Serais-je sur le point d’oublier la vocation initiale de ce blog ? Les startups, l’innovation et l’entrepreneuriat technologique ? Pas du tout et j’y reviendrai prochainement après avoir lu le fascinant Palo Alto – A History of California, Capitalism, and the World de Malcolm Harris
Mais pour le moment, je continue à décrire ma fascination pour la poésie d’Yvonne Le Meur-Rollet dont j’ai parlé dans mon précédent post en date du 12 février. Je concluais en la citant « Je crois qu’il n’est nulle part fait allusion au féminisme dans les préfaces de mes recueils. Mais, pour ce qui concerne la vie des femmes en général, j’en ai parlé au cours de l’entretien avec Stéphanie Noirard le jour du Festival La Houle des mots. » et je terminais par un « Cela reste à creuser ! » C’est l’objet de ce post.

Yvonne Le Meur-Rollet en avril 2025
(photographie par Marianne Frank)
En effet, j’ai été frappé depuis ma découverte de l’œuvre d’Yvonne Le Meur Rollet par la manière dont les femmes expriment leur liberté et aussi leurs regrets, leurs dépressions, leurs déceptions et leurs chagrins. Et j’ai été plus surpris encore par la manière dont elle fait s’exprimer des hommes sur ces sujets. Alors j’ai réécouté l’entretien avec Stéphanie Noirard, ce que je vous encourage à faire vivement. L’intégralité de l’échange se trouve sur ce post précédent que j’ai signalé plus haut, et je réintégre ici la seconde partie consacrée aux femmes et aux hommes dans la poésie de l’autrice. J’en ai extrait de longs passages que vous pouvez lire ici. C’est un peu édité, mais j’ai essayé de garder le ton des échanges. A partir d’ici tout est citation.
Lecture de textes écrits par Yvonne Le Meur-Rollet,
lus par Françoise Le Meur le 27 juillet 2025
lors du Festival de poésie La houle des mots à Saint-Jacut-de-la-Mer, 8e édition,
Terres de Femmes, Femmes de Mer.
Rencontre animée par Stéphanie Noirard, Maîtresse de Conférences à l’Université de Poitiers.
Stéphanie Noirard (SN) – Puisque la thématique du festival ce sont les femmes, vous parlez aussi beaucoup de femmes dans votre écriture. Pour elle aussi, vous inventez ?
Yvonne Le Meur Rollet (YLMR) – alors je n’invente pas les femmes, non, mais j’invente des histoires autour des femmes et dans mes recueils il y a de nombreux portraits de femmes. Au fil de mes recueils, on compte différentes femmes, certaines d’entre elles ont des traits communs. Il y a même, je dois l’avouer, un ou deux recueils qui sont inspirés par la même femme qui pourrait être en partie ma mère, quelques tantes, quelques vieilles amies que j’ai connues mais il y a aussi des femmes qui sont purement inventées, qui sont des personnages de fiction.
SN – alors on a beaucoup de modèles finalement de tous les passages de la vie des femmes, de l’adolescence à l’âge mûr. On va peut-être commencer par l’adolescence
Françoise Le Meur (FLM) – alors L’adolescente et puis après Au creux de ton sourire
Un jour lointain de mai
Si je n’avais pas cru m’abriter du soleil
Là-bas sur l’autre rive
Je n’aurais pas osé
Franchir la passerelle
Au-dessus de l’écluse
Et me mettre à courir au milieu des ombelles.
Je n’aurais pas perdu
L’une de mes sandales
Dans un bouquet de joncs.
Je n’aurais pas croisé
Un regard inconnu dans l’ombre d’une haie
Un regard de pêcheur
Patient entre les saules
Je n’aurais jamais su la douceur de l’attente
Quand la truite s’envole
Vers la cime des aulnes
Pour venir expirer sur un lit de fougère
Dans l’osier d’un panier
Je n’aurais pas senti qu’en restant je troublais
Un homme aux mains tranquilles
Qui hésita un peu
Avant de me sourire
Quand je lui demandais de sauver ma chaussure
Flottant dans le courant.
Je n’aurais pas connu la chaleur de ses bras
Sa bouche au goût de menthe
Et ma faim de caresses
Si je n’avais pas cru m’abriter du soleil
Un jour lointain de mai.
