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Le monde est-il devenu fou? Peut-être bien…

J’aurais voulu écrire cet article le lendemain du 14 juillet et des événements tragiques de Nice. Mais il m’aura fallu un peu plus de temps. Les start-up, l’innovation sont avant tout pour moi une passion, un sujet qui m’enthousiasme. J’y vois de multiples raisons d’optimisme, d’espoir pour l’humanité et la planète dans son ensemble. Mais à tout pole positif, son négatif, à toute analyse optimiste d’un sujet complexe, son pendant pessimiste. Il ne s’agit pas d’analyser des oppositions « simplistes » à l’innovation et à la créativité entrepreneuriale, mais de mentionner ici quelques travaux qui démontrent, par leur profondeur, la complexité du sujet.

La controverse la plus simple, et sans doute la moins intéressante des trois, que je vais présenter ici nous vient des États-Unis. Deux chercheurs du MIT, Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, explique les risques de l’automatisation que nous apportent les sciences et technologies de l’information de la communication (TIC). Dans Race Against The Machine suivi de The Second Machine Age, ils montrent que de nombreux emplois vont nécessairement disparaitre avec le développement des TIC. Tous les progrès technologiques ont créé de tels risques (imprimerie, machine à vapeur, électricité) mais il semble que les TIC sont d’une dimension bien supérieure, avec le « fantasme » du transhumanisme, qui laisse entendre que l’homme pourrait être totalement remplacé par la machine. (notez que le second ouvrage est traduit en français chez Odile Jacob – Le Deuxième âge de la machine: Travail et prospérité à l’heure de la révolution technologique).

Brynjolfsson-McAfee

Le livre est une excellente introduction aux défis que la planète va rencontrer et laissez-moi en citer un passage. Le chapitre Au-delà du PIB commence par une citation de Robert Kennedy: “Le produit national brut ne comprend pas la beauté de notre poésie ou l’intelligence de notre débat public. Il ne mesure ni notre esprit ni notre courage, ni notre sagesse ni notre connaissances, ni notre compassion ni notre dévouement. Il mesure tout, en bref, à l’exception de ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue”. Je sais que ces ouvrages ont été des best-sellers aux USA, sans doute parce qu’ils posent des questions intéressantes. Mais je dois dire que j’ai trouvé le sujet un peu survolé et manquant d’analyse (en termes de données, de faits) par rapport aux deux ouvrages que je vais aborder maintenant.

Piketty-Stiegler

Le capital au 21e siècle de Thomas Piketty est un des livres les plus impressionnants que j’ai jamais lu. Je ne vais pas en donner mon résumé ici et je vous encourage à lire la page wikipedia ou les slides de son site web, si vous n’avez pas le courage de lire les quelques 900 pages de ce pavé ! mais à nouveau c’est un livre absolument remarquable dont voici 4 figures qui vous mettront peut-être l’eau à la bouche.

Piketty-tables-fr

Piketty montre que la capitalisme a atteint ses limites sans doute en raison d’une globalisation non régulée mais plus grave encore parce que la croissance de la planète ne sera sans doute ce qu’elle a été pendant les trente glorieuses. Piketty est assez proche des thèses de Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, mais il me semble beaucoup plus convaincant sur les causes, effets et remèdes. Bernard Stiegler a écrit un livre étrange, Dans la disruption – Comment ne pas devenir fou ? C’est un livre très difficile à lire, plus proche de la philosophie et de la psychologie, mais derrière la difficulté, quelle analyse passionnante, riche et elle aussi, prenant en compte la complexité. Si vous craignez les lectures exigentes, vous pouvez écouter Stiegler dans une série de 15 émission d’une heure environ, produite par la Radio Suisse Romande en juin 2016: voir le site de Histoire Vivante qui est consacré aux travaux de Ars Industrialis. La thèse principale de Stiegler est que le capitalisme est devenu fou et que l’absence de régulation, de freins peut vous conduire vers la folie. La “disruption” peut avoir du bon quand elle est suivie d’une phase de stabilisation. Et aussi graves que les analyses économique de Piketty, Stiegler explique sans aucun doute pourquoi des individus deviennent aux fous au point de provoquer des événements comme celui de Nice.

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L’art comme réponse à la tragédie de la vie

Ce blog parle des Start-up. Mais de temps en temps, je prends la liberté de toucher à d’autres sujets. Souvent sur l’Art. Ce sera encore le cas ici. Et aussi lorsque des événements tragiques se produisent. Vendredi dernier, Paris a été frappé à nouveau. Et je n’ai pas de réponse, mais simplement dire que je crois en la paix et l’amour, pas la guerre et la haine. Mon frère m’a envoyé deux belles photos qu’il a prises récemment à Paris. Elles signifient beaucoup.

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Mon ami Dominique m’a envoyé une citation de René Girard dans «Achever Clausewitz», 2007, Gallimard Champs, pages 57/58 « Ces échecs de résolution [de conflit] sont fréquents quand deux groupes « montent aux extrêmes » : nous l’avons vu dans le drame yougoslave, nous l’avons vu au Rwanda. Nous avons beaucoup à craindre aujourd’hui de l’affrontement des chiites et des sunnites en Irak et au Liban. La pendaison de Saddam Hussein ne pouvait que l’accélérer. Bush est, de ce point de vue, la caricature même de ce qui manque à l’homme politique, incapable de penser de façon apocalyptique. Il n’a réussi qu’une chose : rompre une coexistence maintenue tant bien que mal entre ces frères ennemis de toujours. Le pire est maintenant probable au Proche Orient, où les chiites et les sunnites montent aux extrêmes. Cette escalade peut tout aussi bien avoir lieu entre les pays arabes et le monde occidental. Elle a déjà commencé : ce va et vient des attentats et des « interventions » américaines ne peut que s’accélérer, chacun répondant à l’autre. Et la violence continuera sa route. L’affrontement sino-américain suivra…. »

Donc ma réaction est ailleurs. J’ai reçu des e-mails vendredi soir et samedi de la communauté des Space Invader pour vérifier que tout le monde allait bien. Ceux qui aiment l’art urbain cherchent les œuvres pour les prendre des photos. Invader, lui-même, était dans le même état d’esprit en Janvier dernier. Il est maintenant en train d’envahir New York, avec une cinquième vague. En suivant avec son travail en cours, je vois l’art comme une réponse à la tragédie de la vie.

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Voici mon propre travail en cours:

ainsi que ma carte (si je vous ai donné accès – Invader demande aux gens de ne pas donner inidcations à des gens qui détruisent son travail).