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Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents

Comment est-il possible que j’ai jamais utilisé cette citation quand je parle de ce qui est nécessaire pour l’innovation et l’esprit entrepreneurial. Quel crétin, je suis (parfois …)

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents, tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles… vous pouvez les admirer, ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer, mais vous ne pouvez pas les ignorer, car ils changent les choses, ils inventent, ils imaginent, ils explorent, ils créent, ils inspirent, ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Bien sûr, il est probable que vous sachiez ce que c’est. Et sinon, pas de souci. Voici la vidéo:

Et si vous voulez en savoir plus, consultez Think Different sur Wikipedia

Mais je préfère la version américaine, la voix…

le texte…

Here’s to the crazy ones. The misfits. The rebels. The troublemakers. The round pegs in the square holes. The ones who see things differently. They’re not fond of rules. And they have no respect for the status quo. You can quote them, disagree with them, glorify or vilify them. About the only thing you can’t do is ignore them. Because they change things. They push the human race forward. While some may see them as the crazy ones, we see genius. Because the people who are crazy enough to think they can change the world, are the ones who do

Voici les fous. Les marginaux. Les rebelles. Les fauteurs de troubles. Les chevilles rondes dans les trous carrés. Ceux qui voient les choses différemment. Ils n’aiment pas les règles. Et ils ne respectent pas le statu quo. Vous pouvez les citer, ne pas être d’accord avec eux, les glorifier ou les vilipender. Mais la seule chose que vous ne pouvez pas faire est de les ignorer. Parce qu’ils changent les choses. Ils poussent l’espèce humaine vers l’avant. Alors que certains peuvent les voir comme les fous, nous voyons le génie. Parce que les gens qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde, sont ceux qui le font.

et plus encore cette autre voix…

Steve Jobs par Walter Isaacson

J’ai enfin lu la biographie de Steve Jobs par Walter Isaacson. J’ai longtemps hésité (l’édition originale date de 2011) car je redoutai un peu se lecture. de plus j’avais lu l’excellent The Apple Revolution ainsi que Return to the Little Kingdom. Je l’ai finalement lu en français et c’est aussi excellent. A lire si vous avez un intérêt pour le sujet. Je ne vais pas en faire l’analyse mais faire comme à mon habitude quelques extraits subjectifs ou frappants. Les citations font référence à la version livre de poche datant de octobre 2012.

jobs-isaacson

La Silicon Valley

« Divers séismes culturels bouleversèrent San Francisco et la Silicon Valley vers la fin des années 1960. Il y avait la révolution technologique, initiée par l’augmentation des contrats militaires, qui avait attiré des sociétés d’électronique, des fabricants de puces, des concepteurs de jeux vidéo et des fabricants d’ordinateurs. Il y avait une sous-culture, celle des pirates – des inventeurs de génie, des cyberpunks, des dilettantes comme des purs geeks ; on comptait également dans leurs rangs des électroniciens qui refusaient d’entrer dans le moule de HP et leurs enfants impétueux qui voulaient faire tomber toutes les barrières. Il y avait des groupes de recherche quasi-universitaires, qui menaient des expériences in vivo sur les effets du LSD, tels que Doug Engelbart à l’Augmentation Research Center, qui participera plus tard au développement de la souris et des interfaces graphiques, ou Ken Kesey, qui faisait l’éloge de la drogue dans des spectacles psychédéliques, mêlant musique et lumière, animés par un groupe de musiciens qui deviendra le mythique Grateful dead. Il y avait également le mouvement hippie, issu de la beat génération de Kerouac, originaire de la baie de San Francisco, et les activistes politiques, nés du Mouvement pour la liberté d’expression de Berkeley. Et, englobant tout ça, il y avait divers courants spirituels cherchant l’illumination intérieure – zen, hindouisme, méditation, yoga, cri primal, privation sensorielle et massage Esalen.
Steve Jobs était l’incarnation de cette fusion du Flower Power et des puces électroniques, de la quête de la révélation personnelle et de la haute technologie : il méditait le matin, suivait l’après-midi des cours de physique à Stanford, travaillant la nuit chez Atari en rêvant de lancer sa propre entreprise. » [Page 114]

