L’innovation selon Walter Isaacson (4ème partie) – vol… ou partage?

Combien de fois vais-je dire à quel point est extraordinaire le livre de Walter Isaacson The Innovators – How a Group of Hackers, Geniuses, and Geeks Created the Digital Revolution ? Et combien de messages vais-je écrire à ce sujet ? Voici la 4e partie ! Isaacson montre comment la collaboration dans le logiciel a contribué à une création de valeur unique. Cela peut signifier partager mais aussi voler!

Gates se plaignit aux membres du Homebrew Computer Club à ce sujet: Deux choses surprenantes sont apparentes cependant 1) la plupart de ces « utilisateurs » n’a jamais acheté le BASIC (moins de 10% de tous les propriétaires d’Altair), et 2) Le montant des redevances que nous avons reçus de la vente aux amateurs fait que le temps passé sur le BASIC Altair vaut moins de 2$ de l’heure. Pourquoi? Comme la majorité des amateurs doit en être conscient, la plupart d’entre vous volent le logiciel. Le matériel doit être payé, mais le logiciel est quelque chose à partager. Qui se soucie si les gens qui y ont travaillé sont payés? Est-ce juste? Une chose que vous ne aites pas en volant les logiciels est de revenir vers MITS pour les problème que vous auriez eu. MITS ne fait pas d’argent en vendant des logiciels. […] Ce que vous faites c’est un vol. Je serais reconnaissant envers toute personne prête à payer. [Page 342 et http://www.digibarn.com/collections/newsletters/homebrew/V2_01/gatesletter.html]

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Mais Isaacson nuance: Il y avait encore une certaine audace dans la lettre. Gates était, après tout, un voleur en série de temps d’utilisation d’ordinateur, et il avait manipulé les mots de passe pour pirater les comptes depuis la huitième (en high school) jusque sa deuxième année à Harvard. En effet, quand il a affirmé dans sa lettre que lui et Allen avaient utilisé du temps à l’ordinateur équivalent à plus de 40’000$ pour faire le BASIC, il a omis le fait qu’il n’a jamais réellement payé pour cet usage. […] Aussi, bien que Gates ne l’ait pas apprécié à l’époque, le piratage généralisé de Microsoft BASIC a aidé sa jeune entreprise sur le long terme. En se répandant si vite, le icrosoft BASIC est devenu un standard, et d’autres fabricants d’ordinateurs ont dû acheter une licence. [Page 343]

Et que dire de Jobs et Wozniak? Tout le monde connaît comment des « phreaks » du téléphone avaient créé un dispositif qui émettaient la tonalité fréquentielle juste pour tromper le système de Bell et accéder à des appels interurbains gratuits. […] « Je n’ai jamais conçu un circuit dont je sois plus fier. Je pense toujours qu’il était incroyable ». Ils le testèrent en appelant le Vatican, avec Wozniak essayant de se faire passer pour Henry Kissinger pour parler au pape; il avait fallu un certain temps, mais les fonctionnaires du Vatican avaient finalement réalisé qu’il s’agissait d’une farce avant de réveiller le souverain pontife. [Page 346]

Gates, Jobs et l’interface graphique

Et le plus grand vol de tous a peut-être été le GUI – Graphical User Interface. Mais qui a volé? Plus tard, quand il a été critiqué pour avoir pillé les idées de Xerox, Jobs a cité Picasso: « Les bons artistes copient, les grands artistes volent. Et nous avons toujours agi sans vergogne quand il s’agit de voler de grandes idées. Xerox était une boîte de photocopieurs qui n’avait aucune idée de ce qu’un ordinateur pouvait faire. [Page 365]

Toutefois, lorsque Microsoft copia Apple pour Windows, ce fut une autre histoire… Au début des années 1980, avant l’introduction du Macintosh, Microsoft avait une bonne relation avec Apple. En fait, le jour où IBM a lancé son PC en août 1981, Gates était visitait Jobs chez Apple, ce qui était une chose courante depuis que Microsoft faisait la majorité de ses revenus en développant des logiciels pour l’Apple II. Gates était encore le suppliant dans la relation. En 1981, Apple avait 334 millions de dollars de revenus, par rapport aux 15 millions $ de Microsoft. […] Jobs avait un souci majeur à propos de Microsoft: il n’avait aucune envie de se faire copier l’interface graphique utilisateur. […] Sa crainte que Gates volerait l’idée était quelque peu ironique, étant donné que Jobs lui-même avait chipé le concept à Xerox. [Pages 366-67]

