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« Comment j’ai survécu à la coolitude des startups » par Mathilde Ramadier

Les start-up sont tellement à la mode qu’il fallait bien que quelques nuages s’amoncellent. La chose n’est pas nouvelle. Dans le passé, j’ai mentionné Silicon Valley Fever. Il y a aussi eu le récent Disrupted – My Misadventure in the Start-Up Bubble de Dan Lyons Mais, chose inquiétante, les critiques se font plus nombreuses et plus graves. Ainsi par exemple l’article The evidence is piling up — Silicon Valley is being destroyed sur les scandales Juicero et Theranos. Sans oublier, plus fondamentalement la fièvre transhumaniste / apolitique

Voici un nouveau livre amusant et grave… Bienvenue dans le nouveau monde Comment j’ai survécu à la coolitude des startups de Mathilde Ramadier. La moquerie use du langage. La novlangue, la coolitude. Mais cela cache des comportements plus inacceptables. Salaires au rabais, conditions de travail ridicules. Tout cela sur le ton de l’humour, du moins de l’ironie glaçante. Excessif ? Un peu sans doute dans le sens où toutes les start-up n’agissent pas comme le décrit l’auteur, mais révélateur d’une réalité qu’il ne faudrait pas sous-estimer… Voici quelques exemples:

« Nous sommes une start-up, alors s’il te plait, apporte ton propre laptop. » [Page 24]

« Lors de l’entretien de fin de période d’essai, mon CEO m’apprend qu’au lieu des 1500 euros nets convenus au départ, je vais finalement être embauchée avec une paie trois fois inférieure. […Il] sait très bien ce qu’il fait et me débite un discours parfaitement rodé pour balayer ma déception. [… ] J’ai donc refusé une emploi payé 500 euros parce que je manquais de motivation, de conviction et d’ambition. Je ne méritais pas de participer à l’aventure. » [Page 26-7] Car le CEO a précédemment ajouté « que si je veux faire carrière, il va falloir que j’accepte de courber l’échine et de ‘tout donner’. Comme à la StarAc’. »

« Mais la disruption ne désigne-t-elle pas aussi une accélération imposée trop soudainement à la société ? […] L’économie collaborative permet la mise en relation d’un client qui a un besoin et un prestataire de services (disons plutôt une petite main qui a besoin d’argent. » [Page 28] Et de citer Bernard Stiegler. Qu’elle a raison !

« Mais cette tendance, poussée à l’extrême, est devenue le mot d’ordre d’un régime despotique qui n’admet pas « les plus faibles », c‘est à dire les réfractaires, et qui les relègue en bas de la pyramide sociale. Car si tout le monde peut, en théorie, devenir une superstar, on parle peu de ceux pour qui la « siliconisation » n’incarne ni un rêve… ni une sinécure. » [Page 36]

« Comme nous l’a appris Orwell, la manipulation du langage est le point de départ de tout discours totalitaire. […] La disparition de la capacité à penser par soi-même peut même être le cœur de compétence d’une entreprise. » [Pages 41-2]

« Il s’agit en vérité bien souvent de bullshit jobs, ces nouveaux ’jobs à la con’ du secteur des services qui se targuent de contribuer à l’organisation rationnelle de l’entreprise, mais qui ne peuvent se décrire facilement, tout simplement parce que même les premiers concernés ne parviennent pas à expliquer clairement ce qu’ils ni à y trouver une vraie utilité. […] Les salaires s’affranchissaient évidemment de toutes considérations égalitaires et restaient confidentiels. » [Pages 44-5]

« J’ai vu des gens dire ‘plus jamais ça’ et devoir recommencer. Se promettre qu’ils ne remettraient plus les pieds derrière le comptoir d’un bar après leurs premiers stages et y retourner, faute d’avoir trouvé un emploi dans leur branche. J’ai vu des jeunes femmes et des jeunes hommes devenir complétement dépendants financièrement de leur partenaire, sous-louer leur voiture ou leur chambre pour vivre dans leur salon (puisque tous les aspects de la vue sont désormais marchandables), ou retourner frapper à la porte de leurs parents à trente ans. Des femmes enceintes mettre de l’argent de côté parce que leur congé maternité ne leur permettait pas de vivre décemment. Ce sont ces gens que j’ai vus accepter un contrat précaire avec une paie ridicule dans une startup parce qu’on leur faisait des promesses, qu’on leur offrait des ‘perspectives d’évolution’ s’ils acceptaient de ‘tout donner’. [Page 70]

L’auteur fournir aussi quelques définitions intéressantes: « L’une des définitions de la startup pourrait être la suivante : il s’agit d’une jeune entreprise dotée d’un fort potentiel, mais qui nexerce pas encore d’activité rentable. L’objectif, dès le début, est donc la croissance rapide. » [page 94] Notez que Mathilde Ramadier a même son propre glossaire [pages 151-5] , souvent amusant… Ainsi :
Disruption : innovation super-puissante qui brise les codes de tout un marché. Véritable tremblement de terre, la disruption remet tout à plat et ne se soucie généralement guère des conséquences du chaos qu’elle induit.
Entrepreneur : personne courageuse au talent rare, qui a une idée de génie avant tout le monde, met tout en œuvre pour la réaliser et y parvient – ou pas.
Innovation : introduction sur le marché d’un produit ou d’un procédé nouveau. Une startup est forcément innovante (pour ceux qui la lancent en tout cas).

