Archives de catégorie : Innovation

Qu’est-ce que l’innovation ?

Alors, qu’est-ce que l’innovation? J’avais déjà abordé la question en 2015 dans Invention, Entrepreneuriat et Innovation. Mon collègue Federico m’a donné il y a quelques jours une autre définition de l’innovation de Bill Aulet du MIT.

Innovation = Invention * Commercialisation

Vous trouverez la vidéo ici.

Et voici quelques extraits:

Est-ce que cela aurait pu être “L’innovation est synonyme d’invention?” Non, souvent les gens confondent ces deux choses. Elles ne sont pas identiques. L’innovation est quelque chose qui génère de la valeur pour le monde. Cela rend quelque chose plus rapide, meilleur, moins cher. Cela donne une grande satisfaction à quelqu’un. Une invention est une idée, une technologie, un brevet. En soi, elle ne génère pas de valeur. Donc, elles ne sont pas la même chose. Et parfois vous les voyez interchangées. Et ce n’est pas correct.

Donc, l’innovation est synonyme de commercialisation fois l’invention. Et quand on regarde cette équation de l’innovation, quelque chose de valeur, cela nécessite une nouvelle idée. Et puis, il faut que quelqu’un ou une organisation qui commercialise cette idée et créee de la valeur pour le monde. Il est donc important de comprendre qu’une idée en soi n’a pas de valeur. Les idées sont bon marché. C’est la commercialisation, combinée à l’invention, qui les rend extraordinairement précieuces. Auparavant, j’avais l’habitude de dire invention plus commercialisation, en fait, c’est fois. (Pas une addition, une multiplication)

C’est un produit parce que si je n’en ai pas, c’est zéro. Alors, je n’ai aucune innovation. Si je n’ai pas d’idée nouvelle, je ne peux rien commercialiser. Par conséquent, c’est zéro. Si j’ai une invention et pas de commercialisation, je n’ai pas d’innovation. Donc, c’est en fait un produit. C’est, en fait, l’aspect commercial de cette opération qui est très, très difficile.

Si l’on considère l’entreprise la plus innovante au monde à l’heure actuelle, à savoir Apple, les inventions sous-jacentes qui ont créé Apple, les grandes innovations commençant par le Mac, ne sont pas venues d’elle-même. Cela venait en fait de Xerox PARC. C’était des fenêtres, une icône, une souris, un pointeur. Ces inventions, ils les ont commercialisées pour créer de l’innovation, ce qui a créé une valeur formidable sur le marché et pour leurs clients et pour eux-mêmes, leurs investisseurs aussi. De même, après cela, regardez cette autre invention sous-jacente et potentielle, la technologie de l’iPod, le MP3, ne venait pas encore d’Apple. Cela venait de Fraunhofer. Mais ce qui a été formidable pour Apple, c’est la commercialisation pour créer de l’innovation et, encore une fois, créer de la valeur pour leurs clients et leurs actionnaires. Donc, c’est cette définition de l’innovation que nous avons trouvée très utile pour montrer que l’innovation est une combinaison d’une nouvelle idée, d’une nouvelle technologie, mais qui doit alors, être commercialisée et mise en correspondance avec un client dans le monde réel, où elle générera de la valeur.

Merci Federico 🙂

Les utopies du XXIe siècle selon Libero Zuppiroli

Dans son dernier ouvrage en date, Les utopies du XXIe siècle, Libero Zuppiroli fait une présentation originale de ce que j’appelle les excès des promesses de l’innovation. J’en ai fait la brève chronique récemment dans Entreprise Romande et Bernard Stiegler en fait une analyse beaucoup plus pessimiste dans Dans la disruption – Comment ne pas devenir fou ? Une troisième référence très intéressante est l’ouvrage collectif Sciences et technologies émergentes, pourquoi tant de promesses?

Libero Zuppiroli aborde la problématique sous l’angle des utopies et des dystopies en faisant appel au début de son livre à d’anciens auteurs des XVIIIe et XIXe siècle, montrant ainsi que l’optimisme excessif a toujours existé et que son pendant réaliste voire pessimiste l’a aussi toujours accompagné. Flora Tristan en 1840 répond à Sadi Carnot sur les bénéfices de la machine en 1824, Marat en 1774 vient en contrepoint au libéralisme économique de Adam Smith en 1776, et Francis Bacon, dès 1627, rêve de progrès scientifiques et technologiques sans fin. Les promesses utopiques ne sont pas nouvelles!

