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Le mouvement lean startup – mon scepticisme

J’ai relu aujourd’hui un texte sur l’importance du mouvement lean startup. Je n’ai jamais été un grand fan. Bien sûr, vous devez interagir avec les clients (au moins pour vendre quelque chose) mais vous ne devez pas devenir l’esclave de vos clients ni pivoter dès que vous ne pouvez pas obtenir de validation de leur part.

Ne vous méprenez pas, je suis un grand fan de Steve Blank et du développement client, j’utilise beaucoup son travail. Mais il y a tellement d’incertitude, l’outil ne doit pas remplacer la vision et l’intuition de l’entrepreneur. Laissez-moi citer encore Horowitz par exemple: « Déterminer le bon produit est le travail de l’innovateur, pas le travail du client. La cliente ne sait ce qu’elle pense qu’elle veut qu’en fonction de son expérience avec le produit actuel. L’innovateur peut prendre en compte tout ce qui est possible, mais doit souvent aller à l’encontre de ce qu’elle sait être vrai. En conséquence, l’innovation nécessite une combinaison de connaissances, de compétences et de courage. Parfois, seul le fondateur a le courage d’ignorer les données. »

Cela m’a rappelé que j’avais lu quelque chose à ce sujet de Peter Thiel. Je l’ai retrouvé dans un article de 2014: Les entrepreneurs doivent-il avoir des compétences en start-up ? Deux réponses contre-intuitives. Voici ce que Thiel avait dit: « Qu’est-ce que je pense du mouvement Lean Startup et de la pensée itérative où vous obtenez les commentaires des gens en opposition à la complexité qui peut ne pas fonctionner. Personnellement, je suis assez sceptique de toute la méthodologie Lean Startup. Je pense que les très grandes entreprises ont fait quelque chose qui était un peu plus qu’un saut quantique, une amélioration prodigieuse qui les différencie vraiment de tout le monde. Ils n’ont généralement pas fait de vastes enquêtes sur les clients; les gens qui dirigeaient ces entreprises, parfois, pas toujours, ont souffert de formes légères de syndrome d’Asperger, de sorte qu’ils ne sont pas réellement influencés et pas si facilement découragés par ce que les autres leur ont dit de faire. Je pense que nous sommes trop concentrés sur l’itération comme une modalité et pas assez d’essayer d’avoir un lien ESP virtuel avec le public et à trouver par nous-mêmes. »

Et ce matin, j’ai trouvé une autre contribution au débat datant de 2015, qui mérite d’être lu: Peter Thiel a raison sur le Lean Startup .

En deux mots, “Lean Startup est mieux utilisé comme outil pédagogique pour ceux qui ont besoin d’un peu d’aide pour apprendre à utiliser leurs neurones miroirs pour ressentir les besoins réels des vraies personnes qu’ils cherchent à servir. Cela peut aider réduire le gaspillage. Cela peut aider à ralentir le taux de déclin des organisations qui sont disruptéess.”

« Comment j’ai survécu à la coolitude des startups » par Mathilde Ramadier

Les start-up sont tellement à la mode qu’il fallait bien que quelques nuages s’amoncellent. La chose n’est pas nouvelle. Dans le passé, j’ai mentionné Silicon Valley Fever. Il y a aussi eu le récent Disrupted – My Misadventure in the Start-Up Bubble de Dan Lyons Mais, chose inquiétante, les critiques se font plus nombreuses et plus graves. Ainsi par exemple l’article The evidence is piling up — Silicon Valley is being destroyed sur les scandales Juicero et Theranos. Sans oublier, plus fondamentalement la fièvre transhumaniste / apolitique

Voici un nouveau livre amusant et grave… Bienvenue dans le nouveau monde Comment j’ai survécu à la coolitude des startups de Mathilde Ramadier. La moquerie use du langage. La novlangue, la coolitude. Mais cela cache des comportements plus inacceptables. Salaires au rabais, conditions de travail ridicules. Tout cela sur le ton de l’humour, du moins de l’ironie glaçante. Excessif ? Un peu sans doute dans le sens où toutes les start-up n’agissent pas comme le décrit l’auteur, mais révélateur d’une réalité qu’il ne faudrait pas sous-estimer… Voici quelques exemples:

« Nous sommes une start-up, alors s’il te plait, apporte ton propre laptop. » [Page 24]

« Lors de l’entretien de fin de période d’essai, mon CEO m’apprend qu’au lieu des 1500 euros nets convenus au départ, je vais finalement être embauchée avec une paie trois fois inférieure. […Il] sait très bien ce qu’il fait et me débite un discours parfaitement rodé pour balayer ma déception. [… ] J’ai donc refusé une emploi payé 500 euros parce que je manquais de motivation, de conviction et d’ambition. Je ne méritais pas de participer à l’aventure. » [Page 26-7] Car le CEO a précédemment ajouté « que si je veux faire carrière, il va falloir que j’accepte de courber l’échine et de ‘tout donner’. Comme à la StarAc’. »

« Mais la disruption ne désigne-t-elle pas aussi une accélération imposée trop soudainement à la société ? […] L’économie collaborative permet la mise en relation d’un client qui a un besoin et un prestataire de services (disons plutôt une petite main qui a besoin d’argent. » [Page 28] Et de citer Bernard Stiegler. Qu’elle a raison !

« Mais cette tendance, poussée à l’extrême, est devenue le mot d’ordre d’un régime despotique qui n’admet pas « les plus faibles », c‘est à dire les réfractaires, et qui les relègue en bas de la pyramide sociale. Car si tout le monde peut, en théorie, devenir une superstar, on parle peu de ceux pour qui la « siliconisation » n’incarne ni un rêve… ni une sinécure. » [Page 36]

« Comme nous l’a appris Orwell, la manipulation du langage est le point de départ de tout discours totalitaire. […] La disparition de la capacité à penser par soi-même peut même être le cœur de compétence d’une entreprise. » [Pages 41-2]

« Il s’agit en vérité bien souvent de bullshit jobs, ces nouveaux ’jobs à la con’ du secteur des services qui se targuent de contribuer à l’organisation rationnelle de l’entreprise, mais qui ne peuvent se décrire facilement, tout simplement parce que même les premiers concernés ne parviennent pas à expliquer clairement ce qu’ils ni à y trouver une vraie utilité. […] Les salaires s’affranchissaient évidemment de toutes considérations égalitaires et restaient confidentiels. » [Pages 44-5]

