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Les femmes et les hommes dans la poésie d’Yvonne Le Meur-Rollet

Serais-je sur le point d’oublier la vocation initiale de ce blog ? Les startups, l’innovation et l’entrepreneuriat technologique ? Pas du tout et j’y reviendrai prochainement après avoir lu le fascinant Palo Alto – A History of California, Capitalism, and the World de Malcolm Harris

Mais pour le moment, je continue à décrire ma fascination pour la poésie d’Yvonne Le Meur-Rollet dont j’ai parlé dans mon précédent post en date du 12 février. Je concluais en la citant « Je crois qu’il n’est nulle part fait allusion au féminisme dans les préfaces de mes recueils. Mais, pour ce qui concerne la vie des femmes en général, j’en ai parlé au cours de l’entretien avec Stéphanie Noirard le jour du Festival La Houle des mots. » et je terminais par un « Cela reste à creuser ! » C’est l’objet de ce post.


Yvonne Le Meur-Rollet en avril 2025
(photographie par Marianne Frank)

En effet, j’ai été frappé depuis ma découverte de l’œuvre d’Yvonne Le Meur Rollet par la manière dont les femmes expriment leur liberté et aussi leurs regrets, leurs dépressions, leurs déceptions et leurs chagrins. Et j’ai été plus surpris encore par la manière dont elle fait s’exprimer des hommes sur ces sujets. Alors j’ai réécouté l’entretien avec Stéphanie Noirard, ce que je vous encourage à faire vivement. L’intégralité de l’échange se trouve sur ce post précédent que j’ai signalé plus haut, et je réintégre ici la seconde partie consacrée aux femmes et aux hommes dans la poésie de l’autrice. J’en ai extrait de longs passages que vous pouvez lire ici. C’est un peu édité, mais j’ai essayé de garder le ton des échanges. A partir d’ici tout est citation.

Lecture de textes écrits par Yvonne Le Meur-Rollet,
lus par Françoise Le Meur le 27 juillet 2025
lors du Festival de poésie La houle des mots à Saint-Jacut-de-la-Mer, 8e édition,
Terres de Femmes, Femmes de Mer.
Rencontre animée par Stéphanie Noirard, Maîtresse de Conférences à l’Université de Poitiers.

Stéphanie Noirard (SN) – Puisque la thématique du festival ce sont les femmes, vous parlez aussi beaucoup de femmes dans votre écriture. Pour elle aussi, vous inventez ?

Yvonne Le Meur Rollet (YLMR) – alors je n’invente pas les femmes, non, mais j’invente des histoires autour des femmes et dans mes recueils il y a de nombreux portraits de femmes. Au fil de mes recueils, on compte différentes femmes, certaines d’entre elles ont des traits communs. Il y a même, je dois l’avouer, un ou deux recueils qui sont inspirés par la même femme qui pourrait être en partie ma mère, quelques tantes, quelques vieilles amies que j’ai connues mais il y a aussi des femmes qui sont purement inventées, qui sont des personnages de fiction.

SN – alors on a beaucoup de modèles finalement de tous les passages de la vie des femmes, de l’adolescence à l’âge mûr. On va peut-être commencer par l’adolescence

Françoise Le Meur (FLM) – alors L’adolescente et puis après Au creux de ton sourire

Un jour lointain de mai

Si je n’avais pas cru m’abriter du soleil
Là-bas sur l’autre rive
Je n’aurais pas osé
Franchir la passerelle
Au-dessus de l’écluse
Et me mettre à courir au milieu des ombelles.

Je n’aurais pas perdu
L’une de mes sandales
Dans un bouquet de joncs.
Je n’aurais pas croisé
Un regard inconnu dans l’ombre d’une haie
Un regard de pêcheur
Patient entre les saules
Je n’aurais jamais su la douceur de l’attente
Quand la truite s’envole
Vers la cime des aulnes
Pour venir expirer sur un lit de fougère
Dans l’osier d’un panier

Je n’aurais pas senti qu’en restant je troublais
Un homme aux mains tranquilles
Qui hésita un peu
Avant de me sourire
Quand je lui demandais de sauver ma chaussure
Flottant dans le courant.

Je n’aurais pas connu la chaleur de ses bras
Sa bouche au goût de menthe
Et ma faim de caresses
Si je n’avais pas cru m’abriter du soleil
Un jour lointain de mai.

YLMR – cette adolescente là c’est la plus délurée de mes adolescentes parce qu’il y avait plusieurs textes [possibles] mais on n’a pas le temps [de tout lire] alors je présente des adolescentes qui sont en fait assez godiches et puis des adolescentes qui sont plus … celle-là, je pense que c’est le dernier stade de l’adolescence parce qu’elle est à la fois troublée par la présence d’un homme et en même temps elle sent qu’elle le trouble donc elle n’est plus du tout naïve.

SN – ce n’est plus une Emma Bovary

YLMR – mais j’avais plusieurs adolescentes et, si je peux vous confier une chose, je n’étais pas très délurée mais justement, l’écriture me permet d’inventer des situations des fantasmes comme cela.

SN – c’est tout le pouvoir de l’écriture

YLMR – effectivement c’est à dire que j’ai vécu 1000 vies grâce à la poésie.