C’est un livre qu’il faut lire et je vous laisserai découvrir son analyse des promesses dans les domaines des technologies de l’information, de la robotique, de la défense, des imprimantes 3D et des nanotechnologies, de la ville, de l’énergie, de la santé et du big data. Une simple illustration: aux alentours de 2005, les nanotechnologies étaient considérées comme un marché extrêmement prometteur, qui atteindrait 3 000 milliards de dollars en 10 ans. Plus de 10 ans plus tard, le marché se situe autour de 100 millions de dollars… (Pages 125-6)

Je crains pourtant que Libero Zuppiroli ne se fasse pas beaucoup d’illusions sur l’impact de ses analyses. Dans une note sur les auteurs critiques (note 119, page 293), il écrit « il fait partie de ces célèbres intellectuels critiques que la société américaine ne se contente pas seulement de tolérer, mais dont on favorise l’éclosion. Pourtant leurs critiques vis-à-vis du système américain sont acerbes et fondées sur des analyses remarquables. Mais ceux qui possèdent le pouvoir savent bien que, malgré leur réputation internationale, l’audience de ces intellectuels se limite à une faible fraction de personnes convaincues d’avance. Quel que soit leur talent, leur influence sur les masses d’électeurs et d’électrices sera toujours très inférieure à celle des télé-évangélistes. »

Mais je savais Libero Zuppiroli malicieux et sa conclusion me le confirme: cet empire s’effondrera comme ce sont effondrés les empires romain, napoléonien et soviétique. Quand? Nul ne le sait… mais il s’effondrera victime de son Hubris

PS (29 octobre 2018): le lecteur pourrait être aussi intéressé par trois autres critiques du livre:

“Les utopies du XXIe siècle”, un livre qui dénonce le mythe de l’inéluctabilité d’un certain progrès. Philippe Junod, La Méduse.
Les utopies du XXIè siècle de Frédéric Pitaval, Directeur chez IC Eau SA
Les utopies du XXIe siècle, Libero Zuppiroli de Antoine St. Epondyle

Innovations virtuelles ?

Je n’avais pas contribué à Entreprise Romande depuis un moment, ce qui pourrait être la raison de ma relative fatigue face au flux continu d’innovations (virtuelles?). Voici ma dernière contribution…

Lorsque le rédacteur de votre magazine préféré m’a demandé une nouvelle chronique sur l’innovation en évoquant pêle-mêle le bitcoin, l’intelligence artificielle, la protection des données, les GAFAs et la Chine, j’ai été saisi sinon d’un léger vertige, en tout cas d’une certaine lassitude. Il a suffi que j’ajoute à cette liste Fake news, voyages sur Mars ou remplacement de l’homme par la machine pour que ma passion continue pour les startups et l’innovation technologique se transforme en léger cauchemar. Il me semble en effet que plus l’on parle d’innovation et moins on innove réellement.

Quand j’explique mon léger scepticisme à tout interlocuteur, celui-ci commence en général par mentionner le remplacement de la caissière de la Migros par une machine. Je lui rétorque qu’il me semble que c’est nous, acheteurs, qui avons remplacé la caissière. Si les média ont relayé en 2011 l’annonce de Foxconn qu’elle voulait installer un million de robots en 3 ans, menaçant à terme les 1,2 millions d’employés, une recherche en ligne indique aujourd’hui qu’elle a une capacité à installer 10000 robots par an, et toujours le même nombre d’employés.

La Silicon Valley ayant été à l’origine des innovations majeures de ces cinquante dernières années est scrutée plus attentivement. Bien sûr les GAFAs représentent une réelle menace : les deux A deviennent le supermarché du monde alors que G et F les soutiennent à force de publicités basées sur des données que nous avons bien voulu leur donner, les mettant en situation de quasi-monopole. Mais vous avez bien lu, supermarché, publicité. Et c’est ce qu’on appelle des innovations majeures ?

Et que dire du capital-risque mondialisé ? Softbank vient d’annoncer le lancement d’un fonds de 100 milliards, de loin le plus grand jamais constitué. Dans les deux derniers mois, 10 startups de l’internet (dont Dropbox et Spotify) ont annoncé leur intention d’aller en bourse. Les chiffres donnent le vertige : elles ont réalisé 10 milliards de revenus et 2 milliards de pertes au total en 2017, grâce à 4 milliards de fonds levés depuis leur création. Le capital-risque est devenu une machine infernale qui, comme la Chine et les GAFAs, semble inarrêtable. Mais le capital-risque qui finançait en 1976 Genentech et Apple avec quelques millions finance aujourd’hui massivement « l’ubérisation » du monde, nouveau supermarché global, et de moins en moins la « deeptech ». Je vois dans ces tendances une mondialisation accélérée mais peu d’innovations majeures.

