Archives de catégorie : Donnée Start-up

Des nouvelles données (intéressantes?) sur les startup françaises.

Il y a un mois, je publiai des données sur les startups françaises. J’avais été surpris de découvrir que l’accès aux données sur les entreprises non cotées était enfin possible gratuitement dans mon cher pays. J’ai donc regardé quelques (célèbres) licornes françaises en m’intéressant à la structure de l’actionnariat et au montant d’argent qu’elles avaient levé globalement, ainsi qu’à leurs tours de financement d’amorçage et A. Vous trouverez le détail des données dans un pdf en fin de post.

Mais avant de passer à cette analyse, je vais mentionner un excellent article sur la levée de fonds en amorçage, qui donne des conseils et des informations assez riche. Il est intitulé La levée de fonds seed ou amorçage. Voici donc les résultats :

Dans ce premier tableau, j’ai analysé leur âge et leurs levées de fonds. Pour donner une règle simple, à propos de celles qui sont encore privées, elles ont environ 5 à 15 ans, elles ont levé environ 200 millions d’euros, avec des tours d’amorçage de 0,5 million d’euros et des « rounds A » de 2 à 3 millions d’euros. La capitalisation boursière devrait être (par définition) supérieure à un milliard d’euros, mais apparemment ce n’est pas toujours le cas (disons que la valeur d’une entreprise privée est une mesure très volatile !) et le rapport de cette valeur au montant levé semble être aller de 5 à 15…

J’ai ensuite regardé à quelle dilution correspondent les tours d’amorçage et A ainsi que l’âge des entreprises pour ces tours. Encore une fois, sans tenir compte des valeurs extrêmes (« outliers »), les tours d’amorçage et A semblent induire une dilution de 25 %, par conséquent, avec des tours de 0,5 M € et 2-3 M € respectivement, la valeur en « seed » est d’environ 2M€ et au tour A est 8-12M€. Enfin les startups ont moins de 1-2 ans au seed et moins de 4 ans au « A round ».

Le dernier tableau concerne la structure de l’actionnariat ou du capital ainsi que des données sur les fondateurs. Les fondateurs conservent 25 à 30 % de leurs startups, les investisseurs 60 à 65 % et les salariés 5 à 10 %.

Il y a environ deux fondateurs par startup, ils ont étonnamment souvent moins de 30 ans avec un âge médian et moyen de 29 ans et malheureusement pas une seule femme.

Equity List – French Unicorns

De nouvelles données sur le transfert de technologie universitaire aux startups

Nathan Benaich est très mécontent du transfert de technologie au Royaume-Uni et il a probablement raison de l’être. Pendant de nombreuses années, j’avais remarqué que les institutions universitaires britanniques prenaient souvent plus de 25 % des parts d’une startup en échange d’une licence de propriété intellectuelle, alors que le chiffre standard aux États-Unis et en Europe continentale se situe plutôt entre 5 et 10 %. Il avait publié un article très intéressant en mai 2021, Rewriting the European spinout playbook où il se plaignait d’un manque de transparence et de processus très frustrants.

Il travaille actuellement sur un nouvel ensemble de données fournies par les fondateurs qu’il met gratuitement à disposition sur spinout.fyi. Il demande de l’aide et tout fondateur intéressé devrait en fournir un peu. J’ai téléchargé ses données et fourni ici ma propre analyse bien que Nathan ait la sienne ici. Vous devriez le lire. Voici une première série de tableaux :

Si vous n’aimez pas les tableaux et même si vous les aimez, voici d’autres illustrations :

Et parce que j’avais fait une recherche similaire il y a quelques années, publiée ici sous le titre Que demandent les universités aux start-up pour une licence de propriété intellectuelle ?, j’ai fait l’exercice de combiner ses données et les miennes. Il s’agit d’un ensemble de plus de 190 entreprises ! Vous verrez ici la prise d’equity selon les domaines et les géographies (j’avais très peu de données sur les royalties, la transparence est encore moindre sur ce sujet).

