Ce blog contient des articles issus du livre "Start-Up" et des articles originaux de Hervé Lebret. Le livre est disponible sur Amazon ainsi qu'en version électronique. Pour acheter le livre cliquez ici.

Archives pour la catégorie ‘Non classé’

L’âge des fondateurs

4 août 2011 Commentez! »

Comme je l’ai indiqué dans mon récent post (en anglais seulement) sur Carbonite, j’ai promis de revenir sur le sujet de l’âge des fondateurs après des commentaires de Pascale sur un autre de mes posts en anglais,
Is There A Peak Age for Entrepreneurship?

Or j’ai des données que je n’avais pas exploitées jusqu’ici, avec lesquelles je vous ennuie peut-être quand je publie mes tables de capitalisation de start-up qui vont en bourse. Ces sociétés publient l’âge de leurs dirigeants si bien que si les fondateurs sont encore présents lors de l’IPO, je peux en déduire leur âge à la fondation. De plus les biographies donnent aussi les start-up précédemment créées par ces entrepreneurs. J’ai donc fait un rapide exercice hier que j’ai classé en 2 groupes. Le premier regroupe essentiellement des IPOs assez récentes 8depuiws 5 à 10 ans) et le second, des start-up des années 90 ou même avant. Notez que dans mon livre, j’arrivais à une moyenne de 27 ans pour les start-up célébrissimes.

Voici donc le 1er groupe (52 fondateurs issus de 25 start-up):

Et voici le groupe des sociétés plus anciennes (53 fondateurs issus de 22 start-up) avec non seulement la moyenne du groupe mais aussi des deux groupes en fin de tableau.

Ce ne sont pas des statistiques mais des anecdotes et notez de plus que si je n’avais pas l’âge, j’ai aussi regardé le parcours académique avec l’hypothèse que l’on obtient son BS à 21 ans environ. La moyenne est à 34, et surtout augmente de 31 à 35. Clairement pas les 27 ans de mes stars, mais pas non plus les 40 ans des études récentes. je vous laisse décider si le verre est à moitié vide ou à moitié plein. Je reste intrigué par le fait que les “stars” semblent être beaucoup plus jeunes (en admettant que cette nouvelle hypothèse soit correcte!).

Un dernier commentaire qui n’est pas lié au sujet: le “nombre d’années de la création à l’entrée en bourse (IPO)” passe de 3.7 à 6.8, avec une moyenne à 5. Les chiffres restent bien inférieurs à mes mesures anecdotiques en Europe (de l’ordre de 9, voire 10 ans).

L’industrie et la recherche sont toujours deux mondes cloisonnés

20 juillet 2011 2 Commentaires »

Voici la synthèse d’un entretien que j’ai eu avec Jacques Marouani (ElectroniqueS) qui suit ma participation à la table ronde des 5 ans de Minalogic à Grenoble, il y a quelques jours (voir antre autres la fresque qui en a résulté plus bas).

D’origine française, Hervé Lebret a passé une partie de sa vie professionnelle dans la SiliconValley et dirige aujourd’hui une structure de transfert de technologies à l’EPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) qui remporte un grand succès auprès des start-up. Il estime que les collaborations entre recherche et industrie ne sont pas assez ouvertes.

Comment percevez-vous le rapprochement de l’industrie et de la recherche, notamment dans le cadre des pôles de compétitivité en France?
Le concept d’«innovation ouverte» selon lequel les grands groupes rechercheraient des partenariats avec des start-up et des laboratoires de recherche est trompeur. Il s’agit juste pour eux d’ouvrir leurs portes, mais de façon sélective, pour profiter de technologies dont ils ont besoin. Ils créent des sortes de constellations dans lesquelles les start-up sont prisonnières comme le sont les planètes de notre système solaire. Dans le cadre de ces collaborations fermées, ils tirent des bénéfices du savoir que leur apportent les start-up ou les chercheurs qui ont de bonnes idées. En se contentant de ces apports, il en résulte un manque d’échanges entre les partenaires. Cela n’aide pas la communauté industrielle et scientifique. En faisant en sorte que les résultats de leurs travaux de recherche ne soient pas disponibles pour tous, le brassage des idées et des connaissances ne peut pas avoir lieu. Sous couvert des pôles de compétitivité, les grands groupes roulent pour eux. Alors que ces pôles devraient être des facilitateurs d’innovation, ils créent en réalité de nouveaux cloisonnements.