« J’ai vu des gens dire ‘plus jamais ça’ et devoir recommencer. Se promettre qu’ils ne remettraient plus les pieds derrière le comptoir d’un bar après leurs premiers stages et y retourner, faute d’avoir trouvé un emploi dans leur branche. J’ai vu des jeunes femmes et des jeunes hommes devenir complétement dépendants financièrement de leur partenaire, sous-louer leur voiture ou leur chambre pour vivre dans leur salon (puisque tous les aspects de la vue sont désormais marchandables), ou retourner frapper à la porte de leurs parents à trente ans. Des femmes enceintes mettre de l’argent de côté parce que leur congé maternité ne leur permettait pas de vivre décemment. Ce sont ces gens que j’ai vus accepter un contrat précaire avec une paie ridicule dans une startup parce qu’on leur faisait des promesses, qu’on leur offrait des ‘perspectives d’évolution’ s’ils acceptaient de ‘tout donner’. [Page 70]

L’auteur fournir aussi quelques définitions intéressantes: “L’une des définitions de la startup pourrait être la suivante : il s’agit d’une jeune entreprise dotée d’un fort potentiel, mais qui nexerce pas encore d’activité rentable. L’objectif, dès le début, est donc la croissance rapide.” [page 94] Notez que Mathilde Ramadier a même son propre glossaire [pages 151-5] , souvent amusant… Ainsi :
Disruption : innovation super-puissante qui brise les codes de tout un marché. Véritable tremblement de terre, la disruption remet tout à plat et ne se soucie généralement guère des conséquences du chaos qu’elle induit.
Entrepreneur : personne courageuse au talent rare, qui a une idée de génie avant tout le monde, met tout en œuvre pour la réaliser et y parvient – ou pas.
Innovation : introduction sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau. Une startup est forcément innovante (pour ceux qui la lancent en tout cas).

“Durant ces quatre années passées dans les startups, j’ai été prisonnière d’une boucle infernale, ballotée d’une absurdité à une autre, retrouvant ici et là le même folklore. (…) Paradoxalement, on pousse le rationnel jusqu’à l’irrationnel, l’originalité jusqu’au conformisme, la soif de nouveau jusqu’à la régression. (…) Les solutions que la startupsphère nous promet – à la crise, au chomage, à l’ennui, à la répétition du même et à la désuétude, à la vieillesse et à la laideur, etc. – se vasent elles aussi sur un leurre : on ne peut prétendre déjà vivre dans le nouveau monde avant de l’avoir véritablement bâti.” [Page 143]

Comment démarrer un business qui ne foire pas (et sera effectivement rentable)

How to Start a Business That Doesn’t Suck (and Will Actually Turn a Profit).
A Modestly Simple Guide to Starting a Business

ou Comment démarrer un business qui ne foire pas (et sera effectivement rentable)
Un guide modérément simple pour lancer une entreprise

par Michael R. Clarke

Je n’ai pas lu beaucoup de livres sur “comment faire” pour les start-ups et, habituellement, je m’ennuie très rapidement, pour ne pas dire que cela me met en colère. Le pire était probablement le bestseller, The Lean Startup par Eric Ries, et le meilleur reste son mentor, Steve Blank.

Je viens de terminer “Comment démarrer un business qui ne foire pas” (du moins la version en anglais) et j’ai beaucoup aimé. Et c’est amusant, “fun” (pas la façon dont Komisar mentionne remettre le “fun” dans funerals.com dans son superbe The Monk and the Riddle). C’est drôle parce que c’est amusant à lire et c’est (vraiment) informatif.

S’il y a une chose que j’ai manquée dans ses conseils, c’est la façon dont vous fixer le prix d’un produit ou d’un service. Mais il y a tant de bonnes choses. Il commence tout simplement par «Pourquoi ne devriez-vous certainement PAS (sous aucune circonstance) démarrer une entreprise» [Pages 2-7]. Et il a raison d’avertir que l’entrepreneuriat n’est pas pour tous. Il faut être être passionné, fou …

Mais si vous êtes toujours intéressé, achetez son livre. Voici quelques bons exemples:
Mettre l’accent sur l’apprentissage plus que sur les résultats. [Page 9]
Réaliser que c’est une question de création de valeur (pas d’effort). [Page 11]
– [Avez-vous] la volonté d’agir vite? (et de paraître stupide). [Page 13]
N’écoutez pas celui que vous ne voulez pas (y compris moi). [Page 19]

J’ai beaucoup aimé son chapitre 2 pour trouver une idée (pas idéation!). Concentrez-vous sur les choses que vous connaissez bien [page 26], vous avez des points forts, et cela ne veut pas dire que vous devez être un expert. Et mettez l’accent sur les choses qui vous passionnent [page 29].

Et puis assurez-vous d’être assez précis sur le groupe de clients que vous cherchez [page 46] et ne perdez pas de temps avec ceux qui «ne voulaient pas de résultat avec suffisamment de force» [Page 49]. Vous ne pouvez pas ouvrir un magasin de beignet, mais peut-être un pour les végétariens allergiques [Page 54] (bien que mon ancien et sage chef m’a dit de ne jamais me concentrer sur la nourriture chinoise pour chiens …)

J’ai eu le sentiment d’être un cobaye quand j’ai lu: “Les écrivains sont une mine d’or cachée de potentiel promotionnel. Ils sont aussi vains. (Croyez-moi.) Donc, envoyez un courrier électronique à des écrivains / chroniqueurs dans votre industrie et faites-leur savoir que vous avez aimé quelque chose qu’ils ont écrit dans ce magazine ou blog obscur. Ensuite, six mois plus tard, parlez leur de votre nouveau produit. Vous pourriez en obtenir une promotion gratuite et impressionnante!” [Page 71]

À propos des produits (chapitre 5), j’ai aimé que les clients ne se soucient pas des produits. Ils se soucient des sentiments … “Je voudrais commencer ce chapitre à propos de “créer des produits et des services… “… en vous disant combien ils sont sans importance. […] La seule chose dont les gens s’inquiètent est le résultat (et/ou le sentiment) que crée votre produit ou service.”[Page 84]

J’étais curieux de son chapitre 6, sur les plans d’affaires. Je déteste les plans d’affaires mais j’ai aimé son chapitre. “Business Plan Étape n ° 1: Travaillez Votre Elevator Pitch.” […] “Croyez-moi: si vous faites l’effort de pitcher 2-3 personnes par jour, pour les 30 prochains jours, vous obtiendrez rapidement une idée des parties de votre idée d’entreprise qui sont appréciées (ou non).” [Page 105] Et oui, Clarke a raison et je me trompe: “Rappelez-vous … il est bon de connaître les règles avant de les changer. Et à moins que vous ayez une raison convaincante pour que vous deviez vous écarter du paquet, respectez les bases.”

