une essence allemande unique qui les distingue de toutes les autres nations et qui est restée inchangée, de Wilhelm II à Angela Merkel? Et si vous venez avec quelque chose, était-ce aussi le cas il y a 1000 ans ou il y a 5000 ans?

Humour et bureaucratie (2e partie)

Ceci est la deuxième et dernière partie d’un sujet inhabituel de ce blog, l’humour et la bureaucratie. Vous pouvez voir la partie I si vous l’avez manquée.

L’auteur a un commentaire à la fin, qui est intéressant. «Le problème avec toi, c’est que tu refuses de prendre quoi que ce soit au sérieux – pas le communisme, pas moi… pas même toi-même.» «C’est vrai, ai-je dit : ‘Mais je ne prends très au sérieux, de ne jamais rien prendre au sérieux.’ »[Page 307]

‘L’économie communiste était très mauvaise pour produire quoi que ce soit – sauf les blagues. Ils étaient très doués pour les blagues.´ [Page 222]

De nombreuses blagues communistes ont été adaptées en faisant référence aux faiblesses des économies occidentales. « Pourquoi une Austin Allegro a-t-il une fenêtre arrière chauffante? Vous pouvez ainsi garder vos mains au chaud lorsque vous la poussez ». [Page 300]

Comment un Juif russe intelligent peut-il parler à un Juif russe stupide?
Par téléphone de New York.
[Page 211]

Quelle est la définition d’un quatuor à cordes russe?
Un orchestre soviétique de retour d’une tournée américaine.
[Page 212]

Savez-vous pourquoi la Roumanie survivra à la fin du monde?
Parce que elle est cinquante ans derrière tout le monde!
[Page 263]

Ma préférée suit…

Leonid Brejnev voulait commander un portrait intitulé « Lénine en Pologne ». Les peintres russes, strictement formés à l’école réaliste, étaient incapables de peindre un événement qui ne s’était jamais produit,
´Camarade Brejnev, nous aimerions le faire, mais nous ne pouvons pas. Cela va à l’encontre de notre formation’, a répondu chacun des artistes approchés par Brejnev. Finalement, désespéré, Brejnev fut obligé de demander au vieux peintre juif Lévy.
Bien sûr, je préfère représenter des événements réels, mais je ferai le tableau pour vous, camarade. Ce serait mon grand honneur.´ Lévy commença à travailler sur la peinture.
Enfin, le jour du dévoilement est arrivé. Tout le monde a le souffle coupé lorsque le tissu est retiré pour révéler la photo d’un homme couché avec une femme qui ressemble à la femme de Lénine.
Brejnev demanda, horrifié: «Qui est cet homme?
«C’est Trotsky, dit l’artiste.
«Et qui, demanda Brejnev, est cette femme?
«C’est l’épouse de Lénine, camarade Brejnev.
«Mais où est Lénine?
«Il est en Pologne, expliqua Lévy.

[Page 207]

Maintenant, vous voudrez peut-être explorer le ivre et trouver vos préférées…

Pourquoi Aaron Swartz est-il mort?

Pour faire suite à mon article précédent Aaron Swartz – L’idéaliste, voici quelques notes supplémentaires tirées de ce livre très émouvant et intelligent.

Alors pourquoi est-il mort? Vous devez lire le livre. Mais voici une phrase se trouve vers la fin [page 268]: « Swartz a vu les choses différemment et a en effet consacré une grande partie de sa vie à l’idée que le seul moyen d’améliorer le monde était de permettre aux gens de s’ouvrir. Cette notion […] est l’héritage de Swartz. C’est aussi son défi envers le monde qu’il a laissé derrière lui. »

Les entreprises continuent de faire appliquer la loi et la rhétorique pour lutter contre l’éthique situationnelle du téléchargement non autorisé, pour faire valoir que le droit d’auteur est un jeu à somme nulle. Les conflits se reproduisent. Les acteurs peuvent changer, mais le script reste le même. [Page 271]

Un argument surprenant contre Apple et Steve Jobs: Swartz a décrit Apple comme «une organisation impitoyable et autoritaire» bafouant les normes du travail et Jobs lui-même comme un martinet qui insistait pour contrôler tous les aspects de l’expérience utilisateur. Sa mégalomanie se manifestait dans les baladeurs Apple: des rectangles blancs stériles qui ne peuvent être ni ouverts ni modifiés par l’utilisateur final. » Jobs ne pouvait pas supporter les gens qui ouvrent les choses ». [Page 267]