FLM- est-ce que vous voulez bien Stéphanie que je rajoute Au creux de ton sourire

Au creux de ton sourire

Ta joie de vivre emplit ta chambre,
Tu viens d’être reçue au bac.
Ton père est fier de ta mention,
Dans la maison ta mère chante…

Tu bouges, ris et déambules,
Tu t’imagines à la fac,
En toi les rêves se bousculent…

Tu flânes sur les bords de Seine,
Tu chantes Brassens et Gréco,
Récites Rimbaud et Verlaine,
Découvres Sagan et Brando.
Sur le chemin de la Sorbonne,
Tu rencontres Sartre et Beauvoir,
Les notes bleues d’un saxophone
Courent sans fin sur les trottoirs.

A l’ombre fraiche des grands hêtres,
Tu lis « Paris et une fête » …
Le temps s’écoule lentement
Dans ton village somnolent.
Tu attends la fin des vacances.
Tu t’imagines dans la ville,
Marchant légère et impatiente,
Bien loin des internats pour filles…

Mais chaque fois que tes mots vibrent
En proclamant ta liberté,
La voix de ton père se lève,
Corps tendu qui te retient
Comme la chèvre de Seguin.

SN – on ressent finalement dans ces deux textes et vous avez bien fait de lire celui -ci. C’est celui que j’aurais choisi avant le premier. On ressent cette tension entre cette volonté de liberté et ce carcan qui est aussi un carcan familial et qu’on ressent également dans la vie des femmes adultes mariées, qui, elles aussi, acceptent un certain carcan, même malgré parfois les violences subies me semble-t-il oui

YLMR – et donc toutes les femmes que je présente, je ne l’ai vraiment analysé à fond, mais enfin je vais dire comme je le sens : elles se marient, elles ont des enfants sans même avoir le temps d’avoir un désir d’enfant, il faut replacer ça dans le contexte des femmes que j’évoque dans mes recueils. Ce sont des femmes des années 40, 50, 60 où les femmes n’étaient pas libres de choisir leur vie ni de choisir le moment où elles auraient eu envie d’avoir des enfants si bien que certaines femmes dans mes recueils se sont trouvées encombrées d’enfants, le mot n’est pas très joli, mais c’était un peu ça, sans avoir vraiment eu le temps de vivre la période entre la fin de l’adolescence et les soucis de l’âge adulte. Et il y a visiblement à cette époque-là, il y avait un carcan dans lequel les femmes étaient coincées. Il fallait tenir sa maison, s’occuper des enfants, s’occuper du mari, apprendre des recettes de cuisine

SN – et travailler parfois aussi

YLMR – et puis perdre un peu leur beauté aussi, les femmes, elles, n’avaient plus le temps de s’occuper d’elles alors petit à petit elles acceptaient d’être moins belles, d’être moins désirées, d’être moins aimées et beaucoup d’entre elles supportaient aussi les infidélités de leur mari sans rien laisser paraître parce qu’il fallait garder la face, il fallait faire semblant d’être bien dans ce rôle de femme.

SN – les infidélités, les violences aussi

YLMR – il y a un recueil dans lequel je parle de la violence faite aux femmes. Ça s’appelle L’aube des brûlures et ce recueil-là, il est un peu particulier parce qu’il m’a été inspiré par ce qu’on a appelé Le drame de Vilnius. Vous vous en souvenez. Ce tragique fait divers dans lequel une comédienne très connue a perdu la vie sous les coups de son compagnon. Je m’inspire de cette histoire mais comme j’écris de la poésie, c’est fictionnel, donc je me permets d’inventer l’histoire à partir de ce fait divers et la femme que je mets en scène, n’est pas victime d’un féminicide. Elle, elle trouve en elle la force de chasser l’homme violent à la fois pour retrouver son intégrité, sa dignité et aussi pour protéger ses enfants. Alors je sais que je la présente comme une héroïne un peu singulière, je sais que malheureusement toutes les femmes n’ont pas eu cette chance de s’en sortir mais j’ai choisi ce point de vue j’ai voulu sauver une femme voilà.

SN – et vous avez raison et on peut peut-être entendre à l’extrait du texte parce que je le trouve très beau entre autres textes je trouve très beau

L’aube des brûlures

Les menaces des points cachent la paume tendre
Du temps des découvertes et des frémissements
Orage de choc sourd lorsqu’un nuage crève
Et que les éclairs giflent le marbre de vos corps
Encore une fois tu lui dis non
Il hurle, se roule dans ses mots
Et ses phrases trépignent d’horreur
Tu te recules découvrant que la nuit est tombée pour toujours
Pourquoi cacher cette souffrance sous une nappe damassée
Oh nymphe nue qu’on emprisonne renoue ta natte naufragée
Montre tes seins bleuis de coups et laisse enfin couler tes larmes

SN – donc on voit ces femmes qui essaient d’être des « super-women » comme on dit maintenant. On voit ses femmes qui aussi subissent la violence et qui pourtant cachent leur jeu, ne disent rien. Certaines sombrent dans la dépression et je trouve que, vous savez, la dépression, c’est sympathique alors que chez les femmes c’est laid, chez les hommes c’est le spleen, c’est beau, c’est plus « classe » et vous savez très bien décrire la dépression féminine que vous faites dans le recueil Absente. On en a déjà entendu un extrait dans le florilège et puis il y a certaines femmes qui arrivent à s’en sortir soit par des relations infidèles soit par des relations plus intellectuelles, plus platoniques. Est-ce que vous préférez qu’on parle de la façon dont vous traitez la dépression ou plutôt…