Vous avez passé une partie de votre vie professionnelle dans la Silicon Valley. Quels enseignements en tirez-vous?
Dans la Silicon Valley, rien n’est formalisé. C’est le règne du «bottom-up» qui prévaut, alors qu’en France, les directives viennent davantage d’en haut. Aux Etats-Unis, des ingénieurs se rencontrent dans des bars pour parler d’innovation avec une totale liberté de parole, telle «Wagon Wheel Bar». Dans les années 70 et 80, de nombreux ingénieurs de chez Fairchild, National et autres se rencontraient autour d’une bière pour parler des problèmes qu’ils rencontraient dans la production ou la vente de semi-conducteurs. Le «Wagon Wheel Bar» était un lieu de rencontres où même les compétiteurs les plus vifs échangeaient des idées. Je ne suis pas certain que les pôles de compétitivité soient parvenus à une telle ouverture. Les systèmes innovants doivent avoir cinq composantes: des universités et des centres de recherche haut de gamme, une industrie du capital-risque agrégeant financiers institutionnels et investisseurs privés, des professionnels qui puissent apporter leur expérience, une offre de services incluant avocats, chasseurs de têtes, spécialistes des relations publiques, mais surtout un esprit pionnier qui encourage la culture entrepreneuriale. Or, ce dernier ingrédient est souvent ignoré de ce côté de l’Atlantique.


Mais cette plus grande ouverture que vous prônez pose des problèmes de propriété intellectuelle. Cela ne constitue-t-il pas un risque pour les inventeurs de s’exprimer si librement?

C’est pour cette raison que cet esprit d’ouverture n’existe pas en Europe. L’essentiel est d’aller plus vite que son concurrent, et ainsi de garder une longueur d’avance sur lui. C’est celui qui court le plus vite qui gagne. Et le temps que les gens vous copient, vous les aurez dépassés. Soyons le plus créatifs possible et nous serons les meilleurs. Est-ce que Microsoft ou Airbus sont menacés dans leur existence par des vols de brevets? Je ne le crois pas. En cherchant toujours à nous protéger, nous oublions qu’il faut d’abord être créatif pour gagner la bataille de l’innovation. La notion de propriété intellectuelle n’est pas si critique que certains l’avancent. Elle a un effet de ralentisseur et recèle peut-être plus d’effets pervers que d’effets positifs. En Silicon Valley, nous entendons souvent des inventeurs se dire «essayons cette idée». C’est une région de migrants où il existe une grande émulation, alors que dans d’autres régions des Etats-Unis et en Europe, il y a une plus grande culture de la confidentialité. L’autre atout de la Silicon Valley est que tout est concentré dans un rayon de 100 kilomètres, alors qu’en Europe, il est nécessaire de sans cesse prendre l’avion pour rendre visite à des start-up, car elles sont disséminées sur tout le territoire, et aussi en Israël où il y a un vivier important de jeunes entrepreneurs.

Comment en êtes-vous venu à créer votre structure de transfert de technologies, Innogrants, au sein de fEPFL?
Dans les années 90, des amis m’ont proposé de rejoindre une start-up. A cette époque, je me demandais si beaucoup de chercheurs avaient entendu ce mot en France. Puis en 1997, je me suis associé à la création d’un fond de capital-risque, Index Ventures, à Genève. Maintenant, à l’EPFL, j’aide les étudiants à lancer leurs start-up. J’essaie de leur communiquer cette envie dans le cadre d’un programme de soutien à la création d’entreprises innovantes. Je me suis inspiré du «Deshpande Center» américain dont le fonctionnement a été basé sur l’octroi de bourses à des étudiants du MIT. Mon budget provient de l’EPFL et de fonds privés, généralement des mécènes. En six ans, nous avons reçu 300 demandes et j’ai financé à ce jour 48 projets qui ont donné naissance à 25 start-up dont certaines croissent rapidement, à l’américaine. Chaque projet reçoit en moyenne 70000€, ce qui correspond à une dépense annuelle de l’ordre de 600000€, tous domaines confondus. Le problème, en France, c’est que nous n’avons pas de «business-angels» suffisamment fortunés ou de grands groupes qui accepteraient de jouer le rôle de mécènes.