Alors, quelles leçons en tirer? Le Royaume-Uni est clairement dans une situation aberrante, mais ce qui est plus frappant, c’est la volatilité des chiffres. Et pourquoi ? Certains professionnels affirment que chaque startup est différente. Je ne suis pas d’accord. Vraiment pas ! Le manque de transparence des politiques de transfert est la raison principale de la volatilité. Les fondateurs savent rarement comment ils seront traités. C’est pourquoi j’étais si heureux que l’EPFL publie sa politique. Voir mon récent article sur le sujet : Le transfert de technologie selon l’EPFL et les règles pour les startups.

J’espère vraiment que les efforts de Nathan Benaich aideront à apporter une transparence indispensable de ces chiffres !

Accès aux données sur les startup françaises

J’aurais dû connaître plus tôt les nouvelles règles sur les données concernant les startups françaises. Autrefois, il fallait payer sur des sites comme societe.com ou Euridile pour obtenir les documents de dépôt des sociétés privées auprès du registre des sociétés. C’est le passé ! Il est désormais possible d’accéder gratuitement à ces données. Et c’est une excellente nouvelle. Donc mon exercice préféré qui consiste à construire des cap. tables de startups, ce qui était devenu une habitude pour les entreprises entrant en bourse, pour les entreprises suisses dans certains cantons comme Zurich ou Bâle, ou pour les entreprises britanniques grâce à la Companies House est désormais possible en France avec Pappers. .

J’ai évidemment essayé de faire l’exercice avec certaines des célèbres startups privées actuelles. J’ai échoué avec Dataiku, probablement parce qu’elle a déménagé aux États-Unis, mais j’ai pu créer des tables partielles pour Doctolib, Mirakl, Alan, Ledger et BlaBlaCar. C’est loin d’être parfait car il faut lire de nombreux documents. J’ai dû en parcourir 68 pour BlaBlaCar. Je ne suis pas entré dans le détail des stock options, octroyées ou eercées. Mais j’ai pu obtenir des informations sur les fondateurs et les cycles de financement. Voici un résumé :

et voici les tableaux individuels. Assez fascinant de voir les tendances récentes en France à travers 5 exemples :

L’impact (récent) du capital-risque sur les startups

J’ai régulièrement été intrigué par l’impact (réel) du capital-risque sur les startups, leur croissance ou encore leur réussite. Il y a quelques jours, j’ai reçu un e-mail d’un ami avec un tableau très intéressant.

La mesure de la productivité du capital est donnée par le ratio a/b où a est le revenu de la startup au moment de l’introduction en bourse et b est le montant du capital-risque levé par la startup avant son introduction en bourse. Les 4 grandes entreprises technologiques sont Apple, Microsoft, Amazon et Google, 4 entreprises fondées avant 2000. Le ratio a/b est supérieur à 10. Les récentes opérations de VC ou IPO donnent des ratios inférieurs à 1 et plus proches de 0,1.

Il m’a donc été facile de regarder mes données habituelles sur les startup (cliquez ici si vous ne savez pas de quoi je parle). Je dispose maintenant de données sur 880 entreprises et j’ai regardé l’évolution de ce ratio a/b au fil du temps. Voici le résultat :

J’ai 272 startups biotech et 361 dans les domaines du logiciel et de l’Internet (les autres sont principalement des sociétés de matériel, de semi-conducteurs, d’énergie et de technologie médicale). J’ai le ratio a/b (que j’appelle Sales to VC) par période de 5 ans (correspondant aux années de création des startups). J’ai aussi mis le ratio PS (le fameux ratio Market Capitalization to Sales ou « Price to Sales »). En effet, le ratio « s’effondre » de plus de 5 avant les années 90 à moins de 1 après l’an 2000.

J’ai également séparé la biotech qui est connue pour avoir des startups qui s’introduisent en bourse avec de faibles revenus et le groupe des Logiciel et Internet. Les courbes qui suivent en sont probablement de meilleures illustrations. Assez frappant !

J’ai également examiné les bénéfices (ou les pertes) des startups et calculé le rapport entre le montant des gains et celui du capital-risque. Voici:

La biotech est différente car ces entreprises sont rarement rentables lors de leur introduction en bourse et le ratio est assez stable depuis 1990. Mais dans l’ensemble, les entreprises étaient rentables à l’introduction en bourse avant 2000 (et parfois très rentables, de sorte que je n’ai pas pu trouver une bonne échelle d’axe pour mes données). Elles perdent de l’argent depuis 2005 et apparemment de plus en plus.