YLMR – très rapidement, je vais juste dire quelque chose. Dans ce recueil, Absente, j’ai choisi un thème qui n’est pas très poétique, mais je n’ai pas du tout cherché à en faire une description clinique. J’ai voulu juste montrer comment par l’écriture on peut faire sentir ce qui se passe dans la vie d’une femme dépressive et j’ai rassemblé toutes les perceptions qu’elle a du monde pour montrer comment, quand on est dans un état dépressif, tout ce qu’on perçoit est négatif, tout ce qu’elle voit est gris, noir, laid ; tout ce qu’elle entend, ce sont des plaintes, ce sont des sanglots, ce sont des musiques tristes ; tout ce qu’elle touche est rugueux ou froid ou coupant donc j’ai accumulé dans mon écriture tout un vocabulaire très négatif pour montrer comment cette femme se sent écrasée et comment elle se sent enfermée. Enfin je ne vais pas faire une analyse de texte ; c’est le vocabulaire des perceptions, qui me permet d’essayer de traduire la dépression.

SN – tous les sens sont affectés, tous les sens se délitent face à la vague dépressive. On pourrait laisser le public réfléchir au texte, en prendre connaissance. Et pour ces femmes qui essaient de sortir de cette dépression par l’art ou par des relations transgressives peut-être…

YLMR – il y a un recueil qui s’appelle Après le déluge qui … vous avez parlé de la femme comment ? Infidèle, oui, on pourrait même dire tant qu’on y est la femme adultère…

SN – allons-y, n’ayons pas peur

YLMR – c’est une histoire où il y a un personnage, cette femme. Elle vit une histoire transgressive, enfin extra-conjugale.

SN – elle franchit des limites

YLMR – elle franchit des limites et elle revient. Au bout de l’histoire, elle n’éprouve aucun remords. Elle n’a pas l’impression qu’elle a trahi son mari. C’est comme si elle prenait une petite revanche sur la vie. Pour elle, c’est juste un acte de liberté. C’est à dire que cette femme-là, se conduit comme ont l’habitude de se conduire des hommes, les hommes.

SN – elle sort du carcan et elle…

YLMR – oui, cette infidélité, appelons-là ainsi, c’est pour elle une source de bonheur, de satisfaction, de délices j’allais dire

SN – mais pourquoi pas

YLMR – en tout cas c’est une histoire qui se passe essentiellement dans la nature, leurs rencontres amoureuses ont lieu dans la nature et dans une nature qui est complice et protectrice de leur histoire d’amour. Ils ont la chance d’une histoire d’amour qui reste secrète. Ce n’est pas du tout du vaudeville, « ciel mon mari », « j’enferme l’amant dans le placard ». Non, c’est leur histoire, c’est une belle parenthèse, voilà sans aucun jugement moral.

[Je me permets ici une seule parenthèse car cette absence de jugement moral m’a beaucoup frappé dans cette œuvre et je l’ai mentionné auparavant. Je cite à nouveau : « Les dénouements s’écartent résolument des principes de la Morale, mais jamais un mot qui juge. » Et dans une dédicace pour Le chaos de la Divine, l’auteur confirme ce jugement : « Des nouvelles noires ou grises où les personnages condamnables sont souvent en quête d’amour. »]

SN – et dans quatre jours en novembre l’histoire est plus platonique, la rencontre entre la femme peintre et l’homme poète, est plus allégorique peut-être

YLMR – oui parce que dans Quatre jours en novembre je mets en scène une rencontre entre un homme et une femme, chabadabada, mais il ne se passe rien. Ce n’est pas Sur la route de Madison, parce qu’il ne se passe rien entre eux, tout se passe dans l’imaginaire et ce que j’ai voulu montrer, à travers la métaphore de cette rencontre entre un homme et une femme, est la rencontre entre la poésie et la peinture, comment les deux arts se rencontrent, se complètent, s’entremêlent et sont source de bonheur en quelque sorte

SN – Ut pictura poesis

YLMR – même si tout reste platonique

SN – les mots sont une peinture des choses ?

YLMR – comment ?

SN – les mots sont une peinture des choses ? ce n’est pas de moi ! et donc l’Art est libérateur j’imagine. Il peut libérer les femmes

YLMR – oui, certainement, oui

SN – ne serait-ce que par la création

YLMR – ce personnage est peintre et dans la peinture, elle trouve la consolation parce que même si cela reste platonique, elle avait imaginé que son histoire aurait pu avoir une conclusion, dans ce sens, il faut conclure et dans sa tête, ça a toujours été fantasmé mais je ne raconte pas l’histoire

SN – pas de spoiler, pas de spoiler ! 

YLMR – le recueil est encore disponible alors que beaucoup d’autres sont épuisés. Mais celui-là, vous pourrez vous le procurer si vous en avez envie donc on ne raconte pas !

SN – ne divulgâchons pas ! On a parlé des femmes mais vous parlez aussi des hommes et vous prenez même une voix d’homme, ce qui est le cas dans deux de vos recueils. On va parler du dernier qui date de 2025 avec le titre Maintenant que mes mains tremblent. Là, c’est une voix masculine qu’on peut entendre un peu

FLM –

Et maintenant que mes mains tremblent

Je voudrais contempler les nuages de l’Aube
au-dessus d’un rio quelque part au Brésil.
Un hydravion se pose
dans une gerbe rose, éclaboussant de feu
les grands sacs de courrier venus d’outre-Atlantique.