PROPOS RECUEILLIS PAR JACQUES MAROUANI

Wozniak est de retour!

5 avril 2011 Commentez! »

En parcourant le nombre de plus en plus grand de documents de demande d’entrée en bourse, j’ai eu la surprise de découvrir le nom de Wozniak. Steve Wozniak, le co-fondateur d’Apple, est le directeur scientifique (Chief Scientist) de Fusion-io, une start-up basée à Salt Lake City. Fusion-io a levé plus de $100M avec NEA et LightSpeed et généré plus de $30M de revenus en 2010.

Wozniak n’est ni fondateur ni un actionnaire important. Du moins le document S-1 ne donne pas sa part, ce qui veut dire qu’il a moins de 5% des actions de la start-up. Ma table de capitalisation habituelle donne les grandeurs habituelles: les deux fondateurs ont gardé respectivement 6.1 et 4.7% des actions, les investisseurs en ont plus de 50% et le plan de stock-options représente 20% du total (25% si j’inclus celles qui sont réservées pour les futurs employés). Tout ceci suppose que Fusion-io va aller en bourse en inclut les nouvelles actions vendues au public.

Un dernier point de détail que je vais aborder plus en profondeur bientôt concerne les parts des membres du conseil d’administration indépendants (je ne parle pas des VCs qui n’ont pas d’actions à titre personnel en général). Ici Ray Bingham et Dana Evan possédent 0.03% de la start-up soit moins de 1% des actions des fondateurs.

Le Who’s Who de la Silicon Valley

28 mars 2011 1 Commentaire »

Un quiz tout simple: qui sont les personnalités pris en photo?

La réponse se trouve ici. J’ai aussi essayé de faire l’exercice, il vous suffit de regarder plus bas. Le Monde vient de publier un article intéressant sur le sujet: Entre la Silicon Valley et Washington, les liaisons dangereuses.

Quelques start-up biotech: 2/3 - Genzyme

14 mars 2011 1 Commentaire »

Genzyme est le deuxième sujet de ma série biotech. Même approche qu’avec Chiron. Genzyme a été fondée en 1981, est entrée en bourse en 1986, soit en moins de 5 ans. Elle avait deux fondateurs, Sheridan Snyder et Henry Blair. Il convient d’ajouter qu’une 3ème personne, Henri Termeer, fut déterminante dans le succès de Genzyme. Snyder avait 45 ans à la fondation; c’était un entrepreneur qui continua à créer des entreprises après Genzyme. Blair était chercheur à Tufts et il avait 37 ans. Lui aussi fut un entrepreneur à nouveau après l’aventure Genzyme.

Genzyme avait des revenus mais aucun bénéfice au moment de l’entrée en bourse. Oak était l’investisseur principal et aussi bien Advent que Rothschild possédaient à peu près 5 à 6% de la société. Chose intéressante à noter, de même que Genentech (avec Roche) et Chiron (avec Novartis), Genzyme a été récemment achetée par uen pharma européenne : Genzyme a été acquise par Sanofi-Aventis pour $20B.

A suivre: quelques caractéristiques des fondateurs et start-up de la biotech.

Qu’est-ce qui ne va pas avec le capital-risque en Europe?

18 février 2011 Commentez! »

C’est le titre traduit en Français d’une contribution au Telegraph de Richard Titus. Vous pouvez l’article en cliquant sur Start-Up 100: What’s wrong with European venture capital? Je ne suis pas d’accord avec 100%v des arguments qu’il développe, mais disons 90%, ce qui n’est pas si mal. J’ai donc décidé d’en faire ma traduction aidée par Google. N’hésitez pas à réagir par vos commentaires!



Voici donc la traduction

Il s’agit d’une contribution de la série Tech Start-Up 100 du Telegraph. La Tech Start-Up 100 est soutenue par Orrick, Silicon Valley Bank et Microsoft BizSpark.