Tout cela n’est pas vraiment une surprise. Mallaby dans son récent livre The Power Law a décrit les nouvelles tendances du capital-risque. Des fonds comme Softbank Vision ou Tiger Global injectent des tonnes d’argent dans des startups qui tentent de dominer leur marché, quel qu’en soit le prix. Ainsi, la productivité du capital diminue lors de l’introduction en bourse avec l’espoir de gains énormes à l’avenir. Un pari très, très risqué…

PS (en date du 22 avril 2022) : I was asked a question about startups in the energy / greentech field. This is indeed interesting. Couple of comments before providing an answer from my data. Greentech has never been a stable or profitable segment. Kleiner Perkins or Khosla Ventures, early entrants in the field, seem to have suffered a lot. In addition I have only 21 companies in my DB. You are right, it is stable but from the low range, with low sales to VC ratios and negative profits…

On m’a posé une question sur les startups dans le domaine de l’énergie / greentech. C’est en effet intéressant. Quelques commentaires avant de fournir une réponse à partir de mes données. La Greentech n’a jamais été un segment stable ou rentable. Kleiner Perkins ou Khosla Ventures, premiers entrants dans le domaine, semblent avoir beaucoup souffert. De plus je n’ai que 21 entreprises dans ma BD. Vous avez raison, c’est stable mais à partir du bas de gamme, avec de faibles ratios ventes/VC et des profits négatifs…

La question était : Dans un autre ordre d’idées, vous avez des données sur l’énergie / les technologies vertes ? Qu’est-ce que vous vous attendriez à voir ? Je me demandais si pour les entreprises à forte intensité de capex, la tendance est plus faible car elles avaient déjà besoin de lever beaucoup de capitaux.

Prix d’exercice des BSPCE, BSA et autres stock options

Revenu en France depuis peu, je découvre des spécificités bien locales au monde des startup hexagonales, qui en définitive n’en sont peut-être pas. Je ne vais d’ailleurs pas, la chose est rare, publier cet article en deux langues. Voici donc le sujet:

vous connaissez tous ma capacité à devenir obsessionnel alors pardon d’avance, mais je suis de plus en plus perturbé par mon incompétence sur un sujet de détail mais tout de même important, à savoir le prix d’exercice des stock options, BSA et autres BSPCE en France d’autant plus que chaque pays semble avoir sa jurisprudence… Je vais être un peu long pour le contexte alors vous pouvez sauter à la fin (intitulée « Réponse finale en attendant mieux ».

Lorsque j’étais chez Index puis à l’EPFL, la situation me semblait simple car inspirée des USA et acceptée petit à petit par tous les pays européens:
– les universités recevaient des options gratuites en échange de licence de PI (propriété intellectuelle) et si ça ne pouvait pas être gratuit, il suffisait de mettre un paiment par la startup qui compensait le prix à payer par l’université si bien que l’institution académique n’avait jamais rien à payer. Logique!
– les employés avaient un prix d’exercice de leurs stock-options corrélé au prix payé par les investisseurs. Corrélé car non égal mais bénéficiant d’un discount qui diminuait avec la maturité de la startup, prix à payer égal au nominal à la création, puis 10% du prix du series A et convergeant vers 100% du prix d’émission des actions si on s’approche d’une IPO puisque pour une société cotée, le prix d’exercice est égal au prix de l’action au moment de l’attribution de l’option. D’où ma slide ci-dessous. Logique!


Vous aurez plus d’information sur l’equity dans les startup dans ce post récent : La participation des employés dans une startup – le millionaire en stock options.