YLMR – cette adolescente là c’est la plus délurée de mes adolescentes parce qu’il y avait plusieurs textes [possibles] mais on n’a pas le temps [de tout lire] alors je présente des adolescentes qui sont en fait assez godiches et puis des adolescentes qui sont plus … celle-là, je pense que c’est le dernier stade de l’adolescence parce qu’elle est à la fois troublée par la présence d’un homme et en même temps elle sent qu’elle le trouble donc elle n’est plus du tout naïve.
SN – ce n’est plus une Emma Bovary
YLMR – mais j’avais plusieurs adolescentes et, si je peux vous confier une chose, je n’étais pas très délurée mais justement, l’écriture me permet d’inventer des situations des fantasmes comme cela.
SN – c’est tout le pouvoir de l’écriture
YLMR – effectivement c’est à dire que j’ai vécu 1000 vies grâce à la poésie.
FLM- est-ce que vous voulez bien Stéphanie que je rajoute Au creux de ton sourire
Au creux de ton sourire
Ta joie de vivre emplit ta chambre,
Tu viens d’être reçue au bac.
Ton père est fier de ta mention,
Dans la maison ta mère chante…
Tu bouges, ris et déambules,
Tu t’imagines à la fac,
En toi les rêves se bousculent…
Tu flânes sur les bords de Seine,
Tu chantes Brassens et Gréco,
Récites Rimbaud et Verlaine,
Découvres Sagan et Brando.
Sur le chemin de la Sorbonne,
Tu rencontres Sartre et Beauvoir,
Les notes bleues d’un saxophone
Courent sans fin sur les trottoirs.
A l’ombre fraiche des grands hêtres,
Tu lis « Paris et une fête » …
Le temps s’écoule lentement
Dans ton village somnolent.
Tu attends la fin des vacances.
Tu t’imagines dans la ville,
Marchant légère et impatiente,
Bien loin des internats pour filles…
Mais chaque fois que tes mots vibrent
En proclamant ta liberté,
La voix de ton père se lève,
Corps tendu qui te retient
Comme la chèvre de Seguin.
SN – on ressent finalement dans ces deux textes et vous avez bien fait de lire celui -ci. C’est celui que j’aurais choisi avant le premier. On ressent cette tension entre cette volonté de liberté et ce carcan qui est aussi un carcan familial et qu’on ressent également dans la vie des femmes adultes mariées, qui, elles aussi, acceptent un certain carcan, même malgré parfois les violences subies me semble-t-il oui
YLMR – et donc toutes les femmes que je présente, je ne l’ai vraiment analysé à fond, mais enfin je vais dire comme je le sens : elles se marient, elles ont des enfants sans même avoir le temps d’avoir un désir d’enfant, il faut replacer ça dans le contexte des femmes que j’évoque dans mes recueils. Ce sont des femmes des années 40, 50, 60 où les femmes n’étaient pas libres de choisir leur vie ni de choisir le moment où elles auraient eu envie d’avoir des enfants si bien que certaines femmes dans mes recueils se sont trouvées encombrées d’enfants, le mot n’est pas très joli, mais c’était un peu ça, sans avoir vraiment eu le temps de vivre la période entre la fin de l’adolescence et les soucis de l’âge adulte. Et il y a visiblement à cette époque-là, il y avait un carcan dans lequel les femmes étaient coincées. Il fallait tenir sa maison, s’occuper des enfants, s’occuper du mari, apprendre des recettes de cuisine
SN – et travailler parfois aussi
YLMR – et puis perdre un peu leur beauté aussi, les femmes, elles, n’avaient plus le temps de s’occuper d’elles alors petit à petit elles acceptaient d’être moins belles, d’être moins désirées, d’être moins aimées et beaucoup d’entre elles supportaient aussi les infidélités de leur mari sans rien laisser paraître parce qu’il fallait garder la face, il fallait faire semblant d’être bien dans ce rôle de femme.
SN – les infidélités, les violences aussi
YLMR – il y a un recueil dans lequel je parle de la violence faite aux femmes. Ça s’appelle L’aube des brûlures et ce recueil-là, il est un peu particulier parce qu’il m’a été inspiré par ce qu’on a appelé Le drame de Vilnius. Vous vous en souvenez. Ce tragique fait divers dans lequel une comédienne très connue a perdu la vie sous les coups de son compagnon. Je m’inspire de cette histoire mais comme j’écris de la poésie, c’est fictionnel, donc je me permets d’inventer l’histoire à partir de ce fait divers et la femme que je mets en scène, n’est pas victime d’un féminicide. Elle, elle trouve en elle la force de chasser l’homme violent à la fois pour retrouver son intégrité, sa dignité et aussi pour protéger ses enfants. Alors je sais que je la présente comme une héroïne un peu singulière, je sais que malheureusement toutes les femmes n’ont pas eu cette chance de s’en sortir mais j’ai choisi ce point de vue j’ai voulu sauver une femme voilà.
