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Le rêve de la Silicon Valley

Je viens de lire le même excellent article dans La Tribune de Genève (pdf ici) et 24 heures (pdf ici). Je n’ai pas les droits pour en faire la copie brute, je vous encourage donc à les lire en pdf ou à en lire ma (rapide) traduction sur The Dream of Silicon Valley.

SV-24h

Il y est question des similitudes entre la Silicon Valley et l’arc lémanique (talents, coût, traffic) mais surtout des différences démographiques, culturelles et financières. Deux extraits:

« Certains expliquent l’effervescence qui règne ici par l’urgence, raconte Christian Simm. Il faut aller vite, les gens savent qu’ils ne peuvent pas travailler 80 heures par semaine pendant vingt ans. »

« Vous voulez connaître le secret de la Silicon Valley? demande Fadi Bishara, responsable de l’incubateur Blackbox. L’échec n’est pas un problème. Il est complètement admis. On le considère même comme un apprentissage. »

Tout est dit!

PS: j’en profite pour mentionner l’excellente interview de Cédric Villani, « L’Europe des sciences, comme l’Europe tout court, a besoin de leaders. » En voici le début: Vous enseignez à Berkeley ce semestre. Comment vous paraît l’Europe, vue de Californie ?
Cédric Villani – La Californie du Nord fait rêver tout le monde, à raison d’ailleurs. C’est le pays des start-up qui deviennent grandes, de la créativité érigée en art de vivre, du high-tech et de la réussite individuelle – je suis allé voir la maison de Steve Jobs, c’est fascinant. Mais je ne me vois pas m’y installer. La Silicon Valley et ses universités prestigieuses ne doivent pas faire oublier que la Californie affronte de graves problèmes structurels : les infrastructures – routes, ponts mais aussi les administrations – sont dans un état déplorable ; l’éducation primaire, secondaire et technique n’est pas à la hauteur, sans parler de la sécurité sociale. J’y suis venu en famille avec deux jeunes enfants : c’est passionnant d’y être, mais je peux vous assurer que vues d’ici, la qualité de vie et celle des services publics en Europe sont incomparables.

L’HOMME QUI NE CROYAIT PAS AU HASARD: un excellent thriller dans le monde des start-up

Aujourd’hui, Peter Harboe-Schmidt présente L’HOMME QUI NE CROYAIT PAS AU HASARD la traduction en français de son thriller The Ultimate Cure. J’avais en son temps dit tout le bien que je pensais de ce roman dans le monde des start-up. N’hésitez pas à vous joindre au vernissage cet après-midi, sur le campus de l’EPFL.

Je ne sais pas comment sera traduit cet extrait que j’avais fait de la version anglaise: « Prend ta start-up par exemple. Pourquoi t’es tu lancé? Si tu analysais le pour et le contre, tu ne le ferais sans doute jamais. Mais ton intuition t’y a poussé, en sachant que tu en tirerais une expérience positive. Ai-je raison? » Martin réfléchit à ce qui l’a poussé vers un monde qui de temps en temps ressemblait à un asile de fous. Comme un monde parallèle, avec quelques ressemblances avec le nôtre, juste beaucoup plus rapide et intense. Des gens essayant de réaliser leur rêve dans un monde incertain et pleins d’inconnu, travaillant sans compter, sacrifiant leur vie privée, courant à côté de ces autres start-up high-tech. Les instruments médicaux, les moteurs de recherche Internet, les télécom, les nanotechnologies et tous les autres recherchant la même chose: l’Argent. Pour faire tourner l’horloge du succès un peu plus vite. « C’est drôle que tu dises cela, » dit finalement Martin. « J’ai toujours pensé à cette start-up comme une évidence. Je n’ai jamais essayé de la justifier de quelque manière que ce soit. »

Il n’y aura jamais de nouvelle Silicon Valley

Bon… qui suis-je pour être capable de prédire l’avenir? En fait je n’en sais rien mais j’en doute. Des bloggers célèbres viennent d’aborder le sujet à nouveau. Dans Techcrunch, il s’agit de Can Russia Build A Silicon Valley? par Vivek Wadhwa. Et dans l’Equity Kicker, cela devenait Building an ecosystem to rival Silicon Valley de Nic Brisbourne. J’ai réagi à ma manière:

Quel sujet! Quelque chose qui est discuté depuis à peu près… 35 ans (je veux dire comment copier la SV). Le fait que la discussion continue montre la complexité du problème. C’est un de mes sujets favoris depuis des années. Pour la beauté du débat (c’est entre autres ce à quoi servent les blogs, n’est ce pas?), laissez-moi jouer l’avocat du diable. En effet, en allant au bout des choses, je ne crois pas qu’il y aura jamais d’autre Silicon Valley. Par exemple dans son livre sur la SV, Kenney explique qu’il faut 5 ingrédients de base: des universités de très haut niveau (telles que Stanford et Berkeley dans la SV), une forte communauté d’investisseurs, des fournisseurs de service (légal, fiscal, comptables, marketing, PR, etc…), des professionnels de la high-tech (qui acceptent de quitter leur emploi dans des grosses sociétés telles qu’Intel, Cisco, Apple, MSFT, ou même Google aujourd’hui pour rejoindre la nouvelle vague) et pas le moindre des ingrédients une culture entrepreneuriale. Ce qui n’est pas facile à réunir… mais bien pire, je crois que la SV fut un accident, un monstre qui n’a jamais pu être reproduit. Saxenian a montré dans Regional Advantage que même la région de Boston a relativement échoué et le fait que Paul Graham ait complétement déménagé ycombinator de Boston vers la SV est un autre signe. En Europe, Sophia Antipolis fut la première expérience … en 1972 donc? Donc il faut une combinaison difficile à trouver d’ingrédients pour la recette et espérer que le four sera à la bonne température pendant un temps très, très long. Bien sûr je faisais l’avocat du diable et la situation n’est pas si désastreuse. Ainsi, il y a des raisons d’espérer: je ne suis pas convaincu que les états, ni même les institutions soient de bons innovateurs, mais ils peuvent être excellents pour stimuler la recherche. Ainsi l’argent public aux Etats-Unis a investi des milliards à travers les DARPA, NIH, DOE, etc, ce qui a considérablement aidé au développement de Stanford ou de Berkeley et à leurs classements dans les « rankings » à la mode. Et cela a aussi contribué à la création de l’Internet. Les investissements à long terme, voilà dans quoi les états sont efficaces (éducation, recherche, transport, …) Ensuite, oui, je crois qu’il faut créer des ponts avec la SV. C’est exactement ce qu’Israel, Taiwan, puis l’Inde et la Chine ont réussi avec leur diaspora. Les nations devraient inviter leur migrants expérimentés à revenir. Quand il aura le temps, Brin devrait aider la Russie ou Levchin l’Ukraine, ou même Grove la Hongrie. Je suis moins sûr de l’efficacité des avantages fiscaux, des moindres barrières légales et administratives et de leur role dans les années 50, 60 et 70, c’est à dire au commencement de la SV. En conclusion, oui, le sujet est et restera pour encore un moment un grand sujet.

Bien sûr ma réaction est moins importante que l’origine de ces posts: la Russie veut être plus innovante et a commandé une étude qui fait le bilan de quelques clusters high-tech. Le résultat est le rapport suivant: Yaroslavl Roadmap 10-15-20 (format pdf).

Rien de réellement nouveau dans ce rapport (surtout pour les experts de l’innovation), mais une très bonne analyse des USA, Israël, Finlande, Inde et Taiwan qui ont essayé, parfois réussi et souvent échoué. Les descriptions historiques, chronologiques sont riches en leçons. J’ai eu cette légère impression toutefois d’une plus grande importance accordée à l’infrastructure qu’à la culture. C’est mon biais habituel qui ressurgit! Il est bien sûr question de culture, mais les auteurs ont sans doute conscience que c’est l’ingrédient le plus difficile à inclure ou à créer dans le système. Si vous aimez le sujet, vous devriez télécharger et lire ce rapport et bâtir votre propre opinion.

Pourquoi la Silicon Valley nous botte le c..

Un post de Loic Lemeur sur la Silicon Valley ne dit rien d’autre que ce que je dis ici régulièrement. Mais il a la visibilité, la crédibilité et l’expérience des deux continents, ce qui rend son message convaincant.

Et voici donc ce qu’il dit:
– la raison principale est le temps que nous passons à déjeuner (c.a.d. sentiment d’urgence)
– tout le monde dans une seule région (c.a.d. la masse critique)
– qui ressemble à un campus (c.a.d. connections, jeunesse, soleil, dynamisme)
– le business a lieu 24/7 même quand on ne s’y attend pas (c.a.d. obsession)
– seed funding et VCs (c.a.d. l’argent qui finance)
– flexible (c.a.d. tout change vite)
– l’esprit « qu’est-ce que je peux faire pour aider » (c.a.d. ouvert et concret)
– facile d’obtenir un rdv (c.a.d. ouvert à nouveau)
– on vous fait confiance a priori (c.a.d. toujours la même attitude ouverte)
– diversité (c.a.d. que oui la diversité peut fonctionner )
– presse et bloggers (c.a.d. une culture favorable à la technologie)
– les Européens commencent local (c.a.d. pas global)
– trop de copy / paste en Europe (c.a.d. pas de vraies innovations ?)
– les Européens recrutent local (c.a.d. un défi de recruter global)
– Think in English (c.a.d. une difficulté assez subtile de communication)
– vous pouvez y arriver (c.a.d. confiance en soi et en les autres – « empowerment », souvenez-vous de recruter toujours meilleur que vous-même)
– vouloir devenir numero 1 (c.a.d. ambition)
– focalisation sur l’implémentation, les idées comptent moins (c.a.d. orienté action)
– réunir une communauté d’utilisateurs et itérer (c.a.d. appendre en faisant, par essais et erreurs)
– croire en vous (c.a.d. …)