La passion pour l’entrepreneuriat

Bushnell [fondateur de Atari] est de cet avis: « Pour être un bon chef d’entreprise, il faut avoir quelque chose de particulier, et j’ai vu cette chose chez Steve. Il n’était pas seulement intéressé par l’électronique, mais aussi par les affaires. Je lui ai montré qu’il fallait se comporter comme si on allait réussir ce qu’on voulait entreprendre et qu’alors ça se faisait tout seul. C’est ce que je dis tout le temps : si l’on feint de savoir ce que l’on fait, les gens vous suivent. » [Page 111]

Ses amis les plus proches pensent qu’avoir appris, si jeune, qu’il avait été abandonné à la naissance avait laissé des cicatrices indélébiles. « Son besoin d’avoir la maîtrise totale dans tout ce qu’il entreprend vient de cette blessure » [Page 34] … « Le plus étonnant chez Steve, c’est qu’il ne peut s’empêcher d’être cruel envers certaines personnes – une sorte de réflexe pavlovien. La clé du mystère, c’est le fait d’avoir été abandonné à la naissance. » [Page 35]

Il retourna donc vers Nolan Bushnell : « Steve m’a demandé de mettre cinquante mille dollars sur la table et qu’en échange il me donnait le tiers des parts d’Apple. Je me suis cru finaud et j’ai dit non. Quand j’y repense, j’en ris encore. Pour ne pas en pleurer ! » [Page 142]

Le champ de distorsion de la réalité

– « C’est de la folie. C’est impossible. »
On lui répliqua que Jobs ne voulait rien savoir.
– La meilleure définition de cette bizarrerie, tu l’as dans Star Trek. Steve crée un champ de distorsion de la réalité. En sa présence, la réalité devient malléable. Il peut faire croire à n’importe qui à peu près n’importe quoi. L’effet, certes, se dissipe, quand il n’est pas là, mais cela t’empêche sérieusement d’avoir des prévisions réalistes pour quoi que ce soit.
Le CDR était un mélange troublant de charisme et de force mentale ; c’est la volonté de plier les faits pour qu’ils entrent dans le moule. [Page 207]
Quand Jobs décréta que les sodas dans le réfrigérateur seraient remplacés par des jus bio d’oranges et de carottes, quelqu’un de l’équipe fit imprimer des tee-shirts avec écrit devant : « Attention au Champ de Distorsion de la Réalité ! » et derrière : « Il vient des jus de fruits ! »

Il y a un petit bug page 225 : Pour tracer des cercles, Atkinson trouva une astuce fondée sur le fait que les sommes des nombres impairs donnaient une succession de carrés parfaits (par exemple, 1 + 3 = 4, 1 + 3 + 5 = 8, etc.) [L’affirmation est correcte car la dernière somme vaut 9 et pas 8 !]

Être un pirate

« Mieux vaut être un pirate que de rejoindre la marine » [Page 248] Et le Jolly Roger décoré du logo Apple flotta pendant quelques semaines sur le toit du Bandley 3.

Apple_pirate_flag

Les chapitres sur la vie privée de Jobs et sur Pixar sont assez passionnants. A propos de l’IPO de Pixar : « Plutôt cette année-là, Jobs avait tenté de trouver un repreneur pour Pixar, pour cinquante millions de dollars, histoire de récupérer ses fonds. A la fin de cette journée historique, les actions qu’il avait gardées – soit 80% de la société – valaient plus de 20 fois cette somme : un milliard deux cents millions de dollars ! C’était près de 5 fois plus que ce qu’il avait gagné avec l’introduction en bourse d’Apple en 1980. Mais Jobs de fichait de faire fortune, comme il le confia à John Markoff du new York Times : « Je ne compte pas acheter de yacht. Je n’ai jamais fait ça pour l’argent. » [Page 471]. Il est à ce titre très différent de Larry Ellison, fondateur et CEO d’Oracle dont il devint l’ami et qui l’aida à revenir aux commandes d’Apple.

