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Une analyse des spin-offs de l’EPFL et de son écosystème entrepreneurial

J’essaie en général de ne pas mélanger mes activités à l’EPFL et celles relatives à mon blog. Voici une des rares exceptions. À l’EPFL, nous venons de publier un bref rapport décrivant les start-up de l’EPFL. Voici le lien. Vous pouvez également visiter les pages sur le soutien de l’entrepreneuriat à l’EPFL.

Le rapport fournit des données sur la création de valeur liée à la collecte de fonds et à la création d’emplois, ainsi que sur un phénomène connu, l’importance des migrants dans la création d’entreprise. Je suis conscient que la création de valeur est un sujet sensible, d’autant plus qu’en Europe, le capital-risque n’a pas démontré une corrélation réelle avec la valeur. Il peut même avoir détruit plus de valeur qu’il n’en a créé…

Il faut créer un Google sur sol européen

L’auto-citation est un exercice délicat mais comme il ne m’arrive pas souvent de donner mon point de vue dans les media, j’imagine que cela reste acceptable… Le Journal Le Temps m’a demandé mon point de vue sur les récente acquisitions de spin-off de l’EPFL. J’en extrais quelques messages.

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Par contre, ce qui m’inquiète c’est qu’en Europe, je n’ai jamais vu naître de sociétés technologiques de type Google, Apple ou Cisco.

– Pourtant, on peut citer SAP en Allemagne ou le service de téléphonie via Internet Skype…

– Oui mais [à l’exception de SAP] il n’y a pas eu de gros succès en Europe dans la technologie ces cinquante dernières années. Certes, Microsoft a racheté Skype pour 8,5 milliards de dollars et Logitech vaut 2 milliards en bourse et compte 6000 employés. Mais, en comparaison avec les Etats-Unis, les poids lourds du secteur sont évalués à plus de 170 milliards de dollars et comptent plus de 50 000 employés. Il y a un décalage d’un facteur dix entre les deux continents et cela me perturbe depuis vingt-cinq ans. J’ai des doutes et des craintes sur l’avenir de l’Europe.

– Comment expliquez-vous ce décalage?

– Je pense que c’est essentiellement culturel. Un jeune ingénieur qui écoute ses parents va travailler chez Nestlé ou Novartis et il y reste. Les Américains ont des parents ou grands-parents issus de l’immigration. La tradition du changement est intégrée et l’échec est accepté.

– Quels sont les risques face à une telle situation?

– Si l’on ne se renouvelle pas, c’est la mort de l’Europe. On y est presque, regardez la France. C’est une inquiétude que j’ai pour mes deux enfants. Il faut créer un Google sur sol européen pour que l’économie puisse se renouveler. Sans la présence d’un important groupe technologique, les start-up innovantes se feront systématiquement racheter par des groupes américains. Yahoo! a repris le français Kelkoo, le danois Navision appartient désormais à Microsoft, le suédois MySQL à Oracle et le français ILOG à IBM.

Pour les spin-off de l’EPFL, c’est pareil. La société d’imagerie médicale Aïmago a été rachetée par le groupe américain Novadaq Technologies pour 10 millions de dollars. Sensima Technology, active dans la production de capteurs magnétiques, a été intégrée au sein de Monolithic Power Systems (MPS) basée à San José en Californie. Seule Jilion a été rachetée par le français Dailymotion, qui a intégré leur technologie vidéo sur leur site. Et maintenant, c’est Intel. Or, lorsque ces sociétés sont rachetées, c’est tout un savoir-faire et des emplois qui peuvent disparaître. Il y a un risque de perte de richesse.

Le reste de l’article est disponible sur le site web du journal Le Temps.