Tout cela n’est pas basé sur des arguments fumeux, car il y a de nombreuses pratiques. J’ai refait une recherche sur internet hier et par exemple, j’ai trouvé:
What is the preferred share price?
A Short Guide To Issuing Stock Options
What is the typical strike price for options given to new employees of a start-up? As a percentage of the share price.:
« Before revenues are substantial common shares tend to be about 10% of the preferred share (with voting rights and liquidation preference) price, with one founder explaining to me that was the delta allowed by the SEC. For example, I worked for one startup where the VCs added 10M new shares to the 10M existing in series-A for $8M or $0.80/share. The common stock price was set at $0.08 per share. That was before Sarbanes-Oxley, although my options since then have been priced similarly. »

Index Ventures a publié un magnifique guide sur le sujet: Rewarding Talent – A guide to stock options for European entrepreneurs avec en particulier : Strike price – Go for the lowest strike price : In some European countries, such as Germany, strike prices are set based on the latest fundraising valuation. In others, notably the UK and the US, you can offer grants at a reduced strike price without any tax penalty, by obtaining a ‘fair market valuation’ (FMV), which will be recognised by tax authorities. While tax-assured valuations may not be available everywhere, get legal advice to see what flexibility is possible. In several countries, whilst valuations may not be tax-assured, there are precedents for offering reduced strike prices, which are unlikely to be challenged later on. Your aim should be to maximise your employees’ upside, without the risk of incurring a large tax bill. Some founders and investors believe a discounted strike price misaligns employee and shareholder interests. We don’t agree. By obtaining the maximum discount possible, you give employees more financial benefit – and stronger motivation – per option granted. It also recognises that stock options convert into ordinary shares, which are fundamentally less valuable than the preference shares that investors generally hold. Additionally, if your company goes through a bad patch and you’re forced to take funding at a lower valuation, the options may still be valuable. It is also in your interest to have a low strike price as sophisticated individuals will realise that higher strike prices imply less benefit, and will therefore push for larger grants – using up more of your ESOP. Issue options at the lowest strike price you can. Maximise the financial benefit to the employee, and therefore the motivational benefit you can get from a given number of options granted. Il y a en particuler une section intéressante sur la France: Examples of Index-backed companies with HQ in France: Criteo, BlaBlaCar, Alan

Or en France, il semble bien que pour diverses raisons (et je dirais méchamment parce qu’il y a incompréhension totale du monde des startups), la situation soit différente… J’ai commencé à blémir en lisant Rudelle (fondateur de Criteo – <https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Rudelle) qui écrit sur le Galion project https://thegalionproject.com/kit-bspce: En vertu du code général des impôts, ce prix doit être au moins égal au prix de la dernière augmentation de capital de la société portant sur des titres de même nature (actions ordinaires) intervenue au cours des 6 mois précédant l’attribution des BSPCE par le conseil d’administration. A défaut d’augmentation de capital au cours des 6 derniers mois, le prix d’exercice des BSPCE doit refléter la valeur économique (fair value) des actions auxquelles les BSPCE donnent le droit de souscrire à la date de leur attribution. En pratique, l’usage est de retenir le prix de la dernière augmentation de capital même si elle date de plus de 6 mois ou porte sur des actions de préférence et non des actions ordinaires, sauf s’il est survenu depuis un événement affectant grandement la valeur de l’entreprise (e.g. doublement du chiffre d’affaires, cession d’actions par un actionnaire pour un prix sensiblement inférieur ou plus élevé, …).

Réponse finale sur le prix d’exercice des BSPCE en attendant mieux

Alors j’ai continué à chercher jusqu’à tomber sur l’article de loi. https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/1260-PGP.html/identifiant%3DBOI-RSA-ES-20-40-20210203
414 – Lorsque la société attributrice a procédé dans les six mois qui précèdent l’attribution de bons à une augmentation de capital par émission de titres et que les droits des titres résultant de l’exercice du bon ne sont pas au moins équivalents à ceux des titres émis lors de cette augmentation de capital, le prix d’émission peut, pour déterminer le prix d’acquisition du titre souscrit en exercice du bon, être diminué d’une décote correspondant à cette différence.
Remarque : Cette confirmation du droit existant a été apportée par l’article 10 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020.
415 – L’application d’une décote par rapport au prix d’émission lors de la dernière augmentation de capital doit être justifiée par tout élément pertinent permettant d’établir la différence des droits accordés.