Le retour

A ce sujet, il y a une anecdote amusante page 482 : « Deux ans plus tôt, Guy Kawasaki, le chroniqueur du magazine Macworld (et ancien évangéliste de la Pomme) avait publié dans le magazine une parodie racontant qu’Apple rachetait NeXT et élisait Jobs comme PDG. L’article mettant en scène Mike Markkula s’adressant à Jobs : « Tu veux passer le reste de ta vie à vendre Unix avec un joli enrobage, ou changer le monde ? » Et Jobs répondait : « Désormais, je suis père de famille et je ne veux plus jouer les aventuriers. » L’article faisait cette supputation : « Suite à ses déboires avec NeXT, il est possible que Jobs, pour son retour dans le giron de la maison mère, apportera à la direction d’Apple une dose d’humilité. Bill Gates était aussi cité ; il disait que si Jobs revenait en piste, Microsoft aurait à nouveau des innovations à copier ! Tout était inventé et purement humoristique. Mais la réalité a cette fâcheuse habitude de rattraper toutes les satires. » [Page 482]

Et sur son retour: « Son credo était la perfection. Il n’était pas très doué pour les compromis, ou pour s’arranger avec la réalité. Il n’aimait pas la complexité. C’était le cas pour le design des ses produits ou le mobilier des ses maisons ; il en était de même pour ses engagements personnels. S’il était sûr de son fait, alors rien ne pouvait l’arrêter- Mais s’il avait des doutes, il préférait parfois jeter l’éponge, plutôt que de se retrouver dans une situation qui ne le satisfaisait pas complètement. [Page 509]

La mort

[Avec Markkula] Ils passèrent le reste du temps à parle de l’avenir d’Apple. Jobs voulait édifier une société qui lui survive et il lui demanda conseil. Markkula lui répondit que les sociétés qui perdurent sont celles qui savaient se renouveler. C’est ce qu’avait fait sans cesse Hewlett-Packard; elle avait commence par construire des instruments de mesure, puis des calculettes, puis des ordinateurs. « Apple a été évincé par Microsoft sur le marché des micro-ordinateurs, lui expliqua Markkula. Tu dois changer de cap, orienter Apple vers un autre produit. Tu dois être comme un papillon et accomplir ta métamorphose. » Jobs ne fut guère loquace, mais il retint la leçon. [page 515]

La musique fut évidemment un art essentiel dans la vie de Jobs. On sait sa passion pour Bob Dylan, pour Joan Baez, pour les Beatles. Mais voici un extrait plus étonnant : Bach, déclara-t-il, était son compositeur classique préféré. Il appréciait particulièrement le contraste entre les deux versions des Variations Goldberg enregistrées par Glenn Gould – la première en 1995 par le pianiste peu connu de vingt-deux ans qu’il était, la seconde en 1981, un an avant sa mort. « Elles sont comme le jour et la nuit, me dit un jour Steve après les avoir passées l’une après l’autre. La première est une œuvre exubérante, jeune, brillante, jouée si vite que c’en est une révélation. La seconde est plus économe, plus austère. On décèle âme profonde, au vécu douloureux. » Jobs en était à son troisième arrêt maladie quand il écouta les deux versions. Je lui demandai quelle était sa version préférée. « Gould préférait la dernière version. Autrefois, je préférais la première, l’exubérante. Mains maintenant, je comprends mieux ce qu’il voulait dire. »

Isaacson termine son livre par une brillante pirouette de Jobs sur le sujet de la vie et la mort. « Mais d’un autre côté, peut-être que c’est comme un interrupteur on/off. Clic et plus rien! » Il marqua une nouvelle pause et esquissa un sourire. « C’est sûrement pour cela  que jee n’ai jamais aimé les interrupteurs on/off sur les produits Apple. »