L’Université de Stanford, le lieu où l’optimisme se mèle à l’empathie

Les gens qui me connaissent pourraient bien être fatigués de mon enthousiasme à propos de l’Université de Stanford. Mes enfants se moquent de moi, et même certains de mes anciens professeurs! Pourtant, souvent, quand j’entends quelque chose à propos de Stanford, cela me rappelle le bon vieux temps. Mais pas seulement. Stanford regarde la plupart du temps vers l’avenir! Je lisais hier soir, le Stanford Magazine et ai été attiré par deux articles qui illustrent ma nostalgie (et d’une certaine manière, l’EPFL a des caractéristiques similaires aujourd’hui):

– Stanford et la Silicon Valley ne sont pas connues pour leur intérêt pour l’art. Cependant, l’université va ouvrir une nouvelle galerie d’art (près des sculptures de Rodin) sur son campus, montrant une importante collection d’art moderne privé de la famille Anderson. Plus sur la collection d’une vie.

StanfordArtGallery
le nouveau bâtiment de la Anderson Collection sur le campus de l’université de Stanford

– L’éditorial de son Président dit également des choses très vraies, comme « on me demande souvent ce qui distingue Stanford des autres universités. L’esprit d’entreprise de l’université est certainement une caractéristique distinctive. Mais il est un autre élément essentiel: le désir de rendre le monde meilleur pour les autres. » Encore une fois, on peut en rire, mais je vous invite vraiment à lire « Optimism Meets Empathy » de John Hennessy.

John Hennessy
John Hennessy

J’en ai fait une rapide traduction:

On me demande souvent ce qui distingue Stanford des autres universités. L’esprit d’entreprise de l’université est certainement une caractéristique distinctive. Mais il est un autre élément essentiel: le désir de rendre le monde meilleur pour les autres.

Dans un discours très émouvant lors du « Commencement » (remise des diplômes) cette année, les philanthropes Bill et Melinda Gates ont défini l’esprit de Stanford de cette façon: « c’est l’optimisme Il y a un sentiment contagieux ici que l’innovation peut résoudre presque tous les problèmes….. » Mais d’ajouter: «Si nous avons l’optimisme, mais pas l’empathie alors il n’est pas d’important de maîtriser les secrets de la science, nous ne pouvons pas vraiment résoudre les problèmes, nous sommes en train de travailler sur des devinettes.  » Ce fut l’un des plus beaux discours de Commencement que j’ai entendu -pragmatiques et plein d’espoir, émouvant et détaillé, je vous encourage à le lire ou l’écouter en ligne. [N’oubliez pas celui de Jobs en 2005 ! – HL]

Les Gates partagent l’optimisme de Stanford, et, à travers leur fondation, ils travaillent à améliorer la santé dans les régions les plus pauvres du monde. Par exemple, Bill a dit avoir été profondément affecté en Afrique du Sud par les patients atteints de tuberculose multi-résistante. «Cette année, nous entrons dans la troisième phase d’un nouveau régime antituberculeux. Pour les patients qui répondent, au lieu d’un taux de guérison de 50 pour cent après 18 mois pour $2000, nous pourrions obtenir un taux de guérison de 80 à 90 pour cent après six mois pour les moins de $100. » Melinda a parlé du chagrin de voir des femmes qui meurent du sida, souvent sans traitement. A la fin de leur discours, je me suis dit que notre monde a la chance d’avoir ces deux personnes incroyables tout investis à l’idée que «chaque vie a la même valeur. »

Le désir de «promouvoir le bien-être public» est un principe fondamental à Stanford et une pierre angulaire de l’esprit de Stanford. Comme je le disais au commencement, cette année marque le 50e anniversaire de la mort d’un ancien élève qui a illustré cet esprit. Herbert Clark Hoover – ingénieur, entrepreneur, humanitaire et le 31e président des États-Unis – était un membre de la Pioneer Class de Stanford. Orphelin à l’âge de 9 ans, Hoover vivait avec son oncle dans l’Oregon où il a entendu parler d’une nouvelle université qui enseignait l’ingénierie et était, à l’époque, sans frais de scolarité. À Stanford, il a rencontré Lou Henry, notre première diplômée en géologie (1898) et la future épouse de Hoover.