Quand je pense aux innovations de demain, je pense à la fusion nucléaire qui résoudra nos problèmes énergétiques, à la recherche sur le sida ou le cancer qui nous débarrassera de ces fléaux comme nous avons pu nous débarrasser des maladies précédentes, je pense à solutions de rupture pour l’eau, l’alimentation, la mobilité. Tom Perkins, grand capital-risqueur de la Silicon Valley, pensait que les innovations de notre temps reposaient sur trois inventions majeures, la machine à vapeur, l’électricité et surtout le transistor qui a rendu possible toutes les technologies qui semblent nous menacer aujourd’hui. Mais où est la prochaine invention ? Je me reconnais dans la phrase de Peter Thiel : « nous voulions des voitures volantes ; à la place, nous avons eu 140 caractères. »

Ne vous méprenez pas, l’innovation a été exceptionnelle au XXe siècle et les développements continuent. En biotechnologie, la technologie Crispr-CAS9 [1] est aussi prometteuse que la révolution génétique des années 70. Trois startups, Crispr Therapeutics, Intellia Therapeutics et Editas Medicine sont entrées en bourse en 2016 et promettent de soigner 10000 maladies. Mais aujourd’hui ces trois sociétés représentent moins de 70 millions de dollars de revenus et plus de 200 millions de pertes en 2017. Nous n’avons pas pour autant encore de thérapie génique ni de médecine personnalisée. L’Alphago de Google a battu le meilleur joueur de go mais les méchantes langues disent que ce n’est que la plus grande puissance de calcul et le plus grand stockage de données des ordinateurs qui a permis pareille performance, mais aucune invention ni intelligence particulière. Dans un contexte plus complexe, la machine ne se mesure pas à l’humain. Et que va réellement nous apporter la multiplication du Big Data ? Mais les promesses des uns aux politiciens et des autres aux actionnaires, amplifiées par les médias, sont parfois une insulte à l’intelligence : pourquoi parasiter l’esprit humain de promesses d’innovations (virtuelles) parfois plus abracadabrantesques les unes que les autres et au final décevantes quand le monde réel est suffisamment complexe et passionnant ?

[1] https://www.investors.com/news/technology/crispr-gene-editing-biotech-companies/

8 mars – Journée internationale des femmes

Sur le point de donner mon cours d’optimisation ce matin, je viens de me rappeler qu’une seule femme a obtenu la médaille Fields. C’était en 2014. Malheureusement, elle est morte d’un cancer l’année dernière.

Maryam Mirzakhani (3 mai 1977 – 14 juillet 2017) est devenue la première iranienne et la première et seule femme à remporter la médaille Fields.

Permettez-moi d’ajouter que dans le domaine de l’optimisation, apparemment, une seule femme a reçu le prix Dantzig, Eva Tardos.

Je dois admettre que je n’ai pas pris le temps de penser à un nom similaire pour les startups et l’innovation. Commentaires bienvenus …

Google n’est plus la source de revenu de licence la plus importante de Stanford

Jusqu’à tôt ce matin, je pensais que la licence Google (c’est-à-dire les droits que l’université de Stanford avait accordés à la startup sur le brevet PageRank) était le plus grand générateur de revenus de licences pour l’université californienne. J’avais tort! Si vous lisez les rapports annuels de l’OTL, son Office of Technology Licensing, par exemple le pdf de son rapport annuel 2016, vous remarquerez que le plus grand générateur de revenus avait une autre source: la propriété intellectuelle / les brevets sur les anticorps monoclonaux. Voici ce que ces rapports disent de la plus grande quantité de revenus pour une année donnée issue d’une seule invention:
2016: $64M
2015: $62,77M
2014: $60,53M
2013: $55M
2012: $51M
2011: $44M
2010: $45M
2009: $38M
2008: $37M
2007: $33,5M
2006: $29M
Ces chiffres donnent un total de $363M et un autre livre mentionne $125M cumulativement avant 2006. Et un document powerpoint plus récent indique que le total des revenus cumulés est de … 613 M $ !!

