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Talent et chance : le rôle du hasard dans le succès et l’échec.

Je dois remercier mon ami et collègue Fuad de m’avoir signalé un remarquable article de recherche intitulé Talent vs Luck: the role of randomness in success and failure. Vous pouvez trouver l’article sur Arxiv au format pdf.

Je dois dire que cela résonne avec les recherches que j’ai faites dans le passé sur les entrepreneurs en série, où j’ai découvert qu’il n’y avait pas de réelle corrélation entre l’expérience et le succès dans l’entrepreneuriat en haute technologie. Voici un lien vers ce travail: Serial entrepreneurs: are they better?

Si vous êtes intéressé, téléchargez et lisez le document. Voici quelques courts extraits de leur article:

Il est bien connu que l’intelligence (ou, plus généralement, le talent et les qualités personnelles) présente une distribution gaussienne dans les populations, alors que la répartition des richesses – souvent considérée un indicateur de réussite – suit généralement une loi de puissance (loi Pareto ou power law), avec une grande majorité de
les pauvres et un très petit nombre de milliardaires. Un tel écart entre la distribution normale des intrants, avec une échelle typique (le talent ou l’intelligence moyenne), et la distribution d’échelle invariante des extrants, suggère qu’un ingrédient caché est à l’œuvre en coulisse. Dans cet article, à l’aide d’un modèle à base d’agent très simple, nous suggérons qu’un tel ingrédient est juste le hasard.
[Page 1]

Il existe aujourd’hui de plus en plus de preuves du rôle fondamental du hasard, de la chance ou, plus généralement, des facteurs aléatoires dans la détermination des succès ou des échecs dans nos vies personnelles et professionnelles. En particulier, il a été démontré que les scientifiques ont la même chance tout au long de leur carrière de publier leur plus gros succès; que les personnes dont le nom de famille est positionné plus tôt dans l’alphabet sont beaucoup plus susceptibles d’obtenir un poste permanent dans les départements les mieux classés; que les distributions d’indicateurs bibliométriques collectées par un universitaire pourraient être le résultat du hasard et du bruit liés à des phénomènes multiplicatifs liés à un mécanisme inflationniste de « publier ou mourir »; que sa position dans une liste triée par ordre alphabétique peut être importante pour déterminer l’accès aux services publics les plus recherchés; que les initiales du deuxième prénom améliorent les évaluations des performances intellectuelles; que les personnes dont le nom est facile à prononcer sont jugées plus positivement que celles dont le nom est difficile à prononcer; que les individus aux noms de famille à consonance noble travaillent plus souvent comme gestionnaires que comme employés; que les femmes ayant un nom masculin réussissent mieux dans les carrières juridiques; qu’environ la moitié de la variance des revenus entre les personnes dans le monde s’explique uniquement par leur pays de résidence et par la répartition des revenus dans ce pays; que la probabilité de devenir PDG est fortement influencée par votre nom ou par votre mois de naissance; que les idées innovantes sont le résultat d’une marche aléatoire dans notre réseau cérébral; et que même la probabilité de développer un cancer, à même de briser une brillante carrière, est principalement due à la simple malchance. Des études récentes sur le succès reproductif au cours de la vie corroborent davantage ces affirmations montrant que, si la variation des caractères peut influencer le sort des populations, la chance régit souvent la vie des individus. [Page 2]

Voici quelques résultats frappants:

Mais pour comprendre la véritable signification de [ces] conclusions, il est important de distinguer le macro du point de vue micro. En fait, du point de vue micro, suivant les règles dynamiques du modèle, une personne talentueuse a une plus grande probabilité a priori d’atteindre un niveau de réussite élevé qu’une personne modérément douée, car elle a une plus grande capacité à saisir toute opportunité qui viendra. Bien sûr, la chance doit l’aider à créer ces opportunités. Par conséquent, du point de vue d’un seul individu, nous devons donc conclure que, étant impossible (par définition) de contrôler la survenue d’événements chanceux, la meilleure stratégie pour augmenter la probabilité de réussite (à tout niveau de talent) est d’élargir l’activité personnelle, la production d’idées, la communication avec les autres, la recherche de diversité et d’enrichissement mutuel. En d’autres termes, être ouvert d’esprit, prêt à être en contact avec les autres, expose à la plus forte probabilité d’événements chanceux (à exploiter au moyen du talent personnel). D’un autre côté, du point de vue macro de l’ensemble de la société, la probabilité de trouver des individus modérément doués aux plus hauts niveaux de réussite est plus grande que celle de trouver des individus très talentueux, car les personnes modérément douées sont beaucoup plus nombreuses et, avec l’aide de la chance, ont – globalement – un avantage statistique pour atteindre un grand succès, malgré leur probabilité individuelle a priori plus faible. [Page 14]

Les auteurs en tirent quelques recommandations pratiques: par exemple, pour les stratégies de financement de la recherche parmi une diversité de personnes talentueuses, en regardant le tableau [ci-dessous], il est évident que, si l’objectif est de récompenser les personnes les plus talentueuses (augmentant ainsi leur niveau final de réussite [C]), il est beaucoup plus pratique de distribuer périodiquement (même de petites quantités) des capitaux égaux à tous les individus plutôt que de ne donner un capital plus important qu’à un petit pourcentage d’entre eux, sélectionnés en fonction de leur niveau de réussite – déjà atteint – au moment de la distribution. L’histogramme montre que le critère «égalitaire», qui attribue 1 unité de capital tous les 5 ans à tous les individus est le moyen le plus efficace de distribuer les fonds. [Pages 17-18]

Enfin, l’environnement peut jouer un rôle, comme l’amélioration de l’éducation, donc le talent: renforcer la formation des personnes les plus douées ou augmenter le niveau moyen d’éducation produit, comme on pouvait s’y attendre, des effets bénéfiques sur le système social, car ces deux politiques augmentent la probabilité, pour les individus talentueux, de saisir les opportunités que la chance leur offre. En revanche, l’augmentation du pourcentage moyen de personnes très talentueuses capables d’atteindre un bon niveau de réussite ne semble pas particulièrement remarquable dans les deux cas analysés, donc le résultat des politiques éducatives correspondantes apparaît principalement limité aux l’émergence de cas isolés extrêmement réussis. […] En outre, il en résulte que l’augmentation de la variance sans changer la moyenne, augmente les chances pour les personnes plus talentueuses d’obtenir un très haut succès. Cela, d’une part, pourrait être considéré comme positif, mais, d’autre part, il s’agit d’un cas isolé et il y a, en contrepartie, une augmentation de l’écart entre les personnes qui ne réussissent pas et celles qui réussissent. L’augmentation de la moyenne sans modifier la variance induit que dans ce cas également, les chances pour des personnes plus talentueuses d’obtenir un succès très élevé sont améliorées, tandis que l’écart entre les personnes qui échouent et qui réussissent est plus faible qu’auparavant. [Pages 20-21]

En guise de conclusion stimulante, les auteurs écrivent: Nos résultats mettent en évidence les risques du paradigme que nous appelons “méritocratie naïve”, qui ne donne pas les honneurs et les récompenses aux personnes les plus compétentes, car il sous-estime le rôle du hasard parmi les déterminants du succès. À cet égard, plusieurs scénarios différents ont été étudiés afin de discuter de stratégies plus efficaces, capables de contrebalancer le rôle imprévisible de la chance et de donner plus d’opportunités et de ressources aux plus talentueux – un objectif qui devrait être l’objectif principal d’un approche vraiment méritocratique. Ces stratégies se sont également révélées être les plus bénéfiques pour l’ensemble de la société, car elles tendent à accroître la diversité des idées et des perspectives dans la recherche, favorisant ainsi également l’innovation. [Page 23]

Startup Land : l’aventure de Zendesk – du Danemark à la Silicon Valley jusque l’IPO

Nombre de mes amis et collègues me disent que la vidéo et les films sont aujourd’hui plus efficace que les livres pour documenter la vie réelle. Je me pourtant qu’il y a toujours dans les livres une profondeur que je ne trouve pas ailleurs. Une question de génération, sans doute. Le Silicon Valley de HBO est sans doute une description drôle et assez proche de la réalité de ce qu’est l’esprit d’entreprise high-tech, mais Startup Land est un excellent exemple de la raison pour laquelle je préfère encore les livres. Je n’ai pas trouvé pas tout ce que je cherchais – et je vais vous donner un exemple à la fin de cet article – mais j’ai pu ressentir de l’authenticité et même de l’émotion dans le récit de Mikkel Svane sur la construction d’une start-up et le développement de ses produits. Alors permettez-moi de partager avec vous quelques leçon de Startup Land.

