Archives de l’auteur : Hervé Lebret

Moderna et BioNTech, des startup Covid-19

Hier, j’ai publié un article sur le dépôt d’introduction en bourse d’Airbnb ici et dans quelques semaines ou quelques mois, je ferai passer mon étude des cap. tables de 600 startups à 700. Une mise à jour majeure ! Entre temps, même si je ne suis pas du tout un spécialiste de biotechnologie, j’étudie aussi quelques startups du domaine. Vous pouvez consulter le tag #biotech par exemple ou un post sur les startups Crispr. Il aurait été difficile de ne pas remarquer récemment deux autres startups qui sont entrées en bourse récemment, Moderna en 2018 et BioNTech en 2019, à cause de Covid19. Regardez leur récent historique en bourse lorsqu’elles ont annoncé un vaccin contre le virus:

Peut-être jetez un coup d’œil à leur table de capitalisation en fin de post. Quelques commentaires: Moderna avait été fondée dans la région de Boston en 2009 et BioNTech en Allemagne en 2008. Leurs revenus (et leurs pertes) étaient importants au moment du dépôt. Beaucoup de capital-risque (qui détient 60% des deux entreprises), de nombreux employés. Pas de jeunes fondateurs (46 et 60 ans chez Moderna, 41, 43 et 64 ans chez BioNTech). Vous pouvez ajouter quelques commentaires, le cas échéant …

En définitive ces chiffres ne sont pas très différents des géants du numérique dans le post d’hier, à une nuance près, l’âge des fondateurs.

Airbnb annonce son entrée en bourse. Le dernier des géants ?

Airbnb vient d’annoncer son entrée en bourse. Enfin ! C’est peut-être la dernière introduction en bourse des géants (et pas seulement la dernière en date), ces géants qui ont émergé au 21e siècle, comme

et bien sûr voici sa table de capitalisation, pas si éloignée de ce que j’avais essayé de deviner en 2017 dans www.startup-book.com/fr/2017/03/13/quelle-est-la-structure-actionnariale-duber-et-dairbnb:

Apple et ses premiers investisseurs : hilarant !

Ce matin, je participais à un atelier sur les startups et une question s’est posée sur les relations avec les investisseurs que les entrepreneurs tentent d’attirer et de faire investir dans leur entreprise. Je leur ai dit que cela pouvait être frustrant pour de nombreuses raisons, souvent parce que les VC ne disent jamais non mais refusent trop souvent d’investir aussi. La meilleure illustration vient de Something Ventured, un film documentaire que je ne cesse de célébrer. Le cas Apple est presque hilarant. Vous trouvez l’extrait vers la minute 51 dans la vidéo:

et voici l’extrait: [Narrateur] En 1976, l’ordinateur était sur le point de devenir personnel. […] Pour les capital-risqueurs, cela représentait l’opportunité d’une vie.

[Rires de Perkins] Nous avons refusé Apple Computer. Nous ne l’’avons pas – Nous ne l’avons même pas refusé. Nous n’avons pas accepté de rencontrer Jobs et Wozniak.

[Reid Dennis] Oh, cela aurait été un investissement fabuleux si nous l’avions fait, mais nous ne l’avons pas fait. Nous avons dit : “Oh, non, nous ne sommes pas vraiment dans ce domaine.”

[Pitch Johnson] “Comment pouvez-vous utiliser un ordinateur à la maison ? Vous allez y mettre des recettes ?”

[Bill Draper] J’ai envoyé mon partenaire voir Apple. Il est revenu et il a dit “Ce type m’a fait attendre une heure, et il est très arrogant.” Et, bien sûr, c’était Steve Jobs! J’ai dit : “Eh bien, laissons tomber.” Ce fut une grosse erreur.

[Narrateur] En 1976, les seules personnes qui croyaient en l’ordinateur personnel … étaient les geeks et les nerds qui se réunissaient dans les Homebrew Computer Clubs.