SN – et vous avez raison et on peut peut-être entendre à l’extrait du texte parce que je le trouve très beau entre autres textes je trouve très beau
L’aube des brûlures
Les menaces des points cachent la paume tendre
Du temps des découvertes et des frémissements
Orage de choc sourd lorsqu’un nuage crève
Et que les éclairs giflent le marbre de vos corps
Encore une fois tu lui dis non
Il hurle, se roule dans ses mots
Et ses phrases trépignent d’horreur
Tu te recules découvrant que la nuit est tombée pour toujours
Pourquoi cacher cette souffrance sous une nappe damassée
Oh nymphe nue qu’on emprisonne renoue ta natte naufragée
Montre tes seins bleuis de coups et laisse enfin couler tes larmes
SN – donc on voit ces femmes qui essaient d’être des « super-women » comme on dit maintenant. On voit ses femmes qui aussi subissent la violence et qui pourtant cachent leur jeu, ne disent rien. Certaines sombrent dans la dépression et je trouve que, vous savez, la dépression, c’est sympathique alors que chez les femmes c’est laid, chez les hommes c’est le spleen, c’est beau, c’est plus « classe » et vous savez très bien décrire la dépression féminine que vous faites dans le recueil Absente. On en a déjà entendu un extrait dans le florilège et puis il y a certaines femmes qui arrivent à s’en sortir soit par des relations infidèles soit par des relations plus intellectuelles, plus platoniques. Est-ce que vous préférez qu’on parle de la façon dont vous traitez la dépression ou plutôt…
YLMR – très rapidement, je vais juste dire quelque chose. Dans ce recueil, Absente, j’ai choisi un thème qui n’est pas très poétique, mais je n’ai pas du tout cherché à en faire une description clinique. J’ai voulu juste montrer comment par l’écriture on peut faire sentir ce qui se passe dans la vie d’une femme dépressive et j’ai rassemblé toutes les perceptions qu’elle a du monde pour montrer comment, quand on est dans un état dépressif, tout ce qu’on perçoit est négatif, tout ce qu’elle voit est gris, noir, laid ; tout ce qu’elle entend, ce sont des plaintes, ce sont des sanglots, ce sont des musiques tristes ; tout ce qu’elle touche est rugueux ou froid ou coupant donc j’ai accumulé dans mon écriture tout un vocabulaire très négatif pour montrer comment cette femme se sent écrasée et comment elle se sent enfermée. Enfin je ne vais pas faire une analyse de texte ; c’est le vocabulaire des perceptions, qui me permet d’essayer de traduire la dépression.
SN – tous les sens sont affectés, tous les sens se délitent face à la vague dépressive. On pourrait laisser le public réfléchir au texte, en prendre connaissance. Et pour ces femmes qui essaient de sortir de cette dépression par l’art ou par des relations transgressives peut-être…
YLMR – il y a un recueil qui s’appelle Après le déluge qui … vous avez parlé de la femme comment ? Infidèle, oui, on pourrait même dire tant qu’on y est la femme adultère…
SN – allons-y, n’ayons pas peur
YLMR – c’est une histoire où il y a un personnage, cette femme. Elle vit une histoire transgressive, enfin extra-conjugale.
SN – elle franchit des limites
YLMR – elle franchit des limites et elle revient. Au bout de l’histoire, elle n’éprouve aucun remords. Elle n’a pas l’impression qu’elle a trahi son mari. C’est comme si elle prenait une petite revanche sur la vie. Pour elle, c’est juste un acte de liberté. C’est à dire que cette femme-là, se conduit comme ont l’habitude de se conduire des hommes, les hommes.