L’héritage

J’aurais aussi pu placer ces dernières remarques plus haut dans la section la passion pour l’entrepreneuriat. « Ma passion a été de bâtir une entreprise pérenne, où les gens étaient motivés pour fabriquer de formidables produits. Tout le reste était secondaire. Bien sûr , c’était génial de réaliser des profits, parce que cela nous permettait de créer de bons produits. Mais la motivation est le produit, non le profit. […] La différence est subtile, mais au final elle est cruciale, car elle définit tout: les gens qu’on embauche, ceux qu’on promeut, les sujets abordés en réunion. […] Les gens ne savent pas ce qu’ils veulent tant qu’ils ne l’ont pas sous les yeux, Voilà pourquoi je ne m’appuie jamais sur les études de marché. […] L’intersection entre les arts et les sciences. J’aime ce point de jonction, il a une aura magique. […] Notre innovation recèle une grande part d’humanité. Je pense que les grands artistes et les grands ingénieurs se ressemblent.. Tous deux ont le désir de s’exprimer. […] J’ai ma propre théorie pour expliquer le déclin de sociétés telles qu’IBM ou Microsoft. L’entreprise fait du bon boulot, innove et arrive au monopole ou presque dans certains domaines. C’est alors que la qualité du produit perd de son importance. La société encense les bons commerciaux […] qui finissent par prendre le contrôle de la boite. […] Je déteste les gens qui se disent entrepreneurs quand leur unique objectif est de monter une start-up pour la revendre ou la passer en Bourse. Il n’ont pas la volonté de bâtir une véritable société. […] Il ne faut jamais cesser d’innover. […] Je pense que la plupart des gens créatifs veulent remercier leurs prédécesseurs de l’héritage qui leur ont laissé. » [pages 889-892]

 

Une vie incroyable. Jobs ne peut que rester une des plus importantes célébrités du XXe siècle. Je me suis demandé ce que je garde en mémoire de Apple et Jobs et voici le résultat.

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Le 12/12/12 et les start-up de la Silicon Valley

Non, ce n’est pas un autre jeu avec les nombres après mon 7 x 7 = (7-1) x (7+1) + 1, mais juste une célébration de la date de ce jour. J’ai fait une brève recherche et découvert une simple coïncidence (qui montre qu’il n’y a aucune magie, juste des faits!)


Le jeune garçon (sur la droite), alors âgé de 12 ans, est né le 12 décembre 1927

Il est possible que Apple soit allé en bourse le 12 décembre 1980 pour célébrer son anniversaire. Mais comment savoir?

Pourquoi ce lien? parce que comme le montre la photo qui suit, Robert Noyce, le garçcon, plus connu comme co-fondateur d’Intel et de Fairchild, fut un mentor pour Steve Jobs…

L’échec comme apprentissage

Il s’agit de ma troisième chronique dans la revue Entreprise Romande (et merci à eux pour le travail d’édition et l’occasion qui m’est donnée de m’exprimer sur des sujets qui me sont chers)

Tout entrepreneur sait que l’échec fait partie intégrante de son activité: un contrat manqué, un client perdu, un recrutement qui ne donne pas satisfaction … Alors pourquoi l’échec est-il à ce point stigmatisé dans la culture européenne, et notamment en Suisse? Freeman Dyson, physicien d’origine anglaise en parle avec lucidité: «Vous ne pouvez raisonnablement pas obtenir une bonne innovation sans passer par un nombre énorme d’échecs. Prenons l’exemple des bicyclettes: des milliers de modèles bizarres ont été construits et testés avant qu’on ne trouve celui qui marche vraiment. Vous ne pouvez jamais construire théoriquement une bicyclette. On en fabrique depuis une centaine d’années, et il est toujours compliqué de comprendre comment cela fonctionne. Il est même difficile de le formuler comme un problème mathématique. Ce sont les essais et les échecs qui ont permis de trouver comment le faire, et l’erreur était essentielle!» L’image du deux-roues est parfaite: reprocherait-on à un jeune enfant ses multiples chutes qu’occasionnera son apprentissage?

ECHEC ET CRÉATIVITÉ

La Silicon Valley est connue pour sa tolérance à l’échec, qui, loin d’être un stigmate, est même valorisé. «Dans la Silicon Valley, si nous n’avions pas toléré l’échec, nous n’aurions pas pu prendre des risques et nous aurions beaucoup moins d’entrepreneurs que nous n’en avons aujourd’hui. Si vous échouez pour les bonnes raisons, c’est-à-dire à peu près toutes, sauf être corrompu, stupide ou paresseux, alors vous avez appris quelque chose qui vous rendra plus utile», témoigne Randy Komisar, installé dans la Silicon Valley, comme le sont les autres personnes citées dans cet article. «Vous seriez surpris du nombre d’investisseurs qui préfèrent parier sur quelqu’un qui a goûté aux fruits amers de l’échec. En échouant, vous apprenez ce qu’il ne faut pas faire. Lancez-vous et vous découvrirez qu’il n’y a pas d’échec; vous aurez dégagé l’horizon et ouvert votre esprit et vous vous serez réinventé», témoigne à son tour Larry Marshall.