[Bushnell, fondateur et PDG d’Atari] Ils avaient besoin d’un investissement, et, euh, ils m’ont offert un tiers d’Apple Computer pour 50 000 $ … et j’ai dit : “Bon sang, je ne pense pas.” J’aurais pu posséder un tiers d’Apple Computer pour 50’000 $. [Soupirs] Une grosse erreur. Mais j’ai dit : “Appelle Don Valentine”.

[Valentine] Nous avons donc eu notre réunion. Je suis allé chez Steve. Et nous avons discuté, et j’étais convaincu que c’était un grand marché … juste un début embryonnaire. Steve avait son look Fu Manchu, et sa question pour moi – “Dites-moi ce que je dois faire pour que vous me financiez.” J’ai dit : “Nous devons avoir quelqu’un dans l’entreprise … qui a un certain sens de la gestion, du marketing et des canaux de distribution.” Il a dit : “Très bien. Envoyez-moi trois personnes.” Je lui ai envoyé trois candidats. Un qu’il n’aimait pas. Un ne l’aimait pas. Et le troisième était Mike Markkula. Mike Markkula a travaillé pour moi chez Fairchild avant de rejoindre Intel.

[Markkula] J’ai dit : “D’accord.” Parce que c’est ce que je faisais le lundi. J’étais à la retraite. [Rires] Je pense que j’avais 32 ans lorsque j’ai pris ma retraite d’Intel. Mais un jour par semaine, j’aidais les gens à créer des entreprises et à rédiger des plans d’affaires. Je le faisais gratuitement, juste pour l’interaction avec des gens brillants … Alors je suis allé parler aux garçons. [Rires] Les deux ne faisaient pas bonne impression sur les gens. Ils étaient barbus. Ils ne sentaient pas bon. Ils s’habillaient bizarrement. Jeunes, naïfs. Mais Woz avait conçu un ordinateur vraiment merveilleux, merveilleux. […] Et j’en suis venu à la conclusion que nous pourrions créer une entreprise du Fortune 500 en moins de cinq ans. J’ai dit que je mettrais l’argent nécessaire.

[Narrateur] Mike Markkula est sorti de sa retraite, devenant président et C.E.O. d’Apple. Et le premier appel qu’il a passé était à Arthur Rock. Arthur aurait manqué Apple s’il n’y avait pas eu Mike Markkula.

[Rock] Jobs et Wozniak sont venus me voir, et ils étaient très peu attrayants. Bouc, cheveux longs [Marmonnant] Markkula a dit: “Eh bien, avant de vous décider, il y a une conférence sur les ordinateurs. Vous devriez y aller et voir ce qui se passe.” Et il l’a fait. Il pensait que quelque chose se passait. Il ne savait pas trop quoi. Et il y avait ce stand avec tout le monde autour. Je ne pouvais même pas y accéder. Et c’était le stand Apple.
Ensuite, j’ai reçu un appel de Don Valentine. [Rires] “Je veux mettre de l’argent dans cette entreprise” J’ai dit: “D’accord, tu dois faire partie du conseil alors.”
Vous savez, dans le secteur du capital-risque, si vous regardez 200 transactions, et vous pouvez en faire 10, et vous pensez qu’elles sont toutes excellentes, et si l’une d’entre elles est excellente, alors vous êtes au Hall of Fame.

Voici un article de mon blog sur le film datant de 2012 : https://www.startup-book.com/fr/2012/02/08/something-ventured-un-film-passionnant/.

Enfin, ceci mérite d’être rapproché d’un autre post récent : Le défi de trouver des startup prometteuses.

The Microchip Revolution (annexe) – Intersil

Comme je l’avais mentionné dans mon post précédent, je désespérais de trouver une information précise sur Intersil qui me permettrait d’illustrer son actionnariat lors de l’entrée en bourse.