J’étais également curieux de savoir ce qu’il a à dire au sujet du financement, car beaucoup de gens détestent les investisseurs. Et il commence par: “Ne lisez pas ce chapitre.” [Page 133] “Mais si je pouvais revenir en arrière et changer UNE CHOSE dans ma vie professionnelle, en plus de ne pas remplir mon garage avec des leurres de voitures Nascar™, cela aurait été de bootstrapper mes projets autant que possible et les garder frugaux, égoïstes et sans dettes.” OK il a encore raison… “Mais si je peux vous donner un autre conseil, en ce qui concerne les prototypes, c’est ce: peaufinez-les.” [Page 141] Alors soyez frugal et sexy…

J’ai bien cru qu’il avait oublié de couvrir le sujet des équipes et les cofondateurs, mais il l’a fait aussi! “Ce ne sont pas des sujets amusants à discuter. (En tant que co-dépendant, je préfère éviter ces types de conversations à tout prix.) Et cela m’a coûté des milliers de dollars. (Et trois mois de thérapie Kaiser.) Parce que j’ai conclu des partenariats dans lesquels nous n’avions pas établi un plan clair sur la façon dont nous prendrions des décisions dans l’entreprise. Nous n’avons pas décidé qui possédait quoi quand les choses allaient déraper. Et nous n’avons pas clairement établi comment les gens seraient payés si les rôles changent. (Oh la la!) S’il vous plaît, si vous amenez des partenaires (même ceux à qui vous êtes liés), prenez le temps de parcourir ce territoire inconfortable.» [Page 162] et plus loin
« La clé de l’embauche n’est pas d’embaucher vos amis, mais d’«embaucher votre faiblesse». Cela signifie que votre personnel devrait être:
• Affamé
• Supporter (sans être un lêche-cul)
• Et bon dans ce que vous n’êtes pas.”
[Page 177]

Vous devez également lire son chapitre 10, des erreurs stupides qu’il a faites, et vous ne ferez pas … Parfois, Clarke dit trop qu’il n’est pas un expert en finances, en droit, en production, en marketing. Il ne l’est peut-être pas. Mais il donne de très bons conseils!

En conclusion, il donne les bons conseils: “le seul moyen de

En conclusion, il donne ses derniers conseils: «la seule façon de savoir si votre entreprise – et vous, en tant que créateur d’entreprise – a le potentiel de réussir, c’est de laisser tomber le trapèze que vous tenez pour atteindre celui qui est juste en face de vous. […] Vous apprenez quelles sont vos forces. (Rapidement!) Et vous apprenez quelles sont vos faiblesses. (Encore plus rapidement!)” [Pages 187-8]

Un livre vraiment excellent!

Dix pistes pour innover dans des temps incertains

Suite à mon post d’hier intitulé Invention, entrepreneuriat et innovation voici une courte présentation que j’ai faite hier sur la culture de l’innovation. Je l’avais déjà mentionnée dans un post précédent (sans les diapositives): Le prochain Google sera-t-il européen (ou suisse) ? La réponse de Fathi Derder. Derder, un homme politique suisse, a écrit un livre – Le prochain Google sera suisse (à 10 conditions) – expliquant ce que la Suisse a besoin de changer dans ses conditions-cadres générales. C’est un livre important. Quand je parle aux étudiants et jeunes entrepreneurs, je me concentre plus sur l’importance de la culture de l’innovation. Ce que vous pouvez découvrir plus bas. En espérant que vous apprécierez!

Les Innovateurs par Walter Isaacson – Partie 3 : (Silicon) Valley

L’innovation est aussi question de modèles d’affaires – le cas Atari

L’Innovation dans la (Silicon) Valley, après la puce, a vu l’arrivée des jeux, des logiciels et de l’Internet. “Alors qu’ils travaillaient sur les premières consoles de Computer Space, Bushnell entendit dire qu’il avait de la concurrence. Un diplômé de Stanford nommé Bill Pitts et son copain Hugh Tuck du California Polytechnic étaient devenu accros à Spacewar, et ils avaient décidé d’utiliser un mini-ordinateur PDP-11 pour le transformer en un jeu d’arcade. […] Bushnell n’eut aucun respect pour leur plan de dépenser $20’000 pour l’équipement, y compris un PDP-11 qui serait dans une autre pièce et relié par des tonnes de câble à la console, puis de faire payer dix cents le jeu. «Je fus surpris de voir combien ils étaient ingnorants du modèle d’affaires», a t-il dit. “Surpris et soulagé. Dès que j’ai vu ce qu’ils faisaient, je savais qu’ils ne seraient pas une concurrence”.
Le Galaxy Game de Pitts et Tuck a débuté à la coffeehouse de Tresidder à Stanford à l’automne 1971. Les étudiants se rassemblaient chaque nuit comme des croyants devant un sanctuaire. Mais peu importe combien ils étaient prêts à jouer, il n’y avait aucun moyen que la machine soit rentable, et l’entreprise a finalement fermé. “Hugh et moi étions tous deux ingénieurs et nous ne faisions pas du tout attention aux questions business,” a concédé Pitts. L’innovation peut être déclenché par le talent de l’ingénieur, mais elle doit être combinée avec des compétences managériales pour “mettre le monde en feu”.
Bushnell fut capable de produire son jeu, Computer Space, pour seulement $1000. Il fit ses débuts quelques semaines après Galaxy Game dans le bar Dutch Goose à Menlo Park, près de Palo Alto et il s’en vendra le nombre respectable de 1’500 exemplaires. Bushnell était l’entrepreneur idéal: inventif, bon ingénieur, et compétant sur les questions entrepreneuriales et la demande client. Il était aussi un grand vendeur. […] Quand il est entré dans le petit bureau loué par Atari à Santa Clara, il a décrit le jeu à Alcorn [le co-fondateur d’Atari], a esquissé quelques circuits, et lui a demandé de construire la version arcade de celui-ci. Il a dit Acorn qu’il avait signé un contrat avec GE pour produire le jeu, ce qui était faux. Comme beaucoup d’entrepreneurs, Bushnell n’avait aucune honte à déformer la réalité dans le but de motiver les gens.” [Pages 209-211]

L’innovation nécessite d’avoir trois choses: une bonne idée, le talent d’ingénierie pour l’exécuter, et le sens des affaires (plus la détermination à faire des deals) pour le transformer en un produit réussi. Nolan Bushnell eut le trio gagnant quand il avait vingt-neuf ans, ce qui explique pourquoi, plutôt que Bill Pitts, Hugh Truck, Bill Nutting, ou Ralph Baer, il est resté dans l’histoire comme l’innovateur qui a lancé l’industrie du jeu vidéo.” [Page 215]

Vous pouvez également alors écouter Bushnell directement. Le passeg est extrait de SomethingVentured et l’histoire d’Atari commence à l’instant 30’07 “jusqu’à 36’35” (vous pouvez aller directement sur YouTube pour le bon timing).