Pour information, en 2005, le brevet Google a généré $336M suite à l’introduction en bourse de la société. Les rapports de 2004 et de 2003 ne mentionnent pas le montant de la plus grande source de revenu, alors qu’en 2002, il s’agissait de « redevances exceptionnelles de 5,8 millions de dollars » et en 2001, « pour la première fois depuis plus de 20 ans, une invention en physique – un amplificateur à fibre optique – a généré le plus de revenus ».

Comme l’a dit Lita Nelsen du MIT (voir mon article précédent): « Même à l’échelle nationale, vous pouvez montrer que le transfert de technologie est, au mieux, une loterie si vous croyez pouvoir influencer [la situation financière d’une université]. Les principaux gagnants – pas 100 pour cent d’entre eux, mais presque – sont des produits pharmaceutiques. Parce que si un produit pharmaceutique arrive sur le marché, il se situera dans un ordre de grandeur de plusieurs milliards de dollars. L’equity vaut rarement beaucoup, à moins bien sûr que vous puissiez suivre avec des investissements privilégiés. Mais ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire. Toute université qui compte sur son transfert de technologie pour faire un changement important dans ses finances sera statistiquement en difficulté ». Google fut une énorme exception tandis que le brevet autour des anticorps monoclonaux et le brevet Cohen-Boyer sont liés à l’industrie pharmaceutique. regardez la figure suivante extraite du même document powerpoint.

Coïncidence intéressante, je suis en train de lire un livre excellent (plus quand j’aurai terminé) qui décrit les débuts de la Silicon Valley et en particulier la création du bureau de transfert de technologie par Niels Rimers.

Dans Troublemakers, l’auteur Leslie Berlin décrit en détail le brevet Cohen-Boyer. Dans la note 32 (page 450), elle décrit les termes de la licence Cohen-Boyer. Vous pouvez également les trouver dans les leçons de la commercialisation des brevets Cohen-Boyer: Le programme de licences de l’Université de Stanford (Lessons from the Commercialization of the Cohen-Boyer Patents: The Stanford University Licensing Program).

73 entreprises avaient signé le paiement initial initial de $10’000 , mais « dix entreprises à elles seules ont fourni 77% (197 millions $ US) du revenu total des licences » et 3 (Amgen, Genentech et Lily) ont fourni près de 50% du total. Tout cela est bien connu mais je pensais qu’il serait intéressant de bloguer à ce sujet aujourd’hui.

Quelques perspectives de Lita Nelsen (MIT) sur le transfert de technologie universitaire

Je viens de lire une excellente interview de Lita Nelsen, qui a récemment pris sa retraite à la tête du Bureau de Transfert de Technologie du MIT. Vous devriez lire l’interview complète: Exit Interview: Lita Nelsen on MIT Tech Transfer, Startups & Culture. J’avais l’habitude de dire que le MIT était plus conservateur que Stanford, tout comme la région de Boston était connue pour être plus conservatrice que la Californie, mais les choses changent. Alors permettez-moi de mentionner quelques extraits.


Lita Nelsen (anciennement responsable du Bureau de Transfert de Technologie du MIT)

A propos des brevets:

Les brevets sont nécessaires parce que l’idée est de faire en sorte que quelqu’un investisse beaucoup de temps et beaucoup d’argent, si vous réussissez, vous ne voulez pas que l’autre gars, celui qui a les moyens, dise: «Eh bien, merci vous beaucoup. Maintenant que vous avez montré la voie, laissez-nous faire.» Nous utilisons principalement les brevets pour inciter à l’investissement.

A propos des universités ayant un fonds d’investissement:

[Le Bureau de Transfert de Technologie] aide à démarrer environ 25 ou 30 entreprises par an. Dieu sait combien [d’autres entreprises ont démarré sur le campus] en passant par la porte de derrière. Aucun fonds ne pourrait investir autant d’argent dans chacun d’entre eux. Maintenant, imaginons que nous ayons le fonds du MIT et j’investis dans la société A, mais je n’ai pas les ressources pour faire B, ou peut-être pas C. Puis je vais avec C à [une société de capital-risque] et je dis: que pensez-vous de ceux-là » Il y aurait un biais de sélection négatif pour celles dans lesquelles nous n’investirions pas. Donc, mieux vaut laisser un terrain de jeu neutre pour tous ceux qui veulent jouer.