Startup-Land-the-book

La motivation pour se lancer

“Nous ressentions que nous avions besoin de changer de vie avant qu’il ne soit trop tard. Nous savons tous que les gens vieillissent avec une plus grande aversion au risque avec les années. Quand nous commençons à avoir des maisons avec leurs prêts hypothécaires, et des enfants et des voitures, et les écoles et les institutions, nous commençons à nous poser. Nous investissons beaucoup de temps dans les relations avec les amis et les voisins, et faire de grands changements devient plus difficile. Nous devenons de moins en moins disposés à simplement tout jeter par la fenêtre et à tout recommencer. “[Page 1]

Pas de recette

“Dans mon récit, je vais développer le point de vue non conventionnelle que vous n’apprenez que dans les tranchées. Je suis allergique au saupoudrage de conseils business qui vise à donner une formule pour le succès. J’ai appris qu’il n’y a pas de telle formule pour le succès; le monde va trop vite pour que dure aucune formule, et les gens sont beaucoup trop créatifs –et itèrent toujours pour trouver une meilleure méthode. “[Page 6]

À propos de l’échec

Dans la Silicon Valley, il y a beaucoup de discussions à propos de l’échec – là-bas on y célèbre presque l’échec. Les gens récitent des mantras sur le « échouer vite » (fail fast), et les gens qui réussissent sont toujours prêts à vous dire ce qu’ils ont appris de leurs échecs, affirmant qu’ils ne seraient pas là où ils sont aujourd’hui sans leurs précédents et spectaculaires ratages. Pour moi, ayant connu la déception qui vient avec l’échec, tout cet engouement est un peu bizarre. La vérité est, d’après mon expérience, que l’échec est une chose terrible. Ne pas être en mesure de payer vos factures est une chose terrible. Laisser les gens partit et les décevoir, eux et leurs familles est une chose terrible. Ne pas tenir vos promesses aux clients qui ont cru en vous est une chose terrible. Bien sûr, vous apprenez de ces épreuves, mais il n’y a rien de positif dans l’échec que vous a conduit là. J’ai appris qu’il y a une distinction importante entre promouvoir une culture qui permet de ne pas avoir peur de faire des erreurs et d’admettre et une culture qui dit l’échec est une bonne chose. L’échec n’est pas quelque chose dont on puisse être fier. Mais l’échec est quelque chose à partir duquel vous pouvez repartir. [Pages 15-16]

Il y a d’autres jolis points de vue sur « être ennuyeux est beau » [page 23], le « travail à domicile » [page 34], « l’argent est non seulement dans votre compte bancaire, il est aussi dans votre tête » [page 35], et une “checklist non conventionnelle (et peut-être illégale) sur la manière d’embaucher” [page 127]

Je cite à nouveau Svane tout d’abord sur les investisseurs [page 61]: «J’ai appris une leçon importante dans cette expérience – qui a influencé toutes les décisions que nous avons prises depuis sur les investisseurs. Il y a un vaste éventail d’investisseurs. Les investisseurs professionnels sont extrêmement conscients du fait qu’ils ne seront couronnés de succès que si tout le monde réussit avec eux. Les grands investisseurs ont des relations uniques avec les fondateurs, et ils se consacrent à faire croître l’entreprise de la bonne manière. Les investisseurs médiocres et les mauvais contournent les fondateurs, et l’histoire se termine en catastrophe. Le problème est que dans les premiers jours de nombreuses startups ont peu d’options, et les fondateurs ont à interagir avec des investisseurs amateurs qui sont à courte vue et uniquement concernés par l’optimisation de leur propre position” [et page 93] “De bons investisseurs comprennent que l’équipe fondatrice est souvent ce qui porte l’esprit d’une entreprise et fait ce qu’elle est. ”

Et à propos de la croissance [Page 74]: « Même après le tour d’amorçage avec Christoph Janz, nous étions toujours à la recherche d’investisseurs. Si vous n’avez jamais été dans une start-up, cela peut sembler étrange, mais quand vous êtes un fondateur, vous êtes toujours essentiellement à la recherchede fonds. Construire une entreprise coûte de l’argent, et plus vite vous grandissez, plus vous avez besoin d’argent. Bien sûr, ce n’est pas le cas pour toutes les startups – il y a bien sûr des exemples de sociétés qui ont réussi uniquement grâce à leur trésorerie – mais la règle générale est que si vous optimisez la rentabilité, vous sacrifiez la croissance. Et pour une startup, il n’est question que de croissance. »

En mai 2014, Zendesk est entrée en bourse et l’équipe était si enthousiaste, qu’elle a tweeté de nombreuses photos! La société a levé 100M$ à 8$ par action. Ils ont fait un placement secondaire en mars 2015 à 22,75$ en recueillant plus de 160 millions de dollars pour l’entreprise. En 2014, le chiffre d’affaires était de 127M$ Zendesk! … Et la perte de 67 M $.

Zendesk-IPO

Il y a un élément d’information que je n’ai trouvé ni dans Startup land ni dans les documents IPO : Zendesk a trois fondateurs, Mikkel Svane, PDG et auteur du livre. Alexander Aghassipour, responsable des produit et Morten Primdahl, ditecteur technique. Je suis un fan des tables de capitalisations (comme vous le savez peut-être ou pouvez le voir ici dans L’actionnariait de 305 start-up high-tech avec les parts des fondateurs, employés and investisseurs) et en particulier j’aime étudier comment les fondateurs partagent le capital à la fondation de l’entreprise. Mais il n’y a pas d’informations sur les actions de Primdahl. Je n’ai qu’une seule explication. A la page 37, Svane écrit: « l’argent, cela se passe dans votre tête. Tout le monde le traite différemment. » Aghassipour et Svane pouvaient vivre sans salaire dans les premiers temps de Zendesk, mais Primdahl ne pouvait pas. Il est possible qu’il ait eu un salaire en contrepartie de moins de d’actions. Je serais ravi d’apprendre de Svane si j’ai raison ou tort!

Zendesk-captable
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Si vous voulez être un entrepreneur high-tech, ne lisez pas cela. Ou bien?

Est-ce une période étrange ou suis-je de plus en plus vieux? Le fait est que mes récentes lectures sur l’esprit d’entreprise high-tech ou la Silicon Valley n’ont pas été optimistes ni positives. Je pense à:
The Hard Thing About Hard Things – Ben Horowitz
– Pour sauver le monde, cliquez ici de Morozov (qui est si négatif que je n’ai pas encore écrit d’article!)
– Le Silicon Valley de HBO – agréable et drôle mais un peu déprimant.

D’une certaine manière, il y a toujours eu des créations qui ne sont pas vraiment optimistes, mais il y avait toujours des éléments positif. Je pense
The First $20 Million Is Always The Hardest de Po Bronson,
I’M Feeling Lucky – Falling On My Feet in Silicon Valley de Douglas Edwards,
L’Homme qui ne croyait pas au hasard de Peter Harboe Schmidt,
– et la nouvelle très drôle The Anorexic Startup de Mike Frankel.

NoExit

Je viens de lire No Exit, Struggling to Survive a Modern Gold Rush de Gideon Lewis-Kraus (merci David!). La passion, l’excitation ont disparu. Les entrepreneurs sont assez honnêtes pour montrer qu’ils sont épuisés. Et la ruée vers l’or de nouveau fait plus de victimes que de gagnants.

