Archives par étiquette : New Yorker

Quand le rêve américain de petite ville vit bien

«Alors que les communautés rurales américaines stagnent, que peut-on apprendre de l’une qui vit bien?» est le sous-titre de Our Town de Larissa MacQuhar dans l’édition papier du New Yorker du 13 novembre 2017. Le titre en ligne est Quand le rêve américain de petite ville vit bien. C’est une analyse étrange et fascinante de l’Amérique. Par ailleurs dans la même édition, vous pouvez également lire The Patriot une critique des écrits de non-fiction de Philip Roth, une autre explication éclairante de ce qu’est l’américanité.


La Chambre de Commerce à Orange City, Iowa. Photographie de Brian Finke.

Vers la fin de cet article de 10 pages, l’auteur écrit: Dans son livre de 1970, « Exit, Voice, and Loyalty », l’économiste Albert O. Hirschman a décrit différentes manières d’exprimer son mécontentement. Vous pouvez sortir – arrêter d’acheter un produit, quitter la ville. Ou vous pouvez utiliser votre voix – vous plaindre au fabricant, rester et essayer de changer l’endroit où vous habitez. Plus il est facile de sortir, moins il est probable qu’un problème sera résolu. C’est pourquoi l’attraction centripète d’Orange City pourrait ne pas seulement être une force conservatrice; cela pourrait aussi être un puissant dynamisme. Après tout, ce ne sont pas ceux qui ont fui la ville qui ont pu la faire avancer, politiquement ou économiquement, c’étaient ceux qui l’aimaient assez pour rester ou pour revenir.
Les Américains, écrit Hirschman, ont toujours préféré «la netteté de la sortie au désordre et à la tristesse de la voix». Les Européens mécontents ont organisé des révolutions; Les Américains ont déménagé. «Le curieux conformisme des Américains, noté par les observateurs depuis Tocqueville, peut aussi s’expliquer ainsi, continua-t-il. Pourquoi élever la voix en opposition et vous causer des ennuis alors que vous pouvez toujours vous retirer complètement de tout environnement quand il devient trop désagréable? »

Il y a beaucoup d’autres choses passionnantes sur les gens qui partent et ceux qui restent; et sur leurs ambitions, leurs motivations. Je ne sais pas comment cela se rapporte à l’innovation et à l’entrepreneuriat, mais je me souviens de Robert Noyce, un des pères de Silicon Valley, né dans une petite ville de l’Iowa … et qui a déménagé au MIT avant de partir vers l’ouest.

Andreessen Horowitz : extrapoler l’avenir

J’ai déjà écrit sur Andreessen Horowitz (a16z pour ses amis) dans des messages précédents. J’ai d’abord été très impressionné par le livre de Horowitz, The Hard Thing About Hard Things et deuxièmement, la société de capital risque est proche de Peter Thiel (Voir Quand Peter Thiel parle des start-up – partie 4: et les clients?). J’ai aussi publié des données sur Netscape.

a16z-ma-NY
Marc Andreesseen – Photographie de Joe Pugliese – The New Yorker.

J’ai aussi déjà mentionné à quel point j’ai été impressionné par quelques articles publiés par le New Yorker, et je me demande encore pourquoi je ne suis pas abonné. Je viens de terminer la lecture de Tomorrow’s Advance Man – Marc Andreessen’s plan to win the future de Tad Friend. Encore une fois une analyse longue, profonde et passionnante. Quand je l’ai imprimée, j’avais un document de 25 pages. Mais cela vaut la peine de le lire; promis!

J’ai lu un autre article sur Andresseen Horowitz, qui est aussi intéressant, même si moins profond: Andreessen Horowitz, Deal Maker to the Stars of Silicon Valley du New York Times. Les deux articles essaient de montrer que A16Z est peut être en train de changer la Silicon Valley et le monde du capital de risque (ou qu’ils créent une autre bulle et disparaîtra quand elle éclatera)

a16z-ma-NYT
Marc Andreesseen – Robert Galbraith / Reuters pour le New York Times.