Je rêve que c’est moi qui sors de la carlingue,
que ma femme applaudit au milieu de la foule,
qu’elle est fière de moi pour la première fois
et qu’elle rit de joie.
[…]
Quand le sommeil me fuit
je revois le passé qui se glisse irréel
dans la pénombre verte
d’une chapelle sombre où l’harmonium grelotte.

Sous les grêles accords des musiques anciennes,
des claviers font renaître
de cahotants désirs qui lentement m’entraînent
vers le temps du bonheur que j’ai laissé s’enfuir.

J’entends dans le bal chic où je l’ai rencontré
s’envoler une valse.
Le parquet marqueté luit comme une eau tranquille
où glisse des anguilles.

Elle est assise là, seule sur un sofa.

Nénuphar indolent flottant à la surface
d’un velours délavé, elle semble m’attendre

YLMR – merci à Françoise Le Meur, comédienne, d’avoir prêté sa voix à un homme

SN – mais nous n’aurons pas la magnanimité tout de même de laisser le dernier mot à un homme alors Yvonne pourquoi, pourquoi une voix d’homme, quel intérêt ? comment fait-on ?

YLMR – et bien je ne sais pas trop. Je ne sais pas. J’avais commencé à écrire ce recueil à la troisième personne, c’est à dire que j’étais l’auteur-narrateur, c’est moi qui racontais l’histoire et je disais « lui », « il », et « elle ». J’avais de la peine. J’avais du mal à faire quelque chose d’abouti. Ce que j’avais écrit ne me plaisait pas. Et tout d’un coup je me suis dit « mais c’est bien sûr !» Il faut que je choisisse le point de vue de l’homme et c’est l’homme qui va dire « je ». Alors j’ai eu un long travail de préparation, de réflexion. Comment pense un homme ? Quels sont les désirs des hommes ? Plein de choses qu’on se pose sur les hommes et pour lesquels on n’obtient d’ailleurs jamais de réponse parce que….

SN – que les hommes n’ont pas l’air se poser quand ils prennent des voix féminines

YLMR – alors j’ai

SN – elle est méchante !

YLMR – j’ai donc fait (je suis en train de vous montrer comment je suis sérieuse et travailleuse !) mais j’ai fait un grand travail pour me fixer une place dans l’écriture fictionnelle. Je me suis dit : « je ne dois pas perdre de vue que je dois être un homme, celui qui dit « je » dois être un homme du début à la fin ».  Je ne sais pas si j’ai réussi, enfin j’espère que j’ai réussi et je crois même que j’ai réussi. Là, je manque de modestie parce que ce recueil je l’ai envoyé à un concours, un concours organisé par une association qui s’appelle Flammes Vives. Quand on envoie des textes à un concours de ce genre, on envoie un tapuscrit anonyme. Ce tapuscrit a été lu par un jury. Comme je ne suis pas dans la modestie, vous devez vous dire qu’il y avait 70 recueils présentés et c’est le mien qui a été récompensé alors que j’avais 90 ans

SN – et que vous étiez une femme 

YLMR – mais ce n’est pas tout ! Quand on a découvert qui avait signé ce tapuscrit, on a dit : « tiens mais c’est une femme qui a écrit ça. Mais comment a-t-elle pu écrire ? Ils avaient tous cru que c’était un homme qui avait écrit le texte alors là je suis contente de mon coup. J’avais réussi et c’était une façon de mystifier aussi les hommes parce que je crois que le jury était composé d’une majorité d’hommes. Eh bien, je les ai bien eus !

SN – et bien je crois que ça nous fait une très belle conclusion merci infiniment Yvonne merci beaucoup Françoise pour votre voix et merci pour votre écoute merci

YLMR – merci à Stéphanie Noirard. Merci Stéphanie qui s’est laissée faire, Stéphanie a eu du fil à retordre évidemment. Vous avez deviné qu’on se connaît, [Françoise] c’est ma nièce, c’est l’ainée de mes nièces donc deux femmes Le Meur en face de Stéphanie…

FLM – ce n’est pas vrai !

YLMR – en tout cas merci Stéphanie, merci, merci, merci de vous rencontrer, merci beaucoup et merci, merci à vous tous d’être là, merci à Jean-Pierre [Fillois, directeur du festival] et aux autres, à tout le monde je suis ravie de vous voir là, merci.

Ici s’arrête la retranscription du texte. En préparant cet article, j’ai lu Au creux de ton sourire mais aussi Brûlants silences, c’était avant hier. Le lendemain matin sur France Culture, Guillaume Erner invitait Daniel Mendelshon. Daniel Mendelsohn y a expliqué comment Athènes et Jérusalem, les grandes tragédies lui ont permis de comprendre sa propre vie. Comment la littérature dévoile l’universel à partir de l’individuel. Comment l’Odyssée lui a dévoilé la relation à son père. Je suis de la même manière ému et perturbé par le fait que les personnages d’Yvonne Le Meur-Rollet m’évoquent des personnes de mon enfance, ma mère en particulier. Dans Au creux de ton sourire, il est question d’une sœur, réelle ou imaginaire, dont on peut penser certains détails trop réalistes pour ne pas avoir été réels. Sœur ou description de la sororité, pour le lecteur peu importe, et Yvonne Le Meur-Rollet, elle aussi, décrit l’universel quand elle parle d’une sœur. C’est magnifique. Les larmes coulent doucement. Et il y a aussi des moments légers de l’enfance et de l’adolescence, des moments vécus et aussi des moments qui auraient pu être. Je l’ai déjà dit : l’écriture touche aux universaux et l’écriture est magnifique.