J’ai d’abord pensé qu’il s’agissait d’une fiction, mais l’auteur est un journaliste de Wired. C’est pourquoi ma première réaction a été que ce n’est pas un bon travail, je ne pouvais pas voir le style, le rythme. Après avoir compris que c’était pas de la fiction, j’étais moins négatif mais je pense que ce n’est pas le meilleur document que j’ai lu, sur le sujet, et de loin. Mais voici quelques citations / leçons intéressantes que je traduis:

“La vallée a élaboré avec succès le fantasme que l’entrepreneuriat – et, plus largement, la créativité – peut être systématisée; ce sont les promesses de base des accélérateurs que le succès pour les start-up peut être non seulement enseigné mais rationalisé, et même prévisible (YCombinator et al.)”. (31/847 – référence Kindle) et plus loin “le livre le plus acheté de la Silicon Valley, Le Lean Startup de Eric Ries, est un pamphlet spiritul qui exhorte les gagnants à avoir faim, à aller vite, à être agile, sans état d’âme. Presque tous les fondateurs de la Silicon Valley ont lu les 30 premières pages de ce livre.” (618/847) Si vous ne connaissez pas le livre, il y est en effet question de dépenser peu et de pivot rapide et je suis d’accord, il y a quelque chose de faux dans tous ces fantasmes. En effet, même Steve Blank est maintenant d’accord. Vérifiez sa déclaration sur l’apprentissage de l’entrepreneuriat.

Pire encore, «[…] la crise des séries A. En partie en raison des accélérateurs comme Y Combinator, ainsi que de l’excédent de capital autour de la vallée après les dernières introductions en bourse, il n’a jamais été plus facile de lever une petite somme d’argent, disons 1 million de dollars. Et il n’a jamais été plus facile de construire une entreprise en particulier un produit web ou mobile avec cette petite somme d’argent, en partie grâce à la prolifération des outils de développement faciles à utiliser et peu onéreux et les plates-formes de cloud comme Amazon Web Services. Mais la quantité de “vrai” financement de capital-risque (c.-à-dire les séries A) n’a pas suivi le rythme. Les institutions qui signent les gros chèques, celles qui pourraient appuyer et soutenir la croissance réelle, peuvent considérer les centaines d’entreprises qui ont utilisé un petit chèque puis mettre leur vrai argent sur les propositions qui promettent le meilleur rendement avec le moins de risques” (41/847) et “le problème en 1999 était que, pour recevoir 5 millions de dollars, vous n’aviez pas besoin de beaucoup. Vous aviez besoin d’un ou deux diplômés de Stanford, une idée pour un prototype, et une personnalité enthousiaste à qui donner cet argent. Il est difficile d’obtenir 5 millions de dollars aujourd’hui en partie parce qu’il est si facile d’obtenir $500’000, surtout si vous sortez d’un accélérateur. Une façon de voir les choses est que les 5 millions de dollars qui étaient allé à une entreprise de 10 personnes en 1999 vont maintenant dans 10 entreprises de deux personnes. Vous avez baissé la barre d’un facteur 10” (753).

Et les conséquences sont légèrement différentes … “La vallée est le lieu où l’incroyable succès de très peu de personnes a capté des jeunes gens en échange de leur temps, leur énergie et, aussi, leur jeunesse” (60). “Vous savez que les chances de succès de toute entreprise donnée sont faibles, et c’est pourquoi vous faites beaucoup de paris. Dans la première bulle Internet, le risque a été largement porté par les investisseurs. Maintenant que les bailleurs de fonds ont une emprise sur le marché et que les connaissances en ingénierie spécialisée est devenue une marchandise courante, le risque a été reporté sur la jeunesse” (760). “Le pire, c’est que ces gars obtiennent finalement un autre financement et soient coincés à continuer une année de plus. Jusqu’à présent, ils n’en ont perdu qu’une” (778).

Ses commentaires ont corrects, mais n’est-ce pas vrai de n’importe quel pari que vous faites dans la vie, devenir un artiste, un scientifique. Vous pouvez choisir une vie plus sûre bien sûr. Lewis-Kraus est pessimiste, il voit les gens qui ne gagnent pas. Et cela existe partout où les gens essaient. J’ai des vues plus optimistes. Même si je sais que c’est une expérience difficile … je préfère ce que dit Latour de son expérience avec Everpix: “J’ai plus de respect pour quelqu’un qui commence un restaurant et y met ses économies d’une vie que ce que j’ai fait. Nous sommes toujours heureux. Nous sommes dans un environnement qui a un assez bon filet de sécurité, dans la Silicon Valley”.

Une dernière citation, que j’ai bien aimée (lié à mon précédent post sur l’âge – en anglais seulement): “Il y a eu beaucoup d’articles récemment sur le fossé de l’âge dans la Silicon Valley, et même les articles les plus réfléchis – tels que que ceux du New York Times Magazine et de The New Republic – ont tendance à manquer l’évidence: les personnes plus âgées ne travaillent généralement pas dans les start-up, car elles ont des familles et ne peuvent plus supporter la situation de crise permanente. C’est exactement la même raison pour laquelle les gens dans la cinquantaine ont tendance à ne pas être freelance pour des magazines ou bassistes dans des clubs underground. Comme un investisseur me l’a dit: Quand je vois une personne de 40 ans dans une réunion pour un tour de série A, je le prends à part, lui mets ma main sur son épaule, et lui dis d’aller se trouver un emploi” (706).

PS: c’est toujours un défi pour moi de lire un e-book d’autant plus avec ces références qui ne sont pas des numéros de pages. Alors j’ai triché, créé un pdf et imprimé le document pour prendre des notes et ensuite faire des copier/coller dans le pdf …

Les leçons de l’échec : le témoignage rare et intéressant de Everpix

Deux entrepreneurs de l’EPFL m’ont demandé ce que je pensais de l’histoire d’Everpix . Si vous ne la connaissez pas , vous devriez lire les liens suivants :
– Un article très bien fait sur The Verge: Out of the picture: why the world’s best photo startup is going out of business. Everpix was great. This is how it died.
– Un compte rendu très détaillé de l’histoire d’Everpix par ses fondateurs sur Gifthub avec des tonnes de documentation et d’archives : Everpix – Intelligence

Je connaissais certains acteurs: Pierre- Olivier Latour est un ancien élève de l’EPFL que j’ai rencontré au cours de mes années Index et à nouveau en 2006 quand j’ai visité la Silicon Valley avec les futurs fondateurs de Jilion. Neil Rimer, l’un des investisseurs dans Everpix était mon patron avant que je rejoigne l’EPFL.

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De gauche à droite, Zeno Crivelli, Pierre-Olivier Latour , moi-même et Mehdi Aminian en 2006 dans la Silicon Valley.

L’histoire va certainement alimenter le débat récurrent sur ​​VC ou pas de VC, et je pense que c’est un débat biaisé ! Vous pouvez lire mes récents messages sur les Dilemmes des Fondateurs
– Les dilemmes du fondateur – La réponse est “ça dépend!”
Les dilemmes du fondateur suisse

Convaincre les VCs n’est pas une chose facile. Il est difficile d’obtenir leur argent et quand vous l’avez, les contraintes augmentent. Vous pouvez regarder la vidéo “le capital-risque est une bombe à retardement” du fondateur de 37signals si vous ne savez pas de quoi je parle.

Je pense que le débat est biaisé car il ne s’agit pas de VC contre pas de VC . Peu d’entrepreneurs ont le choix de ne pas prendre l’argent des investisseurs (les business angels ne sont pas très différents des VCs) Il s’agit plutôt de: “voulez-vous avoir un impact et croître” (vous devez alors souvent avoir des investisseurs) OU “voulez-vous contrôler et rester indépendant”. Et c’est souvent OU et non pas ET. Je sais que beaucoup de gens (y compris des entrepreneurs et des investisseurs ) sont en désaccord avec moi. Mon expérience récente n’a pas fait changé cette conviction que j’ai depuis 15 ans.