Et cet article 10 se trouve sur https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/article_jo/JORFARTI000039683943
Article 10 – Le premier alinéa du III de l’article 163 bis G du code général des impôts est complété par une phrase ainsi rédigée : « Lorsque les droits des titres résultant de l’exercice du bon ne sont pas au moins équivalents à ceux des titres émis lors d’une telle augmentation de capital, ce prix d’émission peut également, pour déterminer le prix d’acquisition du titre souscrit en exercice du bon, être diminué le cas échéant d’une décote correspondant à cette différence. »

Donc on peut faire une décote, si je comprends bien, basée sur une Fair Market Value (FMV) comparant actions ordinaires et préférentielles. C’est aussi ce que dit la section d’Index sur la France. Reste la spécificité BSA et BSPCE que je n’ai pas analysée et j’aimerais imaginer que l’analyse est la même mais comme les deux objets n’ont pas le même statut… en tout cas bonne nouvelle pour les BSPCE, je comprends que la France s’est alignée sur le reste du monde!

Ce que j’ai pu trouver sur la comparaison BSA – BSPC ne permet pas de faire une différence quant la la manière de calculer ses prix, je veux dire que l’attribution me semble potentiellement gratuite pour les deux et l’exercice décoté selon la valeur attribuée aux actions préférentielles. Voir par exemple:
Principales caractéristiques des BSA, BSPCE, AGA & Stock-Options, du 22 février 2021,
BSPCE, BSA et Actions gratuites, comment choisir et qui peut en bénéficier ? du 20 juillet 2021,
Différences BSA – BSPCE d’octobre 2019.

PS (19 octobre) : si vous êtes arrivé jusqu’ici, vous pouvez vous demander comment calculer le discount (la décote) par rapport par exemple au prix payé par les investisseurs… la question à 1000 euros ! Car ce n’est pas si simple; il faudra sans doute faire valider votre décote par un expert financier reconnu pour faire ensuite accepter vos calculs auprès des autorités fiscales, car en définitive, c’est bien un risque fiscal auquel vous faites face…

Un article de 2003 de l’Insee mentionne qu’une société non cotée a un discount de 25% par rapport aux sociétés, cotées (L’estimation d’une valeur de marché des actions non cotées).

Je me souviens par exemple que certains investisseurs institutionnels ne valorisaient pas leur portefeuille selon la Fair Market Value (FMV) des startup mais y mettaient souvent un discount de 40% sur les levées de fonds ultérieures, discount qui disparaissait avec l’entrée en bourse, source de liquidité…

J’ai extrait également cette image de l’article The Discount Rate in Startup Valuation:

Fondamentalement, des actions ordinaires (que l’on obtient en général par exercice de BSPCE ou BSA) ont une valeur moindre que les actions préférentielles (qui ont de nombreux droits tels que anti-dilution, liquidation, tag along, drag along, droits de veto, de participation aux boards, etc). Plus une startup est jeune (series A, puis B, puis C…) plus le risque est grand et la décote élevée d’où la courbe ci-dessus. Le mieux est sans doute de citer des exemples de décote de startup célèbres. Je vais m’atteler à la tâche pour un prochain et second post-scriptum.

PS2 (20 octobre) : voici donc une illustration à travers l’histoire des prix d’exercice des options Google avant l’entrée en bourse en 2004.

Round Date Price per share ESOP dated Average exercice price over years Options granted before Average exercice price Average fair value during year
A Sep-98 $0,06 Sep-98 $0,29 Dec-00 $0,30
B May-99 $0,50 Nov-00 $4,79 Dec-01 $0,30 $0,91
C Jun-00 $2,34 Feb-03 $1,23 Dec-02 $2,65 $2,79
D May-04 $2,91 Jun-03 $6,39 Dec-03 $5,21 $29,12

Tout cela est un peu technique, car souvenez-vous chaque employé reçoit des options à un prix fixé le jour où il les reçoit dans un plan de stock options qui est attribué jusqu’à épuisement, et le prix moyen représente donc la moyenne de ces prix pour tous les employés.