SN – elle sort du carcan et elle…
YLMR – oui, cette infidélité, appelons-là ainsi, c’est pour elle une source de bonheur, de satisfaction, de délices j’allais dire
SN – mais pourquoi pas
YLMR – en tout cas c’est une histoire qui se passe essentiellement dans la nature, leurs rencontres amoureuses ont lieu dans la nature et dans une nature qui est complice et protectrice de leur histoire d’amour. Ils ont la chance d’une histoire d’amour qui reste secrète. Ce n’est pas du tout du vaudeville, « ciel mon mari », « j’enferme l’amant dans le placard ». Non, c’est leur histoire, c’est une belle parenthèse, voilà sans aucun jugement moral.
[Je me permets ici une seule parenthèse car cette absence de jugement moral m’a beaucoup frappé dans cette œuvre et je l’ai mentionné auparavant. Je cite à nouveau : « Les dénouements s’écartent résolument des principes de la Morale, mais jamais un mot qui juge. » Et dans une dédicace pour Le chaos de la Divine, l’auteur confirme ce jugement : « Des nouvelles noires ou grises où les personnages condamnables sont souvent en quête d’amour. »]
SN – et dans quatre jours en novembre l’histoire est plus platonique, la rencontre entre la femme peintre et l’homme poète, est plus allégorique peut-être
YLMR – oui parce que dans Quatre jours en novembre je mets en scène une rencontre entre un homme et une femme, chabadabada, mais il ne se passe rien. Ce n’est pas Sur la route de Madison, parce qu’il ne se passe rien entre eux, tout se passe dans l’imaginaire et ce que j’ai voulu montrer, à travers la métaphore de cette rencontre entre un homme et une femme, est la rencontre entre la poésie et la peinture, comment les deux arts se rencontrent, se complètent, s’entremêlent et sont source de bonheur en quelque sorte
SN – Ut pictura poesis
YLMR – même si tout reste platonique
SN – les mots sont une peinture des choses ?
YLMR – comment ?
SN – les mots sont une peinture des choses ? ce n’est pas de moi ! et donc l’Art est libérateur j’imagine. Il peut libérer les femmes
YLMR – oui, certainement, oui
SN – ne serait-ce que par la création
YLMR – ce personnage est peintre et dans la peinture, elle trouve la consolation parce que même si cela reste platonique, elle avait imaginé que son histoire aurait pu avoir une conclusion, dans ce sens, il faut conclure et dans sa tête, ça a toujours été fantasmé mais je ne raconte pas l’histoire
SN – pas de spoiler, pas de spoiler !
YLMR – le recueil est encore disponible alors que beaucoup d’autres sont épuisés. Mais celui-là, vous pourrez vous le procurer si vous en avez envie donc on ne raconte pas !
SN – ne divulgâchons pas ! On a parlé des femmes mais vous parlez aussi des hommes et vous prenez même une voix d’homme, ce qui est le cas dans deux de vos recueils. On va parler du dernier qui date de 2025 avec le titre Maintenant que mes mains tremblent. Là, c’est une voix masculine qu’on peut entendre un peu
FLM –
Et maintenant que mes mains tremblent
Je voudrais contempler les nuages de l’Aube
au-dessus d’un rio quelque part au Brésil.
Un hydravion se pose
dans une gerbe rose, éclaboussant de feu
les grands sacs de courrier venus d’outre-Atlantique.
Je rêve que c’est moi qui sors de la carlingue,
que ma femme applaudit au milieu de la foule,
qu’elle est fière de moi pour la première fois
et qu’elle rit de joie.
[…]
Quand le sommeil me fuit
je revois le passé qui se glisse irréel
dans la pénombre verte
d’une chapelle sombre où l’harmonium grelotte.
Sous les grêles accords des musiques anciennes,
des claviers font renaître
de cahotants désirs qui lentement m’entraînent
vers le temps du bonheur que j’ai laissé s’enfuir.
J’entends dans le bal chic où je l’ai rencontré
s’envoler une valse.
Le parquet marqueté luit comme une eau tranquille
où glisse des anguilles.
Elle est assise là, seule sur un sofa.
Nénuphar indolent flottant à la surface
d’un velours délavé, elle semble m’attendre
YLMR – merci à Françoise Le Meur, comédienne, d’avoir prêté sa voix à un homme
SN – mais nous n’aurons pas la magnanimité tout de même de laisser le dernier mot à un homme alors Yvonne pourquoi, pourquoi une voix d’homme, quel intérêt ? comment fait-on ?