Vous devriez lire Founders at Work si ce n’est pas déjà le cas. L’un d’eux affirme : “Les VCs? vous ne pouvez pas vivre avec eux, vous ne pouvez pas vivre sans eux.” Je pense que cela est plus proche de la vérité. Il a dit exactement: “Les VCs sont un groupe intéressant, vous ne pouvez pas vivre avec eux, vous ne pouvez pas vivre sans eux. Ils jouent un rôle dans votre succès, car ils vous donnent de l’argent et un appui très fort. Ils ont ce réseau de connexions mafieuses et ils vous aider avec des offres et à trouver les bons dirigeants. Ils travaillent vraiment votre cas. Selon mon expérience, il est rare qu’ils se retournent contre vous, parce que vous êtes une équipe et si l’équipe ne fonctionne pas, l’entreprise sera vouée à l’échec. Parfois, quand tout échoue, ils auront à prendre une décision difficile et licencier quelqu’un, mais c’est rare à mon avis. Parce qu’ils n’investiraient pas dans votre entreprise si ils ne croyaient pas en vous et votre équipe. Donc, j’ai toujours eu une bonne expérience de travail avec les VCs”.

Retour à Everpix. Je n’ai pas vraiment de point de vue car je ne connais pas les détails. Mais permettez- moi de citer les acteurs directement depuis l’article: «Les fondateurs reconnaissent qu’ils ont fait des erreurs en cours de route. Ils ont passé trop de temps sur le produit et pas assez de temps sur la croissance et la distribution. La première présentation pour les investisseurs était médiocre. Ils ont commencé la commercialisation trop tard. Ils n’ont pas réussi à se positionner efficacement contre des géants comme Apple et Google, dont l’offre est assez robuste – et la plupart du temps gratuite. Et alors que le produit n’était pas particulièrement difficile à utiliser, il y avait une courbe d’apprentissage et un engagement pour confier à une start-up inconnu les souvenirs de votre vie – un défi que Everpix n’a jamais eu le temps de vraiment simplifier.” “On avait réussi sur plein de choses possibles”, a déclaré Jason Eberle, qui a construit la version web de Everpix , “à l’exception de la seule chose qui compte”.

Alors ce que les investisseurs soulignent était: “Bien que le produit était clairement superbe avec une communauté certes très petite mais très fidèle, nous n’avons pas été assez à l’aise avec les autres aspects de l’entreprise pour un investissement de plus”, a déclaré Neil Rimer, ajoutant: “avoir un bon produit n’est pas la seule chose qui rend finalement une entreprise prospère.” Il reste la question de la création de valeur attendue par les VCs, qui n’est pas toujours accessible aux entrepreneurs: ” Vous semblez être une équipe spectaculairement talentueuse et certaines vérifications l’ont confirmé, mais tout le monde ici est bloque sur l’inquiétude quant à la possibilité de construire une entreprise de plus de 100 M$ de revenus dans les photos à l’âge d’outils de photo gratuits.” Et un partenaire d’uen autre firme: “la réaction a été positive pour vous comme une équipe, mais faible en termes de savoir si une entreprise de $1B pourrait être construite”.

Le débat continuera sans doute, mais c’est à peut près ce que m’inspire cette histoire. Sans oublier la conclusion de Latour: “J’ai plus de respect pour quelqu’un qui commence un restaurant et y met ses économies d’une vie que ce que j’ai fait. Nous sommes quand même chanceux. Nous sommes dans un environnement qui a une assez bon filet de sécurité, dans la Silicon Valley “.

Europe, réveille-toi !

Voici un court texte que j’avais écrit en 2012, et mon ami Will de Finlande avait fait des commentaires à son sujet que j’ai ajoutés. Merci! Je l’ai relu ce matin et j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de le publier maintenant …

Intel, Apple, Microsoft, Oracle, Genentech, Cisco, Google, Facebook, Skype. Vous connaissez sans doute ces entreprises. Elles ont été à l’origine d’innovations majeures pour nos sociétés. Peut-être connaissez-vous moins Niklas Zennström et Janus Friis, Mark Zuckerberg et Dustin Moskovitz, Larry Page et Sergey Brin, Leonard Bosack et Sandy Lerner, Bob Swanson et Herb Boyer, Larry Ellison mais bien mieux Bill Gates et Paul Allen, Steve Jobs et Stephen Wozniak, Bob Noyce et Gordon Moore. Ils sont des entrepreneurs, les fondateurs de ces entreprises qui furent toutes des start-up. L’Europe ne semble pas avoir compris l’importance de l’innovation high-tech produite par ces jeunes entrepreneurs. Skype est l’exception dans la liste et les Américains ont su produire des centaines de tels succès. Pourquoi avons-nous échoué et que pouvons-nous faire pour changer le cours de l’histoire ?

L’innovation est une culture, où l’essai et l’incertitude ont une grande part. L’échec aussi malheureusement ou peut-être heureusement. Comme la vie ! La culture européenne dans toute sa diversité a apporté un bien être à ses citoyens depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce confort sera peut-être cause de sa perte. Une culture ne peut vivre que de créativité et de renouveau. Comme l’a bien illustré un article récent de The Economist [1], nous les européens n’arrivons plus à innover, nos entreprises vieillissent dans l’innovation technologique telles Nokia ou Alcatel et nous ne créons plus de nouvelles innovations.

Les causes sont sans doute multiples, mais la peur d’essayer est la plus grave. Et je ne suis pas sûr que nous en ayons conscience. Sont-ils si nombreux les européens qui ont compris que l’innovation passe par l’entrepreneuriat ? Je crains que nous préférions avoir des enfants bien éduqués pour entrer dans les grandes entreprises établies que des individus créatifs prêts à tenter leur chance. Pire encore, quels modèles pourraient-ils avoir ?


Bob Noyce fut un modèle et un mentor pour Steve Jobs.

Dans ce lieu unique qu’est la Silicon Valley, des milliers d’entrepreneurs essaient chaque année. « La différence est question de psychologie: tout le monde dans la Silicon Valley connait quelqu’un qui a très bien réussi dans une start-up. Alors ils se disent: je ne suis pas plus idiot que lui et il a fait des millions, alors je dois aussi pouvoir le faire. Du coup, ils essayent et en pensant qu’ils peuvent réussir, ils augmentent leurs chances de succès. Cette psychologie-là n’existe pas souvent ailleurs. » a écrit Tom Perkins, célèbre investisseur de cette région.

L’Europe n’est pas tout à fait inconsciente du problème. L’année 2000 fut l’occasion pour l’Union Européenne de déclarer à Lisbonne son objectif de devenir d’ici à 2010 « l’économie basée sur la connaissance la plus compétitive du monde ». Echec total. Une multitude de mécanismes de soutien fut mise en place, mais les Européens semblent avoir oublié que l’innovation est avant tout histoire d’aventuriers, de pionniers. Les entrepreneurs sont des passionnés. « Fonder une start-up n’est pas un acte rationnel. Le succès ne vient qu’à ceux qui osent et qui sont assez fous pour penser de manière déraisonnable. Les entrepreneurs doivent sortir du cadre, des conventions et des contraintes habituelles pour atteindre l’extraordinaire, » nous dit Vinod Khosla autre icône de la Silicon Valley. Une start-up est un bébé dont les fondateurs sont les parents. Pas très étonnant qu’ils se lancent souvent en couple tant l’aventure va être difficile. Ils sont souvent migrants. Sans doute parce que les migrants n’ont pas les connections qu’il faut là où ils sont. La moitié des entrepreneurs de la Silicon Valley ne sont pas américains. Que n’avons-nous peur de cette richesse en Europe !

La Silicon Valley est une culture ouverte où même des concurrents comme Apple, Google ou Facebook se parlent et coopèrent. Ils sont souvent jeunes. Ce n’est pas une nécessité, mais la jeunesse (ou l’inconscience) bride souvent moins la créativité. Ila travaillent aussi avec passion sur leur innovation, augmentant encore la probabilité de succès. C’est cela la vraie « open innovation », pas celle qui est décrétée d’en haut.

La Silicon Valley est un endroit unique aux Etats Unis, que personne n’a jamais pu copier. Et pourtant chaque Etat, chaque région d’Europe essaie désespérément de créer la sienne ! Unissons nos efforts. En ne cherchant plus à créer le graal du cluster technologique européen et en coopérant à distance une fois pour toutes. Mais nos égoïsmes sont encore trop grands pour céder à une telle vision. Au moins travaillons ensemble sans gaspillage inutile !