Je vous encourage vraiment à lire les 25 pages, mais voici quelques courts extraits:

Le capital-risque est devenu un métier ici quand un investisseur nommé Arthur Rok a financé Intel, en 1968. Un des co-fondateurs d’Intel, Gordon Moore, a inventé l’expression « capital vautour » parce les VCs peuvent vous décortiquer. Des millionnaires en semi-retraite qui arrivent systématiquement en retard aux réunions, prennent la moitié de votre entreprise et vous remplacent par un PDG de leur choix, si vous étes chanceux. Mais les VCs peuvent également permettre votre passage à postérité. L’imprimatur de l’investissement des meilleurs VCs est si puissant que les entrepreneurs acceptent souvent une valorisation vingt-cinq pour cent inférieure pour l’obtenir. Patrick Collison, un co-fondateur de la société de paiement en ligne, Stripe, dit que obtenir l’argent de Sequoia, Peter Thiel et a16z « était un signal qui n’a pas été manqué par les banques avec lesquelles nous voulions travailler. » Et d’ajouter en riant que l’évaluation du prochain tour de financement – « pour une entreprise à ses débuts, créée par des entrepreneurs sans expérience et qui avaient très peu de clients » – fut d’une centaine de millions de dollars. Stewart Butterfield, co-fondateur de l’application de messagerie Slack, m’a dit: « Il est difficile de surestimer combien compte la perception de la qualité du VC qui vous soutient – à savoir le signal qu’il envoie à d’autres VCs, aux employés potentiels, aux clients, à la presse tech. C’est comme un diplôme des meilleures universités. »

[…] Le jeu dans la Silicon Valley, alors qu’elle reste une région de Californie, n’est pas de faire preuve d’intelligence féroce ou de thèses anti-conformistes: tout le monde peut le faire. Ce n’est même pas la quête de la richesse: tout le monde peut devenir milliardaire juste en cotoyant Mark Zuckerberg. Ce qui compte est la prescience. Et ensuite d’enlever tout obstacle à la clarté féroce de votre vision: establishment, règlements, habitudes, et même les gens. Pouvez-vous non seulement voir l’avenir, mais le convoquer?

[…] La plupart des entreprises de capital-risque fonctionnent comme une guilde; chaque partenaire travaille avec ses propres entreprises, et une petite équipe est partagée pour l’aide au développement de l’entreprise et le recrutement. A16Z a introduit un nouveau modèle. Ses partenaires touchent environ trois cents mille dollars par an, beaucoup moins que la norme d’au moins un million de dollars dans cette industrie, et ces économies paient soixante-cinq spécialistes du talent managérial, du talent high-tech, du développement du marché, du développement de l’entreprise et de la commercialisation. A16Z maintient un réseau de vingt mille contacts et invite chaque année deux mille sociétés établies à son centre de direction managériale pour rencontrer ses startups (ce qui a produit un pipeline de transactions d’une valeur de trois milliards de dollars). Andreessen m’a dit, « Nous donnons à nos fondateurs la superpuissance du réseautage, en hyper-accélérant quelqu’un en un PDG entièrement fonctionnel en cinq ans. »

[…] A16Z a été conçue non seulement pour réussir, mais aussi rendre à ses investisseurs: elle corrigera les torts qu’Andreessen et Horowitz ont connu en tant qu’entrepreneurs. La plupart de ceux-ci, dans leur récit, provenaient de Benchmark Capital, le VC qui a financé Loudcloud et qui a récemment conclu les premiers tours de financement de Uber et Snapchat – une boutique de cinq partenaire sans aucun spécialiste en back-office pour fournir les services auxquels ils avaient aspiraient. « Nous avons toujours été l’anti-Benchmark, » m’a dit Horowitz. « Notre conception était de ne pas faire ce qu’ils ont fait. » Horowitz est toujours en colère que l’un des partenaires lui ait demandé, en face de ses co-fondateurs: « Quand allez-vous pour recruter un vrai PDG? » Et ce VC connu de Benchmark, Bill Gurley, un géant de deux mètres, un géant au franc-parler avec une grande popularité sur Twitter, conseilla aussi à Horowitz de se débarrasser d’Andreessen et de son investissement de six millions de dollars. Andreessen a dit, « je ne peux pas le supporter. Si vous avez vu Seinfeld, Bill Gurley est mon Newman, la bête noire de Jerry ».

Il est temps de lire la suite, non?

Christensen a-t-il eu tort et et l’innovation de rupture est-elle une théorie erronée?

Clayton Christensen a été l’un de mes héros. Vais-je devoir tuer cette figure du père? Le souvent excellent magazine New Yorker a publié récemment The Disruption Machine avec pour sous-titre Ce que l’évangile de l’innovation a de faux. L’auteur Jill Lepore coonait bien les gourous de l’innovation, de Schumpeter à Porter et Christensen, et ce qu’elle a à dire est au moins très inquiétant.