Le débat sur l’intelligence des machines

Le chapitre 7 traite des débuts de l’Internet. Isaacson contribue aussi à un sujet qui redevient un débat depuis quelque temps: le possible remplacement par les machines et l’ordinateur en particulier de l’humain avec ou malgré son intelligence, sa créativité et ses capacités d’innovation. Je me sens proche d’Isaacson que je cite, page 226: “Licklider était du côté de Norbert Wiener, dont la théorie de la cybernétique était basée sur l’étroite collaboration entre humains et machines travaillant, plutôt que de leurs collègues du MIT, Marvin Minsky et John McCarthy, dont la quête de l’intelligence artificielle impliquait la création de machines qui pourraient apprendre par elles-mêmes et remplacer la connaissance humaine. Comme l’expliquait Licklider, l’objectif raisonnable était de créer un environnement dans lequel les humains et les machines “coopéreraient pour prendre des décisions.” En d’autres termes, ils grandiraient ensemble. “Les humains fixeront les objectifs, formuleront les hypothèses, détermineront les critères et feront les évaluations. Les machines et ordinateurs feront le travail automatisable qui doit être fait pour préparer la voie vers des idées et des décisions dans les domaines scientifiques et techniques.”

Le dilemme de l’Innovateur

Dans le même chapitre, qui tente de décrire qui étaient les inventeurs (plus que les innovateurs) dans le cas de l’Internet – J.C.R. Licklider, Bob Taylor, Larry Roberts, Paul Baran, Donald Davies, ou même Leonard Kleinrock – et pourquoi il a été inventé – un mélange de motivation entre l’objectif militaire de protection des communications en cas d’attaque nucléaire et l’objectif civil d’aider les chercheurs dans le partage des ressources – Isaacson montre encore une fois le défi de convaincre les acteurs établis.

Baran est entré en collision avec une des réalités de l’innovation, qui est que les bureaucraties enracinées sont réfractaires au changement. […] Il a essayé de convaincre AT&T de compléter son réseau à commutation de circuits pour la voix savec un réseau de données à commutation de paquets. “Ils se sont battus bec et ongles”, a t-il rappelé. “Ils ont essayé toutes sortes de choses pour l’arrêter.” [AT&T sera aller aussi loin que l’organisation d’une série de séminaires qui impliquera 94 intervenants] “Maintenant voyez-vous pourquoi la commutation de paquets ne fonctionnera pas?” Baran répondit simplement : « Non ». Une fois de plus, AT&T a été freinée par le dilemme de l’innovateur. La société rechigna à envisager un tout nouveau type de réseau de données, car elle avait tellement investi dans ses circuits. [Pages 240-41]

[Davies] utilisa un bon vieux mot anglais pour eux: les paquets. En essayant de convaincre le General Post Office d’adopter le système, Davies rencontra le même problème que Baran avait vécu lorsqu’il avait frappé à la porte d’AT&T. Mais ils ont tous deux trouvé un soutien à Washington. Larry Roberts non seulement accepta leurs idées; il adopta également le mot paquet.

L’entrepreneur est un rebelle (qui aime le pouvoir)

Un pirate informatique “hard-core”, Steve Dompier, proposa de descendre à Alburquerque en personne pour y trouver une machine de MITS, qui avait de la difficulté à suivre les commandes. Au moment de la troisième réunion du Homebrew en avril 1975, il avait fait une découverte amusante. Il avait écrit un programme pour trier les nombres, et tandis qu’il l’utilisait, il écoutait une émission de la météo sur une radio transistor basse fréquence. « La radio a commencé à faire zip-zzziiip-ZZZIIIPP à différents moments », et Dompier se dit: « Eh bien, vous savez quoi! Mon premier périphérique! » Puis il fit quelques expériences. « J’ai essayé d’autres programmes pour voir à quoi cela ressemblait, et après environ huit heures à bidouiller, j’avais un programme qui pouvait produire des sons musicaux et effectivement faire de la musique ». [Page 310]

“Dompier publia son programme musical dans le numéro du People’s Computer Company, ce qui amena une réponse historiquement remarquable d’un lecteur perplexe. “Steven Dompier a un article sur le programme musical qu’il a écrit pour l’Altair dans le People’s Computer Company,” écrivit Bill Gates, un étudiant en congé de Harvard pour écrire des logiciels pour MITS à Albuquerque. “L’article donne le listing de son programme et des données musicales pour ‘The Fool on the Hill’ et ‘Daisy’. Il n’explique pas pourquoi cela fonctionne et je ne vois pas pourquoi. Est-ce que quelqu’un le sait?” La réponse simple est que l’ordinateur, en lançant les programmes, produisait des interférences qui pouvaient être contrôlées par des boucles temporelles et transformées sous forme d’impulsions de tonalité par une radio ondes moyennes.
Au moment où sa requête a été publiée, Gates s’était lancé dans une dispute plus fondamentale avec le Homebrew Computer Club. Cela est devenu l’archétype de l’affrontement entre l’éthique commerciale qui croyait aux informations exclusives, représentée par Gates [et Jobs] et l’éthique des hacker du partage librement des informations, représentée par la population du Homebrew [et Wozniak]. » [Page 311]

Isaacson, par sa description de Gates et Jobs, explique ce qu’est un entrepreneur.

“Oui, maman, je pense,” répondit-il. “As-tu déjà essayé de penser?” [P.314] Gates était un obsessif en série. […] Il avait un style confrontationnel [… et il] savait le faire dégénérer en insulte comme «la chose la plus stupide que j’ai jamais entendue . » [P.317] Gates a utilisé le pouvoir dans sa future relation avec Allen. Voici comment Gates l’a décrit, “Voilà, j’ai dit “Ok, mais je vais être aux commandes. Et je vais vous habituer à ce que je sois aux commandes, et il sera difficile de discuter avec moi à partir de maintenant à moins que je ne sois aux commandes. Si vous me mettez aux commandes, je suis aux commandes de cela et de tout ce que nous faisons. » [P.323] Comme beaucoup d’innovateurs, Gates était rebelle juste par principe. [P.331] « Un innovateur est probablement un fanatique, quelqu’un qui aime ce qu’ils fait, travaille jour et nuit, peut ignorer des choses normales dans une certaine mesure, et donc être considéré comme un peu déséquilibré. […] Gates était aussi un rebelle avec peu de respect pour l’autorité, un autre trait des innovateurs. [P.338]

Allen avait supposé que son partenariat avec Gates serait cinquante-cinquante. […] Mais Gates avait insisté pour être aux commandes. “Ce n’est pas juste si tu as la moitié. […] Je pense que ça devrait être 60 à 40.” […] Pire encore, Gates insista pour revoir la répartition deux ans plus tard. “Je mérite plus de 60 pour cent.” Sa nouvelle demande était que la répartition soit 64-36. Né avec un gène de la prise de risque, Gates pouvait disparaître tard dans la nuit en conduisant à des vitesses terrifiantes sur les routes de montagne. «J’ai décidé que c’était sa façon de se défouler.», a déclaré Allen. [P.339]