« Durant ces quatre années passées dans les startups, j’ai été prisonnière d’une boucle infernale, ballotée d’une absurdité à une autre, retrouvant ici et là le même folklore. (…) Paradoxalement, on pousse le rationnel jusqu’à l’irrationnel, l’originalité jusqu’au conformisme, la soif de nouveau jusqu’à la régression. (…) Les solutions que la startupsphère nous promet – à la crise, au chomage, à l’ennui, à la répétition du même et à la désuétude, à la vieillesse et à la laideur, etc. – se vasent elles aussi sur un leurre : on ne peut prétendre déjà vivre dans le nouveau monde avant de l’avoir véritablement bâti. » [Page 143]

Les plus grandes (anciennes) start-up des USA et d’Europe

Depuis la publication de mon livre en 2007, je fais régulièrement l’exercice de comparer les plus grandes (anciennes) start-up américaines et européennes. En 2010, j’avais obtenu les tableaux suivants.

top-10-usa-2010

top-10-europe-2010

Ce que j’appelle d’anciennes start-up sont des sociétés de technologies cotées en bourse qui n’existaient pas il y a 50 ans. Bien sûr l’Europe souffrait (et souffre encore) de la comparaison, raison d’être de mon livre. Voici l’exercice mis à jour.

top-10-usa-2016

top-10-europe-2016

Je vous laisse vous faire votre propre opinion sur l’évolution des choses. Pour ma part, j’y vois quelques éléments frappants. Le plus impressionnant est lié à une présentation il y a quelques jours qui montrait l’évolution avec le temps des plus grandes capitalisations américaines . La voici… assez étonnant…

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Source: Visual Capitalist

Une analyse remarquable des faiblesses européennes: l’acquisition de Withings selon François Nemo

Il m’arrive de faire du copié-collé d’articles que j’ai aimés avec en général l’objectif de les traduire sur la partie anglaise du blog. Ici je vais ajouter mes commentaires personnels entre crochets et en italique. Vous pouvez trouver l’article original et les commentaires sur Frenchweb.fr

Withings ou l’histoire d’une naïveté française
Par François Nemo, spécialiste en conseil en stratégies de ruptures.

Le spectaculaire rachat de Withings par Nokia ne traduit pas comme on l’évoque systématiquement la faiblesse de notre système de financement mais le manque de vision et d’engagement de notre scène entrepreneuriale. L’incapacité à créer des écosystèmes à l’échelle mondiale afin de se positionner dans la guerre du numérique qui oppose la Chine aux Etats-Unis. Il est temps de se mobiliser pour «faire tomber les GAFA» et défendre notre souveraineté.

[Depuis des années, j’affirme que nous n’avons pas tant un problème de financement que de culture, une incompréhension totale de l’importance des start-up et de leur croissance]

Après Captain Train racheté par les Anglais pour 200M€, c’est au tour d’un emblème de la technologie française Withings et qui a fait grand bruit au CES de Las Vegas en jouant la carte du made in France, de passer sous le contrôle de Nokia pour 170M€. Et il y a fort à parier que Blalacar ne résisterait pas à une proposition de Facebook si ce dernier décidait d’introduire le covoiturage dans sa palette de services pour connecter la planète. L’aventure de ce que l’on appelle les pépites à la française n’a malheureusement qu’une seule issue : un gros chèque !

[Je vous laisse parcourir mes documents sur slideshare et en particulier celui qui compare Europe et Silicon Valley et sa slide 37]

L’intelligence first

Plus la technologie se développe et plus elle s’efface derrière les idées. Le «purpose» ou la raison d’être. Les grands acteurs du numérique l’ont compris en prenant le virage de «l’intelligence first». Le produit devient une fonctionnalité qui s’intègre dans une plateforme dont le rôle est de résoudre les problèmes du monde, la santé, les déplacements, les loisirs… gérer une communauté, organiser un écosystème circulaire, itératif, ouvert et inclusif qui met en contact directement les utilisateurs et producteurs pour raccourcir et optimiser l’interaction. C’est la mort annoncée des sites et des applications. Le rôle de l’entrepreneur est alors de défendre une «vision» et ensuite de designer le système qui va avec. C’est un chef d’orchestre plus qu’un créateur de ressources qui va défendre les actifs clés de l’entreprise ; les idées et les données. Dans ce nouveau contexte, des entreprises mono-produits comme Withings n’ont aucune chance de se développer sinon à intégrer un écosystème. On peut d’ailleurs s’interroger sur les véritables bénéfices pour Whitings d’un rachat par Nokia ? Dropbox ou Evernote en ont l’amère expérience en cédant au pouvoir de frappe des grandes plateformes. Et que dire de la pertinence de cette phrase de Steve Job : «Vous êtes une fonctionnalité et non pas un produit», en refusant de racheter Dropbox il y a dix ans ?

La nouvelle guerre des écosystèmes

C’est sur le terrain des écosystèmes que s’affrontent désormais les deux géants du numérique, les Etats-Unis avec les GAFA, sous-tendus par une idéologie, et la Chine avec des entreprises plus pragmatiques comme Alibaba, Wechat qui ont su développer de nouveaux écosystèmes dans des secteurs en plein essor en créant de nouveaux modèles de business et qui après avoir touché un nombre impressionnant d’utilisateurs sur leur marché intérieur commencent à se positionner à l’international en déclenchant une lutte féroce avec les Américains. C’est dans ce contexte que les GAFAs (principalement) font leur «marché» aux quatre coins de la planète pour alimenter et enrichir leur écosystème. Et la France avec la qualité de sa recherche et le dynamisme de ses start-up est un terrain de chasse particulièrement attractif.