On peut constater tout de même que les options accordées en 2000 et 2001 ont un prix ($0.30) bien inférieur aux prix du series B de Mai 1999 ($0.50), mais là aussi on peut avoir un doute sur qui est représenté dans ce groupe. Mais définitivement convaincant, il me semble, est la phrase qui suit. On y voit un prix d’exercide de 15% du series C de l’année précédente. Un dernier doute, les stock split qui ont eu lieu et qui seraient oubliés dans ce calcul, mais de mémoire ils n’ont eu ieu qu’en 2003…

On March 15, 2001, we entered into an employment agreement with Eric Schmidt, our chief executive officer. The agreement provides that Eric will receive a base salary of $250,000. Eric was also granted an option to purchase 14,331,708 shares of common stock at an exercise price of $0.30 per share.

La Silicon Valley aura bientôt 65 ans. Devrait-elle être mise à la retraite ? Les dynamiques darwiniennes de la région…

La Silicon Valley aura bientôt 65 ans. 65 ans? Oui, je dis en général que la région a débuté sa croissance avec la fondation de Fairchild Semiconducteur en 1957 (même si le nom ne fut créé qu’en 1971).

SiliconValleyGenealogy-All

La région est de plus en plus critiquée pour de bonnes et mauvaises raisons (voir par exemple ici et ) et peut-être est-elle un peu à bout de souffle. Trop vieille ? Il y a dix ans, j’avais regardé ses « dynamiques darwiniennes » dans innovation darwinienne et lamarckienne – de Pascal Picq. J’y avais noté les dynamiques remarquables de créations (et destructions) d’entreprises. « Vingt des 40 plus grandes entreprises de la région en 1982 n’existaient plus en 2002 et 21 des 40 premières entreprises de 2002 n’avaient pas été créées en 1982. » Je viens donc de refaire l’exercice.

Le tableau plus bas redonne les données de 1982 et 2002, puis celles de 2020. J’aurais dû attendre 2022 et les 65 ans de la Silicon Valley, mais je n’en ai pas eu la patience ! Dix des 40 plus grandes entreprises n’existaient pas en 2000 et sept de plus n’existaient pas en 1995. Seize des top 40 de 2002 n’existent plus en 2021. La région est donc un peu moins dynamique mais cela reste assez remarquable… La retraite me semble lointaine en réalité !

Comme dernière remarque, j’avais mentionné, il y a cinq ans, l’évolution du capitalisme américain dans Les plus grandes (anciennes) start-up des USA et d’Europe et en particulier à travers The Largest Companies by Market Cap Over 15 Years. Vous pourriez comparer ces dynamiques à celles du CAC40 français.

Les quarante plus grandes entreprises de technologie de la Silicon Valley
Les données sont fournies au format jpg à la fin de l’article.