Tout cela pourra sembler évident à nombre d’entre vous, et j’ai pourtant l’impression de me battre trop souvent sur le sujet (voyez par exemple mon post précédent!)

Vous pouvez donc comparer tout cela à la synthèse que je fais lors de mes interventions sur la Silicon Valley. Pas de frustration, si ce ce n’est qu’il faut répéter tout cela inlassablement, et parfois trop souvent!

The Ultimate Cure, un beau roman

Non seulement « the ultimate cure » est un bon roman sur le monde des start-up, du capital risque et sur ce que cela coûte d’être un entrepreneur (et en cela il me rappelle le « The First $20 Million Is Always The Hardest » de Po Bronson), mais c’est aussi un beau roman, sur la nature humaine et sur ce qui nous anime dans la vie. En cela, je pense plus à l’étoile montante suisse, Martin Suter et à ses thrillers psychologiques. Mais surtout, c’est un plaisir de lecture.

L’auteur Peter Harboe-Schmidt a donc produit de la belle ouvrage. En voici un bref extrait que je traduis de l’anglais:


« Prend ta start-up par exemple. Pourquoi t’es tu lancé? Si tu analysais le pour et le contre, tu ne le ferais sans doute jamais. Mais ton intuition t’y a poussé, en sachant que tu en tirerais une expérience positive. Ai-je raison? » Martin réfléchit à ce qui l’a poussé vers un monde qui de temps en temps ressemblait à un asile de fous. Comme un monde parallèle, avec quelques ressemblances avec le nôtre, juste beaucoup plus rapide et intense. Des gens essayant de réaliser leur rêve dans un monde incertain et pleins d’inconnu, travaillant sans compter, sacrifiant leur vie privée, courant à côté de ces autres start-up high-tech. Les instruments médicaux, les moteurs de recherche Internet, les télécom, les nanotechnologies et tous les autres recherchant la même chose: l’Argent. Pour faire tourner l’horloge du succès  un peu plus vite. « C’est drôle que tu dises cela, » dit finalement Martin. « J’ai toujours pensé à cette start-up comme une évidence. Je n’ai jamais essayé de la justifier de quelque manière que ce soit. »

En compagnie des géants

J’avais lu In the Company of Giants en 1997 juste avant de devenir capital-risqueur. Puis, lorsque j’ai commencé à relire des livres sur les entrepreneurs, je n’ai simplement pas pu retourver l’ouvrage et j’ai du utiliser le réseau des revendeurs d’Amazon. Il est aussi intéressant que d’autres mentionnés dans mes posts passés (Once You’re Lucky, Betting it All, Founders at Work).

Je vous laisse faire le lien entre les noms et les photos!

Steve Jobs: « In the early days, we were just trying to hire people that knew more than we did about anything and that wasn’t hard because we didn’t know a lot. Then your perspectives are changing monthly as you learn more. People have to be able to change. »

T. J. Rodgers (Cypress Semiconductor): « the standard entrepreneurial answer is frustration. You see a company running poorly, you see that it could be a whole better. Intel and AMD were arrogant. If you think about it, any billion dollar company, that has so much money to spend on R&D should be unassailable. But the large companies routinely cannot crunch little companies so something’s got to be wrong. »

Gordon Eubanks (Symantec): « What makes a company successful is people, process, product, and passion. You must have great people and product and passion balanced by process. »

Steve Case (AOL): « Do something you really love, you are passionate about. Take a long-term view, be really patient. There are going to be bumps on the road. »

Scott Cook (Intuit): « People [customers] won’t tell you what they want. Often they can’t verbalize it because they don’t understand things they’ve not seen. You must understand fundamental motivations and attitudes. »

Sandy Kurtzig (ASK): « I did not see it as incredible risk. Many entrepreneurs would tell you why it was obvious to do what they did. When you have nothing, you have nothing to lose. That’s why so few entrepreneurs can do it a second time. Even Jim Clark did not really start Netscape or Jobs did not really start Pixar. They funded it. You need other people to be hungry… Believe in yourself, surround yourself with good people, be willing to make mistakes, don’t get wrapped up in your success. You are still the same person you were when you started. »