Après leurs études, le couple a beaucoup voyagé pour la carrière de Hoover. Lorsque la Première Guerre mondiale a commencé, ils étaient à Londres. Avec beaucoup d’Américains bloqués en Europe, Hoover a commencé à mettre son expertise au service de problèmes humanitaires, afin d’aider plus de 120’000 personnes à retrouver leur foyer. Peu de temps après, il s’est attaqué à l’aide alimentaire belge. Avec une grande partie de la Belgique détruite et occupée par les armées des deux côtés, beaucoup ont considéré la logistique des denrées alimentaires comme un problème insoluble. Mais Hoover a convaincu les deux parties de laisser le Comité de secours de la Belgique de faire son travail, et il a dirigé l’effort de trouver plus de 1 milliard de dollars pour nourrir 11 millions de personnes.

Après la guerre, il a poursuivi ses efforts, dirigeant l’American Relief Administration pour nourrir 300 millions de personnes dans 21 pays. Quand certains se sont opposés à fournir des secours pendant la famine russe de 1921, il n’admit pas l’argument: «Vingt millions de personnes souffrent de la faim; quelle que soit leur politique, ils doivent être nourris. » Cela est resté l’un des plus grands efforts de secours alimentaire de tous les temps.

Hoover est connu mondialement comme le « grand humanitaire », un homme qui pouvait résoudre les problèmes mondiaux. Bien que l’effondrement du marché boursier et la dépression qui suivit peu de temps après son élection comme président des États-Unis a changé la façon dont on se souvient de lui, ses nombreux efforts humanitaires, pour lesquels il n’a jamais reçu un seul centime en compensation, furent probablement ses plus beaux cadeaux au monde.

L’engagement pour un monde meilleur et l’optimisme pour trouver des solutions, même pour des problèmes très difficiles, ont motivé Herbert Hoover il y a des décennies, tout comme ils motivent Bill et Melinda Gates. J’espère que même esprit inspire nos diplômés à contribuer un monde meilleur.

Le Cygne Noir et les Start-up

Je ne sais plus combien j’ai fait de posts sur le Cygne Noir de Taleb. Toujours est-il qu’il m’a été demandé d’ajouter une contribution pour l’EPFL sur son lien avec les start-up. Il s’agit de ma 8ème contribution sur les start-up pour l’EPFL. Voici donc:

08.05.13 – Qu’y a-t-il d’analogue entre une grande catastrophe et un succès industriel hors du commun dans le domaine high-tech? Ils échappent aux statistiques, mais leur impact n’en est pas moins gigantesque. Tel est le concept fécond du «Cygne noir».

EPFL-BlackSwan

Le concept de Cygne Noir a été créé Nassim Nicholas Taleb dans ses travaux sur le hasard, et popularisé par un best seller vendu à plus de 3 millions d’exemplaires. Taleb l’introduit comme suit : «Il y a deux classes de statistiques très distinctes. La première définit le Mediocristan, la seconde définit l’Extremistan. Sans entrer dans les détails, au Mediocristan, des exceptions se produisent, mais ne elles portent pas à de grandes conséquences. Ajoutez la personne la plus lourde de la planète à un échantillon de 1’000 personnes, le poids total sera à peine changé. En Extremistan, des exceptions peuvent avoir un tout autre impact (et avec le temps, leur impact sera nécessairement gigantesque). Ajoutez Bill Gates à votre échantillon: la richesse totale peut augmenter d’un facteur 10’000. Dans le premier type, il s’agit de familles de «Gauss-Poisson», à longue traîne; dans le second de familles non linéaires, fractales ou mandelbrotiennes, à traîne épaisse. Mais il faut ajouter ici un problème épistémologique: il y a une catégorie « je ne connais pas », tout simplement parce que je ne connais pas grand chose de sa structure probabiliste ou du rôle de certains grands événements.»

Les Cygnes Noirs sont les événements inconnus, en Extremistan. Ils sont rares, très rares même, et imprévisibles. Mais à leur impact est énorme. Paradoxalement, nous avons tendance à les rationaliser après coup. La chute du mur de Berlin, les événements du 11 septembre, l’accident de Fukushima sont des exemples de Cygnes Noirs.

Le monde de l’entrepreneuriat high-tech est particulièrement bien décrit pas le concept de Taleb. Nous avons des centaines de start-up en Suisse, et il s’en créée des milliers dans le monde chaque année. Mais un faible nombre croît et survit. Un plus petit nombre va connaître un grand succès. En Suisse, citons Logitech, Swissquote ou Actelion. Mais s’il ne s’agissait que de cela, l’emploi du concept de Cygne Noir serait galvaudé.