Pourquoi l’Europe n’est pas en mesure de créer des écosystèmes à l’échelle mondiale ?

Le rachat de Withings n’est pas comme on l’évoque un problème de financement. Un écosystème européen d’investissement inadapté qui empêcherait un scale-up rapide de nos pépites. Le périmètre de withings quels que soient les fonds qu’on y injecte rend de toute façon un développement impossible hors d’une plateforme. La question est pourquoi l’Europe n’est pas en mesure de créer des écosystèmes à l’échelle mondiale au sein desquels des pépites comme Withings trouveraient toute leur place ?

[L’échec de l’Union Européenne n’est pas que politique. Il est aussi économique. Que de fragmentations et d’égoïsmes nationaux…].

Nous ne pensons pas le numérique à la bonne échelle !

Nos discours sur le made in France, la mise en scène autour de nos champions du numérique et de leur présence au CES appuyée par le ministre de l’économie en personne a quelque chose de naïf et de pathétique. Toutes nos infrastructures institutionnelles ou privées, accélérateurs, groupes de réflexion, French tech, CNNum, École 42, The Family, l’accélérateur ou le NUMA, pour ne citer que les plus en vue ne sont pas programmées pour développer des plateformes avec des visions mais des produits et des fonctionnalités ou des lois et des rapports. C’est notre culture économique et entrepreneuriale qui est en cause. Un monde encore très marqué par la culture de l’ingénieur et du spécialiste. Un monde qui n’est pas familier et qui reste méfiant envers les notions de vision et d’engagement et plus généralement envers le monde des idées. Des entrepreneurs plutôt conservateurs qui ne perçoivent pas la nature profondément subversive de la révolution numérique et la nécessité de changer leur «échelle de réflexion».

Des grands groupes qui ont tous un potentiel de start-up

Nous pourrions aussi nous appuyer sur les grands groupes qui ont tous un potentiel de start-up à l’image de l’Américain Goldman Sachs qui déclare : «Nous ne sommes plus une banque, mais une entreprise de technologie, nous sommes les Google de la finance», en faisant travailler trois mille cinq cents personnes sur le sujet et en annonçant un train de mesures comme l’ouverture en open source des données de marché et de gestion des risques. On imagine très bien des entreprises comme La Poste et Groupama dont les métiers vont être radicalement remis en cause dans les cinq prochaines années préparer l’avenir en organisant un écosystème autour du soin et de la santé (par exemple) qui intègre Withings et ses savoir faire. Mais en écoutant les représentants de ces grands groupes, Pierre Gattaz ou de Carlos Ghosn par exemple, on perçoit rapidement leur vision court terme et leur manque d’intérêt (ils n’ont rien à y gagner) pour les stratégies de rupture.

[Quels modèles ont nos jeunes générations en Europe, pas seulement en France, à la sortie de leurs études? Comment pourraient-elles faire des GAFAs quand le modèle est l’entreprise du CAC40 et une culture très ingénieur, en effet].

Sommes-nous prêts à vivre dans un «Internet Fisher Price»

Sommes-nous condamnés à devenir des satellites, à perdre notre souveraineté économique et de sécurité en restant sous l’emprise des GAFAs. Ou encore comme le propose François Candelon, Senior Manager au sein du Boston Consulting Group dans un très bon article «de regarder ce que la Chine peut nous apprendre et nous apporter» et de «créer une route de la soie du numérique». Sommes-nous condamnés à choisir entre Charybde et Scylla ? Non ! Car si les géants du web avec leur vision ont ouvert la voie à de nouvelles relations en construisant les entreprises les plus disruptives de l’histoire, elles nous laissent face à un trou béant. La «technicisation de l’individu». Sommes-nous prêts à vivre dans un «Internet Fisher Price», comme le titrait Viuz «dans des résidences fermées» gérées par des machines «avec des bosquets rondouillards, des pelouses impeccables et des routes goudronnées» où règne l’exclusivité, le premium et la rareté en laissant à la porte toute une partie de la population. Des sortes de maisons de retraite ultra sécurisées pour les plus fortunés ?

Faire tomber les GAFA

Il faut sans aucune hésitation nous engouffrer dans une troisième voie : «Faire tomber les GAFA». Si la formule est quelque peu provocante, elle incite à la mobilisation. Le retard sera difficile à rattraper, mais il est temps pour l’Europe de s’appuyer sur ses valeurs historiques et fondamentales pour construire de nouveaux écosystèmes et entrer de plain-pied dans la guerre économique qui oppose les deux grands blocs. Proposer des alternatives aux GAFAs. «Se servir des algorithmes et de l’intelligence artificielle pour créer une intelligence augmentée et résoudre les problèmes complexes que l’urgence écologique et sociale nous pose», comme le dit Yann Moulier Boutang. Intégrer les nouvelles technologies pour rééquilibrer les rapports de force, trouver les clés d’une véritable économie du partage et de la connaissance, s’attaquer à la question de l’avenir du travail, de sa rémunération, de la santé, du libre-arbitre, de l’éducation…

Changer d’échelle

Une rupture qui nécessite de changer d’échelle en bousculant notre culture économique et notre appréhension du monde. Une rupture qui, si elle se heurte encore à une «diabolique» inertie, s’impose comme une nécessité pour beaucoup d’entre nous.

Si vous faites partie de cette nouvelle «génération» de «l’intelligence first», si vous avez des idées et des solutions pour changer notre échelle de réflexion, je vous invite à nous joindre sur Twitter @ifbranding ou par email f.nemo@ifbranding.fr ensemble, nous avons des solutions à proposer et des projets à construire.