John Warnock and Charles Geschke (Adobe): « Actually there was the very first business plan, then there was the second business plan, and then the third business plan; we never actually wrote the third business plan. »

Michael Dell: « It did not seem risky to leave school because I was already earning obscene amounts. The worst thing that could happen is I would return to school. The greater risk was to stay at school. »

Charles Wang (Computer Associates): « Managing is not just telling people what to do, but it is leading by doing. Know your strengths and weaknesses and complement yourself. Be realistic and objective. Surround yourself with great people. »

Bill Gates: « It’s mostly about hiring great people. We are [in 1997] 18,000 people and still the key constraint is bringing in great people. We naively thought there were guys who could tell us we weren’t doing things the best way. »

Andy Grove: « I can’t look at a startup as an end result. A startup to me is a means to achieve an end. »

Trip Hawkins (Electronic Arts): « You don’t have an objective, rational process. You need a certain amount of confidence. There are many things that you don’t know will go wrong. If you knew in advance all the things that could go wrong, as a rational person, you wouldn’t go into business in the first place. »

Ed McCracken (Silicon Graphics): « My venture capital friends tell me that many of the ideas they’re seeing for new businesses are coming from people under 26 years old. »

Ken Olsen: « Business school’s goal today is to teach people to become entrepreneurs. I think it’s a serious mistake. You learn first how to be a team member, then a leader. »

Bill Hewlett: « It was 1939 and it was no time to start a company. It was probably the supreme optimism of youth. » and « It’s not all due to luck, but certainly a large percentage of success is. We were in the right place at the right time. We were lucky and we had wonderful teachers and mentors. HP didn’t start in a vacuum. »

Les pensées d’un entrepreneur Suisse en Californie

A la suite d’une longue conversation téléphonique avec un Suisse basé dans la Silicon Valley, celui-ci m’a envoyé ses réactions. Je les ai trouvées très intéressantes. Je vous laisse en prendre connaissance:

« Ça me démoralise un peu de voir que les choses n’évoluent que lentement (c’était malheureusement déjà mon impression)…

Du cote philosophique, je réfléchissais dans la voiture que l’un des problèmes est le niveau de confiance. Aux US, tout le monde est élevé dans la culture du « tout est possible », « rêve américain », parfois au point ou cela devient stupide et énervant… Au contraire, en Suisse, on veut tout bien faire et on est dans la culture du « c’est pas possible », « je sais pas faire ». En fait, pour être entrepreneur, il ne faut pas avoir peur de faire les choses de manière imparfaite, de faire des choses dans des domaines que l’on ne connait pas bien, et rapidement en plus (c’est l’oppose du spécialiste Suisse qui est très pointu et très centre sur les détails « travail bien fait »)… En résumé d’apprendre de nouvelles choses sur le tas:

– Comment lever de l’argent: Par où commencer?
– Comment négocier un contrat d’investissement
– Comment aborder les partenaires
– Négociation
– Comment travailler avec des recruteurs, des avocats, des clients…
– Comment monter et manager un groupe
– Comment engager des commerciaux (pour un ingénieur). Au fait: ça fait quoi le marketing, les ventes, les opérations?
– Comment creer un nouveau produit – schedule, spécification, qualification, etc…
– Ou trouver des distributeurs pour le produit? Comment choisir les bons?
– etc…

Tout ça s’apprend pas a l’école pour un ingénieur (je sais même pas ce qui est vraiment couvert de manière pratique dans un MBA). En fait je sais pas si ça peut s’apprendre dans une cours a l’université… Pour moi, un entrepreneur, çà n’arrête pas de faire des choses nouvelles, assez mal la première fois, et de s’améliorer au cours du temps. Il faut a la fois ne pas avoir l’attitude négative/défaitiste qui fait que l’on ne tente jamais des choses difficiles/risquées, sans aller a l’oppose et ne se lancer que dans des projets irréalistes. Il y a une « fine line »
entre l’arrogance (il faut quand même connaitre ses limites) et le dynamisme d’un bon entrepreneur…

Bien sur, le fait que la formation des ingénieurs ne comprenne aucune introduction au Marketing, a la comptabilité, au aspects légaux n’aide pas. (Mais c’est le cas au US aussi) »

Hier, j’étais à Grenoble pour une table sur les Nouveaux Conquérants:

Le sujet était exactement le même: la nécessité de la confiance en soi, de la passion, de l’enthousiasme pour affronter l’incertitude.