Homme noir : coupable jusqu’à preuve de son innocence

J’ai passé deux ans de ma vie à Stanford en 1989-90 puis 1992-93. J’ai adoré ce “paradis” et je parle rarement de politique ici (comme l’indique le tag #politique). Entre temps, Cory Booker avait écrit un article que le Stanford Daily avait publié en 1992. Le Stanford magazine vient de le republier. Il est disponible en ligne à https://stanfordmag.org/contents/black-male-guilty-until-proven-innocent. Je m’en permets une traduction aussi fidèle que possible :

Le 6 mai 1992, une semaine après l’annonce du verdict de Rodney King, le Stanford Daily a publié la chronique suivante de Cory Booker, alors étudiant à la maîtrise. Nous le republions avec sa permission et celle du Daily.

« Homme noir : coupable jusqu’à preuve de son innocence »
Cela me fait de la peine que ces mots que j’ai écrits en 1992 sonnent justes encore aujourd’hui.
Par Cory Booker – Juillet 2020


Photo: Chuck Painter / Stanford News Service

Comment écrire, quand j’ai perdu le contrôle de mes émotions ? Non coupable… Non coupable… Non coupable… Non coupable.

Pas choqué – Pourquoi pas ?

« ARRÊTEZ LE MOTEUR ! METTEZ VOS CLÉS, PERMIS DE CONDUIRE, CARTE GRISE ET CARTE VERTE SUR LE TABLEAU DE BORD MAINTENANT ! METTEZ VOS MAINS SUR LE VOLANT ET NE PENSEZ MÊME PAS À BOUGER ! »

Cinq voitures de police. Six officiers ont encerclé ma voiture, les armes à feu prêtes. Trente minutes je me suis assis, priant et tremblant, seulement interrompu par l’ordre, « J’AI DIT, NE BOUGEZ PAS ! »

Enfin, « Tout va bien, vous pouvez y aller. » D’un air penaud, j’ai demandé pourquoi. « Oh, vous correspondez à la description d’un voleur de voiture. »

Non coupable… Pas choqué – Pourquoi pas ?

Dans la bijouterie, ils verrouillent le tiroir quand je rentre.

Dans le magasin de chaussures, ils aident l’homme blanc qui vient après moi.

Dans le centre commercial, ils me suivent – dans le centre commercial de Stanford. Le mois dernier, je me suis retourné et j’ai fait face à leur sécurité méfiante : « Vous avez trouvé des voleurs aujourd’hui ? »

Non coupable… Pas choqué – Pourquoi pas ?

Septembre 1991, Tresidder Union, patio arrière. Une femme se débattait avec ses sacs. « Puis-je vous aider, madame ? » « Oh oui s’il vous plait… ATTENDEZ ! Vous êtes noir. » Elle s’est enfuie.

Non coupable… Pas choqué.

Je suis un homme noir. Je mesure un mètre 87 et pèse 100kg, tout comme King. Est-ce que je vous fais peur ? Suis-je une menace ? Votre peur justifie-t-elle vos actions ? Douze personnes l’ont cru.

Homme noir : coupable jusqu’à preuve de son innocence.

Les réactions à mon groupe sont justifiées. La vérification est justifiée. La surveillance est justifiée. L’enquête est justifiée. Cinquante-six coups… Justifié.

Justice ? Mon Dieu…

J’ai obtenu mon diplôme de Stanford en juin dernier – J’étais ravi. J’étais l’un des quatre présidents de ma classe – J’étais fier. À l’automne, j’ai reçu une bourse Rhodes – J’étais proche de l’arrogance.

Mais tard dans la nuit, alors que je marchais dans les rues de Palo Alto, alors que la voiture de police ralentissait en passant devant moi, alors que leurs regards d’acier me rencontraient, j’ai réalisé que pour eux et pour tant d’autres, je suis et peut toujours être un N…. : coupable jusqu’à preuve de son innocence.

J’ai du mal à être articulé, loquace, positif, constructif, mais pour la première fois depuis si longtemps, j’ai perdu le contrôle de mes émotions. Rage, frustration, amertume, animosité, exaspération, tristesse. Les émotions une fois disparues, les émotions une fois canalisées, elles sont maintenant libérées. Pourquoi ?

Non coupable… Pas choqué.

La violence ne m’a pas surpris. Si j’avais été au pouvoir, il ne m’aurait pas fallu trois jours pour appeler la garde nationale. Mais peut-être que lorsque vous êtes déconnecté de la réalité, vous agissez lentement.

Pauvreté, aliénation, éloignement, continuellement aggravés par le racisme, manifeste et institutionnel. Pouvez-vous quitter votre quartier sans être arrêté ? Pouvez-vous obtenir un prêt de votre banque ? Pouvez-vous faire confiance à votre commerce de quartier ?

Pouvez-vous envoyer une ambulance dans votre voisinage ? Pouvez-vous faire venir la police chez vous ? Pouvez-vous obtenir une éducation dans votre école ? Pouvez-vous trouver un emploi ? Pouvez-vous rester en vie après 25 ans ? Pouvez-vous obtenir le respect ? Pouvez-vous être entendu ?

NON ! Pas tant que quelqu’un capte en vidéo un petit aperçu de votre réalité quotidienne et même alors, pouvez-vous obtenir justice ?

Nos centres-villes sont des piles de feuilles sèches et de bois qui attendent une étincelle. Ce n’est qu’un simple feu de camp comparé à l’enfer potentiel qui nous attend. Les conditions empirent et le verdict de Rodney King n’est certainement pas l’injustice la plus flagrante parmi nous.

Pourquoi ai-je perdu le contrôle de mes émotions ? Pourquoi mes mains tremblent-elles pendant que j’écris ? Ce soir, je n’ai pas de réponse.

Mon Dieu… aidez-nous à nous aider avant de courir à notre propre perte.
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Cory Booker, ’91, MA ’92, est un sénateur américain du New Jersey.

Et pourtant, entre temps, nous avons eu ceci… que j’avais publié sur Obama:

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