La peur de l’échec a des causes profondes. Le système scolaire encourage plutôt l’enfant à se taire s’il ne connaît pas la réponse qu’à tester des hypothèses, de peur de la réprimande. L’expérimentation, la créativité, les « processus d’essai et d’erreurs », ne sont jamais assez encouragés à la faveur de disciplines plus rationnelles. «En effet, nous avons des difficultés psychologiques et intellectuelles avec les essais, les erreurs et l’acceptation de cette série de petits échecs nécessaires dans la vie. Vous avez besoin d’aimer perdre. En fait, la raison pour laquelle je me suis immédiatement senti chez moi en Amérique, c’est précisément parce que la culture américaine encourage le processus d’apprentissage par l’échec, à la différence des cultures d’Europe et d’Asie, où l’échec est stigmatisé et gênant, nous dit Nicolas Taleb, l’essayiste d’origine libanaise et auteur du Cygne Noir.

Les start-up européennes n’échouent pas ! Leur taux de survie est de 90% après 5 ans d’existence. Mais est-ce une bonne nouvelle ? Dans les premiers mois de Google, son fondateur Larry Page considérait qu’un taux de succès de projets individuels de 70% était idéal. « Au dessus, nous n’aurions pas pris assez de risque. » Et l’échec est à ce point digéré que les Américains ont créé la FailCon (une conférence sur l’échec) en 2009. En échangeant sur leur expérience de l’échec, en public (parce que l’échec reste malgré tout un tabou même aux Etats-Unis), les participants apprennent de leurs pairs et en sortent renforcés. Le célèbre entrepreneur et investisseur Vinod Khosla y admettait avoir plus souvent échoué qu’il n’avait réussi. «L’échec n’est pas souhaitable, il fait juste partie du système, et il serait grand temps de l’intégrer ». Cela expliquerait-il pourquoi nous ne créons pas de Google en Suisse et en Europe?

PRÉPARATION AU SUCCÈS

Malgré tout, l’échec restera toujours imprévisible. «Bien sûr le business, tout comme la vie, n’est jamais un long fleuve tranquille. L’échec peut survenir à tout moment et de manière inattendue, comme le succès, d’ailleurs. Mais le vrai succès consiste à gérer les échecs. A chaque revers de fortune, il faut être capable de retourner la situation. Il faut réunir des gens qui savent qu’il y aura des problèmes, qui aiment les résoudre et qui peuvent travailler en équipe. Cela me rappelle qu’il faut être humble. Je célèbre donc l’échec, cela tempère le caractère et prépare au succès », remarque Kamran Elahian.

Alors, faut-il n’avoir pas peur d’échouer? La réponse la plus émouvante vient sans aucun doute de Steve Jobs qui, ne l’oublions pas, échoua à faire grandir Apple dans les années 1980: « Je ne l’avais pas ressenti au début, mais être viré de chez Apple était la meilleure mais être viré de chez Apple était la meilleure chose qui pouvait m’être jamais arrivée. Le fardeau du succès céda la place à la légèreté d’être à nouveau un débutant, moins pétri de certitudes. Cette liberté me permit d’entrer dans une des périodes les plus créatives de ma vie ». Et mieux encore : « Ne jamais oublier que je vais mourir bientôt est le moyen le plus important que j’ai jamais utilisé pour m’aider à faire les grands choix de mon existence. Parce que presque tout, les espérances, la fierté, la crainte de la honte ou de l’échec, ces choses s’évanouissent face à la mort, ne laissant vivace que ce qui compte vraiment. Ne pas oublier que l’on va mourir est le meilleur moyen que je connaisse d’éviter le piège de penser que l’on a quelque chose à perdre. Vous êtes déjà à nu. Il n’y a aucune raison de ne pas suivre les aspirations de son cœur. »

A quand une FailCon en Suisse?