 

Yvonne Le Meur-Rollet, poétesse des XXe et XXIe siècle

J’ai déjà en juillet dernier mentionné ici cette poétesse assez méconnue et que j’aimerxais appeler grande poétesse du XXIe siècle mais qui suis-je pour user d’un pareil qualificatif ? C’est la beauté d’Internet d’apporter beaucoup de liberté et aussi de pouvoir contribuer à la connaissance avec moins de barrières qu’au XXe siècle. On pourra se référer à la page Wikipédia d’Yvonne Le Meur-Rollet pour les données les plus factuelles possibles puisque c’est l’ambition de cette encyclopédie en ligne universelle.


Yvonne Le Meur-Rollet en avril 2025
(photographie par Marianne Frank)

Une rencontre impromptue m’a permis d’aller plus loin encore dans la connaissance et l’œuvre de cette belle artiste. Voici par exemple deux poèmes qu’elle m’a autorisé à publier :

Deux poèmes de l’auteur

La Mort 

Elle aime à chevaucher les cercueils et les dalles,
Cravache les tourments, fait courir les rumeurs
Au-dessus des gradins résonnant aux clameurs
Qui mènent les esprits dans les plus noirs dédales.
 
Je l’attends de pied ferme et ne cillerai pas
Quand elle gravira la colline en vendange
Et frappera du poing les vantaux de la grange :
J’entendrai sans trembler le bruit noir de ses pas.
 
Car je la connais bien l’aveugle loterie
Qui tourne à tous les vents, ivre de barbarie,
Et condamne le sage au destin du méchant.
 
Comme une vieille barque à la coque de chêne
Qui s’en va se briser sur un écueil tranchant,
Je m’élance vers elle en entraînant ma chaîne.

Déraison

Je viens de voir tomber la pomme,
Rouge, dans l’herbe du verger.
Je me sens ivre, soudain, comme
Un grand bateau prêt à sombrer.
 
Rouge, dans l’herbe du verger,
Tel un soldat qui fait un somme,
Un grand bateau prêt à sombrer,
C’est Arthur Rimbaud qu’il se nomme.
 
Tel un soldat qui fait un somme,
Dans un vallon, je l’ai blessé.
C’est Arthur Rimbaud qu’il se nomme…
J’ose enfin tout vous avouer.
 
Dans un vallon, je l’ai blessé…
Le cresson bleu est sans arôme.
J’ose enfin tout vous avouer :
J’ai fait couler le sang d’un homme.
 
Le cresson bleu est sans arôme,
Les rayons pleuvent sans mousser,
J’ai fait couler le sang d’un homme,
Nature ne peut me bercer.
 
Les rayons pleuvent sans mousser.
Je suis un criminel en somme :
Nature ne peut me bercer.
Je viens de voir tomber la pomme…

Avec ce choix de poèmes, Yvonne Le Meur Rollet a tenu à préciser que le « je » de la narration ne fait pas entendre sa propre voix mais celles de poètes masculins, tous plus ou moins névrosés, angoissés, perturbés ou mélancoliques ou auxquels elle rend hommage. Dans le sonnet « La Mort » il s’agit de la voix de Maurice Rollinat, dans le pantoum « Déraison », de celle de Paul Verlaine.

Et quelle chance j’ai eu d’obtenir les droits de publication d’une lecture de ses textes. Et voici :

Lecture de textes écrits par Yvonne Le Meur-Rollet,
lus par Françoise Le Meur le 27 juillet 2025
lors du Festival de poésie La houle des mots à Saint-Jacut-de-la-Mer, 8e édition,
Terres de Femmes, Femmes de Mer.
Rencontre animée par Stéphanie Noirard, Maîtresse de Conférences à l’Université de Poitiers.

Partie I

Partie II

Plus sur https://www.agendaou.fr/la-houle-des-mots-2025-festival-de-poesie-a-saint-jacut-de-la-mer-177096.html

Critiques du style de l’auteur

Que dire de son style et de ses inspirations ? Ils sont décrits par les préfaciers de ses ouvrages :

Dans la préface à Après le déluge, Nathalie Lescop-Boeswillwald, docteur en Histoire de l’Art parle « d’un style limpide où le verbe dévoile sans jamais exhiber les retrouvailles amoureuses. […] Par le truchement d’une poésie arrimée aux sens, elle évoque cette part de nous qui fuit le miroir par peur de vieillir et de l’Après sans cet autre soi-même. »