Vous pouvez passer cette narration très anecdotique qui est sans doute avant tout une archive pour moi, mais qui montre aussi qu’il faut toujours persévérer. Sachez que chaque pays a un registre des entreprises, plus ou moins riche en information, parfois payante, parfois gratuite. Aux USA, la Security and Exchange Commission (SEC – www.sec.gov) donne accès à tous les documents sur les entreprises publiques (c’est-à-dire cotées en bourse). Par opposition, les entreprises privées (non cotées en bourse) ne sont pas obligées de publier la moindre information, notamment financière. (Et j’ajoute que le Private Equity – dont fait partie le capital risque – ne finance que des entreprises privées, i. e. non cotées).

La SEC fournit un service – EDGAR – gratuit pour tous les documents publiés jusqu’au milieu des années 90, 1996 pour être précis, je crois. La SEC vendait les documents antérieurs à 1996 pour environ $40-60 puis a confié quelques années plus tard le service à Thomson Reuters (puis Refinitiv) – privatisation des « services publics » et le prix est monté à $80 puis $120-140 par document…

Le 4 octobre j’ai contacté Thomson Reuters en leur demandant les prospectus d’IPO d’IDT, Lam Research et Intersil.

Si j’ai obtenu les informations sur les deux premiers quasi- immédiatement, je n’ai obtenu que le 7 octobre par contre pour Intersil une question pour réponse qui me demandait de choisir un document dans le tableau suivant :

La question était déstabilisante car Intersil n’est pas Harris et je voulais un document en date de 1972. Il ne devait pas exister de documents antérieurs. Intersil a été fondée en 1967, est entrée en bourse en 1972 puis a été rachetée selon certaines sources en 1981 par General Electric (GE) et en 1988 par Harris (voilà!) qui a combiné Intersil avec des unités de RCA et de GE. En 1999, Harris fit d’Intersil une spin-off qui fut à nouveau mise en bourse en 2000… En 2017, l’entreprise japonaise Renesas a racheté Intersil.

En expliquant à la SEC cette situation, une seconde recherche les a conduit à me proposer ces documents :

L’achat de 2 documents à ce prix m’a fait hésiter. J’avais donc besoin de plus d’informations. J’ai contacté des individus:
– Christophe Lecuyer, auteur de Making Silicon Valley, Innovation and the Growth of High Tech, 1930-1970
– David Fullagar, anciennement chez Intersil,
– Michelle Lowry de l’Université Drexel,
– Josh Lerner et Paul Gompers de l’Université Harvard,
– Jay Ritter de l’Université de Floride,
ainsi que les institutions:
– Le Computer History Museum de San Jose, Californie
– Les bibliothèques de l’Université de Stanford, de l’Université de Harvard
– Le service WRDS de Wharton (Wharton Research Data Services), l’école de commerce de l’université de Pennsylvanie.

La plupart ont répondu même s’ils n’avaient aucune information. C’est la culture américaine: les gens essaient d’aider, souvent en donnant de nouveaux noms ou pistes. Je dois en particulier remercier Jay Ritter qui a répondu immédiatement: « Mes archives indiquent que l’action d’Intersil a été cotée le 20 janvier 1972 à $14 l’action. La première clôture du marché semble avoir été de $12. Mais j’ai moins d’informations sur cette société que la plupart des introductions en bourse de 1972. » puis plus tard « Dans un autre fichier, j’ai découvert que le symbole ISIL, coté sur le Nasdaq, pouvait être une spin-off de General Electric, mais qu’elle était financé par du capital-risque avec Diebold Venture Capital Corp., RCA Corp., Sutter Hill Ventures, Bessemer Venture Partners, Mayfield II, Citicorp Venture Capital et Small Business Enterprises (Bank America) en tant qu’investisseurs, Bache était le principal souscripteur et a vendu 360 000 actions à 14 dollars par action (352 000 nouvellement émises, dont 8 000 par des actionnaires vendeurs). »

Fait intéressant, il existe des informations mélangeant 2 introductions en bourse différentes pour ne pas dire 2 entreprises différentes. Mais j’avais ma date ! Le 20 janvier 1972.