Un étudiant chinois me fit découvrir il y a quelques années le proverbe suivant: Shi Bai Nai Cheng Gong Zhi Mu, qui signifie «l’échec est la mère du succès ». L’Asie intègre peut-être plus vite que l’Europe cette importante notion.

Le rôle d’un mentor

J’ai lu récemment un autre post de Fred Wilson sur le rôle des mentors, The CEO Mentor and Coach. Comme toujours, ses posts et les nombreux commentaires qui suivent sont intéressants. J’ajoute simplement une des plus belles descriptions de mentor que j’ai lues. Il s’agit de ce que Robert Noyce représentait pour Steve Jobs. Vous pourrez trouver tout le contenu dans le livre The Man Behind the Microchip de Leslie Berlin ou dans un compte-rendu qu’elle en a fait pour le Computer History Museum (fichier pdf – 6MB).

Voici donc ce qui est dit!

«Bob Noyce m’a pris sous son aile. J’étais jeune, dans ma vingtaine. Il était dans la cinquantaine. Il a essayé de me donner la configuration du terrain, de me donner un point de vue que je ne pouvais comprendre que partiellement. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre ce qui se passe maintenant que si vous comprenez ce qui a précédé

« Quand Noyce a quitté la gestion quotidienne chez Intel en 1975, il tourna son attention vers la prochaine génération d’entrepreneurs high-tech. Voilà comment il a rencontré Jobs. » Noyce était pas attiré d’abord par le style hippie, « mais au fil du temps, ses sentiments au sujet d’Apple ont commencé à changer. Cela est dû, dans une large mesure, à Steve Jobs, qui a délibérément cherché Noyce comme mentor. (Jobs a également demandé Jerry Sanders et Andy Grove, s’il pouvait les prendre à déjeuner tous les trimestres et « utiliser votre matière grise »). « Steve apparaissait régulièrement à la maison sur sa moto » se rappelle Ann Bowers [l’épouse de Noyce] « Rapidement, ils disparaissaient dans le sous-sol, et discutaient projets. »

« Noyce répondait aux appels téléphoniques de Jobs – qui, invariablement, commençaient avec « J’ai réfléchi à ce que vous avez dit » ou « J’ai une idée » – même quand ces appels avaient lieu à minuit. À un certain moment, il confia à Bowers, « Si il appelle encore en retard, je vais le tuer », mais à chaque fois, il répondait au téléphone.

« Jobs admet que sa relation était presque plus filiale que professionnelle. « Les choses dont je me souviens de Bob sont des choses personnelles. Je me souviens qu’il m’a appris à mieux skier. Et il était très intéressé par – fasciné par – l’ordinateur personnel, et nous avons beaucoup parlé de cela. »

La Suède et les start-up

Comme je l’ai indiqué dans un post récent, j’ai fait un bref voyage en Suède où j’ai découvert quelques éléments de la scène suédoise des start-up. J’y étais invité par Anders Gezelius dont le parcours est très intéressant: diplômé de KTH (Stockholm) et d’un MBA de Wharton, il a travaillé en Californie pour Intel puis a créé une start-up de logiciel de comptabilité. Après l’avoir vendue, il est retourné en Suède. Il y anime Mentor4Research et Coach & Capital.

Voici les deux présentations que j’ai eu l’occasion de faire pour:
– Stockholm Innovation & Growth: why do start-ups succeed or fail?
– Mentor4research: What we may still learn from Silicon Valley

Une des leçons que j’ai tirée aussi bien de ce voyage que de celui que j’ai aussi fait à Boston (cf le venture mentoring service du MIT), c’est que la combinaison de mentor et d’investisseur (business angel) pourrait devenir de plus en plus critique. Les deux sont nécessaires. Les mentors sont des amis des entrepreneurs et donnent des conseils basés sur leur expérience. Ils peuvent aussi devenir des business angels qui investissent très tôt dans le développement de la start-up.

Une des plus belles illustrations d’un mentor et d’un entrepreneur est la rencontre de Steve Jobs et Robert Noyce aux débuts d’Apple:

En compagnie des géants

J’avais lu In the Company of Giants en 1997 juste avant de devenir capital-risqueur. Puis, lorsque j’ai commencé à relire des livres sur les entrepreneurs, je n’ai simplement pas pu retourver l’ouvrage et j’ai du utiliser le réseau des revendeurs d’Amazon. Il est aussi intéressant que d’autres mentionnés dans mes posts passés (Once You’re Lucky, Betting it All, Founders at Work).