Dans la préface à Sur les sentiers de la mélancolie, la même Nathalie Lescop-Boeswillwald écrit que « l’écriture d’Yvonne Le Meur-Rollet est lumineuse et sensible, resplendissante et simple à la fois. […] Ce sont les voix masculines de Poètes célèbres – tels Rollinat, Hugo [1], Rimbaud, Baudelaire, Verlaine (implicitement présents dans l’inspiration de l’auteur) et d’hommes anonymes rencontrés dans la « vraie vie » que l’auteur nous fait entendre tour à tour. […] Par une écriture classique (parfois néo-classique) où le pantoum croise le sonnet, Yvonne Le Meur-Rollet nous parle dans un langage tendre et universel […] traduisant leur mal de vivre et leur mélancolie. »

Dans l’introduction à Et maintenant que mes mains tremblent, Claude Prouvost, Président de Flammes Vives, décrit « une poésie [qui] s’appuie sur un rythme régulier, parfois volontairement bousculé, afin de traduire les moments d’émotion ou de désarroi d’un narrateur qui assume son « inculture » littéraire. On peut souligner que dans cet ouvrage, comme dans la majorité de ses ouvrages précédents, elle privilégie les images sobres, en employant des mots simples, choisis à la fois pour leur pouvoir évocateur et leur musicalité. »

Dans la préface à Saisons de pluie, le poète né en Tunisie Patrice Fath écrit « tout est dans une subtilité qui rappelle plutôt les luxe, calme et volupté baudelairiens. L’auteur laisse sa nostalgie errer le long des rivages, nostalgie de l’amour, de la jeunesse, du voyage, du temps qui passe. Yvonne Le Meur-Rollet écrit ses poèmes dans un style régulier, agréable et rafraichissant comme une caresse d’alizé, ou tonique et sans concessions, tel le murmure du vent du large en pays breton. »

Dans la préface à Un bûcher d’acanthes, Jean Liabœuf : « Au-delà des émotions d’une ville de Marseille cosmopolite, odorante et pittoresque, ses poèmes par leur rythme, leurs images, leur sonorité, leur forme, sont un moyen de nous libérer des conventions et du déjà-dit : ils nous permettent d’entrer librement dans un monde qu’en lecteurs actifs nous réinventons et habitons autrement. »

Dans la préface à Souvent pour s’amuser… Jean-Paul Lamy parle : « d’une prose aussi simple dans le choix des mots que dans la condition sociale des personnages. […] L’eau est présente tout au long des ces pages, mais point de vagues qui déferlent : l’eau stagnante d’un étang, profonde d’un puits plus propice à cacher des secrets plutôt glauques. Yvonne Le Meur-Rollet se moque des lois du genre : la nouvelle se caractérise par une chute qui assomme le lecteur. Eh bien ces trois nouvelles ont un dénouement mais point de chute. Les dénouements s’écartent résolument des principes de la Morale, mais jamais un mot qui juge. » Et dans une dédicace pour Le chaos de la Divine, l’auteur confirme ce jugement : « Des nouvelles noires ou grises où les personnages condamnables sont souvent en quête d’amour. »

Quelques commentaires de plus par Yvonne Le Meur-Rollet

Dans quelques échanges qui suivirent le premier, des questions essentielles ont surgi sur le sujet de l’inspiration, de cette capacité rare à écrire comme si le narrateur était un homme et sujet connexe, la description des femmes à la première personne qui fait sans aucun doute qu’Yvonne Le Meur Rollet est une autrice féministe.

Yvonne Le Meur-Rollet m’a écrit : « Et chaque auteur donne une réponse différente. En ce qui me concerne je pense que j’ai eu la chance d’avoir beaucoup lu, d’avoir étudié la langue, d’en avoir mesuré la richesse, les nuances et la rigueur, d’avoir été attentive au monde et aux gens qui m’entourent, d’avoir éprouvé de grandes admirations pour les auteurs qui ont nourri mon imaginaire, d’avoir éprouvé des joies qui ont enluminé ma vie et d’avoir surmonté des peines intimes tout au fil du temps. Ainsi, j’ai commencé par engranger des matériaux de toutes sortes et je suis parvenue à maîtriser des outils nécessaires à la réalisation d’une « œuvre », à la manière obstinée et passionnée d’un artisan qui a le goût de « la belle ouvrage ».

Puis sur le sujet masculin-féminin, elle ajoute : « Au sujet de ma « capacité » de femme à prendre le point de vue d’un homme, il apparaît en effet que cette posture est plus rare que l’inverse. Beaucoup d’hommes l’ont fait dans leurs romans (le plus célèbre est sans doute Flaubert dans Madame Bovary [2]). Mais nombre de femmes ont excellé dans l’exercice. Après un petit échange avec Chat GPT, je retiens quelques exemples : Geoge Sand dans Indiana, Mary Shelley dans Frankenstein, Agatha Christie dans Les enquêtes d’Hercule Poirot et, plus proches de nous, Marguerite Yourcenar dans Mémoires d’Hadrien ou Anna Gavalda dans ses recueils de nouvelles dont Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part. Ce parti-pris d’écriture impose à l’auteure de s’effacer totalement derrière le narrateur-personnage masculin dont elle s’approprie le moi intime afin de s’identifier à son personnage. C’est un exercice que je trouve très enrichissant dans la connaissance ou la découverte de l’Autre et très exaltant sur le plan de la création littéraire. »

Enfin elle ajoute : « Je crois qu’il n’est nulle part fait allusion au féminisme dans les préfaces de mes recueils. Mais, pour ce qui concerne la vie des femmes en général, j’en ai parlé au cours de l’entretien avec Stéphanie Noirard le jour du Festival La Houle des mots. » Cela reste à creuser !