Mais une chose que n’importe quelle institution doit décider est: sommes-nous principalement là pour une retour sur investissement? Ou sommes-nous principalement là pour démarrer des entreprises qui n’auraient pas démarré autrement? Vous recevez généralement un message contradictoire si vous demandez aux gens de quoi il s’agit. Et comme tout le monde le sait, lorsque vous avez des missions mixtes, les choses deviennent très difficiles à gérer.

À propos de la prise de participation dans licences aux startup:

Quel pourcentage de participation le Bureau de Transfert de Technologie prend-il habituellement lorsqu’il entre dans une entreprise? Habituellement dans faibles pourcentages à un seul chiffre, peut-être un peu plus si vous avez une spin-out dans le logiciel. Et ce sont des actions ordinaires.

Si c’est de la recherche intensive – de la biotechnologie, des choses qui nécessitent plusieurs tours de financement – [nos parts] sont habituellement réduites en [minuscules] portions. On fait un peu d’argent. Sauf dans les cas où la bulle de Wall Street est totalement irrationnelle. Même à l’échelle nationale, vous pouvez montrer que le transfert de technologie est, au mieux, une loterie si vous croyez pouvoir influencer [la situation financière d’une université]. Les principaux gagnants – pas 100 pour cent d’entre eux, mais presque – sont des produits pharmaceutiques. Parce que si un produit pharmaceutique arrive sur le marché, il se situera dans un ordre de grandeur de plusieurs milliards de dollars. L’equity vaut rarement beaucoup, à moins bien sûr que vous puissiez suivre avec des investissements privilégiés. Mais ce n’est pas ce que nous sommes en train de faire. Toute université qui compte sur son transfert de technologie pour faire un changement important dans ses finances sera statistiquement en difficulté.

A propos des accélérateurs:

« Est-ce que le MIT a un incubateur? » Et ma réponse classique a été: « Oui, ça s’appelle la ville de Cambridge. »

Le problème avec les accélérateurs est que la définition est devenue aussi large et variée que les incubateurs, qui vont des parcs scientifiques aux petits projets au sein des universités, alors vous ne savez pas ce que signifie le mot jusqu’à ce que vous regardiez en détail. Certains d’entre eux sont des fonds de capital-risque qui attendent un retour sur investissement. Certains d’entre eux sont [financés] par des dons, comme nous l’avons fait avec Deshpande et Harvard avec leur accélérateur.

Il va être intéressant d’examiner les mécanismes que les gens tentent. Parce que le problème est là: comment allons-nous faire à partir du stade où l’université a fait ses recherches et peut-être même la couverture du magazine Science, où quelqu’un va investir dans ce processus de maturation avant qu’il ne se transforme en véritable produit? Comment passez-vous de la boîte de Pétri à des essais cliniques à grande échelle? Vous devez aller assez loin avant que pharma ne le fasse pour vous. Les gens cherchent donc à combler les lacunes tant au sein des universités qu’à l’extérieur des universités.

A propos de l’enseignement de l’entrepreneuriat:

Aujourd’hui, le MIT, qui met l’accent sur l’innovation, investit officiellement dans la formation des étudiants en innovation et en entrepreneuriat, parallèlement à leurs formations techniques intenses. Ce n’est pas «tu vas apprendre à devenir entrepreneur», c’est apprendre la biologie ou la chimie ou l’électrotechnique ou l’informatique, mais tu apprends aussi comment l’entrepreneuriat et l’innovation et le transfert de la technologie sur le marché fonctionnent plutôt que d’apprendre après votre diplôme.

Les bricolages de Robert Noyce – à nouveau!

Je viens de relire The Tinkerings of Robert Noyce (Les bricolages de Robert Noyce) pour des raisons qui ne sont pas directement liées à la Silicon Valley ou aux Start-ups. Il y a quelques jours, j’ai blogué sur un très bon article du New Yorker – Our Town de Larissa MacFarquhar. L’auteur illustre certaines valeurs universelles de l’humanité à travers une petite communauté en Iowa. Et cela m’a rappelé l’article de Tom Wolfe écrit pour le magazine Esquire en 1983. Il commence par: «En 1948, il y avait sept mille personnes à Grinnell, Iowa, dont plus d’une personne qui n’osait pas prendre un verre dans sa propre maison sans baisser les stores auparavant.» Robert Noyce a étudié au Grinnell College, puis au MIT avant de partir vers ce qui deviendrait la Silicon Valley. Grinnell College était très avancé en électronique. Tom Wolfe affirme: « Mais le MIT s’est avéré être un coin perdu… quand il s’agissait de la forme la plus avancée de l’ingénierie, de l’électronique des semi-conducteurs. Grinnell College, avec ses mille étudiants, avait des années d’avance sur le MIT. » Et plus tard, le Grinnell College investirait dans Intel, rendant sa fondation exceptionnellement riche.