L’auteur
François Nemo, spécialiste en conseil en stratégies de ruptures.
Site Internet : ifbranding.fr
Twitter : @ifbranding
Medium : @ifbranding

Créer une culture européenne de l’innovation selon Marcel Salathé

Régulièrement mais pas assez souvent je lis des gens qui appellent l’Europe à se réveiller et à réagir. Récemment, c’était Nicolas Colin dans Qu’est-ce qu’un écosystème entrepreneurial ? Mais maintenant, je me souviens aussi de Risto Siilasmaa dans Il faut chérir l’entrepreneuriat et de mon propre Europe, réveille-toi ! Le dernier en date Marcel Salathé sur la création d’une culture européenne de l’innovation. Un autre article à lire absolument. Merci Marcel! Alors permettez-moi de le citer longuement.

Salathe-Blog

L’enjeu est l’avenir de l’Europe. Et nous, les innovateurs, les entrepreneurs, les scientifiques, les militants et les artistes, nous devons agir et prendre possession de cet avenir. Parce que si nous ne le faisons pas, l’Europe continuera sa trajectoire descendante et deviendra ce qu’elle est déjà dans de nombreux lieux – un musée d’histoire.
[…]
Le secteur des technologies de l’information et de la communication est aujourd’hui le moteur économique dominant de la croissance. Pensez Apple, Google, Facebook, Amazon, Uber. Vous remarquez quelque chose? Pas une seule société européenne. Seulement 1 dollar sur 4 dans ce secteur vient de sociétés européennes, et tous les indicateurs pour l’avenir pointent vers le bas. Certains chiffres sont encore plus désastreux: lorsque vous listez les 20 premiers leaders mondiaux de sociétés Internet qui sont cotées, vous savez combien sont européenne? Zéro. Et parmi toutes les sociétés cotées en bourse dans l’économie numérique, 83% sont américaines, et seulement 2% sont européens. 2%!
[…]
Alors, où est le problème? Certains disent que c’est le financement par les VCs, ce qui est seulement partiellement vrai. Oui, la culture du financement VC est probablement moins mure en Europe qu’aux États-Unis, en particulier pour les tours A, B et C. Mais l’argent trouve les bonnes idées et les opportunités de marché d’une manière ou d’une autre. D’autres disent que c’est tout simplement le marché européen et la réglementation européenne. Je pense que c’est une illusion. Regardez Airbnb, la start-up américaine qui a maintenant une valorisation de plus de 25 milliards de dollars. Elle a commencé avec trois personnes chez YCombinator en Californie, mais elle génère maintenant plus de la moitié (!) de ses revenus en Europe. Et je rappelle que San Francisco est probablement l’un des pires environnements réglementaires. AirBnB est actuellement confronté à d’énormes batailles à San Francisco, et un juge californien a récemment statué sur les employés d’Uber, provoquant un mini-tremblement de terre dans cette économie de partage en plein essor. En effet, la Californie est probablement l’un des États américains les plus réglementé, et pourtant elle s’en sort extrêmement bien.
Je pense que le problème est en fait assez simple. Mais il est plus difficile à corriger. C’est tout simplement nous. Nous, les gens. Nous, les entrepreneurs. Nous, les consommateurs. Je l’ai vécu dans la région de la baie de San Francisco depuis plus de trois ans. Ce qui est remarquable dans cette région ne sont pas ses lois, ni ses règlements, son marché, ou son infrastructure. Ce qui est vraiment remarquable est que presque tout le monde fait une société d’une manière ou d’une autre. Presque tout le monde veut être un entrepreneur, ou les soutient. Presque tout le monde est en train de construire l’avenir. En effet, vous pouvez presque sentir physiquement ce que l’environnement exige de vous. Lorsque quelqu’un vous demande à ce que vous faites professionnellement, et que vous ne répondez pas en disant que vous faites une entreprise, ils vous regardent bizarrement, comme pour dire, « alors qu’est-ce que tu fais ici? »

[…]
Ce n’est pas un point trivial selon moi. L’autre jour, j’étais à Turin en Italie, et j’avais désespérément besoin d’un café. Je suis entré dans le premier café sur mon chemin, où on m’a servi un cappuccino délicieux, avec un croissant au chocolat qui me fait toujours saliver quand j’y pense. Étais-je tout simplement chanceux? Nullement – tous les cafés sont bons là-bas. Parce que l’environnement l’exige. Bien sûr, vous pouvez ouvrir un café de faible qualité à Turin si vous voulez, mais vous aurez probablement à déposer le bilan avant que vous ayez le temps de dire Buongiorno. L’environnement ne peut tout simplement pas accepter la mauvaise qualité. Dans un autre domaine, j’ai eu la même expérience personnelle quand j’étais un postdoc à l’Université de Stanford. En regardant en arrière, j’y ai écrit mes meilleurs papiers et les plus cités. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence. Chaque matin, alors que je marchais à travers le campus jusqu’à mon bureau, je sentais l’exigence de l’environnement pour faire le travail le plus novateur – et si je le faisais pas, alors qu’est-ce que je faisais là?
Donc, ceci est mon message pour vous. Je vous demande de créer ces environnements, à la fois en faisant le meilleur et le plus innovant que vous pouvez, mais aussi en exigeant la même chose de tout le monde autour de vous. Ces deux choses vont de pair; elles créent un cercle vertueux.