NY-Disrupt
« La rupture est une théorie du changement
fondée sur la panique, l’anxiété,
et des démonstrations fragiles. »

Vous devez lire le article: Lepore semble avoir de solides arguments sur les faiblesses de Christensen. Dans l’industrie du disque dur, selon elle, Seagate Technology n’a pas été abattu par la l’innovation de rupture. Même chose avec Bucyrus et Caterpillar pour l’industrie des pelles mécaniques – ou encore: « Aujourd’hui, le plus grand producteur américain d’acier est – US Steel ». Difficile pour moi d’évaluer les affirmations. Je dois admettre que j’avais lu des livres plus récents de Christensen qui étaient vraiment décevants, mais je pensais que sa première ppublication était solide.

Plus drôle: « La théorie de la rupture est censée être prédictive. Le 10 Mars 2000, Christensen a lancé un Fonds de Croissance Disruptive de 3,8 millions de dollars. Moins d’un an plus tard, le fonds a été discrètement liquidé. En 2007, Christensen avait déclaré à Business Week que «la théorie prédit que Apple ne réussira pas avec l’iPhone», ajoutant: « L’histoire parle très fort là-dessus. » Au cours des cinq premières années, l’iPhone a généré cent cinquante milliards de dollars de chiffre d’affaires ».

Il y a eu un débat à la suite des allégations de Lepore que je vous laisse découvrir:

– Business Week: Clayton Christensen répond à la critique du New-Yorker Takedown de «l’innovation de rupture»: ici.

– Forbes: En quoi Jill Lepore se trompe sur Clayton Christensen et l’innovation de rupture: ici.

– Slate: Même le père de la rupture pense que la « rupture » est devenue un cliché: ici.

PS: un grand merci à Martin pour m’avoir mentionné cet article fascinant.

Quelque chose de pourri dans le royaume Silicon Valley?

J’avais déjà abordé la difficulté qu’avait la Silicon Valley à parler ou traiter de politique dans Les promesses de la technologie. Décevantes ? et surtout dans La Silicon Valley et la politique – Changer le monde. J’y faisais allusion à deux articles (que je qualifie d’exceptionnels) écrits par George Packer dans le New Yorker en 2011 et 2013. C’est un article publié le 27 janvier sur le même site, Tom Perkins and Schadenfreude in Silicon Valley de Vauhini Vara, qui me pousse à me poser la question: Y a-t-il quelque chose de pourri dans le royaume Silicon Valley?

NewYorkerHeader

Cet article est plutôt le énième révélateur d’une situation qui mérite l’attention. Quatre jours plus tôt, Le Monde publiait l’article de Jérôme Marin, A San Francisco, les protestations anti-Google dérapent. Le résumé de cette situation peut se faire simplement, mais je vous encourage à lire ces articles (surtout ceux de Packer dont la profondeur de l’analyse m’avait enthousiasmé):

De nombreux nouveaux millionnaires (en particulier employés de Twitter et Facebook), et même quelques milliardaires (voir Les milliardaires de la technologie en 2013) ont contribué à l’accélération récente de la gentrification de San Francisco. Or les autorités de San Francisco ont plutôt encouragé le phénomène et à une échelle plus large, le débat commence à faire rage. D’un côté une population qui exprime sa frustration devant cette situation nouvelle en bloquant les célèbres bus privés qui transportent ces employés high-tech de leur domicile à leur bureau (Cf. Un bus de Google bloqué, la colère monte à San Francisco du même Jérôme Marin) ou un employé de Google à son domicile. De l’autre, le « dérapage » de Tom Perkins qui compare ces protestations aux attaques des Nazis contre les Juifs…

2-800_streetview_picture-640x526

Ces réactions sont vraiment le révélateur d’un débat de plus en plus visible entre les tenants de la Main Invisible (laissez les riches être plus riches et le marché s’auto-régulera pour le bénéfice de tous) et des opposants de plus en plus déterminés aux conséquences de ce libéralisme exacerbé. Comme si Occupy Wall Street déménageait dans la Silicon Valley. Les Américains réagissant toujours assez vite, la mairie de San Francisco a pris la décision de faire payer à ces bus privés l’usage des arrêts de bus publics. Vauhini Vara mentionne aussi que Mark Zuckerberg est devenu le plus grand donateur privé en 2013 aux USA (avec le montant de $1 milliard de dollars…) et que Sergueï Brin se classe 5ème.

