Archives par étiquette : Cluster

Win, Win, Win

J’ai pris connaissance hier du 2008 Academic Ranking of World Universities réalisé par le Institute of Higher Education, Shanghai Jiao Tong University (IHE-SJTU). A nouveau les USA ont la part du lion: 8 dans le top 10 et 17 dans le top 20. Seuls le Royaume Uni (Cambridge et Oxford) et le Japon (Tokyo) entrent dans la liste. Le classement est beaucoup plus détaillé puisque qu’il donne le classement des 500 premières.

Lorsque j’ai publié “Start-Up”, j’avais eu une brève conversation avec Christophe Alix, journaliste à Libération, qui m’avait indiqué que je n’insistais pas assez sur le budget considérable dont le pentagone disposait pour la recherche et l’innovation. I Je n’avais rien à redire à l’argument et ma lecture récente d’un livre va en effet dans ce sens:

lowen.jpg

“Creating the Cold War University- The Transformation of Stanford” de Rebecca S. Lowen est un livre intéressant. Il explique comment Stanford est devenue riche dans les années 50 et 60 grâce à l’argent public et aux contrats militaires et industriels. Frederick Terman, souvent considéré comme le père de la Silicon Valley, qualifia la situation de “Win-Win-Win”. Le gouvernement finançait la recherche fondamentale et appliquée (la différence entre les deux étant bien souvent floue) pour soutenir les efforts militaires durant la guerre froide, les industriels développaient des produits à partir des résultats de ces recherches (et n’avait pas toujours à payer cette recherche), et des sociétés telles que H-P, Varian, GE en bénéficièrent grandement. Enfin Stanford devint riche et excellente (ce qu’elle n’était pas dans les années 30).

Lowen explique que “by 1960, the federal government was spending close to $1B for academic research and university-affiliated research centers, 79 percent of which went to just twenty universities, including Stanford, Berkeley, Caltech, MIT, Harvard and the University of Michigan” (page147). Dans le classement de Shanghai, Harvard est #1, Stanford #2, Berkeley #3, MIT #5, Caltech #6 et Michigan #18 seulement…

Clairement l’argent aide. J’avais tout de même réagi à l’argument de Alix car l’argent des militaires ne peut pas expliquer à lui seul l’esprit entrepreneurial qui s’est développé à Boston ou dans la Silicon Valley. Caltech et son JPL n’ont jamais eu la même activité de spin-off. Mais la qualité des universités et leur richesse reste un des ingrédients clés des clusters technologiques. 

EDA, une industrie de la Silicon Valley

Penny Aycinena m’a demandé d’écrire un bref article pour EDA confidential, qui résume mes inquiétudes et mes espoirs quant à l’innovation et aux start-up. Il est publié aujourd’hui (30 juin 2008).

eda.jpg

Laissez-moi lui ajouter quelques lignes:

Le chapitre de “Start-Up” qui a été le moins remarqué est le chapitre 6. Il est pourtant un de mes préférés. EDA signifie Electronic Design Automation. Aujourd’hui aucun architecte ne peut concevoir un bâtiment complexe sans logiciel spécialisé ; il en est de même pour un ingénieur qui conçoit une automobile, un avion. C’est exactement la même chose pour la conception des circuits électroniques.

Il y a vingt-cinq ans, l’EDA n’existait quasiment pas. Il y a quarante ans, les circuits étaient conçus en interne (et manuellement) chez IBM, Motorola,… mais petit à petit, de nouveaux acteurs apparurent, des start-up minuscules sont devenus des géants, et une industrie s’est bâtie. L’EDA a représenté plus de $5B de revenus en 2007. Le cycle typique de créations et d’acquisitions de start-up s’est perpétué sur presque vingt ans, mais depuis, 2001, il ne s’est plus passé grand-chose : pas d’IPO, peu d’acquisitions de taille, et il y a quelques jours, Cadence, le no1 mondial, a lancé une offre hostile d’acquisition contre Mentor, le no3. Les deux sociétés ont été fondées dans les années 80.

eda-market1.gif

L’EDA est une parfaite illustration de la Silicon Valley: un réseau dense d’individus, chercheurs, entrepreneurs, investisseurs. Ce qui est intéressant à propos de l’EDA est que son centre est Berkeley (plus que Stanford ou Sand Hill Road) comme le montre la figure qui suit. Pour terminer, voici deux citations de légendes de l’EDA, deux récipiendaires de la Kaufman award, le prix Nobel de l’EDA:

– “Risk taking in EDA is gone.” Joe Costello

– “If there is a single point I wish to make here today, it is that as a discipline, both in industry and in academia, we are just not taking enough risks today.” Richard Newton

Il est possible que la maturité de l’EDA comme de la Silicon Valley ne soit pas un très bon présage.

 

eda-net1.gif

Finlande

Je ne suis pas seul à me lamenter de la faiblesse de l’Europe en ce qui concerne les start-up. Juha Ruohonen, dans son rapport VICTA (www.tekes.fi/en/document/42911/victa_pdf), compare la situation de la Finlande et d’Israël et il arrive à des conclusions similaires aux miennes : pas assez de start-up qui croissent, un manque d’ambition, trop de start-up qui stagnent (« lifestyle »)

La table qui suit se suffit à elle-même :

finland-data.jpg

Et son analyse des problèmes est la suivante:

finland-probs.jpg

Enfin il tire les conclusions suivantes : il y a en Finlande un besoin

  • De créer un écosystème pour une croissance forte
  • De multiplier le nombre de sociétés compatibles avec le capital-risque
  • D’éliminer le gaspillage de ressources destinées aux start-up lifestyle
  • De fournir une plateforme viable pou un développement international rapide
  • D’augmenter l’implication des grandes entreprises et le nombre de spin-offs de ses sociétés
  • De faciliter la transformation des projets de recherche en start-up de croissance

Ceci peut être atteint

  • En passant de la quantité à la qualité
  • En se déplaçant d’une politique de projets à des structures efficaces sur le long-terme
  • En créant des structures qui permettent les succès commerciaux
  • En attirant des talents internationaux dans la communauté finlandaise.

Mon commentaire : on peut remplacer Finlande par Europe et on a sans doute la même analyse. Il ne fait aucun doute que les solutions ne sont pas simples. J’ajoute toutefois qu’un pari sur la jeunesse, la prise de risque me parait être primordial (le “Stay Foolish, Stay Hungry” de Steve Jobs, décrit dans mon post de Juillet 2007) et que l’échange international passe aussi par une découverte de ce qui se passe à l’étranger.