[…]
Ne pas demander la permission, demander pardon si nécessaire. Si vous attendez l’autorisation, il vous faudra attendre le reste de votre vie. La plupart des règles existent pour une raison simple: pour protéger l’établi. Ne demandez pas la permission, faites.
[…]
Orson Welles a le mieux décrit pourquoi demander la permission est mortel.

[…]
Alors s’il vous plaît, laissez-nous vivre tous dans le futur et construire ce qui manque – ici en Europe. Je suis malade d’inquiétude que la meilleure façon pour moi de vivre à l’avenir est d’acheter un billet pour San Francisco. Tout comme le moyen le plus facile pour les Américains de revivre le passé est d’acheter un billet pour l’Europe, riche en histoire. Je vous demande de devenir encore plus ambitieux, plus audacieux, et plus exigeants, à la fois vis-à-vis de vous-même, mais aussi encore plus important de votre environnement.

Salathé parle aussi de modèles. Le sien était le fondateur de Day Interactive, une start-up suisse, qui est est allée en bourse en 2000, avant d’être achetée par Adobe pour 250M$ en 2010. A venir… sa table de capitalisation.

DayInteractiveIPO

Biocartis, la start-up à succès (presque) suisse.

Biocartis aurait pu être une réussite suisse, mais la société est maintenant basée en Belgique. Probablement pas une décision des investisseurs (ce à quoi on pense en général quand une start-up déménage), mais plutôt de l’équipe de management. Un des fondateurs est belge et c’est un entrepreneur en série impressionnant: Rudi Pauwels. Voici ce que vous pouvez lire dans le document IPO:

BiocartisHistory

Pourtant les chiffres sont intéressants. La société a levé plus de €200M avant son introduction en bourse de €100M cette semaine. Malgré ces énormes montants, les fondateurs ont gardé environ 5% de la société. Son prospectus d’IPO est disponible sur le site Web de la société. Elle a signé des accords avec Philips, Hitachi, Biomérieux, Abbott, Janssen et Johnson & Johnson et compte Debiopharm, basée en Suisse, parmi ses actionnaires. Voici mon tableau de capitalisation habituel:

BiocartisCapTable
(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

Il faut créer un Google sur sol européen

L’auto-citation est un exercice délicat mais comme il ne m’arrive pas souvent de donner mon point de vue dans les media, j’imagine que cela reste acceptable… Le Journal Le Temps m’a demandé mon point de vue sur les récente acquisitions de spin-off de l’EPFL. J’en extrais quelques messages.

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Par contre, ce qui m’inquiète c’est qu’en Europe, je n’ai jamais vu naître de sociétés technologiques de type Google, Apple ou Cisco.

– Pourtant, on peut citer SAP en Allemagne ou le service de téléphonie via Internet Skype…

– Oui mais [à l’exception de SAP] il n’y a pas eu de gros succès en Europe dans la technologie ces cinquante dernières années. Certes, Microsoft a racheté Skype pour 8,5 milliards de dollars et Logitech vaut 2 milliards en bourse et compte 6000 employés. Mais, en comparaison avec les Etats-Unis, les poids lourds du secteur sont évalués à plus de 170 milliards de dollars et comptent plus de 50 000 employés. Il y a un décalage d’un facteur dix entre les deux continents et cela me perturbe depuis vingt-cinq ans. J’ai des doutes et des craintes sur l’avenir de l’Europe.

– Comment expliquez-vous ce décalage?

– Je pense que c’est essentiellement culturel. Un jeune ingénieur qui écoute ses parents va travailler chez Nestlé ou Novartis et il y reste. Les Américains ont des parents ou grands-parents issus de l’immigration. La tradition du changement est intégrée et l’échec est accepté.

– Quels sont les risques face à une telle situation?

– Si l’on ne se renouvelle pas, c’est la mort de l’Europe. On y est presque, regardez la France. C’est une inquiétude que j’ai pour mes deux enfants. Il faut créer un Google sur sol européen pour que l’économie puisse se renouveler. Sans la présence d’un important groupe technologique, les start-up innovantes se feront systématiquement racheter par des groupes américains. Yahoo! a repris le français Kelkoo, le danois Navision appartient désormais à Microsoft, le suédois MySQL à Oracle et le français ILOG à IBM.

Pour les spin-off de l’EPFL, c’est pareil. La société d’imagerie médicale Aïmago a été rachetée par le groupe américain Novadaq Technologies pour 10 millions de dollars. Sensima Technology, active dans la production de capteurs magnétiques, a été intégrée au sein de Monolithic Power Systems (MPS) basée à San José en Californie. Seule Jilion a été rachetée par le français Dailymotion, qui a intégré leur technologie vidéo sur leur site. Et maintenant, c’est Intel. Or, lorsque ces sociétés sont rachetées, c’est tout un savoir-faire et des emplois qui peuvent disparaître. Il y a un risque de perte de richesse.

Le reste de l’article est disponible sur le site web du journal Le Temps.

Zalando prépare son entrée en bourse

Zalando, l’une des start-up européennes les plus visibles doit devenir une société cotée le 1er Octobre en Allemagne. Ce n’est pas tant les chiffres que j’ai trouvé d’intérêt, mais combien il m’a été difficile de les obtenir. Comme d’habitude, l’Europe montre moins de transparence. Trouver le prospectus n’a pas été facile, et je ne suis pas sûr que j’aurais pu le trouver sans prétendre que je vis à Berlin. Et encore, je n’ai aucune idée de combien la société a levé, à quel prix et quand. Ce n’est pas dans le prospectus. J’ai juste toutes les dates des augmentations de capital et le nombre d’actions, cela n’aide pas beaucoup.