Il y a quelques semaines le directeur général de Videoplaza, une des sociétés de mon portefeuille, et moi-même avons visité la Silicon Valley. Le but du voyage était surtout de comprendre notre marché, mais nous avons aussi eu un certain nombre de réunions avec des des capitaux-risqueurs. L’une de ces réunions était avec James Slavet, de Greylock Ventures, les investisseurs dans Linkedin, Facebook et, plus récemment Groupon. Alors que la réunion a été courte et très focalisée, aussi bien Sorosh que moi avons été frappés par la façon dont il a été sympathique, surtout pour nous simple start-up. Il nous a offert un bureau pour la durée de notre séjour dans la Valley, et fait en sorte que Sorosh ait de la vitamine C pour soigner un rhume ; il a aussi montré sa disponibilité pour discuter du marché et de l’environnement. Il semblait désireux d’ouvrir les portes et d’aider de quelque façon imaginable.

Ce qui m’a frappé le plus de cette expérience - en plus des tenues et de l’atmosphère décontractées de Sand Hill Road – était la focalisation totale sur l’entrepreneur comme le « talent ». Quel que soit l’intérêt de Greylock pour investir (sans doute mince, car ils ont investi dans notre concurrent, Auditude) leur accueil fut impeccable, le résultat d’années d’expérience qu’un entrepreneur heureux est une grande source d’idées et de contributions à la fois directs et indirects dans l’avenir. En outre, leur volonté de donner de l’espace, de l’accès au réseau, de la nourriture, et tous les équipements de conférence étaient en grand décalage avec le modus operandi que j’ai vu dans la communauté européenne du capital-risque.

Il suffit de comparer le comportement de Slavet à celle du capital-risqueur que je ne nommerai pas, avec son costume à fines rayures, bretelles et cravate, assis derrière un bureau en bois massif face à la co-fondatrice de Lastminute.com, Marta Fox Lane, qui lui a demandé: « Qu’est-ce qui se passe quand vous tombez enceinte ? »

Même en ignorant le sexisme évident et ridicule, il y a autre chose à l’œuvre ici. Je pense qu’une grande partie du capital-risque européen est orienté finance, alors que dans la Valley on parle entreprise. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de financiers dans la Valley, et pas d’entrepreneurs en Europe (Saul Klein et PJ à Northzone sont des exceptions de haut niveau). Mais en général, c’est un thème très fréquent et récurrent : dans la Silicon Valley, les entrepreneurs, en particulier en série sont les «talents», ils sont courtisés, choyés et séduits. L’industrie [du capital-risque] consiste à leur donner des moyens, à renforcer des relations à long terme avec eux et oui - les rendre riches.

En Europe, la finance se trouve au sommet, où les entrepreneurs doivent monter pour mendier des miettes aussi bien au début que dans le développement des sociétés plus tard. J’ai entendu des tas d’histoires d’investisseurs en capital-risque empêchant les entrepreneurs qui avaient réussi de capitaliser, critiquant leur besoin de salaires raisonnables, et souvent résister à toute liquidité immédiate, alors que aux États-Unis toute une industrie (« deuxième marché ») a été construite pour faciliter ce processus.

La relation typique capital-entrepreneur dure beaucoup plus longtemps que la moyenne des mariages, mais souvent aucune des deux parties n’investit du temps pour évaluer ou bâtir ces relations.

Cette orientation entrepreneur contre financier est un deuxième défi dans notre marché, à savoir où les VCs mettent l’accent dans la gestion de leur portefeuille. Dans les conversations avec des investisseurs de la Silicon Valley, j’ai été frappé par le petit nombre qui regardent attentivement le P&L ou, plus précisément, le « P » - profit. Dans certains cas (certes pas tous), il s’agit en fait d’une aversion pour les bénéfices.

Pour la plupart des VCs de la Valley , si une entreprise génère des profits, c’est un signe qu’ils ne se développent pas assez vite - et souvent cela est considéré comme un signal pour le M&A, la sortie par vente de la société, souvent à des capitaux privés, un concurrent ou un plus gros acteur. Les VCs de la Valley veulent de la croissance - à deux chiffres trimestre après trimestre- avec l’ambition que cette croissance conduit à une plus grande base client, un marché plus important et un plus fort avantage concurrentiel défendable, qui presque toujours, mais pas toujours conduit à une plus grande sortie. Souvent, ces sorties, IPO ou M&A, se font avant la profitabilité.