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Gates arrêté pour excès de vitesse en 1977. [P.312]

“Il y a quelque chose d’indéfinissable chez un entrepreneur, et je l’ai vu avec Steve,” s’est souvenu Bushnell. “Il était intéressé non seulement par l’ingénierie, mais aussi par tous les aspects commerciaux. Je lui ai appris que si vous agissez comme si quelque chose est possible, alors cela va marcher. Je lui ai dit, fais semblant de maîtriser totalement et les gens supposent que tu l’es”. [P.348]

Le concept de l’entrepreneur comme un rebelle n’est pas nouveau. En 2004, Pitch Johnson, l’un des premiers VC dans la Silicon Valley a écrit «Les entrepreneurs sont les révolutionnaires de notre temps.” Freeman Dyson a écrit Portrait du scientifique en rebelle. Et vous devriez lire l’analyse de Nicolas Colin sur les écosystèmes entrepreneuriaux: Capital + savoir-faire + rébellion = économie entrepreneuriale. Oui des rebelles qui aiment le pouvoir …

3 choses que tout premier entrepreneur devrait savoir selon le fondateur de HouseTrip

Un article remarquable que j’avais totalement manqué. je l’ai lu et hier grâce à une collègue de IFJ/venturelab, merci! Arnaud Bertrand ne donne pas les leçons habituelles relatives à l’argent, le produit, le marché, blablabla. C’est beaucoup plus profond et douloureux…:

1- Réussir à bâtir une entreprise c’est d’abord réussir dans l’art de recruter et de gérer des personnes.
2- Avoir un produit ou un service différencié est loin d’être suffisant pour capter votre marché.
3- Créer une entreprise et l’emmener vers le succès, c’est gagner beaucoup de combats contre soi-même.

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Vous devez absolument lire l’article en entier: https://www.hottopics.ht/stories/how-to/3-things-all-first-time-entrepreneurs-should-know/

Elon Musk – le nouveau Steve Jobs – fou ou génie? (Partie 3)

Je viens de terminer la lecture de Elon Musk, et après mes deux posts précédents (partie 1 et partie 2), voici les notes complémentaires.

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Comment fonctionne l’innovation

C’est vraiment un livre fascinant et Elon Musk l’est tout autant. Un personnage vraiment unique et difficile. Et évidemment il est aussi très critiqué et détesté. Une de ces critiques sévères vient de la ​​Technology Review du MIT avec Tech’s Enduring Great-Man Myth par Amanda Schaffer. Vous devriez le lire. J’en extrais seulement deux phrases:
– “Pour le dire autrement, pensons-nous vraiment que si Jobs et Musk n’avaient jamais existé, il n’y aurait pas eu de révolution du smartphone, pas de regain d’intérêt pour les véhicules électriques?” Eh bien, cela est une question cruciale sur la source de l’innovation. La société ou les individus. La question est pertinente pour la science aussi.
– “C’est précisément parce que nous admirons Musk et pensons que ses contributions sont importantes que nous avons besoin de savoir à qui il doit son succès.” C’est une citation de Mariana Mazzucato que j’ai souvent mentionnée ici. Son livre The Entrepreneurial State est à lire absolument. Il y est question du rôle du gouvernement en matière d’innovation. Ma conviction de plus forte avec les années est que le gouvernement rend les choses possibles (science, technologie et invention, innovation), mais sans des individus d’exception – souvent des génies, parfois à la frontière de la folie – je ne crois pas que autant se passerait.

Maintenant, permettez-moi de citer encore Ashley Vance parce que les derniers chapitres du livres sont aussi passionnants que les premiers. Ces citations montrent que, malgré l’importance du gouvernement, il ne suffit pas à expliquer comment fonctionne l’innovation.

Alors que Tesla devenait une star de l’industrie américaine moderne, ses plus proches rivaux disparaissaient les uns après les autres. Fisker Automotive a fait faillite et a été acheté par une société chinoise de pièces d’automobiles en 2014. Un de ses principaux investisseurs était Ray Lane, un capital-risqueur chez Kleiner Perkins Caufield & Byers. Lane a coûté à Kleiner Perkins une chance d’investir dans Tesla et a alors soutenu Fisker – un choix désastreux qui a terni l’image de l’entreprise et la réputation de Lane. Better Place est une autre start-up qui a eu une plus grande aura encore que Fisker et Tesla mis ensemble et qui a recueilli près de un milliard de dollars pour construire des voitures électriques et des stations d’échange de batteries. La société n’a jamais vraiment rien produit et a déclaré sa faillite en 2013.
Les personnes comme Straubel qui avaient été chez Tesla depuis le début sont prompts à rappeler que la possibilité de construire une voiture électrique impressionnante a toujours existé. “Ce n’est pas vraiment comme s’il y avait une ruée vers cette idée, et nous y sommes arrivés en premier,” dit Straubel. “On oublie souvent avec le recul que les gens pensaient que c’était l’idée business la plus merdique de la planète. Les capital-risqueurs fuyaient tous en courant.” Ce qui séparait Tesla de la concurrence était la volonté de foncer vers cette vision sans compromis, avec un engagement complet à exécuter selon les normes de Musk.

[Pages 315-16]

Pendant toute la période de croissance de SolarCity, la Silicon Valley a déversé d’énormes quantités d’argent dans des entreprises de technologie verte avec des résultats souvent désastreux. Il y a eu les bourdes dans l’automobile comme Fisker et Better Place, et Solyndra, le fabricant de cellules solaires que les conservateurs aiment à considérer comme un récit édifiant des gaspillages du gouvernement et de clientélisme. Certains des plus célèbres capitaux-risqueurs dans l’histoire, comme John Doerr et Vinod Khosla, ont été attaqués par la presse locale et nationale pour l’échec de leurs investissements verts. L’histoire était presque toujours la même. Les gens avaient jeté l’argent dans les technologies vertes car cela semblait être la bonne chose à faire et non pas parce qu’il y avait une vraie opportunité. Des nouveaux types de stockage d’énergie aux voitures électriques et aux panneaux solaires, la technologie n’avait jamais été tout à fait à la hauteur du prix payé et demandait toujours trop de financement du gouvernement et d’incitations pour créer un marché viable. Une grande partie de cette critique était juste. Il y a juste qu’il y avait ce personnage, Elon Musk, qui semblait avoir compris quelque chose que tout le monde avait manqué. “Nous avions une règle générale de ne pas investir dans des sociétés de technologie propre pour environ une décennie,” a déclaré Peter Thiel, cofondateur de PayPal et capital-risqueur au Founders Fund. “Sur le plan macro, nous avons eu raison, car les technologies propres comme secteur ont été assez décevantes. Mais au niveau micro, il semble qu’Elon ait les deux sociétés de technologie clean-tech les plus prospères aux États-Unis. Nous préférerions expliquer son succès comme un coup de chance. Il y a toute cette histoire d’Iron Man dans laquelle il est présenté comme un homme d’affaires de dessin animé – cet animal de zoo très rare. Mais aujourd’hui, vous devez plutôt vous demander si son succès n’est pas un acte d’accusation contre le reste d’entre nous qui avons travaillé sur des choses beaucoup plus incrémentales. Dans la mesure où le monde doute encore d’Elon, je pense qu’il est une réflexion sur la folie du monde et non pas sur la folie supposée d’Elon.”
[Pages 320-21]