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Rubin Ritter, David Schneider et Robert Gentz

J’ai quand même pu construire ma table de capitalisation habituelle et voici ce que cela donne.

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Europe, réveille-toi !

Voici un court texte que j’avais écrit en 2012, et mon ami Will de Finlande avait fait des commentaires à son sujet que j’ai ajoutés. Merci! Je l’ai relu ce matin et j’ai pensé qu’il pourrait être intéressant de le publier maintenant …

Intel, Apple, Microsoft, Oracle, Genentech, Cisco, Google, Facebook, Skype. Vous connaissez sans doute ces entreprises. Elles ont été à l’origine d’innovations majeures pour nos sociétés. Peut-être connaissez-vous moins Niklas Zennström et Janus Friis, Mark Zuckerberg et Dustin Moskovitz, Larry Page et Sergey Brin, Leonard Bosack et Sandy Lerner, Bob Swanson et Herb Boyer, Larry Ellison mais bien mieux Bill Gates et Paul Allen, Steve Jobs et Stephen Wozniak, Bob Noyce et Gordon Moore. Ils sont des entrepreneurs, les fondateurs de ces entreprises qui furent toutes des start-up. L’Europe ne semble pas avoir compris l’importance de l’innovation high-tech produite par ces jeunes entrepreneurs. Skype est l’exception dans la liste et les Américains ont su produire des centaines de tels succès. Pourquoi avons-nous échoué et que pouvons-nous faire pour changer le cours de l’histoire ?

L’innovation est une culture, où l’essai et l’incertitude ont une grande part. L’échec aussi malheureusement ou peut-être heureusement. Comme la vie ! La culture européenne dans toute sa diversité a apporté un bien être à ses citoyens depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Ce confort sera peut-être cause de sa perte. Une culture ne peut vivre que de créativité et de renouveau. Comme l’a bien illustré un article récent de The Economist [1], nous les européens n’arrivons plus à innover, nos entreprises vieillissent dans l’innovation technologique telles Nokia ou Alcatel et nous ne créons plus de nouvelles innovations.

Les causes sont sans doute multiples, mais la peur d’essayer est la plus grave. Et je ne suis pas sûr que nous en ayons conscience. Sont-ils si nombreux les européens qui ont compris que l’innovation passe par l’entrepreneuriat ? Je crains que nous préférions avoir des enfants bien éduqués pour entrer dans les grandes entreprises établies que des individus créatifs prêts à tenter leur chance. Pire encore, quels modèles pourraient-ils avoir ?


Bob Noyce fut un modèle et un mentor pour Steve Jobs.

Dans ce lieu unique qu’est la Silicon Valley, des milliers d’entrepreneurs essaient chaque année. « La différence est question de psychologie: tout le monde dans la Silicon Valley connait quelqu’un qui a très bien réussi dans une start-up. Alors ils se disent: je ne suis pas plus idiot que lui et il a fait des millions, alors je dois aussi pouvoir le faire. Du coup, ils essayent et en pensant qu’ils peuvent réussir, ils augmentent leurs chances de succès. Cette psychologie-là n’existe pas souvent ailleurs. » a écrit Tom Perkins, célèbre investisseur de cette région.

L’Europe n’est pas tout à fait inconsciente du problème. L’année 2000 fut l’occasion pour l’Union Européenne de déclarer à Lisbonne son objectif de devenir d’ici à 2010 « l’économie basée sur la connaissance la plus compétitive du monde ». Echec total. Une multitude de mécanismes de soutien fut mise en place, mais les Européens semblent avoir oublié que l’innovation est avant tout histoire d’aventuriers, de pionniers. Les entrepreneurs sont des passionnés. « Fonder une start-up n’est pas un acte rationnel. Le succès ne vient qu’à ceux qui osent et qui sont assez fous pour penser de manière déraisonnable. Les entrepreneurs doivent sortir du cadre, des conventions et des contraintes habituelles pour atteindre l’extraordinaire, » nous dit Vinod Khosla autre icône de la Silicon Valley. Une start-up est un bébé dont les fondateurs sont les parents. Pas très étonnant qu’ils se lancent souvent en couple tant l’aventure va être difficile. Ils sont souvent migrants. Sans doute parce que les migrants n’ont pas les connections qu’il faut là où ils sont. La moitié des entrepreneurs de la Silicon Valley ne sont pas américains. Que n’avons-nous peur de cette richesse en Europe !

La Silicon Valley est une culture ouverte où même des concurrents comme Apple, Google ou Facebook se parlent et coopèrent. Ils sont souvent jeunes. Ce n’est pas une nécessité, mais la jeunesse (ou l’inconscience) bride souvent moins la créativité. Ila travaillent aussi avec passion sur leur innovation, augmentant encore la probabilité de succès. C’est cela la vraie « open innovation », pas celle qui est décrétée d’en haut.

La Silicon Valley est un endroit unique aux Etats Unis, que personne n’a jamais pu copier. Et pourtant chaque Etat, chaque région d’Europe essaie désespérément de créer la sienne ! Unissons nos efforts. En ne cherchant plus à créer le graal du cluster technologique européen et en coopérant à distance une fois pour toutes. Mais nos égoïsmes sont encore trop grands pour céder à une telle vision. Au moins travaillons ensemble sans gaspillage inutile !

Dans un discours récent [2] , Risto Siilasmaa, le jeune président de Nokia, a appelé à une réaction similaire et a ajouté que « l’entrepreneuriat est un état d’esprit, ce qui implique le pragmatisme, l’ambition, des rêves, la persévérance, l’optimisme et une culture du renoncement pour mieux recommencer ». Sans une grande ambition, ce n’est pas la peine d’essayer.