J’étais sur le point de bloguer ici sur l’article de Wolfe et j’ai (re)découvert, honte sur moi, que j’avais blogué à ce sujet en 2012! J’avais mentionné le passage sur le Wagon Wheel bar. Le voici à nouveau:

Ou bien il quitterait l’usine et déciderait, peut-être qu’il se rendrait au Wagon Wheel pour prendre un verre avant de rentrer chez lui. Chaque année il y avait un endroit, le Wagon Wheel, Chez Yvonne, Rickey’s, la Roundhouse, où les membres de cette fraternité ésotérique, constituée de jeunes hommes et e de jeunes femmes de l’industrie des semi-conducteurs, se rendaient après le travail pour boire et échanger des histoires de guerre sur les instabilités de phase, les circuits fantômes, les mémoires à bulles, les trains d’impulsions, les contacts sans jonctions, les modes en rafale, les jonctions p-n, les modes veille, les morts-morts, les RAM, NAK, MOS, PROM, et teramagnitudes, c’est-à-dire des multiples d’un million de millions. Alors, il ne rentrerait pas avant neuf heures, le bébé endormi, le dîner froid, sa femme était désabusée, et il restait là et lui serrerait les mains comme s’il faisait une boule de neige imaginaire et essayait de lui expliquer … alors que son esprit se penchait sur d’autres sujets, LSI, VLSI, flux alpha, biais, signaux parasites, et ce petit cookie terasexy de Signetics qu’il avait rencontré au Wagon Wheel, et qui comprenait tout cela.

Voici un autre passage sur les stock options, dont j’ai parlé dans un autre article récent: Rémunération du risque – Un guide sur les stock options par Index Ventures.

Dès le début, Noyce a donné à tous les ingénieurs et à la plupart des employés des stock options. Il avait appris avec Fairchild que dans une entreprise si dépendante de la recherche, les stock options constituaient une incitation plus puissante que le partage des profits. Les personnes qui partageaient les bénéfices voulaient naturellement se concentrer sur des produits déjà rentables plutôt que de se lancer dans des recherches d’avant-garde qui ne seraient pas payantes à court terme, même si elles réussissaient. Mais les détenteurs de stock options ne vivaient que pour les percées en recherche. Les annonces feraient s’envolaient le stock d’une entreprise de semi-conducteurs immédiatement, indépendamment des bénéfices.

Il y aurait tellement plus à dire sur ce merveilleux article sur l’histoire de la Silicon Valley et des Etats Unis. Vous devriez vraiment le lire!

La complexité des politiques d’innovation – l’exemple de la Malaisie

J’ai eu la chance de rencontrer la semaine dernière deux économistes du Fonds Monétaire International qui sont les auteurs du document de travail intitulé The Leap of the Tiger: How Malaysia Can Escape the Middle-Income Trap (Le saut du tigre: comment la Malaisie peut-elle échapper au piège du revenu intermédiaire?). Ce n’est pas directement lié à l’innovation high-tech et je ne suis pas économiste; mon expertise est limitée à la nano-économie des start-up. Cela étant dit, j’ai été très impressionné par l’analyse de Reda Cherif et Fuad Hasanov.

En général, je lis plutôt des livres et articles sur les pays développés et l’entrepreneuriat high-tech, la Silicon Valley bien sûr, mais aussi l’exemple d’Israël, de la Finlande, de la France, du Chili… Lerner, Saxenian et Mazzucato ont été des auteurs importants pour moi. Hasanov et Cherif expliquent comment la Malaisie a tenté de développer son économie et a relativement échoué par rapport à Taiwan et à la Corée. Les raisons sont complexes et la personne intéressée devrait lire leur article.