Tony Fadell à propos de Musk

Tony Fadell, l’ancien dirigeant d’Apple, crédité pour avoir mis l’iPod et l’iPhone sur le marché, a caractérisé le smartphone comme représentant d’un type de super-cycle dans lequel le matériel et les logiciels ont atteint un point critique de maturité. L’électronique est de qualité et peu chère, tandis que le logiciel est plus fiable et sophistiqué. […] Google a ses voitures sans conducteur et a acquis des dizaines d’entreprises de robotique car l’entreprise cherche à fusionner le code et la machine. […] Et une multitude de start-up ont commencé à intégrer dans les dispositifs médicaux du logiciel puissant pour aider les gens à surveiller et analyser leurs organes et diagnostiquer leur condition. […] Zee Aero, une start-up de Mountain View, compte quelques anciens employés de SpaceX et travaille à un nouveau type secret de transport. Une voiture volante enfin ? Peut-être. […] Pour Fadell, l’activité de Musk se trouve au sommet de cette tendance. “Que ce soit Tesla ou SpaceX, vous parlez de combiner le savoir-faire dans la fabrication et la production de l’ancien monde avec la technologie à faible coût des objets de grande consommation. Vous mettez ces choses ensemble, et elles se transforment en quelque chose que nous n’avons jamais vu auparavant. Tout à coup, vous avez un changement radical. C’est comme passer de zéro à un.”
[Pages 351-52] Cela ne vous rappelle pas le Zero to One de Peter Thiel.

Larry Page à propos de Musk

Google a investi plus que toute autre société de technologie dans les projets les plus fous de Musk: les voitures sans conducteur, des robots, et même un prix pour une machine qui ira sur la lune à bas prix. L’entreprise, cependant, fait face à un ensemble de contraintes et d’attentes qui son liées à l’emploi de dizaines de milliers de personnes et l’analyse constante des investisseurs. C’est dans cet esprit que Page se sent parfois un peu jaloux de Musk, qui a réussi à prendre des idées radicales comme base de ses entreprises. “Si vous pensez à la Silicon Valley ou aux chefs d’entreprise en général, ils ne manquent pas habituellement d’argent”, dit Page. “Si vous avez tout cet argent, que vous allez sans doute donner et ne pourriez même pas tout dépenser même si vous le vouliez, alors pourquoi consacrez-vous votre temps à une entreprise qui ne fait pas vraiment quelque chose de bon ? Voilà pourquoi je trouve Elon un exemple inspirant. Il a dit: ‘Eh bien, que dois-je faire vraiment dans ce monde ? Résoudre les voitures, le réchauffement climatique, et rendre l’humanité multi-planétaire.’ Je veux dire que ce sont des objectifs assez convaincants, et il a maintenant les entreprises pour le faire.”
[Page 353]

Larry Page sur l’éducation

Ceci est un passage très intéressant [pages 355-56] indépendant de Musk: “Je ne pense pas que nous fassions un bon travail en tant que société à décider quelles choses sont vraiment importantes,” a dit Page. “Je ne trouve pas que nous éduquions les gens à réfléchir de cette façon générale. Vous devriez avoir une assez large formation scientifique et technologique. Vous devriez avoir une formation en leadership et un peu de formation de type MBA ou de connaissance sur la façon de gérer les choses, organiser les choses, et trouver de l’argent. Je ne pense pas que la plupart des gens le font, et c’est un gros problème. Les ingénieurs sont formés en général dans un cadre très rigide. Lorsque vous êtes en mesure de penser à toutes ces disciplines ensemble, vous commencez à penser différemment et vous pouvez rêver de choses beaucoup plus folles et comment elles pourraient fonctionner. Je pense que c’est vraiment une chose importante pour le monde. Voilà comment nous faisons des progrès.” [Pages 355-6]

Quelques derniers mots sur Musk

Il est presque drôle de constater que Musk passe tellement de temps à parler de la survie de l’homme, mais ne soit pas prêt à faire face aux conséquences de ce que son mode de vie fait de son corps. “Elon est arrivé à la conclusion au début de sa carrière que la vie est courte”, a déclaré Straubel. “Si vous avez vraiment intégré cela, vous en arrivez à la conclusion évidente que vous devriez travailler aussi dur que vous le pouvez”. Souffrir a toujours été la chose de Musk. Les enfants à l’école l’ont torturé. Son père a joué avec lui à des jeux d’esprit brutaux. Musk a ensuite abusé d’un rythme de travail inhumain et et a toujours poussé ses entreprises aux limites. L’idée d’équilibre vie-travail semble vide de sens dans ce contexte. […] Il estime que la souffrance a contribué à faire de lui qui il est et lui a donné des réserves supplémentaires de force et de volonté. [Page 356]

Toutefois….

Comme l’a dit Thiel, Musk pourrait très bien être celui qui aura redonné de l’espoir aux gens et renouvelé leur foi dans ce que la technologie peut faire pour l’humanité. [Page 356]

Elon Musk – le nouveau Steve Jobs (suite)

Après avoir lu les chapitres 8 et 9 de Elon Musk et après mon récent post sur le leader de Tesla et SpaceX, je suis maintenant convaincu qu’Elon Musk est beaucoup plus important que Steve Jobs. Il a su faire renaître l’optimisme dans la Silicon Valley, aux Etats-Unis et peut-être dans le monde. Il a également ramené le hardware et l’ingénierie dans un monde qui pensait que tout était virtuel et en ligne. Mea culpa, je ressentais la même chose. Je pensais sincèrement que le logiciel et l’intelligence était ce que faisait bouger le monde. Elon Musk a montré que le bricolage, l’expérimentation couplés avec une vision ambitieuse pourrait changer le monde.