Comparez cela à des entreprises en Europe. J’ai entendu dire que les membres du conseil d’administration martèlent les entreprises de moins de deux ans, avec une croissance à deux chiffres, de « ralentir la croissance et de nous faire un peu d’argent » - un message étrange si on oppose le taux de rendement interne d’un dividende avec les rendements exponentiels d’une croissance à deux chiffres. Cela est particulièrement vrai au sein des entreprises internet B2C, où « le facteur d’échelle » est vraiment l’objectif avant de pouvoir monétiser efficacement.

Certains diront que c’est la preuve d’une « aversion pour le risque » des start-up européennes, mais je dirais aussi que c’est un manque de compréhension des indicateurs opérationnels. Trop tôt l’accent est mis sur les bénéfices ce qui va restreindre la croissance. Il s’agit aussi d’une mauvaise compréhension de la complexité des indicateurs de gestion, des métriques de performance et des objectifs adaptés à motiver les gens - y compris monétaires.

Un autre défi en Europe est le manque flagrant d’investissement de développement. L’Europe dans son ensemble est gravement sous-capitalisée. Comme une grande partie de ce capital va à la chasse à l’amorçage au début ou au « growth equity » à la fin, il ya un manque de suivi intermédiaire, ce qui oblige les VCs à gérer leur entreprise avec des mesures plus attractives pour les capitaux privés, en limitant la croissance et souvent l’avenir de l’entreprise, pour ne fournir que le capital absolument nécessaire.

Le nombre de belles sociétés que j’ai vu dépérir lors de la recherche d’investisseurs pour la série B (voire A si leur premier tour d’amorçage était grand) est … déprimant, pour dire le moins. Dans de nombreux cas, j’ai vu ces entreprises tout simplement partir pour la Silicon Valley comme Loic Le Meur l’a fait.

Mieux syndiquer le suivi des tours entre VCs régionaux pourraient aider à gérer ce risque et à bâtir une meilleure communauté VC en Europe - ce qui aux États-Unis a déjà commencé à se faire. (Regardez combien de mêmes visages vous voyez dans Facebook, Google, FourSquare, Groupon.)

Faites une analyse sur un coin de table des portefeuilles européens et américains. Comptez le nombre de sorties dans les portefeuilles et le nombre d’entreprises fermées. Vous trouverez intéressant les preuves anecdotiques d’un autre secret des VCs de la Valley: ils utilisent le M&A comme un outil clé pour gérer les actifs moyens de leur portefeuille, tandis que les VCs européens gardent souvent ces entreprises parfois rentables trop longtemps dans leur portefeuille au point de décliner et mourir.

Une stratégie M&A, régulière et anticipée, dans un portefeuille peut contribuer à réduire les actifs sous-performants, et la vente compense les faiblesses possibles d’une équipe peut-être incomplète ou, dans certains cas, créer un gagnant (par exemple LOVEFiLM) à partir de quelques joueurs plus petits, qui, finiront par céder le marché à un concurrent plus grand, probablement étranger. Alors que nous avons vu une légère hausse récente de M&A (DailyMotion, Citydeals et LOVEFiLM), je dirais que nous sommes curieusement encore largement sous-performants dans cette mesure clé.

Le M&A présente également un autre défi pour le capital-risque en Europe. Il a été dit à plusieurs reprises dans cette série d’articles que le succès pour de nombreuses start-up européennes est d’être acquis: le plus probable, étant donné le paysage des acheteurs, par un Américain. Microsoft, Google, Facebook et Yahoo ont des tonnes d’argent, il y a donc une possibilité claire, et, franchement, un besoin de plus de transactions entre les États-Unis et l’Europe.

Bien qu’il y ait un débat sain pour savoir si c’est une bonne ou mauvaise chose, je dirais que, peu importe, c’est la réalité d’aujourd’hui. En tant que VC (et entrepreneur en série), vous devez avoir des sorties, à la valorisation la plus élevée possible, vous devez avoir la possibilité de remplir vos coffres et vous permettre de continuer à contribuer à l’écosystème. Cela signifie qu’un de vos principaux clients est un acheteur potentiel aux États-Unis, probablement dans la Silicon Valley.