Dans un discours récent [2] , Risto Siilasmaa, le jeune président de Nokia, a appelé à une réaction similaire et a ajouté que « l’entrepreneuriat est un état d’esprit, ce qui implique le pragmatisme, l’ambition, des rêves, la persévérance, l’optimisme et une culture du renoncement pour mieux recommencer”. Sans une grande ambition, ce n’est pas la peine d’essayer.

Une priorité est de se concentrer sur le développement d’une infrastructure où les entrepreneurs qui prennent des risques peuvent prospérer. Les entrepreneurs ne peuvent pas réussir seuls. Ils ont d’abord besoin d’investisseurs qui leur permettront de se lancer dans l’aventure. L’Amérique a su créer l’outil idéal qu’est le capital-risque : d’anciens entrepreneurs sont devenus les soutiens des nouveaux en devenant des financiers d’un type particulier, des financiers qui aident [3]. Ils ont ensuite besoin de managers qui connaissent cette culture des start-up. Il ne suffit pas d’avoir la compétence apportée par des années passées dans les grands groupes, elle peut parfois même être dangereuse si la culture de l’innovation ne l’accompagne pas. Il faut aussi des employés ayant eux aussi digéré cette culture, des employés qui seront intéressés par des mécanismes de stock-options. J’ai bien dit stock-option, ce mot devenu gros à force d’engraisser ceux qui ne le méritaient pas. Les stock-options devraient aller à ceux qui essaient. Sans doute faudra-t-il aussi flexibilité de l’emploi pour les start-up tant celles-ci doivent faire face à des incertitudes et des cycles rapides. Mais il ne faudrait pas croire que l’absence de ces mécanismes soit à l’origine de nos échecs. C’est l’absence de cette culture d’innovation qui nous blesse. N’ayons pas peur de l’échec. L’échec est la mère du succès dissent les chinois. Croyez-vous qu’un enfant tienne sur sa bicyclette au premier essai?

L’échec fera toujours partie de l’innovation. C’est la raison pour laquelle il faut une masse critique. Dans un seul lieu ou non. Et l’échec ne devra pas être stigmatisé. Je crois qu’il faut aller voir cette culture de la Silicon Valley, y passer du temps pour comprendre. Des semaines ou des mois. Sans craindre que nos enfants ne reviennent pas. Il vaut mieux essayer là-bas que de ne rien faire ici. Et ils reviendront nous apprendre au pire ! Nous devons aussi développer les échanges d’entrepreneurs entre régions d‘Europe, comme nous l’avons très bien fait pour nos étudiants.

On pourra me reprocher d’être trop fasciné par la culture américaine et par l’innovation technologique. L’Europe a une autre manière de faire me dit-on. Elle innove avec ses grands groupes comme Airbus ou ses PMEs allemandes ou suisses, ou dans les services. Parce que vous croyez que les Etats-Unis ne les ont pas ? On me dit que le capital-risque est en crise, que la Silicon Valley n’innove plus et il est vrai qu’en dehors du web, la créativité semble bien ralentie. Schumpeter, le grand économiste, avait bâti une formidable théorie, où les grands entreprises établies meurent et sont remplacées par de nouveaux entrants quand elles n’innovent plus. Le XXIème siècle serait-il différent du précédent ? Peut-être… mais nos problèmes d’énergie, de vieillissement, de santé ne vont-ils pas requérir de nouvelles innovations et de nouveaux entrepreneurs ? Je le crois.

L’Europe a besoin d’une nouvelle ambition, d’un nouvel enthousiasme et nous les européens vieillissants le devons à nos enfants, à notre jeunesse. Dès l’école primaire, laissons nos enfants exprimer leur créativité, apprenons leur que dire non est positif et qu’une carrière n’a de sens que si elle inclut passion et ambition. Ne les encourageons pas à suivre les chemins de la certitude qui sont peut-être mortifères. Steve Jobs dans un magnifique discours en 2005 [4], indiquait que nous allions tous mourir un jour, et qu’avant ce jour, il fallait toujours savoir rester fou et curieux. Suivons son conseil. Aidons nos enfants !

Hervé Lebret soutien l’entrepreneuriat high-tech à l’EPFL. Il est l’auteur du blog Start-Up, www.startup-book.com/fr

[1]: Les misérables – Europe not only has a euro crisis, it also has a growth crisis. That is because of its chronic failure to encourage ambitious entrepreneurs. The Economist, July 2012. www.economist.com/node/21559618

[2] Risto Siilasmaa à la conférence REE. Helsinki, Sept. 7, 2012.

[3] Ne manquez pas le film SomethingVentured qui décrit à merveille et avec humour les premières années du capital risque, www.somethingventuredthemovie.com

[4] Stay Hungry, Stay Foolish. ‘You’ve got to find what you love.’ http://news.stanford.edu/news/2005/june15/jobs-061505.html

En résumé, quelques points clés:
• L’Europe est derrière les USA et l’Asie dans l’innovation.
• Les entrepreneurs ne sont pas considérés comme des héros en Europe.
• Essais et erreurs, incertitude, et échec font partie (essentielle) de l’innovation
• Notre niveau de confort élevé accélérera notre propre fin (et non la destruction créatrice de nouveau).
• La peur d’essayer est le problème le plus grave avec l’innovation.
• Le mandat de l’Europe de devenir la première économie du monde fondée sur la connaissance a échoué.
• L’Innovation ne se décrète pas, elle est bottom-up, pas top-down.
• Les jeunes sont créatifs, car ils n’ont pas encore l’expérience de l’échec.
• Nous devons créer une infrastructure où les entrepreneurs qui prennent des risques peuvent prospérer.
• Tous les étudiants qui montrent un intérêt pour et la capacité d’innovation devraient connaître la culture de la Silicon Valley. Nous ne devrions pas craindre qu’ils ne reviennent pas.
• Les grandes universités en Europe peuvent être des facteurs de changement, des catalyseurs, en se mettant d’accord sur ce qui est important (l’éducation, l’innovation, l’entrepreneuriat) et investir dans ces domaines.

Le rêve de la Silicon Valley

Je viens de lire le même excellent article dans La Tribune de Genève (pdf ici) et 24 heures (pdf ici). Je n’ai pas les droits pour en faire la copie brute, je vous encourage donc à les lire en pdf ou à en lire ma (rapide) traduction sur The Dream of Silicon Valley.

SV-24h

Il y est question des similitudes entre la Silicon Valley et l’arc lémanique (talents, coût, traffic) mais surtout des différences démographiques, culturelles et financières. Deux extraits:

« Certains expliquent l’effervescence qui règne ici par l’urgence, raconte Christian Simm. Il faut aller vite, les gens savent qu’ils ne peuvent pas travailler 80 heures par semaine pendant vingt ans. »

« Vous voulez connaître le secret de la Silicon Valley? demande Fadi Bishara, responsable de l’incubateur Blackbox. L’échec n’est pas un problème. Il est complètement admis. On le considère même comme un apprentissage. »

Tout est dit!

PS: j’en profite pour mentionner l’excellente interview de Cédric Villani, « L’Europe des sciences, comme l’Europe tout court, a besoin de leaders. » En voici le début: Vous enseignez à Berkeley ce semestre. Comment vous paraît l’Europe, vue de Californie ?
Cédric Villani – La Californie du Nord fait rêver tout le monde, à raison d’ailleurs. C’est le pays des start-up qui deviennent grandes, de la créativité érigée en art de vivre, du high-tech et de la réussite individuelle – je suis allé voir la maison de Steve Jobs, c’est fascinant. Mais je ne me vois pas m’y installer. La Silicon Valley et ses universités prestigieuses ne doivent pas faire oublier que la Californie affronte de graves problèmes structurels : les infrastructures – routes, ponts mais aussi les administrations – sont dans un état déplorable ; l’éducation primaire, secondaire et technique n’est pas à la hauteur, sans parler de la sécurité sociale. J’y suis venu en famille avec deux jeunes enfants : c’est passionnant d’y être, mais je peux vous assurer que vues d’ici, la qualité de vie et celle des services publics en Europe sont incomparables.