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« Quand le lancement a été un succès [le 4ème lancement de SpaceX mais le 1er réussi], tout le monde a éclaté en sanglots », dit Kimbal. « Ce fut l’une des moments les plus émouvants que j’ai connus. » Musk a quitté la salle de contrôle et est sorti de l’usine, où il a reçu un accueil de rock star. « Eh bien, ce fut trippant, » dit-il. « Il y a beaucoup de gens qui pensaient que nous ne pouvions pas le faire – beaucoup en fait – mais comme le dit le dicton, ’jamais trois sans quatre’, non? Il y a seulement une poignée de pays sur terre qui ont fait cela. C’est normalement le rôle d’un état, pas d’une entreprise…. [Page 203]

Mais le lecteur ne doit pas oublier la dure réalité: Pour Gracias, l’investisseur dans Tesla et SpaceX et l’ami de Musk, la période 2008 lui a illsutré tout ce qu’il aurait jamais besoin de savoir sur le caractère de Musk. Il a vu un homme qui est arrivé aux États-Unis sans rien, qui avait perdu un enfant, qui était cloué au pilori dans la presse par des journalistes et par son ex-femme et était au bord de voir l’œuvre de sa vie détruite. « Il a la capacité à travailler plus fort et à supporter plus de stress que quiconque j’ai rencontré », dit Gracias. « Ce qu’il a traversé en 2008 aurait brisé toute autre personne. Il n’a pas seulement réussi survivre. Il a continué à travailler et est resté concentré. » Cette capacité à rester concentré au milieu d’une crise est l’un des principaux atouts de Musk sur les autres dirigeants et concurrents. « La plupart des gens qui vivent cette sorte de pression finissent par s’user », a déclaré Gracias. « Leurs décisions se dégradent. Elon reste hyper rationnel. Il est toujours capable de prendre des décisions très claires et pour le long terme. Plus les choses sont dures, plus il s’améliore. Quiconque a vu ce qu’il a vécu en direct est reparti avec plus de respect pour le gars. Je n’ai jamais rien vu de tel que sa capacité à supporter la douleur. » [Page 211]

Encore une fois, Musk n’a pas peur de prendre des risques. Quand l’année 2008 a pris fin, Musk avait plus d’argent […] Le couple a dû commencer à emprunter des centaines de milliers de dollars à l’ami de Musk, Skoll et les parents de Riley ont offerts de ré-hypothéquer leur maison. Musk n’a plus volé dans son jet entre Los Angeles et la Silicon Valley. Il prenait Southwest. [Pages 206-207] Il réussit à sauver Tesla, le deal fut signé la veille de Noël, et quelques heures plus tard Tesla aurait fait faillite. Musk n’avait plus que quelques centaines de milliers de dollars et ne pouvait pas assurer la paie le lendemain. […] Le 23 Décembre 2008, cependant, SpaceX a reçu un choc. Des gens à l’intérieur de la NASA avaient soutenu SpaceX pour devenir un fournisseur pour l’ISS. La société a reçu 1,6 milliard de dollars pour le paiement de douze vols vers la Station spatiale. [Page 210]

Il est également intéressant de mentionner les méthodes d’embauche de Musk ! Le modèle d’embauche de SpaceX accorde une certaine importance à l’obtention des meilleures notes dans les meilleurs universités. Mais l’essentiel de l’attention consiste à repérer les ingénieurs qui ont démontré des traits de personnalité de type A au cours de leur vie. Les recruteurs de l’entreprise recherchent des gens qui pourraient se distinguer dans les concours de construction de robot ou qui sont amateurs de course automobile et qui ont construit des véhicules inhabituels. Le but est de trouver des personnes qui transpirent la passion, peuvent également fonctionner dans le cadre d’une équipe, et avoir une expérience réel du travail du métal par exemple. « Même si vous êtes quelqu’un qui a écrit du code pour votre travail, vous devez comprendre comment les choses fonctionnent. Nous recherchions les personnes qui avaient construit des choses depuis qu’ils étaient petits. » [Page 220] Les entretiens d’embauche sont difficiles avec des puzzles, de l’écriture de code et Musk a interviewé les 1’000 premiers employés de SpaceX.

Je suis loin d’avoir fini la lecture du livre de mais je vais terminer provisoirement avec mes habituelles tables de capitalisation, cette fois pour les entreprises de musK: 1-Paypal, 2-Tesla Motors, 3-SolarCity qu’il n’a pas fondée, mais qu’il a soutenu depuis les premiers jours et les deux fondateurs sont ses cousins, 4-enfin une tentative de tableau basé sur ce que SpaceX a annoncé.

1-Paypal
Musk-PayPal-Captable

2-Tesla Motors
Musk-Tesla-Captable

Musk-Tesla-Rounds

3-SolarCity
Musk-SolarCity-Captable

4-SpaceX
Musk-SpaceX-Captable

Elon Musk – le nouveau Steve Jobs

Elon Musk est probablement le nouveau Steve Jobs. Il est peut-être beaucoup plus encore. Ses débuts dans la vie, sa vie privée n’ont pas été simples ni faciles. Il est probablement aussi dur avec une perception déformée de la réalité similaire à celle du fondateur d’Apple. Mais en tant qu’entrepreneur, il a sans doute une vision et une ambition bien plus grandes. Il a commencé relativement modestement avec Zip2, une start-up fournissant l’équivalent des pages jaunes dans les premiers temps de l’Internet, qui a tout de même été vendue pour $307M, suivie de X.com qui avait l’ambition de changer le système bancaire avant sa fusion avec Confinity pour devenir Paypal. Tous deux étaient juste des expériences! Il a appris et a développé ses “chef d’œuvre”: Tesla et SpaceX.

Ashlee Vance vient d’écrire un livre remarquable et passionant, Elon Musk, Tesla, SpaceX, and the Quest for A Fantastic Future sur sa vie et ses réalisations.

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Zip2 – 1995 – 3 co-fondateurs (Elon Musk et Kimbal, Greg Kouri) $3M avec MDV – vendue à Compaq / AltaVista pour $307M le 1er avril 1999, après plus de 50 millions de dollars de financementd supplémentaired. Elon gagna $22M , Kimbal $15M, et MDV 22x son argent.

X.com – 1999 – 4 co-fondateurs (Ed Ho, Harris Fricker, Christopher Payne, Elon Musk) et le 1er employé, Scott Anderson. Bill Harris, PDG en décembre 99. X.com fusionne avec Confinity en mars 2000. Musk touche $250 M de la vente à eBay soit $180M après impôts.