Par contre, Google ou Apple sont deux cygnes noirs. L’ampleur du succès et de l’impact de ces deux ex-start-up était tout simplement imprévisible. De multiples ouvrages ont tenté de l’expliquer a posteriori. En vain, je crois. Apple pèse presque deux fois plus en bourse qu’aucune autre société. Steve Jobs, entrepreneur improbable, la créa en 1976 à l’âge de 21 ans et, plus incroyable encore, la sauva de la catastrophe par son retour en 1997. Quant à Google, lisez le récent ouvrage I’m Feeling Lucky, et vous comprendrez l’extraordinaire exceptionnalité des fondateurs Brin et Page. Google a moins de 15 ans, plus de 50’000 employés et près de $40B de chiffre d’affaires.

Taleb est très controversé et provocateur. Il dénonce les excès de la discipline statistique, qui nous fait parfois croire à l’élimination des risques. Il déteste la «sagesse» des savants au point de s’attaquer à eux personnellement. Je me souviens d’une conférence où le président de la session me «reprocha» mon extrême passion pour les start-up high-tech, qui selon lui ne représentent qu’une fraction des entreprises. Je ne cherchai pas à dissimuler mon biais. Mais j’expliquais que leur impact est par contre loin d’être marginal, et tout aussi fascinant par la difficulté à l’anticiper. La passion l’emporte parfois sur la raison…

Taleb enfonce le clou avec la publication en novembre dernier d’Antifragile, qui a pour sous-titre «des choses qui tirent profit du désordre». C’est un livre multiforme, parfois bordélique, éloge de l’artisan, du souk, et de l’expérimentateur face à l’expert trop rationnel. Là encore, les idées de Taleb s’adaptent parfaitement à l’innovation. «La fragilité de toutes les start-up est nécessaire pour que l’économie soit antifragile, et c’est ce qui fait, entre autres choses, la réussite de l’esprit d’entreprise: la fragilité des entrepreneurs individuels et leur taux de défaillances nécessairement élevé.»

Le cygne noir a peut-être une explication assez simple. Il a souvent son origine dans les faiblesses (pour les catastrophes) et le génie (pour les merveilles) de l’espèce humaine. Albert Einstein, Léonard de Vinci, Lionel Messi et Steve Jobs sont des créateurs de génie. Il est possible de quantifier grâce à la science et à la technique de nombreux phénomènes, mais il reste toujours difficile de mesurer les capacités humaines.

Les start-up suisses medtech et leur écosystème

Voici ma septième contribution à la start-up du mois de l’EPFL. Il est question de technologies médicales et d’écosystème innovant à travers la start-up KB Medical.

Les technologies médicales ont le vent en poupe. A l’ombre des géants de la pharma, start-up et PME tirent parti du savoir-faire et de la réputation suisse dans un domaine où qualité sans compromis et sur-mesure règnent en maître.

KB Medical, jeune start-up dans le monde des technologies médicales, a annoncé une levée de fonds de 4 millions de Francs suisses. La nouvelle est surprenante à plus d’un titre. Tout d’abord, la rapidité avec laquelle se sont enchaînés les événements: KB a été fondée le 4 octobre 2012, et la levée de fonds annoncée une vingtaine de jours plus tard. Ensuite, la start-up œuvre dans un domaine où les financements privés semblent moins fréquents que dans l’internet ou les biotechnologies.

Ces surprises apparentes sont toutefois trompeuses. Szymon Kostrzewski et Philippe Bérard (les «K» et «B» de KB Medical) travaillent sur leur recherche depuis des années au sein du laboratoire de systèmes robotiques de l’EPFL. Ils ont été soutenus par un Innogrant. Ils ont également reçu un coup de pouce de la fondation Liechti, et ont été lauréats du prix national Venture 2012. Szymon a aussi séjourné à Boston comme lauréat des VentureLeaders. Le travail de recherche en amont avait donc été discret mais efficace. Il y a sans doute une leçon à tirer de cette annonce: rien ne sert de créer une start-up prématurément.