Mon avis n’a que peu d’importance et je vous laisse juger. Laissez moi juste ajouter (et vous comprendrez où je me situe en admettant que cela vous intéresse!) que les grandes entreprises américaines paient des montants ridicules d’impôt en utilisant légalement toutes les possibilités offertes par la législation du commerce mondial. En 2011, Le Monde publiait Etats-Unis: profit ne rime pas forcément avec impôt, dont voici un extrait:

Sur 280 entreprises parmi les 500 plus grosses entreprises américaines,, 111, soit 40%, ont bénéficié d’un taux d’impôt moyen de 4,6%. Il doit bien y avoir une explication rationnelle à ce traitement particulier me direz-vous, une chute des résultats par exemple, qui justifie une moindre pression fiscale ? Le problème, c’est que d’après les données compilées dans ce rapport, cet argument ne tient pas. Les 111 entreprises dont nous parlons ont même enregistré un total de bénéfices supérieur aux autres. Entre 2008 et 2010 l’opérateur télécom Verizon a accumulé 32,5 milliards de dollars de bénéfices, le conglomérat General Electric totalise 10,4 milliards de profits, quant au fabricant de jouets, Mattel, il a gagné plus d’un milliard de dollars sur la période. Pourtant, aucune de ces entreprises n’a payé l’impôt fédéral.

«Ce n’est pas un rapport contre les entreprises, précise l’étude dans son préambule. Au contraire, à l’instar de la plupart des Américains, nous voulons que les affaires aillent bien. Dans une économie de marché, nous avons besoin de managers et d’entrepreneurs, comme nous avons besoin de salariés et de consommateurs. Mais nous avons aussi besoin d’un meilleur équilibre sur le plan de la fiscalité».

Le milliardaire américain Warren Buffet appelait récemment les pouvoirs publics à lui faire payer plus d’impôts sur le plan individuel dans le sens d’une plus grande justice fiscale. Les multinationales sont elles capables d’un tel sursaut citoyen ?

Puisque j’avais commencé en mentionnant que la Sillcon Valley avait changé le monde, je termine pas une citation entendue ce matin sur France Culture et que je donne de mémoire: « Si vous ne changez pas le cours de l’Histoire, c’est l’Histoire qui vous changera. »

Les promesses de la technologie. Décevantes ?

Après avoir lu l’excellent article du New Yorker sur la Silicon Valley et la politique, j’ai cherché «Silicon Valley» sur le site web du magazine et j’ai trouvé deux articles aux points de vue contrastés:

NewYorker-2000

– Le premièr est un peu une sorte d’introduction à mon post précédent, il a aussi été écrit par George Packer (clairement un grand écrivain, et perspicace) en 2011 et fait un riche portrait de Peter Thiel, le célèbre entrepreneur et investisseur libertarien : No Death, No taxes (Ni mort, ni impôt – le futurisme libertaire d’un milliardaire de la Silicon Valley).
– Le second est beaucoup plus ancien et concerne les premiers jours de Google et de la recherche sur Internet: Search and Deploy par Michael Specter .

Ils sont un peu contradictoires, car le second est optimiste quant à ce que la technologie peut résoudre (Google a signaficativeemnt amélioré notre accès à la connaissance) alors que Packer montre le pessimisme de Thiel quant aux apports de la technologie, même s’il a (toujours) beaucoup d’espoir en elle. En fait, comme je l’ai mentionné dans l’article précédent à propos de la SV et de la politique, il appartient au groupe de personnes qui se méfient de la politique au point qu’il croit que la technologie peut / doit être l’alternative.

Laissez-moi commencer par le premier article, l’optimiste: en 2000, Google était déjà considéré comme le vainqueur de la recherche sur Internet (même si Google n’avait pas mis en œuvre son modèle d’affaires): Google avait la meilleure solution pour nos problèmes de recherche sur Internet. Page et Brin l’ont fait en trouvant un meilleur algorithme mathématique, le système de PageRank basé sur la popularité et la fréquence des références des pages Web. Drôle d’effet secondaire, Google avait moins de demandes que les autres sites sur le sujet de la pornographie: « Environ dix pour cent des requêtes Google concernent la pornographie. Ce chiffre est inférieur à celui de la plupart des autres moteurs de recherche. Cela reflète la démographie des personnes qui utilisent le moteur de recherche, mais peut-être cela démontre aussi l’un des défauts évidents de Google : les sites pornographiques sont recherchés par des millions d’utilisateurs d’Internet, mais sont rarement liés à des pages Web de premier plan. Sans liens, même la page la plus populaire est invisible. »

PeterThiel-NewYorker-2011
Le credo de la société de capital-risque de Thiel : « Nous voulions des voitures volantes, à la place nous avons eu 140 caractères. » Photographie de Robert Maxwell.