Les choses allaient empirer … « Eh bien, Steve, je pense qu’il y a plus d’une façon de voir les choses. Je pense plutôt que nous avions tous les deux ce riche voisin du nom de Xerox et je me suis introduit dans sa maison pour voler le téléviseur et j’ai découvert que tu l’avais déjà volé. » [Page 368]

Stallman, Torvalds, logiciel libre et open-source

Il y aurait d’autres oppositions. Le groupe de hackers qui a grandi autour de GNU [logiciel gratuit de Stallman] et Linux [logiciel open source de Torvalds] a montré que les incitations émotionnelles, au-delà des récompenses financières, peuvent motiver la collaboration volontaire. « L’argent est pas la plus grande des motivations », a déclaré Torvalds. « Les gens sont à leur meilleur quand ils sont motivés par la passion. Quand ils ont du plaisir. Cela est aussi vrai pour les dramaturges, les sculpteurs et les entrepreneurs que pour les développeurs logiciels. « Il y a aussi, consciemment ou non, un certain égoïsme dans tout cela. « Les pirates sont aussi motivés, en grande partie, par l’estime qu’ils peuvent gagner aux yeux de leurs pairs, à améliorer leur réputation, à élever leur statut social. Le développement open source offre cette chance aux programmeurs. » Gates dans sa « Lettre aux Hobbysts », se plaint du partage non autorisé de Microsoft BASIC, et a demandé sous forme de réprimande: « qui peut se permettre de faire un travail professionnel pour rien? ». Torvalds trouve ce point de vue un peu étrange. Lui et Gates étaient de deux cultures très différentes, le milieu universitaire radical teinté de communisme d’Helsinki face à l’élite des affaires de Seattle. Gates a peut-être fini avec la plus grande maison, mais Torvalds a récolté l’adulation anti-establissement. « Les journalistes semblent aimer le fait que, tandis que Gates vit une maison high-tech, je suis en train de trébucher sur les jouets de ma fille dans une maison de trois chambres avec une mauvaise plomberie dans un ennuyeux Santa Clara, » dit-il avec une conscience de soi ironique. « Et que je conduis une Pontiac poussive. Et je réponds au téléphone. Qui ne voudrait pas m’aimer? » [Pages 378-79]

Ce qui ne fait pas « d’ouvert » un ami de « libre ». Les différends sont allés au-delà de la simple forme et sont devenus, à certains égards, idéologiques. Stallman était possédé par une clarté morale et une aura inflexible, et il a déploré que « toute personne encourageant l’idéalisme est aujourd’hui confrontée à un grand obstacle: l’idéologie dominante encourage les gens à rejeter l’idéalisme comme « irréaliste ». Torvalds, au contraire, était un pratique sans vergogne, comme un ingénieur. « J’étais à la tête des pragmatistes, » a t-il dit. « J’ai toujours pensé que les gens idéalistes sont intéressants, mais un peu ennuyeux et effrayants. » Torvalds a admis « ne pas être exactement un grand fan » de Stallman, expliquant: « Je n’aime pas trop les gens qui ont une préoccupation unique, et je pense que les gens qui voient le monde en noir et blanc ne sont ni très gentils ni finalement très utiles. Le fait est qu’il n’y a pas seulement deux points de vue à tout problème, il y a presque toujours une variété d’approches, et « ça dépend » est presque toujours la bonne réponse à une question importante. Il croit aussi qu’il doit être permis de gagner de l’argent avec le logiciel open-source. « L’open-source doit laisser une place à tout le monde. Pourquoi le business, qui alimente tant l’avancement technologique de la société, devrait-il être exclu ? ». Le logiciel peut vouloir être libre, mais les gens qui l’écrivent peuvent vouloir nourrir leurs enfants et récompenser leurs investisseurs. [Page 380]

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