Plus important peut-être, l’arc lémanique est un terreau extrêmement riche dans le domaine des technologies médicales issues des micro-technologies et de la robotique. Des start-up comme Endoart, Sensimed et Aleva Neurotherapeutics ont pu réunir des capitaux importants. Plus récemment encore, DistalMotion et StereoTools ont été lancées avec le soutien de leur laboratoire puis d’un Innogrant. Ces jeunes start-up ont la particularité d’utiliser la mécanique d’extrême précision pour améliorer les performances d’interventions chirurgicales délicates.

On parle souvent de génie local pour les clusters technologiques. Sur les pas de l’industrie horlogère, un tissu de PMEs spécialisées dans les technologies médicales s’est créé en Suisse romande. Aujourd’hui les jeunes pousses viennent enrichir ce qui pourrait ressembler à une Medical Valley, à l’ombre des géants pharmaceutiques que sont Roche ou Novartis, et sous le regard amical des Medtronic et autres Johnson and Johnson (J&J). D’ailleurs, on trouve au conseil d’administration de KB Medical Malgosia Iwankowska, qui a travaillé chez J&J, Medtronic et Sensimed. Un cluster, c’est aussi le talent humain et un réseau de connections qui se développe et s’enrichit au fil des années. Cette tradition suisse de qualité dans la précision et le sur-mesure est bien connue. Dans un tel contexte favorable, le succès de KB Medical s’explique beaucoup plus facilement.

Infos complémentaires:

Quelques start-up medtech de l’EPFL

L’EPFL et les start-up

Autant pour mes archives personnelles (un blog est un second cerveau!), que pour vous, lecteur, une émision de la télévision suisse-alémanique, «ECO», (le magazine économique hebdomadaire de la SF1) parle des start-up EPFL.

ECO vom 19.11.2012

Le lien web: Start-up-Paradies Waadtland.
Et plus ici: Waadt ist Hotspot für Jungunternehmer

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Un vol biplace pour deux start-up de l’EPFL (avec un investisseur industriel)

Nouvel épisode de la série « la start-up du mois » que j’écris pour l’EPFL: Un vol biplace pour deux start-up de l’EPFL

29.10.12 – Industriel ou financier? Pour une start-up, le choix de l’investisseur est crucial. Pix4D et Sensefly, deux jeunes pousses de l’EPFL, fournissent une illustration récente de cette problématique.

Retour aux start-up EPFL après deux chroniques plus générales sur le monde entrepreneurial. Ce mois-ci, il est question non pas d’une, mais de deux jeunes pousses. SenseFly et Pix4D ont fait l’actualité de l’EPFL cet été. Il est en effet très rare qu’un investisseur annonce le même jour deux injections de capital dans nos start-up. De plus, le nombre grandissant d’investisseurs industriels, par rapport aux purs financiers représentés par le capital-risque, représente une tendance intéressante.

Drones et images 3D
SenseFly est issue du laboratoire de Dario Floreano. Vous avez peut-être aperçu ces petits avions qui parcourent le ciel de l’EPFL et les fondateurs de la start-up les piloter à distance. Il y a quelques années, j’avais été impressionné par de drôles de machines volantes qui évitaient automatiquement les obstacles. Quant à Pix4D, il s’agit d’une spin-off du laboratoire de Pascal Fua, spécialiste du traitement d’images. Ils ne produisent aucun matériel. Ils ont mis au point une méthode pour reconstruire des images 3D à partir de clichés disparates en deux dimensions.

L’investisseur se nomme Parrot, dont j’avais parlé dans un article récent: Parrot et Henri Seydoux, une success story française. Ce groupe français d’environ 700 personnes affiche un chiffre d’affaire de 250 millions d’euros. Créé en 1994, il est entré en bourse à Paris en 2006. Après s’être initialement lancé dans la reconnaissance vocale et les kits mains libres pour l’automobile, son fondateur et PDG Henri Seydoux a vu la nécessité de diversifier ses activités. Il a acheté une multitude de start-up dans des domaines connexes de son cœur de métier : télécom sans-fil, traitement d’images, jeux, capteurs. De leur côté, Sensefly et Pix4d avaient commencé à collaborer dès le début de cette année, et Parrot a trouvé des synergies avec les deux entreprises. L’annonce des investissements simultanés se comprend mieux.