Il est connu que Thiel a été déçu par l’innovation high-tech. Il suffit de relire mon post de 2010, La technologie, notre salut. Je pense que vous devriez lire l’article de Packer si vous avez aimé (ou même si vous n’avez pas) Changer le monde. Les deux articles montrent la puissance et les limites de ces personnes visionnaires et leur vision parfois effrayante de la technologie face à la politique. Il y a quelque chose du « 2001, l’Odyssée de l’espace » de Kubrick dans tout cela. Packer montre avec brio la nature étrange de ces personnes (une forte concentration de syndromes d’Asperger et de dyslexiques – apparemment deux caractéristiques plutôt répandue chez entrepreneurs). Voici quelques extraits de l’article. J’espère vous donner envie de le lire en entier.

« Thiel estime que l’éducation est la prochaine bulle de l’économie américaine. Il a comparé les administrateurs universitaires aux courtiers des subprimes, et a appelé les diplômés endettés les derniers travailleurs sous contrat du monde développé, incapables de se libérer, même par la faillite. Nulle part la complaisance aveugle de l’establishement n’est plus évidente que dans son attitude bovine envers les diplômes universitaires: tant que mon enfant va dans la bonne école, la mobilité ascendante va se poursuivre. Une formation universitaire est devenue une police d’assurance tout risque extrêmement coûteuse, selon Thiel qui estime de plus que la véritable innovation est au point mort. Au milieu de la stagnation économique, l’éducation est devenue un jeu de statut, «purement positionnel et extrêmement découplé» de la question de son bénéfice pour l’individu et la société. Il est facile de critiquer l’enseignement supérieur de surcharger les étudiants d’années d’endettement, ce qui peut les contraindre au carriérisme, dans le droit ou la finance, qu’ils n’auraient peut-être pas choisi dans d’autres circonstances. Et un diplôme universitaire est devenu une passeport incontournable dans une société de plus en plus stratifiée. Mais Thiel va beaucoup plus loin: il critique l’idée que l’université serait un lieu de riche activité intellectuelle. Une orientation vers les sciences humaines lui paraît être un choix particulièrement malavisé, car elle conduit souvent aux choix par défaut de l’école de droit. Les sciences lui semblent presque aussi douteuses, peu ambitieuses et étroites, tiraillées par des luttes internes plutôt que par la recherche de pointe. Et pire encore, l’université n’apprend rien sur l’entrepreneuriat. Thiel pense que les jeunes, surtout les plus talentueux, devraient très tôt avoir des objectifs dans leur vie, et il favorise un objectif en particulier: le démarrage d’une entreprise de technologie ».

Toujours en accord avec ses pensées, « il a eu l’idée de donner des bourses à des jeunes gens brillants qui abandonneraient leurs études lancer leur propre start-up. Thiel agit rapidement: le lendemain, à TechCrunch Disrupt, une conférence annuelle à San Francisco , il a annoncé les bourses Thiel: vingt-deux soutiens d’une année, de cent mille dollars chacun, à des personnes de moins de vingt ans. Le programme a fait la une des journaux et des critiques ont accusé Thiel de corruption de la jeunesse en les poussant vers l’appât du gain tout en arrêtant leurs études. Il a souligné que les gagnants puourront retourner à l’école à la fin de la bourse. Cela est vrai, mais aussi un peu malhonnête. Une part non négligeable de son objectif était de gêner les meilleures universités et de dérober une partie de leur meilleurs éléments. »

Je ne suis pas sûr que je le suis trop (je suis trop normal), par exemple dans sa quête de l’immortalité, mais je comprends beaucoup de ses visions. Il est autant un rêveur qu’un homme d’action, son fonds a eu des résultats mitigés, mais il est avec Elon Musk (un de ses ses co-fondateurs de PayPal) parmi les personnes qui poussent à « essayer » à l’extrème sans avoir peur d’échouer.