Citation plus forte encore et extraite du blog de Swartz: Comme il est démontré que le pouvoir sur les êtres humains leur permet de faire ce qu’ils préféreraient ne pas faire, l’homme qui est motivé par l’amour du pouvoir est plus susceptible de faire souffrir que de permettre le plaisir. Si vous demandez à votre patron de vous absenter du bureau à une occasion légitime, son amour du pouvoir tirera plus de satisfaction d’un refus que d’un consentement. Si vous avez besoin d’un permis de construire, le petit fonctionnaire concerné aura évidemment plus de plaisir à dire «Non» que de dire «Oui». C’est ce genre de chose qui fait de l’amour du pouvoir un motif aussi dangereux. – Bertrand Russell [Page 254]

Peters aimerait avoir une vision équilibrée de la situation: les détenteurs de biens ne sont qu’une partie au contrat social. Cela est censé régir notre politique, et leurs intérêts ne sont pas les seuls à compter. Il existe un compromis entre le droit d’auteur fonctionnellement éternel et l’anarcho-syndicalisme de masse. [Page 268]

Conseils aux jeunes (et aux plus vieux) par Jack Ma, le fondateur de Alibaba

Merci à mes chers collègues de m’avoir mentionné cette interview émouvante et inspirante de Jack Ma, le fondateur d’Alibaba. Il conseille des personnes de tout âge sur le travail et l’entrepreneuriat.

Si vous avez 25 ans, ne vous inquiétez pas, toute erreur est profit.

Avant 20 ans, soyez un bon élève.
Avant 30 ans, suivez quelqu’un. Allez dans une petite entreprise, vous apprenez la passion, vous apprenez à rêver. Ce n’est pas l’entreprise où vous allez qui compte, c’est le boss que vous suivez.
Entre 30 et 40 ans, travaillez pour vous-même. Il est temps d’être entrepreneur.
Entre 40 et 50 ans, faites ce que vous faites bien. Il est trop tard pour faire quelque chose de nouveau.
Lorsque vous avez entre 50 et 60 ans, travaillez pour les jeunes.
Lorsque vous avez plus de 60 ans, passez du temps pour vous-même. Allez à la plage!

Mais quand vous avez 25 ans, faites assez d’erreurs. Vous tombez, vous vous relevez, vous tombez, vous vous relevez.

Aaron Swartz – L’idéaliste

Comme beaucoup d’entre vous probablement, j’avais entendu parler d’Aaron Swartz qui s’est suicidé en janvier 2013 à l’âge de 26 ans après avoir été poursuivi pour fraude informatique. Alors quand on m’a conseillé de lire The Idealist, je n’ai pas hésité beaucoup avant de l’acheter.

Le livre est divisé en deux parties: un historique des droits d’auteur aux États-Unis depuis le début du XIXe siècle et l’histoire d’Aaron Swartz lui-même. Dans la première partie, l’auteur, Justin Peters, montre la complexité de l’un des piliers de la propriété intellectuelle. Vous poulez lire mes articles précédents sur le sujet avec l’étiquette #propriété-intellectuelle et en particulier le travail approfondi de Boldrin et Levine Contre les monopoles intellectuels. Je mentionnerai seulement un court paragraphe, page 46, du livre de Peters: Mais dans l’Amérique du dix-neuvième siècle, le concept de propriété intellectuelle n’était pas encore sacro-saint – et les intérêts des lecteurs n’étaient pas inextricablement liés à ceux des auteurs. Dans les chambres du Congrès, les législateurs se demandaient ouvertement si le droit d’auteur international constituait une taxe sur le savoir et comparait la propriété littéraire au monopole industriel.


© The Dusty Rebel

Quant à Aaron Swartz, Trois ans après [sa] mort, son histoire est encore présente dans l’esprit de beaucoup de gens. Une grande fresque murale de son visage, placée à côté des mots RIP AARON SWARTZ, orne le côté d’un immeuble à Brooklyn. […] Chaque année, autour de son anniversaire, les amis et les admirateurs de Swartz dans le monde entier organisent une série de « hackatons » qui ont pour but de stimuler les projets sociaux que Swartz chérissait. [Page 14]

Work Rules! de Laszlo Bock – Conclusion: l’obligation de dissidence

Il m’a fallu du temps pour lire le livre de Bock. Il est dense, ambitieux, convaincant, malgré le fait que « Google semble trop beau pour être vrai » [Page 318]. Il y aurait beaucoup à dire et la diversité des sujets abordés par Bock est si vaste. Si vous avez affaire avec des personnes, si vous gérez des équipes, je pense que vous devriez le lire (je ne gère pas d’équipes et je pense que le livre va m’être extrêmement utile!).