Le dur choix de l’investisseur
J’ignore si les fondateurs de SenseFly et Pix4D ont fait le choix délibéré du partenaire industriel plutôt que financier. Quoi qu’il en soit, cette décision est loin d’être gratuite. Tout fondateur devra se poser la question quand il cherchera des investisseurs. Un financier n’a que le retour sur investissement en tête, trop souvent à court terme. Un industriel a une réflexion plus stratégique, mais au risque d’être plus égoïste. Il ne souhaitera généralement pas voir ses partenaires travailler avec la compétition, contrairement au financier. Les conséquences du choix sont donc souvent critiques pour le développement de la start-up.

La bonne nouvelle est que les start-up semblent recevoir depuis quelques années plus de financements dès leurs débuts, sans avoir à attendre que revenus et clients valident leur potentiel. De plus il est assez rare pour le signaler ici, ces deux start-up EPFL ont collaboré et, ainsi, augmenté leur potentiel commercial.

Il est possible d’espérer que les futurs entrepreneurs seront encouragés par cet environnement favorable. Laissez moi conclure en citant J. C. Zufferey, co-fondateur de senseFly : « Nous avons apprécié et utilisé le support du PSE, de la FIT, de Venture Kick et de la CTI dans cette aventure. Je pense que l’EPFL ne doit pas relâcher ses efforts pour encore plus et encore mieux former, motiver, financer et coacher les jeunes entrepreneurs. C’est à ce prix que la culture de l’innovation va s’installer petit à petit dans un pays où les gens ont naturellement peur d’entreprendre.»

Un quiz pour les nouveaux étudiants EPFL de 2012

J’ai une petite tradition de soumettre un quiz lié aux start-up chaque année aux nouveaux étudiants de l’EPFL. Le voici:

J’étais à Helsinki la semaine dernière, et là, le président de Nokia a fait un exposé. «Le monde est en crise et la solution à nos problèmes viendra des créateurs et entrepreneurs. […] C’est pourquoi l’esprit d’entreprise devrait être chéri, ce n’est pas un métier, c’est un état d’esprit. […] Encore une fois, c’est un état d’esprit. »

La 1ère mission de l’EPFL est d’enseigner, sa 2ème mission est la recherche. Sa 3ème mission peut-être moins connue, est l’innovation et le transfert de technologie, qui comprend l’entrepreneuriat. Si vous avez des idées créatives, nous sommes ici pour vous aider. Plus sur http://vpiv.epfl.ch/innogrant

Pour vous montrer que ceci a été entendu au sommet des meilleures universités, tant le président de l’Université de Stanford que le président de l’EPFL ont été des entrepreneurs, ils ont été les fondateurs de 3 start-ups chacun. Je vais offrir une bouteille de champagne au premier étudiant qui m’envoie par email les noms de ces 6 entreprises. Je suis Lebret Hervé et je soutiens les entrepreneurs à l’EPFL.

La réponse se trouve ici, mais plus important encore, je vais revenir rapidement sur le discours de Risto Siilasmaa, le chairman de Nokia.

Parrot et Henri Seydoux, une success story française

C’est en découvrant l’investissement de Parrot dans deux start-up de l’EPFL, senseFly et Pix4D, que je me suis souvenu de cette start-up dont j’ignorais les succès récents. Je suis parfois bien déconnecté! J’avais en effet rencontré Henri Seydoux son fondateur à l’une de ses conférences de start-up en vogue à la fin des années 90. La start-up avait déjà reçu le soutien de Sofinnova, mais elle avait moins de 5 ans et était loin des €250 millions de chiffre d’affaires réalisés en 2011 et des quelques 700 employés qu’elle a recruté depuis!

Comme à mon habitude, je n’ai pu m’empêcher d’aller chercher son document d’entrée en bourse, et aussi quelques documents plus anciens sur le registe du commerce français, ce qui m’a permis de construire la table de capitalisation qui suit.