La culture suisse tolère-t-elle l’échec?

Voici ma quatrème contribution à Entreprise Romande. Je me rends compte qu’il y ait souvent question d’échec et d’innovation. Ce nouvel article maintient la tradition. Et comme il s’agissait d’un numéro spécial sur l’échec, je me permets de vous fournir l’éditorial de la rédactrice en chef.

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Voici donc l’Editorial d’Entreprise romande – 5 juillet 2013 Par Véronique Kämpfen, rédactrice en chef:

La tolérance à l’échec favorise la croissance

Nous ne sommes pas tous égaux vis-à-vis de l’échec. Un constat confirmé par une étude fouillée de Barclays parue fin 2012. Tout d’abord, les Européens ont plus de mal à voir l’échec de manière positive (69%) que les Américains (71%), les Asiatiques (80%) et les Moyens-Orientaux (91%). Ensuite, les entrepreneurs ont une attitude moins négative face à l’échec que le reste de la population. Ils sont nombreux à penser que les échecs ont forgé leur caractère, que cette épreuve leur a appris beaucoup et qu’ils ont su rebondir rapidement. Les entrepreneurs sont en outre largement plus optimistes que le reste de leurs concitoyens. Ce phénomène est décrit dans la littérature médicale: il semblerait qu’un nombre élevé d’entrepreneurs à succès seraient caractérisés par une forme génétique de biais psychiatrique, qui les prédisposerait à être créatifs, enthousiastes et peu craintifs vis-à-vis de la prise de risques. John Gartner, le psychiatre à l’origine de cette étude, souligne les traits de ces caractères particuliers: “Avoir ce genre de confiance en soi peut entraîner un aveuglement face aux risques, parce que ces personnalités ne pensent pas pouvoir échouer. (…) Si elles échouent néanmoins, elles ne resteront pas longtemps abattues et seront rapidement énergisées par une idée complètement nouvelle”.

De manière plus générale, l’étude Barclays montre que la tolérance à l’échec est essentielle à la croissance. Le processus de «destruction créative», qui veut que des idées, des modèles technologiques et d’affaires obsolètes laissent la place à de nouvelles impulsions, est essentiel pour le progrès économique et la création d’emplois. Pour que ce processus soit efficace, il faut des entrepreneurs ayant envie de prendre des risques, ainsi qu’un environnement qui accompagne leurs efforts. Jusqu’à présent, la Suisse semble tirer son épingle du jeu, comme l’attestent sa bonne santé économique et son excellent classement en termes d’innovation et de compétitivité. Les Suisses n’étant pas les champions de la tolérance vis-à-vis de l’échec, il faut qu’ils soient soutenus par des conditions-cadre adaptées et entourés au mieux pour que celles et ceux qui ont la fibre entrepreneuriale puissent se lancer… sans trop prendre de risques! Ces thèmes sont traités de manière très détaillée dans Le Magazine d’Entreprise romande, encarté dans ce journal. Le tabou de l’échec et de la faillite y est analysé sous toutes ses formes et mis en perspective grâce à des conseils pratiques et à des témoignages d’entrepreneurs. Bonne lecture et… bel été!

et voici ma contribution:

La culture suisse tolère-t-elle l’échec?

« La société nous donne tellement de baffes à travers l’éducation qu’on a peur d’être créatif, car on montre ses faiblesses. En exprimant ses rêves, on fait un strip-tease intellectuel, on craint que les autres les considèrent comme mauvais, pas bien, pas bons et pas justes. » C’est ce qu’affirme d’Elmar Mock, inventeur de la Swatch et fondateur de Créaholic. Le système scolaire suisse n’est en effet pas connu pour sa créativité. Le célèbre « faut se gaffer » romand pourrait faire sourire ; quant à nos enseignants, ils semblent accorder plus d’importance à la rigueur qu’à la créativité de nos chères têtes blondes. Le droit à l’erreur est inconsciemment refoulé. Si l’on accepte l’idée qu’innover c’est avant tout créer dans des situations d’incertitude, l’affirmation a de quoi inquiéter. Pourtant la Suisse est championne du monde de l’innovation dans la quasi-totalité des rapports mondiaux. Contradiction ?

L’innovation est une chose subtile. L’innovation ne se réduit pas à l’invention et l’innovation n’est pas seulement technologique ; elle est le résultat qu’un processus, au bout duquel sont créés des produits, des services ou des procédés nouveaux qui font la démonstration qu’ils répondent à des besoins (marchands ou non marchands). Le processus conduisant à l’innovation est long, imprévisible et peu contrôlable ; l’innovation ne se planifie donc pas et il faut accepter l’échec.

Clayton Christensen, professeur à la Harvard Business School, a bâti une théorie autour de l’innovation de rupture, celle qui permet l’émergence de nouveaux produits révolutionnaires comme l’Internet, le téléphone portable mais aussi les compagnies aériennes à bas coût, celle qui permet aussi à de nouveaux acteurs d’émerger et de remplacer leurs concurrents vieillissants. Selon Christensen, l’innovation de rupture ne peut se produire au sein des institutions établies. Les meilleures entreprises sont à l’écoute de clients qui ne souhaitent que l’amélioration des produits existants et ne souhaitent que rarement de nouveaux produits. Les Etats Unis ont vu plus de 80 nouvelles entreprises majeures émerger depuis 1970 ; la France, seulement 4. Et la Suisse?

La Suisse est championne du monde de l’innovation tout d’abord parce que les conditions cadre sont excellentes. Tout est fait pour que les entreprises réussissent, en minimisant barrières et contraintes. Ensuite, parce qu’il existe une culture du travail bien fait. L’apprentissage contribue dès les premières années de formation à maintenir cette tradition et les entreprises suisses sont connues pour être à l’écoute de leurs clients pour faire évoluer les produits existants dans la bonne direction. Mais de quelle innovation parle-t-on ? Celle qui donne naissance à des ruptures technologiques? Non, plutôt un autre type d’innovation, l’innovation incrémentale, faite de « graduelles, continuelles améliorations de techniques ou de produits existants ; l’innovation incrémentale ne change généralement pas fondamentalement la dynamique d’une industrie, ni ne requiert un changement de comportement » d’après wikipedia. La Suisse est championne de l’innovation incrémentale, à travers un tissu dense de PMEs performantes. L’échec est donc relativement peu absent, quand l’attention à tous les détails est permanente. Mais cela est-il suffisant ?

Non seulement le système scolaire suisse n’est pas connu pour sa créativité, mais de plus les spin-off académiques ne créent que peu d’emplois. Si l’on accepte le corolaire que l’innovation est source de croissance et de nouveaux emplois, nous ne sommes peut-être pas aussi innovants qu’il serait souhaitable. Nous sommes évidemment performants pour l’innovation incrémentale, mais certainement pas aussi bons dès qu’il s’agit de rupture. A part un exemple qui me vient naturellement en tête, la Swatch. Mais Nicholas Hayek n’était pas le produit de la culture suisse ! On pourrait ajouter Nespresso, mais Eric Favre inventeur du produit aura souffert des réticences initiales chez Nestlé au point de dire : « L’économie suisse manque de vrais entrepreneurs ! » La difficulté à intégrer le risque, la nouveauté radicale peut rendre myope face aux changements en cours et engendrer d’autres échecs, comme le témoigne le grounding de Swissair, qui a été vécue comme un traumatisme national. Les Etats-Unis ont perdu TWA et Panam, mais ils ont su inventer le concept de low cost avec Southwest ou JetBlue, qui les a allègrement remplacés. L’Europe, avec easyJet et d’autres compagnies, n’a fait que suivre le modèle américain.