Le 11 octobre, j’ai pu recontacter Refinitiv et mon contact a répondu « Veuillez prévoir au moins 2 à 3 heures pour le processus ». Le lendemain, « ils doivent scanner la microfiche pour le document d’Intersil. [Mais] il semble qu’ils ont du mal à le trouver. » Et le lendemain, je l’avais enfin, ce qui a rendu possible la table suivante:

Souvenez-vous que Bauer et Wilder ont dédié leur livre à Jean Hoerni: “Ce livre est dédié à Jean Hoerni, l’inventeur du processus planaire; sans lequel rien de tout cela n’aurait été possible.” Hoerni est devenu un entrepreneur et détenait environ un quart d’Intersil IPO . C’est rare et énorme pour un fondateur. Vous ne connaissez sans doute pas les investisseurs, c’était les années 60. Mais Arthur Rock est une légende (un investisseur dans Intel, Apple – voir mon prochain article!) Et Fred Adler est également célèbre, bien que dans une moindre mesure. C’était le début des startups et du capital-risque, mais fondamentalement, tout fut inventé à cette époque et les règles sont à peu près les mêmes aujourd’hui.

The Microchip Revolution (dernier épisode)

Je viens de finir la lecture de The Microchip Revolution auquel j’ai déjà consacré 3 artciles ici, et . C’est une belle illustration de ce que la Silicon Valley a apporté au monde. La révolution a commencé avec les huit traîtres qui ressemblaient à cela a quand ils étaient jeunes

puis à cela quelques années plus tard (extrait du New York Times Julius Blank, Who Built First Chip Maker, Dies at 86)

Les fondateurs de Fairchild Semiconductor en 1988. Victor Grinich (à gauche), Jay Last, Jean Hoerni, Julius Blank, Eugene Kleiner, Sheldon Roberts, Robert N. Noyce (assis, à gauche) and Gordon E. Moore. Crédit: Terrence McCarthy

Je ne pouvais pas terminer cette histoire sans quelques tables de capitalisation, celles des entreprises mentionnées ici, que j’ai pu construire: Intel, AMD, Cypress, IDT, Lam Research. J’ai désespérément cherché des données sur Intersil, mais ni la SEC ni Thomson Reuters n’ont pu m’aider. Le pourrez-vous?




et en postcript en date du 13 octobre 2020, Micron Technology, qui avait eu une liste inhabituelle d’investisseurs locaux de l’Idaho sous forle de prêts convertibles pour éviter une trop grande dilution des fondateurs:

The Microchip Revolution (épisode 3) : la maturité

Vous trouverez l’épisode 1 ici et l’épisode 2 . Si les années 60 correspondent aux premiers jours des semiconducteurs qui se sont terminés avec la crise pétrolière en 73, la maturité est venue dans les années 80 avec une seconde crise venue de la concurrence japonaise.

Il y avait encore beaucoup d’incertitude comme le montrent les auteurs dans les chapitres consacrés à Cypress, IDT, Micron. Par exemple :

Un autre exemple de l’incertitude au sujet de quelle technologie était supérieure pour les produits de mémoire à l’époque est celui de 1986, lorsque j’étais fondateur d’une start-up de semi-conducteurs avec un plan d’affaires basé sur la fabrication de produits RAM bipolaires. C’était Synergy Semiconductor. Nous avons été financés par deux sociétés de capital-risque de premier plan de Sand Hill Road, Sequoia Capital et Mayfield Funds. Même ces partenaires VC prétendument intelligents ne pouvaient pas prédire la supériorité de la technologie MOS dans le secteur des puces mémoire. Rodgers et Cypress ont fait le bon pari sur CMOS. Il est également intéressant de noter que Sequoia Capital avait investi dans Synergy avec la technologie bipolaire et Cypress avec la technologie CMOS, couvrant ainsi leurs paris. (Synergy n’est jamais devenu public, a lutté pendant 10 ans et a finalement été racheté par Micrel.)