(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pour en savoir plus sur Parrot, la video qui suit est assez amusante…

Enfin, j’ai aussi voulu essayer d’en savoir plus sur Henri Seydoux, intrigué par un nom de famille assez célèbre en France… sans doute ce travail est plus proche de la presse people que de ce blog mais bon, je trouve la généalogie intéressante!


(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Que vaut une start-up? ou l’entrée en bourse ratée de Facebook

Nouvelle chronique de la série « la start-up du mois » que j’écris pour l’EPFL

Lors de l’annonce de son entrée en bourse, en février dernier, tout le monde s’accordait à valoriser Facebook à près de 100 milliards de dollars. Aujourd’hui, Facebook a perdu 40% de sa valeur… Comme cela est-il possible?


Facebook a perdu plus de 40% de sa valeur

Facebook n’est malheureusement pas une start-up EPFL, mais la controverse autour de son entrée en bourse surévaluée me donne l’occasion de parler de la valeur des start-up, et en particulier celle de nos spin-off.

La valeur d’une entreprise n’est pas une mesure parfaitement scientifique, même s’il existe des techniques liées aux revenus et profits générés par la société – Logitech ou Swissquote, qui ont des liens historiques avec l’EPFL, sont mesurées de la même manière. C’est la loi de l’offre et de la demande qui prédomine : la valeur d’une société est le produit de son nombre d’actions par le prix par action. Les sociétés côtées sont otages des marchés et de leur humeur!

Quand les sociétés ne sont pas cotées, comme c’est le cas avec la majorité des start-up, on peut tout de même les valoriser. Le lecteur pourra approfondir le sujet en parcourant l’article «Répartition des actions dans les start-up » Quand les start-up EPFL telles que Eelcee, Abionic, Aleva ou Kandou (voir nos précédentes chroniques) ont récemment annoncé des levées de fonds, elles ont été valorisées par leurs investisseurs, même s’il n’y a pas de marché où acheter leurs actions. La Suisse nous donne toutefois quelques informations grâce à son registre du commerce dans lequel chaque start-up indique l’évolution de son nombre d’actions. Du coup, si vous connaissez le montant de l’argent levé, vous pouvez déduire le prix par action et donc la valeur de la société. Mais je ne ferai pas l’exercice, par respect pour la discrétion souhaitée par les entrepreneurs et les investisseurs… Dommage!

Il ne s’agit à nouveau que d’une valeur subjective dépendant de la bonne volonté des investisseurs. Facebook, tout comme Google il y a presque 10 ans, n’a pas tout à fait accepté les règles de Wall Street selon lesquelles une société acceptait d’être sous-évaluée lors de son entrée en bourse pour que le cours suive ensuite une courbe à la hausse. Ceci n’est que simple spéculation, et il faudra attendre quelques années avant de dire si l’IPO de Facebook fut ratée ou non.

Nos start-up ont un problème similaire. J’ai connu bon nombre d’entrepreneurs qui préféraient obtenir la meilleure valorisation possible quand ils levaient de l’argent. Ils oubliaient que la seule valeur est celle qui est créée sur la durée par leurs produits ou leurs services, et que la valeur d’une société est très volatile, comme l’a montré Facebook. Les entrepreneurs gardent une plus grande part de leur société, même s’ils semblent aussi ignorer le conseil de Daniel Borel, fondateur de Logitech: «On préfère un petit gâteau que l’on contrôle complètement qu’un gros gâteau que l’on contrôle seulement à 10% ce qui peut être un facteur limitatif.»

J’ai la conviction (bien que je me trompe souvent) que Zuckerberg marquera son époque comme Brin et Page. En Suisse, j’espère que nous verrons également bientôt une création de valeur locale similaire à celles de Daniel Borel, Mark Bürki ou Paolo Buzzi.

Références

L’entrée en bourse de Facebook

Les chiffres de Facebook aujourd’hui

Logitech

Swissquote:

Partage d’actions

Eelcee et les composites

Abionic – Deux millions levés pour l’appareil à détecter les allergies

Le registre du commerce suisse