Les start-up suisses ne meurent jamais. Elles ont un taux de survie de 90% après 5 ans. Alors qu’outre-Atlantique et même en Suisse pour les entreprises traditionnelles, le taux est inférieur à 50%… Cela peut vouloir dire, en citant Xavier Comtesse, que « les start-up sont protégées par le système académique ou le financement fédéral. » Parce qu’échouer serait un stigmate inacceptable ? Ou parce que prendre des risques, cause inévitable d’un taux d’échecs plus important, serait trop dangereux ? Sans être aussi pessimiste, j’ajouterai que nos start-up restent souvent d’excellents bureaux d’ingénieurs, au savoir-faire reconnu, mais la composante service finissant par l’emporter sur les produits, la société survit sans importante création d ‘emplois et sans forte croissance. J’ai souvent demandé à des entrepreneurs qui avaient échoué de partager leur expérience. En vain ! Nos experts et mentors ne poussent pas nos jeunes entrepreneurs dans cette direction; je l’ai si souvent entendu, que j’ai presque fini par m’habituer. Nos business angels ont une grande méfiance d’investisseurs à risque plus agressifs dont ils redoutent l’approche plus binaire du « ça passe ou ça casse. »

Daniel Borel, entrepreneur emblématique : «Dans notre secteur, si on n’innove pas constamment, si on n’a pas le courage de prendre des risques, on disparaît. Raison pour laquelle je préférerais me lancer dans sept projets quitte à en rater trois, que de ne rien louper, par chance, en ayant misé sur un seul projet. » […] « On n’apprend que de ses échecs, rarement de ses succès. Le succès peut être votre pire ennemi: il vous fait croire que vous êtes fort, très fort, que vous pourriez même marcher sur les eaux. Et c’est à ce moment-là que vous vous noyez. »

La culture suisse n’est certainement pas très tolérante avec l’échec. Elle favorise un type d’innovation (incrémentale) qui peut expliquer les forces du pays. Son tissu de PMEs performantes est sans doute le résultat de cette culture prudente, exigeante. Il y a raison d’en être fier. Mais j’aime la citation de l’ancienne star du Hockey, Wayne Gretzky : « Je patine à l’endroit où le palet va être, et non là où il a été. » Toute la question est de savoir si la Suisse sera demain à la bonne place pour récupérer le palet…

L’échec comme apprentissage

Il s’agit de ma troisième chronique dans la revue Entreprise Romande (et merci à eux pour le travail d’édition et l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer sur des sujets qui me sont chers)

Tout entrepreneur sait que l’échec fait partie intégrante de son activité: un contrat manqué, un client perdu, un recrutement qui ne donne pas satisfaction … Alors pourquoi l’échec est-il à ce point stigmatisé dans la culture européenne, et notamment en Suisse? Freeman Dyson, physicien d’origine anglaise en parle avec lucidité: «Vous ne pouvez raisonnablement pas obtenir une bonne innovation sans passer par un nombre énorme d’échecs. Prenons l’exemple des bicyclettes: des milliers de modèles bizarres ont été construits et testés avant qu’on ne trouve celui qui marche vraiment. Vous ne pouvez jamais construire théoriquement une bicyclette. On en fabrique depuis une centaine d’années, et il est toujours compliqué de comprendre comment cela fonctionne. Il est même difficile de le formuler comme un problème mathématique. Ce sont les essais et les échecs qui ont permis de trouver comment le faire, et l’erreur était essentielle!» L’image du deux-roues est parfaite: reprocherait-on à un jeune enfant ses multiples chutes qu’occasionnera son apprentissage?

ECHEC ET CRÉATIVITÉ

La Silicon Valley est connue pour sa tolérance à l’échec, qui, loin d’être un stigmate, est même valorisé. «Dans la Silicon Valley, si nous n’avions pas toléré l’échec, nous n’aurions pas pu prendre des risques et nous aurions beaucoup moins d’entrepreneurs que nous n’en avons aujourd’hui. Si vous échouez pour les bonnes raisons, c’est-à-dire à peu près toutes, sauf être corrompu, stupide ou paresseux, alors vous avez appris quelque chose qui vous rendra plus utile», témoigne Randy Komisar, installé dans la Silicon Valley, comme le sont les autres personnes citées dans cet article. «Vous seriez surpris du nombre d’investisseurs qui préfèrent parier sur quelqu’un qui a goûté aux fruits amers de l’échec. En échouant, vous apprenez ce qu’il ne faut pas faire. Lancez-vous et vous découvrirez qu’il n’y a pas d’échec; vous aurez dégagé l’horizon et ouvert votre esprit et vous vous serez réinventé», témoigne à son tour Larry Marshall.

La peur de l’échec a des causes profondes. Le système scolaire encourage plutôt l’enfant à se taire s’il ne connaît pas la réponse qu’à tester des hypothèses, de peur de la réprimande. L’expérimentation, la créativité, les « processus d’essai et d’erreurs », ne sont jamais assez encouragés à la faveur de disciplines plus rationnelles. «En effet, nous avons des difficultés psychologiques et intellectuelles avec les essais, les erreurs et l’acceptation de cette série de petits échecs nécessaires dans la vie. Vous avez besoin d’aimer perdre. En fait, la raison pour laquelle je me suis immédiatement senti chez moi en Amérique, c’est précisément parce que la culture américaine encourage le processus d’apprentissage par l’échec, à la différence des cultures d’Europe et d’Asie, où l’échec est stigmatisé et gênant, nous dit Nicolas Taleb, l’essayiste d’origine libanaise et auteur du Cygne Noir.

Les start-up européennes n’échouent pas ! Leur taux de survie est de 90% après 5 ans d’existence. Mais est-ce une bonne nouvelle ? Dans les premiers mois de Google, son fondateur Larry Page considérait qu’un taux de succès de projets individuels de 70% était idéal. « Au dessus, nous n’aurions pas pris assez de risque. » Et l’échec est à ce point digéré que les Américains ont créé la FailCon (une conférence sur l’échec) en 2009. En échangeant sur leur expérience de l’échec, en public (parce que l’échec reste malgré tout un tabou même aux Etats-Unis), les participants apprennent de leurs pairs et en sortent renforcés. Le célèbre entrepreneur et investisseur Vinod Khosla y admettait avoir plus souvent échoué qu’il n’avait réussi. «L’échec n’est pas souhaitable, il fait juste partie du système, et il serait grand temps de l’intégrer ». Cela expliquerait-il pourquoi nous ne créons pas de Google en Suisse et en Europe?

PRÉPARATION AU SUCCÈS

Malgré tout, l’échec restera toujours imprévisible. «Bien sûr le business, tout comme la vie, n’est jamais un long fleuve tranquille. L’échec peut survenir à tout moment et de manière inattendue, comme le succès, d’ailleurs. Mais le vrai succès consiste à gérer les échecs. A chaque revers de fortune, il faut être capable de retourner la situation. Il faut réunir des gens qui savent qu’il y aura des problèmes, qui aiment les résoudre et qui peuvent travailler en équipe. Cela me rappelle qu’il faut être humble. Je célèbre donc l’échec, cela tempère le caractère et prépare au succès », remarque Kamran Elahian.

Alors, faut-il n’avoir pas peur d’échouer? La réponse la plus émouvante vient sans aucun doute de Steve Jobs qui, ne l’oublions pas, échoua à faire grandir Apple dans les années 1980: « Je ne l’avais pas ressenti au début, mais être viré de chez Apple était la meilleure mais être viré de chez Apple était la meilleure chose qui pouvait m’être jamais arrivée. Le fardeau du succès céda la place à la légèreté d’être à nouveau un débutant, moins pétri de certitudes. Cette liberté me permit d’entrer dans une des périodes les plus créatives de ma vie ». Et mieux encore : « Ne jamais oublier que je vais mourir bientôt est le moyen le plus important que j’ai jamais utilisé pour m’aider à faire les grands choix de mon existence. Parce que presque tout, les espérances, la fierté, la crainte de la honte ou de l’échec, ces choses s’évanouissent face à la mort, ne laissant vivace que ce qui compte vraiment. Ne pas oublier que l’on va mourir est le meilleur moyen que je connaisse d’éviter le piège de penser que l’on a quelque chose à perdre. Vous êtes déjà à nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre les aspirations de son cœur. »

A quand une FailCon en Suisse?