Une priorité est de se concentrer sur le développement d’une infrastructure où les entrepreneurs qui prennent des risques peuvent prospérer. Les entrepreneurs ne peuvent pas réussir seuls. Ils ont d’abord besoin d’investisseurs qui leur permettront de se lancer dans l’aventure. L’Amérique a su créer l’outil idéal qu’est le capital-risque : d’anciens entrepreneurs sont devenus les soutiens des nouveaux en devenant des financiers d’un type particulier, des financiers qui aident [3]. Ils ont ensuite besoin de managers qui connaissent cette culture des start-up. Il ne suffit pas d’avoir la compétence apportée par des années passées dans les grands groupes, elle peut parfois même être dangereuse si la culture de l’innovation ne l’accompagne pas. Il faut aussi des employés ayant eux aussi digéré cette culture, des employés qui seront intéressés par des mécanismes de stock-options. J’ai bien dit stock-option, ce mot devenu gros à force d’engraisser ceux qui ne le méritaient pas. Les stock-options devraient aller à ceux qui essaient. Sans doute faudra-t-il aussi flexibilité de l’emploi pour les start-up tant celles-ci doivent faire face à des incertitudes et des cycles rapides. Mais il ne faudrait pas croire que l’absence de ces mécanismes soit à l’origine de nos échecs. C’est l’absence de cette culture d’innovation qui nous blesse. N’ayons pas peur de l’échec. L’échec est la mère du succès dissent les chinois. Croyez-vous qu’un enfant tienne sur sa bicyclette au premier essai?

L’échec fera toujours partie de l’innovation. C’est la raison pour laquelle il faut une masse critique. Dans un seul lieu ou non. Et l’échec ne devra pas être stigmatisé. Je crois qu’il faut aller voir cette culture de la Silicon Valley, y passer du temps pour comprendre. Des semaines ou des mois. Sans craindre que nos enfants ne reviennent pas. Il vaut mieux essayer là-bas que de ne rien faire ici. Et ils reviendront nous apprendre au pire ! Nous devons aussi développer les échanges d’entrepreneurs entre régions d‘Europe, comme nous l’avons très bien fait pour nos étudiants.

On pourra me reprocher d’être trop fasciné par la culture américaine et par l’innovation technologique. L’Europe a une autre manière de faire me dit-on. Elle innove avec ses grands groupes comme Airbus ou ses PMEs allemandes ou suisses, ou dans les services. Parce que vous croyez que les Etats-Unis ne les ont pas ? On me dit que le capital-risque est en crise, que la Silicon Valley n’innove plus et il est vrai qu’en dehors du web, la créativité semble bien ralentie. Schumpeter, le grand économiste, avait bâti une formidable théorie, où les grands entreprises établies meurent et sont remplacées par de nouveaux entrants quand elles n’innovent plus. Le XXIème siècle serait-il différent du précédent ? Peut-être… mais nos problèmes d’énergie, de vieillissement, de santé ne vont-ils pas requérir de nouvelles innovations et de nouveaux entrepreneurs ? Je le crois.

L’Europe a besoin d’une nouvelle ambition, d’un nouvel enthousiasme et nous les européens vieillissants le devons à nos enfants, à notre jeunesse. Dès l’école primaire, laissons nos enfants exprimer leur créativité, apprenons leur que dire non est positif et qu’une carrière n’a de sens que si elle inclut passion et ambition. Ne les encourageons pas à suivre les chemins de la certitude qui sont peut-être mortifères. Steve Jobs dans un magnifique discours en 2005 [4], indiquait que nous allions tous mourir un jour, et qu’avant ce jour, il fallait toujours savoir rester fou et curieux. Suivons son conseil. Aidons nos enfants !

Hervé Lebret soutien l’entrepreneuriat high-tech à l’EPFL. Il est l’auteur du blog Start-Up, www.startup-book.com/fr

[1]: Les misérables – Europe not only has a euro crisis, it also has a growth crisis. That is because of its chronic failure to encourage ambitious entrepreneurs. The Economist, July 2012. www.economist.com/node/21559618

[2] Risto Siilasmaa à la conférence REE. Helsinki, Sept. 7, 2012.

[3] Ne manquez pas le film SomethingVentured qui décrit à merveille et avec humour les premières années du capital risque, www.somethingventuredthemovie.com

[4] Stay Hungry, Stay Foolish. ‘You’ve got to find what you love.’ http://news.stanford.edu/news/2005/june15/jobs-061505.html

En résumé, quelques points clés:
• L’Europe est derrière les USA et l’Asie dans l’innovation.
• Les entrepreneurs ne sont pas considérés comme des héros en Europe.
• Essais et erreurs, incertitude, et échec font partie (essentielle) de l’innovation
• Notre niveau de confort élevé accélérera notre propre fin (et non la destruction créatrice de nouveau).
• La peur d’essayer est le problème le plus grave avec l’innovation.
• Le mandat de l’Europe de devenir la première économie du monde fondée sur la connaissance a échoué.
• L’Innovation ne se décrète pas, elle est bottom-up, pas top-down.
• Les jeunes sont créatifs, car ils n’ont pas encore l’expérience de l’échec.
• Nous devons créer une infrastructure où les entrepreneurs qui prennent des risques peuvent prospérer.
• Tous les étudiants qui montrent un intérêt pour et la capacité d’innovation devraient connaître la culture de la Silicon Valley. Nous ne devrions pas craindre qu’ils ne reviennent pas.
• Les grandes universités en Europe peuvent être des facteurs de changement, des catalyseurs, en se mettant d’accord sur ce qui est important (l’éducation, l’innovation, l’entrepreneuriat) et investir dans ces domaines.