YLMR – et bien je ne sais pas trop. Je ne sais pas. J’avais commencé à écrire ce recueil à la troisième personne, c’est à dire que j’étais l’auteur-narrateur, c’est moi qui racontais l’histoire et je disais « lui », « il », et « elle ». J’avais de la peine. J’avais du mal à faire quelque chose d’abouti. Ce que j’avais écrit ne me plaisait pas. Et tout d’un coup je me suis dit « mais c’est bien sûr !» Il faut que je choisisse le point de vue de l’homme et c’est l’homme qui va dire « je ». Alors j’ai eu un long travail de préparation, de réflexion. Comment pense un homme ? Quels sont les désirs des hommes ? Plein de choses qu’on se pose sur les hommes et pour lesquels on n’obtient d’ailleurs jamais de réponse parce que….
SN – que les hommes n’ont pas l’air se poser quand ils prennent des voix féminines
YLMR – alors j’ai
SN – elle est méchante !
YLMR – j’ai donc fait (je suis en train de vous montrer comment je suis sérieuse et travailleuse !) mais j’ai fait un grand travail pour me fixer une place dans l’écriture fictionnelle. Je me suis dit : « je ne dois pas perdre de vue que je dois être un homme, celui qui dit « je » dois être un homme du début à la fin ». Je ne sais pas si j’ai réussi, enfin j’espère que j’ai réussi et je crois même que j’ai réussi. Là, je manque de modestie parce que ce recueil je l’ai envoyé à un concours, un concours organisé par une association qui s’appelle Flammes Vives. Quand on envoie des textes à un concours de ce genre, on envoie un tapuscrit anonyme. Ce tapuscrit a été lu par un jury. Comme je ne suis pas dans la modestie, vous devez vous dire qu’il y avait 70 recueils présentés et c’est le mien qui a été récompensé alors que j’avais 90 ans
SN – et que vous étiez une femme
YLMR – mais ce n’est pas tout ! Quand on a découvert qui avait signé ce tapuscrit, on a dit : « tiens mais c’est une femme qui a écrit ça. Mais comment a-t-elle pu écrire ? Ils avaient tous cru que c’était un homme qui avait écrit le texte alors là je suis contente de mon coup. J’avais réussi et c’était une façon de mystifier aussi les hommes parce que je crois que le jury était composé d’une majorité d’hommes. Eh bien, je les ai bien eus !
SN – et bien je crois que ça nous fait une très belle conclusion merci infiniment Yvonne merci beaucoup Françoise pour votre voix et merci pour votre écoute merci
YLMR – merci à Stéphanie Noirard. Merci Stéphanie qui s’est laissée faire, Stéphanie a eu du fil à retordre évidemment. Vous avez deviné qu’on se connaît, [Françoise] c’est ma nièce, c’est l’ainée de mes nièces donc deux femmes Le Meur en face de Stéphanie…
FLM – ce n’est pas vrai !
YLMR – en tout cas merci Stéphanie, merci, merci, merci de vous rencontrer, merci beaucoup et merci, merci à vous tous d’être là, merci à Jean-Pierre [Fillois, directeur du festival] et aux autres, à tout le monde je suis ravie de vous voir là, merci.
Ici s’arrête la retranscription du texte. En préparant cet article, j’ai lu Au creux de ton sourire mais aussi Brûlants silences, c’était avant hier. Le lendemain matin sur France Culture, Guillaume Erner invitait Daniel Mendelshon. Daniel Mendelsohn y a expliqué comment Athènes et Jérusalem, les grandes tragédies lui ont permis de comprendre sa propre vie. Comment la littérature dévoile l’universel à partir de l’individuel. Comment l’Odyssée lui a dévoilé la relation à son père. Je suis de la même manière ému et perturbé par le fait que les personnages d’Yvonne Le Meur-Rollet m’évoquent des personnes de mon enfance, ma mère en particulier. Dans Au creux de ton sourire, il est question d’une sœur, réelle ou imaginaire, dont on peut penser certains détails trop réalistes pour ne pas avoir été réels. Sœur ou description de la sororité, pour le lecteur peu importe, et Yvonne Le Meur-Rollet, elle aussi, décrit l’universel quand elle parle d’une sœur. C’est magnifique. Les larmes coulent doucement. Et il y a aussi des moments légers de l’enfance et de l’adolescence, des moments vécus et aussi des moments qui auraient pu être. Je l’ai déjà dit : l’écriture touche aux universaux et l’écriture est magnifique.