Bibliographie

Recueils de poésie

  • Saisons de pluies Brest : Éd. An Amzer, 1999, 40p. (ISBN 2-908083-50-7) (réédité en 2022)
  • Brûlants silences Presses Littéraires de Saint-Estève, 2001
  • Sous l’écorce, les mots… Cours-la-Ville : Editions la Licorne, 2003
  • Confidences croisées Châtel-Guyon : CRDP de Clermont-Ferrand, 2003
  • Absente Vaison-La-Romaine, 2003
  • Noyades Brest : Éd. An Amzer, 2003, 27p. (ISBN 2-908083-74-4)
  • Après le déluge Limoges, 2004 (réédité en 2015)
  • Canicule Bergerac, 2004
  • L’aube des brûlures Paris, 2004
  • Un bûcher d’acanthes Cuisiat (la Salamandre en Vallière, 01370) : SPEPA éd., 2005, 20p. (ISBN 2-914376-15-4)
  • Guirlandes à la dérive Le Creusot, 2009 (inédit)
  • Deux souffles sur la flamme Roissy-en-Brie : Flammes vives, 2009, 53p., (ISBN 978-2-915475-63-0) (BNF 42198629)
  • L’étang perdu Pau : A portée de mots, 2010
  • Quatre galets dans une paume Douai : Éditions du Douayeul, 2017, 32p. (ISBN 978-2-35133-127-9)
  • Silences Lyon : Salon des poètes de Lyon, Collection : Mignardises. Poésie ; n° 25, 2018, 29p. (ISBN 2-906569-45-3)
  • Au creux de ton sourire Lyon, 2018 (ISBN 2-90656-950-X)
  • Sur les sentiers de la mélancolie Argenton sur Creuse, 2019
  • Là où s’envolent les poussières dorées de l’enfance Limoges. Edit: Amis de Thalie (dépôt légal 1er décembre 2021)
  • Quatre jours en novembre 2024, 40p.
  • Et maintenant que mes mains tremblent Crouttes : Flammes vives, 2025, 53p., (ISBN 978-2-36550-198-9)

Recueils de nouvelles

  • Le chaos de la Divine Douai : Éd. du Douayeul, 2012, 72p. (ISBN 978-2-35133-094-4)
  • Souvent pour s’amuser… Le Fontanil-Cornillon : Zonaires éditions, Collection Lapidaires 2015, 36p. (ISBN 979-10-94810-00-2)
  • Points de suture 2016, 110p., (ISBN 978-1-519692-67-2)

Recueils de poésies et nouvelle

  • Trophée « Or des Aulnes » Halsou (Bibliothèque Pierrette Cazaux, 64480) : Kliho, 2002, 21p., (BNF 39021777)

Prix et récompenses

  • Prix de la ville de Plouzané 1999 pour Saisons de pluies
  • Prix du Cercle des Poètes Caducéens, la Queue en Brie 2001 pour Brûlants Silences
  • Prix d’Estieugues, Cours la Ville 2003 pour Sous l’écorce, les mots…
  • Grand Prix Richelieu, Châtel-Guyon 2003 pour Confidences croisées
  • Prix du recueil Poésie Vivante, Vaison-La-Romaine 2003 pour Absente
  • Grand Prix de la ville de Plouzané 2003 pour Noyades
  • Prix des Amis de Thalie, Limoges 2003 pour Après le déluge
  • Prix de l’Académie des Sciences, des Lettres et des Arts de Lyon 2003 pour « Pantoums » (recueil de poèmes inédits)
  • Prix Louis Bouilhet 2004 décerné par la Société des Poètes Normands pour Après le déluge
  • Prix du Manoir des Poètes, Paris 2004 pour L’aube des brûlures
  • Prix des Ecrivains du Pays de l’Ain, Attignat 2005 pour Un bûcher d’acanthes
  • Prix du recueil inédit 2006 décerné par la SPAF, Saint-Malo pour L’étang perdu
  • Prix européen des Amourines 2006 pour Après le déluge
  • Prix Léon Dierx Société des Poètes Français, Paris 2006 pour Guirlandes à la dérive
  • Prix Georges Riguet, Le Creusot, 2009 pour Guirlandes à la dérive
  • Prix Jean Aubert Flammes Vives, Paris 2009 pour Deux souffles sur la flamme
  • Prix Marceline Desbordes-Valmore décerné par la Société des Poètes Français, Paris 2011 pour Amours Naufragées (inédit)
  • Prix des Beffrois 2012 pour Le chaos de la Divine
  • Prix des Beffrois 2016, catégorie poésie pour Quatre galets dans une paume
  • Prix du Salon des Poètes, Lyon 2018 pour Au creux de ton sourire
  • Prix Maurice Rollinat – recueil inédit de poésie classique 2019, Argenton sur Creuse pour Sur les sentiers de la mélancolie
  • Prix des Amis de Thalie – Poésie classique, Limoges 2019 pour Sur les sentiers de la mélancolie 2019
  • Prix des Amis de Thalie – Poésie libre, Limoges 2020 pour Là où s’envolent les poussières dorées de l’enfance
  • Prix Maurice Rollinat – recueil inédit de poésie libre 2021, Argenton sur Creuse pour Quatre jours en novembre
  • Prix Jean Giono 2022 décerné par la Société des Poètes Français, Paris pour Quatre jours en novembre
  • Prix de poésie Jean Aubert 2024 pour Et maintenant que mes mains tremblent
  • Prix de l’édition poétique de la ville de Dijon 2026 pour Quatre jours en novembre

Notes

[1] Il est fait allusion à Hugo dans les références de l’auteur cela m’avait également frappé. Yvonne Le Meur-Rollet m’a signalé Elle était déchaussée, elle était décoiffée,de mon côté, je me suis souvenu de Vieille chanson du jeune temps
[2] On peut penser aussi au magnifique Dalva de Jim Harrison.