Un autre exemple en plus de mes quatre précédents articles: Bock mentionne une valeur de McKinsey: « maintenir l’obligation de dissidence » [Page 319]. Et un exemple suit sur la même page: je servais un client dont la fusion devait plus tard s’avérer désastreuse. Le client a demandé une recommandation sur la meilleure façon de créer un fond de capital de risque. Les données étaient assez claires. Mis à part quelques exemples notables, comme Intel Capital, la plupart des efforts de capital-risque des entreprises ont été des échecs. Elles manquent de l’expertise, de la clarté du but et de la proximité géographique avec l’endroit où les deals les plus lucratifs étaient en train d’éclore. J’ai dit au partenaire principal que c’était une mauvaise idée. Je lui ai montré les données. J’ai expliqué qu’il n’y avait presque aucun exemple de ce genre d’efforts réussis, et aucun que je pourrais trouver qui étaient à des milliers de miles de la Silicon Valley et dirigé par des gens qui n’avaient aucune formation en ingénierie.
Il m’a dit que le client demandait comment le mettre en place, pas s’il fallait le mettre en place, et que je devrais me concentrer sur la réponse à la question du client.
Peut-être avait-il raison. Ou peut-être avait-il un meilleur aperçu de la question qui l’emportait sur mes données. Peut-être avait-il déjà présenté cet argument au client, et ils l’avaient rejeté.
Mais pour moi, c’était comme si j’avais échoué. Je pensais que l’obligation de dissidence m’obligeait à prendre la parole, alors c’était d’autant plus déchirant de voir ma préoccupation écartée.

Encore une fois, Google peut sembler trop beau pour être vrai, mais c’est le 5ème ou 6ème livre que je lis sur Google à partir d’insiders et d’outsiders, et les messages sont assez cohérents. Une citation finale de la page 339: Dans l’introduction, j’ai postulé qu’il existe deux modèles extrêmes quant à la manière dont les organisations devraient être gérées. Le cœur de ce livre est ma conviction que vous pouvez choisir le type d’organisations que vous voulez créer, et je vous montre quelques-uns des outils pour le faire. L’extrême «faible-liberté» est l’organisation de commandement et de contrôle, où les employés sont étroitement gérés, travaillent intensément puis mis au rebut. L’extrême «haute-liberté» est basé sur la liberté, où les employés sont traités avec dignité et entendus quant à la façon dont l’entreprise évolue.
Les deux modèles peuvent être très profitables, mais ce livre suppose que les personnes les plus talentueuses de la planète voudront faire partie d’une entreprise axée sur la liberté. Et les entreprises axées sur la liberté, parce qu’elles bénéficient des meilleures qualités et de la passion de tous leurs employés sont plus résilientes et peuvent mieux faire face succès.

Des leçons de management par Kleiner Perkins (Partie IV) : Straight Talk for Startups de Randy Komisar

J’ai promis une suite sur Straight Talk for Startups dans mon post précédent qui décrivait la première partie du livre. Après avoir maîtrisé les fondamentaux, qui est en effet un fondamental , sa partie II sur le choix des investisseurs est aussi fondamentale.

Mais avant de décrire ces 13 nouvelles règles, permettez-moi de passer directement à la règle 100: apprenez les règles par cœur pour savoir quand les enfreindre.
« Les apprentis travaillent avec acharnement pour apprendre les règles; les compagnons perfectionnent fièrement les règles; mais les maîtres oublient les règles. Cela existait déjà au Moyen Âge, et le capital-risque et l’entrepreneuriat ne sont pas différents. Le monde du capital-risque forme de plus en plus d’apprentis, tandis que les maîtres, comme Tom Perkins, sont rares.
Les règles de ce livre ont été testées. Vous familiariser avec elles vous aidera à repérer les problèmes avant qu’ils ne surviennent. L’intuition n’est pas seulement une pensée instantanée venant de l’estomac; c’est aussi un bon jugement éclairé par la connaissance.
La plupart des règles sont faites pour les situations moyennes; elles sont destinées à être brisées lorsque les circonstances l’exigent. Nos règles ne sont pas différentes. Laissez ces règles servir de pierres d’angles pour guider en cours de route vos décisions difficiles, et pas de meules pour vous écraser. Vous seul pouvez décider quelles règles appliquer, contourner ou ignorer lorsque vous faites face à vos propres problèmes et opportunités.
Vous trouverez peut-être une règle ou deux avec laquelle vous n’êtes pas d’accord. Si nous vous avons encouragé à examiner votre propre expérience et à arriver à une conclusion réfléchie mais contradictoire, alors nous avons fait notre travail. Ne confondez pas un événement exceptionnel avec un principe directeur.
Nous sommes rarement capables de réaliser exactement ce que nous voulons dans les affaires. Le compromis n’est pas un gros mot. Mais vous ferez mieux à la fin si vous vous familiarisez avec ce que les autres ont fait auparavant. Vous en savez plus, alors agissez sans peur, faites confiance à votre intuition, et faites vos propres règles quand vous les maîtriserez. »