Pourtant, je peux compter sur les doigts d’une seule main le nombre de VCs européens avec des liens profonds dans la Silicon Valley - les gens que je croise dans le salon Virgin entre mes maisons à Londres et San Francisco. Les entreprises ayant des liens étroits sont presque toujours plus performantes que leurs homologues, fonds après fonds. Seul le temps renforce la confiance, et une partie de ce temps doit être passé face à face. Je soupçonne que c’est une des raisons pour lesquelles Danny Rimer d’Index Ventures se déplace vers la Silicon Valley, et que DN Capital y a Steve Schlenker à temps plein. C’est aussi pourquoi je vis dans les deux villes.

Une réaction possible à mon dernier point, c’est que le M&A est de la responsabilité de la société, et non du capital-risque - ce qui m’amène à ma nouvelle observation, en matière de gouvernance. Dans de nombreuses start-up (à l’exception notable des scandinaves de Northzone ou Creandum, investisseurs dans Videoplaza), avec lesquelles j’ai été impliquées ou que j’ai connues au fil des années, j’ai été étonné de l’approche passive et en retrait du conseil d’administration. Fait d’une réunion ordinaire ou d’appels téléphoniques occasionnels, ils ne s’impliquent pas, en règle générale dans la gestion au jour le jour de l’entreprise, sauf si elle a commencé à échouer. Je suspecte qu’il y a plusieurs raisons à cela, y compris un manque de ressources: le capital-risque en Europe a des fonds beaucoup plus petits, ce qui signifie des effectifs beaucoup plus faibles, ce qui rend difficile un tel activisme. Mais, pour parler franchement, de nombreux gérants de hedge funds que je connais sont plus actifs que quelques-uns des VCs que j’ai pratiqués.

Peut-être que c’est dû à un manque d’expérience opérationnelle. Dans la Silicon Valley, la grande majorité des VCs ont un certain niveau d’expérience opérationnelle: la plupart des fonds ont un minimum d’un, si ce n’est plus de la moitié, de leurs partenaires issus des rangs des entrepreneurs et des managers. En Europe, il est rare (avec des exceptions comme Atomico & PROfounders) de trouver une expérience significative de démarrage d’entreprise ou de management parmi les associés des fonds.

Plus étrange encore est l’absence presque complète (je dis presque) de ce standard de la Silicon Valley qu’est l’ « EIR », ou entrepreneur en résidence. Avec un léger investissement, la plupart des VCs pourrait facilement augmenter leur faible expérience en engageant ces talents. Pourtant, très peu ont un nombre significatif d’EIRs, et dans de nombreux cas pas du tout.

Vous pouvez vous demander si la sous-performance du secteur est liée à ce déséquilibre. Je ne dis pas que les VCs devraient commencer à micro-manager, mais plutôt être un peu plus engagés dans le coaching et le mentorat. Avoir un groupe d’experts expérimentés sous la main - un petit coup de pouce en cas de besoin, du savoir faire en développement des affaires - pourrait être la petite chose qui améliore la situation et les performances actuelles.

Comme investisseur individuel, je ne veux pas mordre la main qui me nourrit souvent. J’ai été très dur sur le capital-risque européen, mais je tiens à préciser une chose. Je me suis installé en Europe, il y a cinq ans, avec une mission spécifique: identifier la manière de construire avec succès des entreprises B2C Internet dans un marché à grande complexité géographique, politique et linguistique. La mondialisation est absolue en ce qui me concerne et il y a des compétences et des forces aussi bien sur le marché que chez les professionnels de l’investissement.

J’ai choisi de faire de l’Europe mon foyer parce que je veux qu’il soit le meilleur endroit au monde pour fonder une entreprise internet. Dans cette nouvelle ère d’un monde numérique global, nous avons de nombreux avantages, mais il faut aussi répondre à certaines de nos faiblesses, jouer avec certaines de nos forces et construire la prochaine génération de grandes entreprises ici. De cette série d’articles, mon champ des possibles a été relancé. Alors, qui est avec moi?

Richard Titus est un manager expérimenté en technologie et média, un investisseur et un conseiller.

La neige à Lausanne

10 décembre 2010 Commentez! »

Noël approche, la neige est déjà à Lausanne. Passez de belles fêtes de fin d’année et profitez de cette jolie vidéo!