Tous comptes faits, Musk a investi $12M dans X.com, lui laissant, après impôts, $4M pour sa fortune personnelle. “C’est ce qui sépare Elon des simples mortels”, déclara Ed Ho, l’ancien dirigeant de Zip2 et co-fondateur de X.com. “Il est prêt à prendre des risques personnels insensés. Quand vous faites un pari de ce type, soit c’est payant soit vous vous retrouvez quelque part dans un abribus.” [Page 80]

Musk fut remplacé comme PDG pendant sa lune de miel. Mais quand il est devenu clair que la société avait déjà évolué, Musk a cédé. « J’ai parlé à Moritz [de Sequoia] et quelques autres », a déclaré Musk. « Ce n’était pas tellement que je voulais être le PDG, mais plutôt sans le style ‘Hé, je pense qu’il y a des choses assez importantes qui doivent être faites, et si je ne suis pas à la manœuvre, je ne suis pas sûr que cela va se produire. » Puis j’ai parlé à Max [Levchin] et Peter [Thiel], et il me sembla qu’ils feraient ces choses. Alors, je veux dire, ce n’est pas la fin du monde. […] Tout au long de cette épreuve, cependant, il a fait preuve d’une incroyable retenue. Il a embrassé le rôle de conseiller de la société et continué à investir, augmentant sa participation au point de devenir le plus grand actionnaire de PayPal. « Vous vous attendriez à ce que quelqu’un dans la position d’Elon soit amer et vindicatif, mais il ne l’a pas été », dit Botha [de Sequoia], « Il a soutenu Peter. C’était un prince. » [Pages 88-89]

Musk est direct et difficile, mais « Il vient de l’école de la pensée, dans le monde des relations publiques, que vous ne laissez pas une imprécision n’être pas corrigée » [page 91]. Un exemple de dureté dans sa vie privée: « Il me faisait constamment des remarques sur mes manques. ‘Je suis ta femme’, je lui ai dit à plusieurs reprises, ‘pas ton employée’. « Si tu étais mon employée, dit-il tout aussi souvent, tu serais virée » [page 94]. Il s’est marié et a divorcé trois fois, tout d’abord avec Justine Wilson, avec qui Musk avait 1 bébé qui est mort au bout de 10 semaines, puis 2 jumeaux, puis 3 triplés, puis deux fois avec Talulah Riley.

Les chapitres 6 et 7 sont à lire absolument. Ils montrent l’énergie, la folie, la vision, l’obsession que Musk a déployées dans la construction de fusées et de voitures électriques, combinant le chaos des start-up et de la structuration nécessaire à la fabrication.

SpaceX – Space Exploration Technologies Corp. – 2002 – https://en.wikipedia.org/wiki/SpaceX. Le deal [PayPal] donna Musk de la liquidité et lui a permis d’investir plus de 100 millions de dollars dans SpaceX.

Tesla Motors – fondée le 1er Juillet 2003 par Martin Eberhard et Marc Tarpenning qui avait vendu une précédente start-up pour $187M en 2000. En parallèle Musk a aidé JB Straubel, un étudiant passionné de Stanford, qui avait vu que les batteries avait atteint une efficacité compatible avec les besoins des voitures électriques. Musk a investi 6,5 millions de dollars dans Tesla et Straubel a rejoint la start-up en mai 2004. Le 27 Janvier 2005, les 18 employés de Tesla avaient construit le premier prototype. Musk a investi $9M de plus dans un tour de financement de $13M$. En mai 2006, Tesla avait 100 employés. Musk a nouveau investi 12 millions de dollars avec DFJ, Larry Page, Sergey Brin et d’autres dans un tour de $40M. A la mi-2007, Tesla était passé à 260 employés [page 165].

Il y a un passage intéressant sur Detroit et sa culture si différente de la Silicon Valley [page 164¡: Chaque fois que Tesla a interagi avec Detroit, la start-up a reçu une piqûre de rappel sur la façon dont ville au glorieux passé avait perdu sa culture de l’action. Tesla a essayé de louer un petit bureau à Detroit. Les coûts étaient incroyablement bas par rapport à la Silicon Valley, mais la bureaucratie de la ville transformait en parcours du combattant la location d’un simple bureau. Le propriétaire de l’immeuble voulait voir sept ans de comptes audités de Tesla, qui était encore une société privée. Ensuite, le propriétaire du bâtiment a voulu une avance équivalent à deux ans de loyer. Tesla avait 50 millions de dollars sur son compte en banque et aurait pu acheter l’immeuble purement et simplement. « Dans la Silicon Valley, vous dites que vous êtes soutenu par un capital-risqueur, et c’est la fin de la négociation. » dit Tarpenning. « Mais tout était comme ça à Detroit. Nous recevions des colis FedEx, et ils ne pouvaient même pas décider qui devait signer pour les paquets ».

Puis les disputes ont commencé entre Musk et Eberhard: Les ingénieurs soutenaient Eberhard pour ces décisions nettes et rapides. […] Musk voulait des changements qui ont commencé à retarder le Roadster, Musc a continué à insitser pour que la voiture soit plus confortable. […] Eberhard se plaignait que ces demandes ralentissaient la société. […] Les employés de la société dans leur ensemble était plutôt du côté de Martin [page 165]. Beaucoup de problèmes ont alors commencé à apparaître, des problèmes techniques comme la transmission, des problèmes de coût globaux du Roadster et en définitive des retards de livraison du Roadster à la clientèle qui avait versé une avance.

En Août 2007, le conseil d’administration de Tesla démit Eberhard au titre de président de la technologie. La plupart des employés étaient fatigués, Tesla était à court d’argent après avoir dépensé 140 millions de dollars. Dans l’intervalle, SpaceX avait échoué avec ses deux premiers lancements. Et Musk demanda le divorce. Lorsque la crise de 2008 éclata, Elon Musk était grande difficulté personnelle et managériale avec ses deux sociétés.

Plus à venir si j’aime autant les chapitres 8 à 11.

PS: pour rappel, deux articles passés sur Musk:
– le 3 juin 2010 : Qu’est-ce qui fait d’une entreprise de technologie un succès? Un mélange de peur et d’envie
– le 8 mars 2010 : Tesla Motors and Paypal, a tale of two founders (en anglais)

Biocartis, la start-up à succès (presque) suisse.

Biocartis aurait pu être une réussite suisse, mais la société est maintenant basée en Belgique. Probablement pas une décision des investisseurs (ce à quoi on pense en général quand une start-up déménage), mais plutôt de l’équipe de management. Un des fondateurs est belge et c’est un entrepreneur en série impressionnant: Rudi Pauwels. Voici ce que vous pouvez lire dans le document IPO:

BiocartisHistory

Pourtant les chiffres sont intéressants. La société a levé plus de €200M avant son introduction en bourse de €100M cette semaine. Malgré ces énormes montants, les fondateurs ont gardé environ 5% de la société. Son prospectus d’IPO est disponible sur le site Web de la société. Elle a signé des accords avec Philips, Hitachi, Biomérieux, Abbott, Janssen et Johnson & Johnson et compte Debiopharm, basée en Suisse, parmi ses actionnaires. Voici mon tableau de capitalisation habituel:

BiocartisCapTable
(cliquez sur l’image pour l’agrandir)