Et voici donc les règles 29 à 41.
# 29: ne pas accepter d’argent d’étrangers
# 30: les incubateurs sont bons pour trouver des investisseurs, pas pour développer des entreprises
# 31: évitez le capital-risque, sauf si vous en avez absolument besoin
# 32: si vous choisissez le capital-risque, choisissez le bon type d’investisseurs
# 33: conduisez une analyse (due diligence) détaillée de vos investisseurs
# 34: richesse personnelle ≠ bon investisseur
# 35: choisissez des investisseurs qui pensent comme les opérateurs
# 36: traitez directement avec les décideurs
# 37: trouvez des investisseurs stables
# 38: sélectionnez les investisseurs qui peuvent aider les futurs financements
# 39: les syndicats d’investisseurs doivent être gérés
# 40: une entreprise à forte intensité capitalistique requiert des investisseurs aux poches profondes
# 41: les investisseurs stratégiques posent des défis très particuliers

Je ne sais pas si j’ajouterai un autre article sur ce livre mais ces deux-ci devraient avoir suffi à vous convaincre de la qualité de Straight Talk for Startups.

Des leçons de management par Kleiner Perkins (Partie III) : Straight Talk for Startups de Randy Komisar

Avec comme sous-titre 100 règles d’initiés pour passer les obstacles – de la maîtrise des fondamentaux à la sélection des investisseurs, la collecte de fonds, la gestion du conseil d’administation et la liquidité, Randy Komisar a un objectif ambitieux dans Straight Talk for Startups – le parler-vrai pour les startup – et il y parvient!

Komisar est un investisseur expérimenté (et brillant) de la Silicon Valley. J’ai déjà mentionné ici ses livres précédents The Monk and The Riddle et Getting to Plan B , ainsi que nombre de ses conseils. Dans son nouveau livre, il essaie de donner de précieux conseils parce que «les entrepreneurs n’ont pas aujourd’hui le luxe d’apprendre par itération» [page xix de l’introduction]. The Times They Are A-Changin’ comme le dit le chanteur et les enjeux sont tout simplement trop élevés… Komisar donne donc «les éléments cruciaux, comme la création de deux plans financiers, l’embauche d’experts à temps partiel plutôt que de généralistes à plein temps; savoir quoi mesurer et les pièges d’agir trop tôt; et la criticité des bases économiques et du fonds de roulement» [Page 1]. Je dois admettre que j’étais un peu surpris, après avoir lu les premières règles, mais j’ai vite à nouveau été séduit.

Si vous n’avez pas le temps de lire ce livre, ce qui serait vraiment dommage, regardez au moins ses 100 règles. Voici les 28 premières de sa partie 1 – maîtriser les fondamentaux:
# 1: démarrer une entreprise n’a jamais été aussi facile, réussir n’a jamais été aussi difficile
# 2: essayez d’agir normalement
# 3: visez une amélioration d’un ordre de grandeur
# 4: commencez petit, mais soyez ambitieux
# 5: la plupart des échecs résultent d’une mauvaise exécution, pas d’une innovation infructueuse
# 6: les meilleures idées proviennent des fondateurs qui sont des utilisateurs
# 7: ne faites pas évoluer votre technologie avant qu’elle ne fonctionne
# 8: gérez avec une attention maniaque
# 9: ciblez des marchés dynamiques à croissance rapide
# 10: n’embauchez jamais le meilleur second
# 11: menez vos entretiens embauches comme si vous étiez un pilote d’avion
# 12: un expert à temps partiel est préférable à un « remplisseur de siège » à temps plein
# 13: gérez votre équipe comme un groupe de jazz
# 14: au lieu d’un repas gratuit, fournissez un travail qui a du sens
# 15: des équipes ayant une mission commune représentent les investissements les plus attractifs
# 16: utilisez vos données financières pour raconter votre histoire
# 17: créez deux plans d’affaires: un plan d’exécution et un plan d’inspiration
# 18: connaissez vos chiffres financiers et leurs interdépendances par cœur
# 19: le profit net est une opinion, mais les flux de trésorerie sont un fait
# 20: l’économie de l’unité vous dit une entreprise
# 21: gérez votre fonds de roulement comme si c’était votre seule source de fonds
# 22: exercez la discipline financière la plus stricte
# 23: soyez toujours frugal!
# 24: pour arriver où vous allez, vous devez savoir où vous allez
# 25: les mesures viennent avec des pièges
# 26: les revers opérationnels nécessitent des réductions rapides et profondes
# 27: réservez les surprises pour les anniversaires, pas pour vos actionnaires
# 28: les pivots stratégiques ont des aspects positifs

C’est un excellent complément à Measure what Matters et la preuve (si cela était nécessaire) de ce que les grands capital-risqueurs apportent…!

A suivre.