L’immigré, facteur de création

Voici ma dernière chronique pour 2013 à Entreprise Romande. Sujet qui m’est cher, l’importance des migrants.

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Les chemins de l’innovation et de l’entrepreneuriat sont pavés d’une myriade de dilemmes. Clayton Christensen avait il y a quelques années exploré le premier sujet dans son Innovator’s Dilemma et l’année dernière Noam Wasserman a publié un intéressant Founder’s Dillemmas. L’incertitude face au marché, la jeunesse face à l’expérience, la rupture face à l’incrémental, le nouveau face à l’établi font partie de ces choix difficiles. Un sujet plus controversé et politiquement sensible est l’apport de l’étranger, du migrant dans le domaine de la création.

A l’heure du débat en Europe comme en Suisse sur la menace que représenterait celui qui est différent et qui vient d’ailleurs, il est peut-être bon de rappeler quelques éléments beaucoup plus positifs sur l’importance de l’ouverture à l’extérieur. L’histoire suisse [1] nous rappelle que l’industrie horlogère est liée à l’arrivée des Huguenots au XVIe siècle, qu’une partie de l’industrie des textiles à Saint-Gall a son origine en Angleterre. Il y a aussi des Français à l’origine de l’industrie de la chimie bâloise. Peut-être est-il intéressant de rappeler que Christoph Blocher a de lointaines origines allemandes mais que dire de Nicolas Hayek, le sauveur de l’industrie horlogère, bercé par les cultures libanaise et française.

Beaucoup plus loin d’ici, la Silicon Valley, championne mondiale de l’entrepreneuriat innovant doit beaucoup à ses migrants. Bien sûr l’Amérique est terre de pionniers, mais la région de San Francisco a poussé la logique à l’extrême. Plus de la moitié des entrepreneurs de cette région sont d’origine étrangère et par exemple, Google, Yahoo, Intel comptaient un fondateur issu de ces migrations. Alors que l’Europe se ferme en raison de ses difficultés économiques, aux Etats Unis, le Start-up Act 2.0 envisage de simplifier l’obtention d’un visa pour les étrangers et de régulariser les enfants de migrants pour leur permettre de faire des études supérieures. Le Japon autre grand pays d’innovation il y a quelques décennies a peut-être pâti de sa fermeture au migrant ; le pays vieillit et n’a pas vraiment su se renouveler.

La Suisse est terre de migration, ne l’oublions pas, et c’est une de ses forces. Aujourd’hui encore, les campus de l’EPFL et de l’ETHZ comptent une grande part d’étudiants mais aussi de chercheurs et d’enseignants d’origine étrangère. La proportion augmente bien plus si l’on se concentre sur ceux qui créent des entreprises. Pour ceux qui ont reçu une bourse entrepreneuriale à l’EPFL, la proportion passe à 75% et même 25% de non-européens.

Les étrangers seraient-ils plus talentueux et créatifs ? La réponse est plutôt dans une plus grande expérience de ce qui est inconnu et incertain. Un migrant a accepté de quitter sa terre natale en laissant parfois tout derrière lui. Et il sait par son vécu que l’on peut se relever de cette perte. Il sait ainsi qu’il est toujours possible de recommencer et la peur d’échouer en est moindre. Il a aussi appris à domestiquer la nouveauté. Il faut ajouter qu’un migrant a moins accès aux cercles établis et reste bloqué par « les plafonds de verre ». Il doit donc plus souvent provoquer sa destinée. De ce point de vue, il ne prend pas la place de l’autre, il crée de nouvelles opportunités profitables aux autres !

[1] http://histoire-suisse.geschichte-schweiz.ch/industrialisation-suisse.html

L’HOMME QUI NE CROYAIT PAS AU HASARD: un excellent thriller dans le monde des start-up

Aujourd’hui, Peter Harboe-Schmidt présente L’HOMME QUI NE CROYAIT PAS AU HASARD la traduction en français de son thriller The Ultimate Cure. J’avais en son temps dit tout le bien que je pensais de ce roman dans le monde des start-up. N’hésitez pas à vous joindre au vernissage cet après-midi, sur le campus de l’EPFL.

Je ne sais pas comment sera traduit cet extrait que j’avais fait de la version anglaise: « Prend ta start-up par exemple. Pourquoi t’es tu lancé? Si tu analysais le pour et le contre, tu ne le ferais sans doute jamais. Mais ton intuition t’y a poussé, en sachant que tu en tirerais une expérience positive. Ai-je raison? » Martin réfléchit à ce qui l’a poussé vers un monde qui de temps en temps ressemblait à un asile de fous. Comme un monde parallèle, avec quelques ressemblances avec le nôtre, juste beaucoup plus rapide et intense. Des gens essayant de réaliser leur rêve dans un monde incertain et pleins d’inconnu, travaillant sans compter, sacrifiant leur vie privée, courant à côté de ces autres start-up high-tech. Les instruments médicaux, les moteurs de recherche Internet, les télécom, les nanotechnologies et tous les autres recherchant la même chose: l’Argent. Pour faire tourner l’horloge du succès un peu plus vite. « C’est drôle que tu dises cela, » dit finalement Martin. « J’ai toujours pensé à cette start-up comme une évidence. Je n’ai jamais essayé de la justifier de quelque manière que ce soit. »