Un mois d’août dans une vie : mathématiques, peu d’innovation, littérature et musique

Les mois d’août sont toujours calmes dans le monde des startup, presque tout le monde part en vacances, encore moins d’IPOs et de M&As qu’à l’habitude. Mais le temps de lire, de découvrir des chose que l’on n’avait pas pris le temps d’approfondir.

Il y a bien eu quelques polémiques autour des fantaisies de chatGPT5 (ycombinator, cnn) et de celles de Luc Julia (un exemple ici) Nous verrons si elles survivront à l’automne.

Mathématiques

La plus jolie surprise fut relative aux mathématiques, à travers la résolution de deux problèmes anciens. Ce n’est pas l’ancienneté des problèmes qui m’a surpris, mais la nature des personnes qui les ont résolus :

– le premier problème m’était totalement inconnu : une jeune femme de dix sept ans, Hannah Cairo, presqu’autodidacte a réfuté une conjoncture vieille de 40 ans. Le mélange inhabituel de fraicheur et de professionalisme de sa présentation fait de cette nouvelle l’événement de l’été.

Quand je dis autodidacte, Hannah Cairo n’a jamais suivi de cursus scolaire classique et essentiellement à distance. Même après la publication de son travail, deux universités seulement sur les dix auxquelles elle avait candidaté l’ont acceptée dans leur programme doctoral (et j’ajoute deux tout de même !) faute du moindre diplôme universitaire. Elle commencera un doctorat à l’automne à l’université du Maryland et on ne peut lui souhaiter que le même bonheur que celui qu’elle affiche dans sa vidéo.

– le second problème (qui n’en était plus un puisque Evariste Galois avait prouvé qu’on ne pouvait pas donner une solution explicite aux polynômes de degré supérieur à 5) a été approché d’une nouvelle manière par un professeur récemment retraité, N. J. Wildberger et son co-auteur D. Rubine, intitulé A Hyper-Catalan Series Solution to Polynomial Equations, and the Geode

Je n’ai pas tout compris mais il semble que la solution utilise le nombre de manières de diviser un polygone en triangles à partir de ses sommets. La solution n’est pas explicite mias, si j’ai bien compris, l’auteur ajoute qu’un nombre réel n’a pas non plus d’expression explicite.

Les deux histoires me rappellent une question qui m’a toujours été chère et abordée aussi dans Lorsque l’âge n’empêche pas la créativité: un rare exemple en mathématiques

Bonnes et mauvaises idées

Deux autres belles découvertes sur ce qui pousse vers le « vrai » et le « faux » :

– l’émission de France Culture de Xavier Delaporte, L’histoire de Naomi Klein et son double maléfique
– l’article du New Yorker de Gideon Lewis-Kraus, Why Good Ideas Die Quietly and Bad Ideas Go Viral with subtitle A new book, “Antimemetics: Why Some Ideas Resist Spreading,” argues that notions get taken up not because of their virtue but because of their catchiness.

Littérature et musique

Ma grande émotion de l’été fut la redécouverte d’une poétesse fort méconnue, Yvonne Le Meur – Rollet

Celle qui fut mon professeur de français a publié plus d’une douzaine de recueils de textes magnifiques, tout en sensualité et douceur de vers ciselés. J’en ai capté quelques lectures faites en son hommage lors du festival Presqu’île en Poésie de St Jacut de la Mer.
Les mots du granite
Un jour lointain de mai
Au creux de ton sourire
Rentrée de pension
De cahotants désirs
[Post-Scriptum : On trouvera un beaucoup plus long post sur Yvonne Le Meur-Rollet en date de février 2026 à cette adresse Yvonne Le Meur-Rollet, poétesse des XXe et XXIe siècle]

Alors oui, ces dernières années, j’ai adoré lire Montaigne, Thomas Mann, Virginia Wolf, Robert Musil sans oublier mon vénéré Jón Kalman Stefánsson, mais aucun n’a créé autant d’émotions que ces vers entre mer et granite.

J’écoute moins de musique que je ne lis, mais la période des vacances donne de la respiration. J’en ai profité pour découvrir ou réécouter mes préférences du moment. J’en surprends certains en disant que j’adore Bruno Mars, son chef d’oeuvre Uptown Funk (qui n’est pas de lui, mais bon…) ou ses duos avec Rosé ou Lady Gaga.

J’ajoute pour mon archive personnelle les noms de Philipp Glass, Steve Reich ou Harvo Pärt dans le genre totalement différent de la musique contemporaine minimaliste et répétitive.

Mais pour terminer, une redécouverte et une merveilleuse découverte :

– un concert anniversaire de The National à Rome

– le podcast si fantaisiste du guitariste Thibault Cauvin narrant ses prérégrinations planétaires