Ils montrent vraiment la complexité des choses et encore une fois la recette a besoin de beaucoup de réglages, sans garantie de succès. L’ajout du Chili, de la Thaïlande et de la Norvège dans leur analyse la rend vraiment riche. J’ai compris que la combinaison d’un fort soutien étatique (incitations, financement, parfois protection) et de la concurrence dans le secteur privé (création de nombreuses entreprises automobiles coréennes) mettant l’accent sur sa capacité à exporter est très frappante. Pourquoi Nokia a-t-il réussi pendant un certain temps et pas Alcatel est peut-être expliquable avec leurs arguments. Ils mettent également beaucoup l’accent sur la capacité d’innover, indispensable pour permettre les exportations.

Donc, Mazzucato a raison, l’État a un rôle d’entrepreneur, mais les initiatives individuelles semblent être aussi importantes, quelque chose que je n’avais pas nécessairement compris dans le cas de Taiwan et de la Corée. La diaspora d’ingénieurs qui avait étudié et travaillé à l’étranger (aux États-Unis pour la plupart) a joué un rôle déterminant dans le développement économique et l’innovation après leur retour (parfois plusieurs années plus tard) dans leur pays d’origine …

Les inégalités mettent le rêve américain en péril

Comme je suis un grand fan de Piketty et de Harari en plus d’être un fan des start-up, j’ai été attiré par cet article du Stanford Magazine: Ce n’est pas l’économie de vos parents – L’inégalité met le rêve américain en péril. Voici le message le plus frappant:

Selon le document «Fading American Dream», 92 pour cent des personnes nées en 1940 gagnaient plus d’argent à l’âge de 30 ans que leurs parents à l’âge de 30 ans. Seules 50% des personnes nées en 1984 y arrivaient.
[…]
En essayant d’expliquer pourquoi la mobilité est tombée si rapidement, Chetty, Grusky et leur équipe ont considéré deux scénarios « contrefactuels » pour ceux nés dans les années 1980. Le premier suppose une croissance plus élevée du PIB, équivalente à celle observée par ceux nés en 1940, mais réparti comme il l’a été récemment. Le deuxième utilise la croissance du PIB réel pour la cohorte des années 1980, mais suppose une distribution «plus largement partagée». Comme l’explique le document, «le premier scénario agrandit la taille du gâteau économique, en le répartissant selon les proportions [inégalitaires] d’aujourd’hui. Le second maintient la taille du gâteau fixe, mais le divise plus uniformément comme par le passé.
[…]
Le scénario de croissance du PIB plus élevé a augmenté la mobilité – de 62% par rapport à 50%. Mais le scénario de croissance plus largement partagée l’a encore améliorée, augmentant la mobilité à 80 pour cent. Pour atteindre ce niveau de mobilité plus élevé, le seul PIB devrait nécessiter une croissance de 6,4% par an. (Les années récentes ont connu une croissance inférieure à 3% aux États-Unis).
[…]
« Nous avons pu conclure que si vous vous souciez d’une mobilité ascendante, la croissance globale ne suffirait pas à la restaurer; au lieu de cela, la croissance doit être plus équitablement distribuée. »

Les défis de l’innovation

C’est en recevant ce matin un lien d’un article du journal de libération en date du 29 juin 2007 (vous lisez bien, 2007, pas 2017) que j’ai décidé de ce post. L’article s’intitule L’iPhone, sans mobile apparent. Il montre de manière presque hilarante la difficulté de prédire. Alors j’en ai profité aussi pour mettre sur Slideshare une présentation que j’ai faite il y a quelques jours intitulée les défis de l’innovation. Désolé car il n’y a pas l’audio, mais il y a quelques données révélatrices… enfin je crois…

Voici donc quelques extraits de l’article. Sur le marché du mobile tout d’abord: « Apple est modeste. Il ne vise que 1 % du marché du mobile, et ne pense écouler que 10 millions d’iPhones d’ici à la fin de 2008. Le marché du mobile, lui, tourne autour du milliard d’unités écoulées en 2006. […] Un créneau que Nokia a l’intention de solidement occuper. Sur les 350 millions de mobiles Nokia écoulés dans le monde en 2006, 77 millions sont des téléphones baladeurs capables comme l’iPhone de diffuser de la musique. Le finlandais a une bonne longueur d’avance… » Sur les chances d’Apple: « De l’avis des analystes, l’iPhone ne va pas bousculer le jeu. » […] «Apple, en lançant son iPhone, est sur le mode défensif. Il n’avait pas vraiment le choix.» 🙂

Voici donc mes slides. Je vous conseille les slides 6 et 10 de la partie 1, la partie 2 est un recyclage de présentations passées, que j’aime aussi tout particulièrement…