Je vous laisse faire le lien entre les noms et les photos!

Steve Jobs: « In the early days, we were just trying to hire people that knew more than we did about anything and that wasn’t hard because we didn’t know a lot. Then your perspectives are changing monthly as you learn more. People have to be able to change. »

T. J. Rodgers (Cypress Semiconductor): « the standard entrepreneurial answer is frustration. You see a company running poorly, you see that it could be a whole better. Intel and AMD were arrogant. If you think about it, any billion dollar company, that has so much money to spend on R&D should be unassailable. But the large companies routinely cannot crunch little companies so something’s got to be wrong. »

Gordon Eubanks (Symantec): « What makes a company successful is people, process, product, and passion. You must have great people and product and passion balanced by process. »

Steve Case (AOL): « Do something you really love, you are passionate about. Take a long-term view, be really patient. There are going to be bumps on the road. »

Scott Cook (Intuit): « People [customers] won’t tell you what they want. Often they can’t verbalize it because they don’t understand things they’ve not seen. You must understand fundamental motivations and attitudes. »

Sandy Kurtzig (ASK): « I did not see it as incredible risk. Many entrepreneurs would tell you why it was obvious to do what they did. When you have nothing, you have nothing to lose. That’s why so few entrepreneurs can do it a second time. Even Jim Clark did not really start Netscape or Jobs did not really start Pixar. They funded it. You need other people to be hungry… Believe in yourself, surround yourself with good people, be willing to make mistakes, don’t get wrapped up in your success. You are still the same person you were when you started. »

John Warnock and Charles Geschke (Adobe): « Actually there was the very first business plan, then there was the second business plan, and then the third business plan; we never actually wrote the third business plan. »

Michael Dell: « It did not seem risky to leave school because I was already earning obscene amounts. The worst thing that could happen is I would return to school. The greater risk was to stay at school. »

Charles Wang (Computer Associates): « Managing is not just telling people what to do, but it is leading by doing. Know your strengths and weaknesses and complement yourself. Be realistic and objective. Surround yourself with great people. »

Bill Gates: « It’s mostly about hiring great people. We are [in 1997] 18,000 people and still the key constraint is bringing in great people. We naively thought there were guys who could tell us we weren’t doing things the best way. »

Andy Grove: « I can’t look at a startup as an end result. A startup to me is a means to achieve an end. »

Trip Hawkins (Electronic Arts): « You don’t have an objective, rational process. You need a certain amount of confidence. There are many things that you don’t know will go wrong. If you knew in advance all the things that could go wrong, as a rational person, you wouldn’t go into business in the first place. »

Ed McCracken (Silicon Graphics): « My venture capital friends tell me that many of the ideas they’re seeing for new businesses are coming from people under 26 years old. »

Ken Olsen: « Business school’s goal today is to teach people to become entrepreneurs. I think it’s a serious mistake. You learn first how to be a team member, then a leader. »

Bill Hewlett: « It was 1939 and it was no time to start a company. It was probably the supreme optimism of youth. » and « It’s not all due to luck, but certainly a large percentage of success is. We were in the right place at the right time. We were lucky and we had wonderful teachers and mentors. HP didn’t start in a vacuum. »

Inside Steve’s Brain

Inside Steve’s Brain

Un nouveau livre (pour l’instant en Anglais) sur Steve Jobs. Il est intéressant parce qu’il montre que le patron d’Apple est unique et vogue souvent à contre courant. En voici un simple exemple:

“But unlike a lot of people in product marketing those days who would go out and do customer testing, asking people what they wanted, Steve didn’t believe in that. He said ‘How can I possibly ask someone what a graphics-based computer ought to be when they have no idea what a graphics-based computer is? No one has ever seen one before’.” …and… “Like Henry Ford once said: ‘If I’d asked my customers what they wanted, they’d have said a faster horse’. ” (pages 63-64).

Si vous appréciez cet extrait, vous apprécierez le livre. Merci à Jacques de m’en avoir conseillé la lecture!