1982 2002 2021 Revenus Capitalisation
1. Hewlett-Packard 1. Hewlett-Packard 1. Apple $294,135 $2,153,363
2. National Semiconductor 2. Intel 2. Alphabet e $182,527 $1,169,351
3. Intel 3. Cisco b 3. Facebook d $85,966 $787,268
4. Memorex 4. Sun bc 4. Intel $77,867 $194,491
5. Varian 5. Solectron c 5. HP Inc. $57,667 $31,545
6. Environtech a 6. Oracle 6. Cisco $48,026 $192,007
7. Ampex 7. Agilent b 7. Oracle $39,403 $191,539
8. Raychem a 8. Applied Materials 8. Tesla d $24,578 $77,574
9. Amdahl a 9. Apple 9. HP Enterprises $26,866 $15,677
10. Tymshare a 10. Seagate Technology 10. Netflix e $24,996 $236,117
11. AMD 11. AMD 11. Gilead $24,689 $74,058
12. Rolm a 12. Sanmina-SCI 12. SYNNEX $23,757 $6,588
13. Four-Phase Systems a 13. JDS Uniphase c 13. PayPal e $21,454 $277,047
14. Cooper Lab a 14. 3Com c 14. salesforce.com e $21,252 $208,200
15. Intersil 15. LSI Logic 15. Applied Materials $18,202 $78,716
16. SRI International 16. Maxtor b 16. NVIDIA $16,675 $328,615
17. Spectra-Physics 17. National Semiconductor c 17. Western Digital $16,327 $16,183
18. American Microsystems a 18. KLA Tencor 18. Adobe $12,868 $241,275
19. Watkins-Johnson a 19. Atmel b 19. Uber d $12,078 $93,549
20. Qume a 20. SGI c 20. Lam Research $11,929 $69,264
21. Measurex a 21. Bell Microproducts bc 21. eBay e $10,713 $36,576
22. Tandem a 22. Siebel bc 22. AMD $9,763 $115,364
23. Plantronic a 23. Xilinx bc 23. Square d $9,498 $106,173
24. Monolithic 24. Maxim Integrated b 24. Intuit $7,717 $99,872
25. URS 25. Palm bc 25. Opendoor d $7,324 $1,221
26. Tab Products 26. Lam Research 26. Sanmina $6,875 $2,117
27. Siliconix 27. Quantum c 27. KLA Tencor $6,073 $40,492
28. Dysan a 28. Altera bc 28. Equinix e $5,999 $63,238
29. Racal-Vadic a 29. Electronic Arts b 29. Electronic Arts $5,670 $41,368
30. Triad Systems a 30. Cypress Semiconductor bc 30. NetApp $5,590 $14,480
31. Xidex a 31. Cadence Design b 31. Agilent $5,530 $36,607
32. Avantek a 32. Adobe Systems b 32. Intuitive Surgical e $4,551 $92,762
33. Siltec a 33. Intuit b 33. ServiceNow d $4,519 $110,315
34. Quadrex a 34. Veritas Software bc 34. Juniper e $4,445 $7,478
35. Coherent 35. Novellus Systems b 35. Workday d $4,318 $57,934
36. Verbatim 36. Yahoo bc 36. Synopsys $3,821 $39,023
37. Anderson-Jacobson a 37. Network Appliance b 37. Autodesk $3,790 $67,066
38. Stanford Applied Eng. 38. Integrated Device 38. Palo Alto Net. d $3,783 $33,851
39. Acurex a 39. Linear Technology 39. Twitter d $3,716 $44,436
40. Finnigan 40. Symantec b 40. Airbnb d $3,378 $94,765


NOTES: Ce tableau a été compilé en utilisant les Business Rankings data de 1982 et 2002 de Dun & Bradstreet puis des données de Blommberg pour 2020. Les entreprises sont classées selon leurs revenus..
a – N’existait plus en 2002.
b – N’existait pas avant 1982.
c – N’existait plus en 2021.
d – N’existait pas avant 2000.
e – N’existait pas avant 1995.

Mêmes données au format jpg et en anglais

Femmes entrepreneurs – une analyse de 800 (anciennes) startups

Je viens de décider d’ajouter une nouvelle analyse à ma récente étude de 800 (anciennes) startups. Bien que le sujet soit important dans l’entrepreneuriat high-tech, je ne l’avais jamais vraiment abordé si ce n’est de manière anecdotique dans ces posts avec le tag #femmes-et-high-tech.


Huit femmes fondatrices ou entrepreneures. Je ne sais pas combien j’en aurais automatiquement reconnues. Et vous?

Et voici les résultats que j’ai trouvés. Mes excuses par avance car ce travail est loin d’être parfait : j’ai essayé d’identifier des fondatrices à partir de leur nom et ce n’est pas toujours facile. Je crois toutefois que je ne dois pas être trop loin de la réalité.

Alors qu’est-ce que cela dit?

– Il y a 76 femmes fondatrices dans 825 entreprises, ce qui indique que 9% de ces anciennes startups avaient une femme fondatrice. Pour ne rien arranger, le nombre total de fondateurs identifiés est de 1644.
– C’est dans le domaine des biotechnologies, qu’elles sont les plus représentées (d’où sans doute leur surreprésentation à Boston, en Suisse, en Californie hors de la Silicon Valley)
– La bonne nouvelle, c’est que ce nombre a atteint 15 % au cours de la dernière décennie. Enfin…
– Maintenant, il n’y a que 31 femmes PDG/CEO, ce n’est que 4% du total (rappelez-vous que les PDG/CEO fondateurs sont un peu plus de 60% des CEO donc c’est encore pire ici puisque certaines de ces femmes PDG ne sont pas fondatrices: Si vous ne coéprenez pas de quoi je parle, regardez ici). En réalité, 20 de ces femmes étaient fondatrices et 11 ne l’étaient pas…

Données mises à jours sur 800 (anciennes) startups

Comme vous le savez peut-être, je compile régulièrement des tableaux de capitalisation de startup qui ont été introduites en bourse ou qui ont été acquises avec des données sur les actionnaires. La dernière fois que j’ai publié des articles à ce sujet, c’était en avril 2020 avec plus de 600 tableaux de ce type. J’en ai maintenant plus de 800.