Intel ne pensait pas avoir besoin de CMOS pour ses produits de mémoire ou de processeur pendant des années. Ils savaient que CMOS était un processus plus complexe, et donc plus coûteux, et ils ne faisaient pas encore face aux limitations de haute puissance de leur processus. Intel n’est passé au CMOS pour les produits de mémoire qu’en 1986. [Page 260]

L’entrepreneuriat est la capacité de faire face à ces incertitudes et aussi d’agir en prenant des risques :

Je savais déjà que [Rodgers] était un gars spécial, très intelligent, en grande forme, qui courait tous les jours et probablement un preneur de risque, mais là c’était fou [plonger dans un endroit dangereux à Hawaï]. Et si le moment était mal choisi et qu’il était aspiré dans le tube ? Comment vais-je obtenir de l’aide, c’est une marche de 15 minutes sur la lave. Mais il l’a fait. Et puis il a sauté. Et il l’a fait deux fois ! Cet événement définit Rodgers. Il est sûr de lui, voire égoïste, mais capable de soutenir ses décisions par des actions et prêt à prendre des risques même si les paramètres ne sont pas totalement connus. Peu de temps après l’escapade de saut de lave, il a quitté AMD et a lancé Cypress Semiconductors. [Page 252]

Alors qu’il était encore chez AMD, [Rodgers] a reçu un appel d’un capital-risqueur qui vérifiait les références d’un dirigeant et d’un inventeur de Fairchild et qui essayait également de lever des fonds pour démarrer une nouvelle entreprise. Cela a fait réfléchir Rodgers : “Si ce type peut lever des fonds et lancer une nouvelle entreprise, pourquoi ne puis-je pas le faire?” Et il a commencé à explorer la possibilité de faire exactement cela. [Page 253]

Cela me rappelle l’une de mes citations préférées sur l’entrepreneuriat, de Tom Perkins, le célèbre P du KPCB (Kleiner, Perkins, Caufield & Byers) : La différence est une question de psychologie: tout le monde dans la Silicon Valley connaît quelqu’un qui réussit très bien dans les petites entreprises de haute technologie, les start-ups; alors ils se disent: « Je suis plus intelligent que Joe. S’il a pu gagner des millions, je peux gagner un milliard ». Alors ils le font et ils pensent qu’ils réussiront et en pensant qu’ils peuvent réussir, ils ont une bonne chance de réussir. Cette psychologie n’existe pas tellement ailleurs.

The Microchip Revolution (épisode 2) : les tous premiers jours

Si vous avez manqué l’épisode 1, il est ici. Toute la culture de la Silicon Valley nait dans ces premières années. En voici quelques exemples.

Aux débuts du semi-conducteur, il s’agissait principalement d’une recherche de haute qualité: Avec un patron absent, Sherman Fairchild, sur la côte Est, le groupe pouvait se concentrer principalement sur la recherche pure, sans patron pour les déranger. Leur direction principale venait d’une concurrence intense entre eux. Aucun VC ou grande entreprise ne financerait quoi que ce soit de ce genre maintenant ! [Page 14] Les auteurs ont raison. Seul Google le fait peut-être avec ou sans VC ou l’approbation de la hiérarchie et la pression des pairs est similaire.

Ils fabriquent et expédient enfin leur premier produit en 1958, 100 transistors à IBM. [Page 17]

Jack Kilby a reçu le prix Nobel de physique en 2000 pour l’invention du circuit intégré. Malheureusement, Bob Noyce était décédé 10 ans plus tôt et Jean Hoerni 3 ans plus tôt. Le prix Nobel n’est jamais décerné à titre posthume. La communauté scientifique a convenu de manière informelle que Kilby et Noyce avaient inventé la puce et qu’ils en méritaient tous les deux le crédit. [Page 21]

Le chapitre 2 ne concerne pas une startup, Hughes Research Labs, basée à Los Angeles.