La Silicon Valley et la politique – Changer le monde

Mon collègue Andrea vient de me mentionner cet article exceptionnel sur la Silicon Valley et son manque d’intérêt, pour ne pas dire sa méfiance, de la politique. Il a été publié dans le New Yorker en mai 2013 et est intitulé: Changer le monde – la Silicon Valley transfère ses slogans et son argent vers la sphère de la politique de George Packer (voici le lien vers l’article du New Yorker).

130527_r23561_p233« Dans la Silicon Valley, le gouvernement est considéré comme lent, composé de médiocres, et criblé de règles obsolètes et inefficaces. » Illustration de Istvan Banyai.

Tout cela n’est pas si éloigné d’un post récent que j’ai publié : Les péchés capitaux de la Silicon Valley. L’analyse des George Packer est cependant bien plus profonde et subtile et tout à fait fascinante. Je ne vais pas analyser l’article, vous devez le lire, même si c’est un long article, et pour vous y vous encourager, en voici cinq extraits rapidement traduits:

– « Quand ils parlent de la raison pour laquelle ils ont lancé leur entreprise, les gens dans la high-tech ont tendance à parler de changer le monde « , commente M. Green. « Je pense que c’est réellement sincère. Mais d’autre part, ces gens sont tellement déconnectés de la politique. En partie parce que les principes de fonctionnement de la politique et les principes de fonctionnement de la technologie sont complètement différents. » Alors que la politique est transactionnelle et opaque, basée sur des hiérarchies et des poignées de main, explique M. Green, la technologie est empirique et souvent transparente, basée sur les données.

– Morozov , qui est âgé de vingt-neuf ans et a grandi dans une ville minière en Biélorussie, est le plus féroce critique de l’optimisme technologique en Amérique. Il démonte sans relâche la langue de ses adeptes . « Ils veulent être ouvert, ils veulent être perturbateurs, ils veulent innover » m’a dit Morozov. « L’objectif avoué est, à bien des égards, le contraire de l’égalité et de la justice. Ils pensent que tout ce qui vous aide à contourner les institutions est, par principe, responsabilisant ou libérateur. Vous pourriez ne pas être en mesure de payer pour les soins de santé ou votre assurance, mais si vous avez une application sur votre téléphone qui vous alerte sur le fait que vous avez besoin de faire plus d’exercice ou que vous ne mangez pas assez sainement, ils pensent qu’ils résolvent le problème. »

– Un système de « production par les pairs » pourrait être moins égalitaire que ces vieilles bureaucraties méprisées, dans lesquelles « une personne pouvait obtenir les points d’entrée appropriés et ainsi acquérir une place socialement qu’elle vienne d’une famille riche ou pauvre, d’une famille instruite ou ignorante. » Autrement dit, « les réseaux de pairs » pourraient restaurer la primauté de « formes de capital à base de classe et purement sociales » et nous renvoyer à une société où ce qui importe vraiment, c’est qui vous connaissez, pas ce que vous pourriez accomplir. (…) La Silicon Valley est peut-être la seule région où les Américains n’aiment pas reconnaître le fait qu’ils viennent de milieux modestes. Selon Kapor, ils auraient alors à admettre que quelqu’un les a aidés en cours de route, ce qui va à l’encontre de l’image de soi de la Vallée.

– « Il y a cette attitude pleine de conneries, cette attitude ridicule ici, selon laquelle si quelque chose est nouveau et différent, ce doit être vraiment bien, et qu’il doit toujours y avoir une nouvelle façon de résoudre les problèmes qui dépasse les anciennes limitations, les potins de blocage. Et avec un soupçon du genre « Nous sommes plus intelligents que tout le monde ». C’est non-sens total. »

– « C’est l’une des choses dont personne ne parle dans la vallée, » m’a dit Marc Andreessen. Essayer de lancer une start-up est «absolument terrifiant. Tout est contre vous. » Beaucoup de jeunes s’éteignent sous la pression. Comme capital-risqueur, il voit plus de trois mille personnes par an et finance seulement vingt d’entre eux. «Notre travail quotidien est de dire non aux entrepreneurs et de tuer leurs rêves » ajoute-t-il. Pendant ce temps, « chaque entrepreneur doit prétendre dans toutes ses interactions que tout va bien. A chaque soirée où vous allez, à chaque recruteur, à chaque entrevue. il faut dire « Oh , c’est fantastique! » mais à l’intérieur, votre âme vient d’être disloquée, non? C’est un peu « tout le monde vit dans le meilleur des mondes. »