Je viens de publier deux articles en utilisant ces données mises à jour :
– L’age des fondateurs et les CEO non fondateurs, le 4 août,
https://www.startup-book.com/fr/2021/08/04/lage-des-fondateurs-et-les-ceo-non-fondateurs/.
– La participation des employés dans une startup – le millionaire en stock options, le 6 août, https://www.startup-book.com/fr/2021/08/06/la-participation-des-employes-dans-une-startup-le-millionaire-en-stock-options/.

Le contenu du pdf inclut:
– Tables de capitalisation individuelles : pages 8-834.
– Quelques statistiques mises à jour : pages 835-850.
– Table des matières : pages 851-860.

Je n’envisage pas de faire une nouvelle analyse. Celle avec 600 tableaux était assez riche je pense. Les tableaux individuels sont disponibles ici:
Equity List 800 Startups – Lebret – Aug2021

ou sur Scribd, mais vous aurez peut-être besoin d’un compte pour en profiter pleinement:

Voici lien vers le document ou vers d’autres sur mon compte Scribd.

La participation des employés dans une startup – le millionaire en stock options

Août est un bon mois pour revenir sur les données et les publications précédentes. Je viens d’en publier une sur l’âge des fondateurs. Voici à nouveau un bref aperçu de ce que les employés peuvent gagner dans les startups en cas de succès. En plus, espérons-le, de ce qu’ils font avec plus de plaisir que dans les grandes entreprises, ils ont généralement accès à des stock-options et l’un des mythes de la Silicon Valley est que dans les startups les plus performantes, tout le monde devient millionnaire.

Il y a quelques années, j’ai publié des données sur la participation des salariés basées sur 600 startups. Jetez un oeil ici. J’ai également commenté un guide sur les stock options dans Rémunération du risque – Un guide sur les stock options par Index Ventures.

Alors, quel pourcentage de participation un employé a-t-il dans une startup ? J’ai regardé ma base de données de 800 startup et j’ai construit les tableaux suivants. Allez aussi à la fin de l’article pour une autre analyse.

Les trois tableaux montrent quelques nuances selon le domaine, la géographie et la période, mais avec une participation d’environ 0,1%, oui, les employés sont proches d’être millionnaires. Maintenant, comme le montre le tableau suivant, la situation peut être différente selon qui vous êtes dans l’entreprise, du manager au junior.

Ce dernier tableau est une version étendue de celui utilisé dans la présentation que je fais sur le partage du capital dans les startups :

L’age des fondateurs et les CEO non fondateurs

L’âge des fondateurs est un sujet récurrent ici, comme vous pouvez le voir avec le tag #age. Dans mon analyse sur des centaines de startups (822 à l’heure actuelle et 600 récemment), je viens de me dire qu’il serait intéressant de voir la corrélation, le cas échéant, entre l’âge des fondateurs et le fait que le CEO soit un de ces fondateurs ou non. Intuitivement, on pourrait penser que les fondateurs les moins expérimentés peuvent induire un PDG non fondateur. Voici donc les résultats :

Les chiffres sont parlants et peuvent semble contre-intuitifs. Une majorité (et souvent une écrasante majorité dans le numérique) des startup ont un CEO fondateur et la moyenne de l’âge des fondateurs est moins élevée dans ce cas. Question de dynamisme, d’envie de l’équipe, je ne sais pas… L’idée que les investisseurs « virent » les fondateurs au plus vite pour les remplacer par des professionnels expérimentés en semble en tout cas pas illustrée par les chiffres. N’hésitez pas à réagir et commenter.