Nous n’avions pas d’options d’achat d’actions; peu d’entre nous savaient même ce qu’ils étaient. [Page 48]

Avoir des dirigeants dynamiques qui ont laissé libre cours à de jeunes ingénieurs et scientifiques ambitieux signifiait que les ingénieurs et les chercheurs étaient stimulés par la concurrence entre eux plutôt que par les couches de gestion au-dessus, ce qui a contribué à créer une explosion de papiers et de brevets. Cependant, dans les deux cas [chez Fairchild et Hughes RL], le transfert de technologies de la R&D à la production n’a pas été facile. Bien qu’il s’agisse d’organisations distinctes, les deux étaient de très grandes structures d’entreprise. Mais dans le cas de HRL, avoir la R&D et la production au même endroit physique signifiait que les discussions entre les deux groupes étaient assez fréquentes.

Une autre difficulté était l’absence de programme d’options d’achat d’actions chez HRL. Cela a certainement causé un chiffre d’affaires personnel important, en particulier parmi les jeunes scientifiques non attachés qui entendaient parler du nouveau monde utopique et de ses packages d’options d’achat d’actions lucratifs, dans la Silicon Valley. [Page 67]

Chapitre 3: Intersil, une occasion perdue.

Une autre généalogie de la Silicon Valley et en extrait, l’impact de Jean Hoerni.

Intersil a été fondée par Jean Hoerni, l’un des huit traîtres. Les débuts sont mieux décrits comme un mélange de génie et de chaos. Les deux personnalités les plus polyvalentes étaient Jean Hoerni et Don Rodgers, le vice-président des ventes et également un ex-Fairchild. Hoerni avec 2 doctorats en physique était un génie timide assez introverti mais enclin à des sautes d’humeur imprévisibles. Rodgers était un extraverti. Il venait de l’équipe des ventes de Fairchild des années 1960, bruyante, dure, endurante et encline à la boisson. L’une des premières frustrations était l’inefficacité du service marketing. [Page 71]

La personnalité controversée et rebelle de Hoerni a souvent séduit les jeunes cadres et ingénieurs qui cherchaient également la prochaine opportunité et rejetaient également le conformisme et l’autorité, en partie à cause du traumatisme de la guerre du Vietnam.

Lorsque j’ai [Luc Bauer] commencé à travailler avec Hoerni, il m’a fortement conseillé de ne pas être aveuglément fidèle à une entreprise, mais uniquement à mes propres ambitions et objectifs. Il a dit que si votre employeur ne vous aide pas à les atteindre, vous feriez mieux de changer d’entreprise ou de créer la vôtre parce que la vie est trop courte. [Page 74]

Mais Intersil n’a pas réussi comme Intel… raison pour laquelle Bauer parle d’occasion perdue. Il suffit de regarder dans le tableau suivant les chiffres d’affaires d’Intersil (fondée en 67, IPO 72) et d’Intel (fondée en 68, IPO 71)

Joe Rizzi, l’un des fondateurs d’Intersil a résumé ses sept années chez Intersil en deux mots: Occasion perdue. Il a déclaré que toutes, ou la plupart des sept catégories de produits, auraient pu devenir des entreprises importantes à elles seules, avec suffisamment de soins et de concentration pour soutenir leur croissance. À l’époque, l’incertitude du marché poussait à la diversité des produits. La concentration étroite d’Intel sur un produit était un pari risqué. [Page 102]. Intersil a réalisé un chiffre d’affaires de $572M en 2014 et a été acquise par Renesas en 2017. Intel est désormais une entreprise de $71,9B …

Comment les Offices de Transfert de Technologie vont plus loin dans la création de startups

Comment les Offices de Transfert de Technologie (OTT) vont plus loin dans la création de startups, était le thème d’un atelier de la conférence BIG auquel j’ai participé ce 1er octobre 2020. Si vous avez un peu de temps, voici une retransmission:

C’est un sujet que j’ai déjà abordé ici
– en novembre 2013 : Que demandent les universités aux start-up pour une licence de propriété intellectuelle?
– en juin 2015 : Les universités doivent-elles s’enrichir avec leurs spin-offs?
et plus généralement avec le tag #tranfert-de-technologie

Réactions bienvenues…

The Microchip Revolution par Bauer et Wilder (épisode 1)

J’ai ressenti un peu de nostalgie lorsque j’ai reçu l’e-mail suivant: “L’idée de faire un livre sur le démarrage des semi-conducteurs me taquinait depuis un moment, j’ai finalement trouvé un copain de longue date qui a été d’accord de faire ce livre avec mois ces 2 dernières années. On a été beaucoup aidé dans cette mission par le Computer History Museum (CHM) de Mountain View, CA. Le livre se concentre sur la période entre la fin des années 50 jusqu’à la fin des années 90, sur l’histoire du développement des processus industriels MOS et CMOS principalement mais pas seulement du point de vue des chefs, mais aussi des travailleurs des fab et des managers de fab que nous étions à ce moment. On décrit le développement de 9 compagnies que nous connaissions bien et qui avaient développé des technologies originales: Fairchild, Hughes, Intersil, Eurosil, Intel, AMD, IDT, Cypress, et Micron. Le titre est The Microchip Revolution – A Brief History.”

J’ai rencontré Luc Bauer au début des années 2000 lors d’un investissement dans une startup dans laquelle il était un business angel et un mentor. Je me souviens comment il m’a fait la leçon en disant que Kleiner Perkins était beaucoup plus professionnel que nous ! Luc est un gentleman, ce qui ne veut pas dire qu’il ne peut pas être dur quand il est frustré ; quand les gens ont travaillé dur dans la Silicon Valley comme lui, ils peuvent être vraiment durs ! Mais nous sommes restés en contact et j’étais si heureux de commencer à lire son livre il y a quelques jours.

SiliconValleyGenealogy-All

Ceci est un poster de la “Silicon Valley Genealogy” des startups dans le semi-conducteur du milieu des années 50 au milieu des années 80. C’est ce que Luc décrit à travers 9 entreprises dont je suis sûr qu’elles figurent sur cette affiche. Au fait, Luc est là aussi.

Son livre commence par Fairchild et les huit traîtres et cela se comprend aisément car Fairchild est à l’origine de la généalogie. D’ailleurs, le livre est dédié à l’un des huit traîtres, Jean Hoerni, un ressortissant suisse et l’une des rares personnes dont j’ai entendu parler avec 2 doctorats. Luc a la même double culture et double formation (Diplômé de l’EPFL Lausanne et puis de Caltech)

Voici donc quelques extraits: “Une bonne partie de notre motivation [pour écrire le livre] était de revivre l’intensité de nos vies lorsque nous avons débuté dans cette industrie : les heures interminables et stressantes à la recherche des facteurs de diminution des rendements, la grande excitation et des cris de joie lorsque vous voyez un tout nouveau produit de circuit intégré prendre vie et fonctionner parfaitement lorsque la tranche traitée « à chaud hors du four » est placée pour la première fois sur la sonde de test électrique. Un autre grand facteur de motivation pour nous était de propager une histoire importante aux jeunes générations, à savoir que travailler dans les domaines de la haute technologie est difficile et épuisant, mais aussi une source de joie et de fierté car il est facile de voir l’impact de votre travail acharné sur l’entreprise pour laquelle vous travaillez et éventuellement sur le monde dans lequel vous vivez.”

Permettez-moi de redire ceci, en gras cette fois: Un autre grand facteur de motivation pour nous était de propager une histoire importante aux jeunes générations, à savoir que travailler dans les domaines de la haute technologie est difficile et épuisant, mais aussi une source de joie et de fierté car il est facile de voir l’impact de votre travail acharné sur l’entreprise pour laquelle vous travaillez pour et éventuellement sur le monde dans lequel vous vivez.

Plus à venir j’en suis sûr!