Un étudiant chinois me fit découvrir il y a quelques années le proverbe suivant: Shi Bai Nai Cheng Gong Zhi Mu, qui signifie «l’échec est la mère du succès ». L’Asie intègre peut-être plus vite que l’Europe cette importante notion.

Le secret du capital-risque: 3 start-up sur 4 échouent

Dans un article récent du Wall Street Journal, il est affirmé que le capital-risque réussit beaucoup moins qu’on ne le pensait: 3 start-up sur 4 échouent. Eh bien, je suis surpris par la surprise. J’ai fait quelques copier-coller du papier ci-dessous, et j’ai mis en gras les choses que je trouve intéressantes. Vous devriez peut-être y faire un saut avant de revenir ici!

J’ai fait mes analyses dans le passé. Vous pouvez revenir à mon travail sur les quelques 2700 entreprises liées à Stanford (diapositive 9 du pdf) ou plus anecdotiquement au premier fonds de Kleiner Perkins .

Alors oui, il y a beaucoup d’échec dans le VC et les chiffres ne comptent pas tellement. Il se pourrait que, dans le passé, il y avait moins d’échecs que de nos jours, et les raisons seraient nombreuses, mais le point important dans cet article est le suivante: “la vérité est que si vous n’avez pas beaucoup d’échecs, vous ne faites tout simplement pas bien les choses, parce que cela signifie que vous n’investissez pas assez dans des entreprises risquées.”

Extraits de l’article du WSJ:

It looks so easy from the outside. An entrepreneur with a hot technology and venture-capital funding becomes a billionaire in his 20s. But now there is evidence that venture-backed start-ups fail at far higher numbers than the rate the industry usually cites. About three-quarters of venture-backed firms in the U.S. don’t return investors’ capital, according to recent research by Shikhar Ghosh, a senior lecturer at Harvard Business School. Compare that with the figures that venture capitalists toss around. The common rule of thumb is that of 10 start-ups, only three or four fail completely. Another three or four return the original investment, and one or two produce substantial returns. The National Venture Capital Association estimates that 25% to 30% of venture-backed businesses fail.

Mr. Ghosh chalks up the discrepancy in part to a dearth of in-depth research into failures. “We’re just getting more light on the entrepreneurial process,” he says. His findings are based on data from more than 2,000 companies that received venture funding, generally at least $1 million, from 2004 through 2010. He also combed the portfolios of VC firms and talked to people at start-ups, he says. The results were similar when he examined data for companies funded from 2000 to 2010, he says. Venture capitalists “bury their dead very quietly,” Mr. Ghosh says. “They emphasize the successes but they don’t talk about the failures at all.”

There are also different definitions of failure. If failure means liquidating all assets, with investors losing all their money, an estimated 30% to 40% of high potential U.S. start-ups fail, he says. If failure is defined as failing to see the projected return on investment—say, a specific revenue growth rate or date to break even on cash flow—then more than 95% of start-ups fail, based on Mr. Ghosh’s research.
Failure often is harder on entrepreneurs who lose money that they’ve borrowed on credit cards or from friends and relatives than it is on those who raised venture capital.

“People are embarrassed to talk about their failures, but the truth is that if you don’t have a lot of failures, then you’re just not doing it right, because that means that you’re not investing in risky ventures,” Mr. Cowan says. “I believe failure is an option for entrepreneurs and if you don’t believe that, then you can bang your head against the wall trying to make it work.”

Overall, nonventure-backed companies fail more often than venture-backed companies in the first four years of existence, typically because they don’t have the capital to keep going if the business model doesn’t work, Harvard’s Mr. Ghosh says. Venture-backed companies tend to fail following their fourth years—after investors stop injecting more capital, he says.

Of all companies, about 60% of start-ups survive to age three and roughly 35% survive to age 10, according to separate studies by the U.S. Bureau of Labor Statistics and the Ewing Marion Kauffman Foundation, a nonprofit that promotes U.S. entrepreneurship. Both studies counted only incorporated companies with employees. And companies that didn’t survive might have closed their doors for reasons other than failure, for example, getting acquired or the founders moving on to new projects. Languishing businesses were counted as survivors.

Of the 6,613 U.S.-based companies initially funded by venture capital between 2006 and 2011, 84% now are closely held and operating independently, 11% were acquired or made initial public offerings of stock and 4% went out of business, according to Dow Jones VentureSource. Less than 1% are currently in IPO registration.

—Vanessa O’Connell contributed to this article.
Write to Deborah Gage at deborah.gage@dowjones.com

Que vaut une start-up? ou l’entrée en bourse ratée de Facebook

Nouvelle chronique de la série « la start-up du mois » que j’écris pour l’EPFL

Lors de l’annonce de son entrée en bourse, en février dernier, tout le monde s’accordait à valoriser Facebook à près de 100 milliards de dollars. Aujourd’hui, Facebook a perdu 40% de sa valeur… Comme cela est-il possible?


Facebook a perdu plus de 40% de sa valeur

Facebook n’est malheureusement pas une start-up EPFL, mais la controverse autour de son entrée en bourse surévaluée me donne l’occasion de parler de la valeur des start-up, et en particulier celle de nos spin-off.

La valeur d’une entreprise n’est pas une mesure parfaitement scientifique, même s’il existe des techniques liées aux revenus et profits générés par la société – Logitech ou Swissquote, qui ont des liens historiques avec l’EPFL, sont mesurées de la même manière. C’est la loi de l’offre et de la demande qui prédomine : la valeur d’une société est le produit de son nombre d’actions par le prix par action. Les sociétés côtées sont otages des marchés et de leur humeur!

Quand les sociétés ne sont pas cotées, comme c’est le cas avec la majorité des start-up, on peut tout de même les valoriser. Le lecteur pourra approfondir le sujet en parcourant l’article «Répartition des actions dans les start-up » Quand les start-up EPFL telles que Eelcee, Abionic, Aleva ou Kandou (voir nos précédentes chroniques) ont récemment annoncé des levées de fonds, elles ont été valorisées par leurs investisseurs, même s’il n’y a pas de marché où acheter leurs actions. La Suisse nous donne toutefois quelques informations grâce à son registre du commerce dans lequel chaque start-up indique l’évolution de son nombre d’actions. Du coup, si vous connaissez le montant de l’argent levé, vous pouvez déduire le prix par action et donc la valeur de la société. Mais je ne ferai pas l’exercice, par respect pour la discrétion souhaitée par les entrepreneurs et les investisseurs… Dommage!

Il ne s’agit à nouveau que d’une valeur subjective dépendant de la bonne volonté des investisseurs. Facebook, tout comme Google il y a presque 10 ans, n’a pas tout à fait accepté les règles de Wall Street selon lesquelles une société acceptait d’être sous-évaluée lors de son entrée en bourse pour que le cours suive ensuite une courbe à la hausse. Ceci n’est que simple spéculation, et il faudra attendre quelques années avant de dire si l’IPO de Facebook fut ratée ou non.

Nos start-up ont un problème similaire. J’ai connu bon nombre d’entrepreneurs qui préféraient obtenir la meilleure valorisation possible quand ils levaient de l’argent. Ils oubliaient que la seule valeur est celle qui est créée sur la durée par leurs produits ou leurs services, et que la valeur d’une société est très volatile, comme l’a montré Facebook. Les entrepreneurs gardent une plus grande part de leur société, même s’ils semblent aussi ignorer le conseil de Daniel Borel, fondateur de Logitech: «On préfère un petit gâteau que l’on contrôle complètement qu’un gros gâteau que l’on contrôle seulement à 10% ce qui peut être un facteur limitatif.»

J’ai la conviction (bien que je me trompe souvent) que Zuckerberg marquera son époque comme Brin et Page. En Suisse, j’espère que nous verrons également bientôt une création de valeur locale similaire à celles de Daniel Borel, Mark Bürki ou Paolo Buzzi.

Références

L’entrée en bourse de Facebook

Les chiffres de Facebook aujourd’hui

Logitech

Swissquote:

Partage d’actions

Eelcee et les composites

Abionic – Deux millions levés pour l’appareil à détecter les allergies

Le registre du commerce suisse