Mythes et réalités des entrepreneurs en série

Voici une nouvelle contribution à Entreprise Romande. C’est un sujet que j’ai déjà abordé ici et j’ai pensé qu’il serait utile de le partager avec une plus large audience grâce à publication de la FER.

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Je me suis toujours méfié du concept de serial entrepreneur ce créateur qui, selon Wikipedia, « produit continument de nouvelles idées et commence de nouvelles entreprises, par opposition à l’entrepreneur typique, qui vient plutôt avec une idée, démarre son entreprise, puis continue à jouer un rôle important dans le fonctionnement au jour le jour de sa société. » Pourquoi un tel biais si l’on considère les parcours exceptionnels de serial entrepreneur comme Steve Jobs (Apple, Next, Pixar), Elon Musk (PayPal, Tesla, SpaceX) ou la quasi- « rock-star » anglaise Richard Branson qui a décliné le mot Virgin dans la musique, la grande distribution, le transport aérien et les communications mobiles ? Parce que par expérience, l’idée de butiner d’une idée à une autre me semble insuffisante si l’on ne consacre pas durablement une énorme énergie à sa commercialisation ? Pas vraiment, puisque les trois exemples cités montrent qu’il peut s’agir, non d’hyper-activité superficielle, mais de succès de produits ou de services consécutifs à un engagement total de leurs créateurs.

Ma méfiance s’est construite avec le temps, car à l’exception de quelques personnages mythiques toujours cités en exemples pour de bonnes raisons, j’ai eu la conviction de « patterns » récurrents que l’exemple de Steve jobs illustre assez bien : il n’aura jamais fait aussi bien qu’avec Apple, sa première création. Il y a quelques années, je me suis attelé à une étude statistique des « performances » de ces serial entrepreneurs en les comparant à leurs plus classiques homologues [1]. L’étude de quelques 450 entrepreneurs en série au sein d’un groupe de plus de 2 700 fondateurs m’avait donné des résultats intéressants : si en moyenne, les entrepreneurs en série font mieux que les autres lors de leur première entreprise (la valeur créée est supérieure avec des investissements moindres), la tendance s’inverse avec les suivantes, et dès la troisième, ils font moins bien en levant plus d’argent auprès de leurs investisseurs. CQFD ! Cette étude était peut-être le résultat d’une situation particulière à la Silicon Valley et Stanford ? Une étude de 2011 sur quelques 600 entrepreneurs britanniques [2] montre que 60% des fondateurs ayant connu l’échec étaient des entrepreneurs en série alors qu’ils représentaient la moitié de l’échantillon. Les auteurs sont connus comme des experts du sujet et leurs nombreuses études ne montrent en tout cas pas que l’expérience représente un véritable avantage.

Si les faits semblent quelque peu saborder le mythe, il est aussi intéressant de poursuivre l’analyse. Un entrepreneur en série, et plus encore s’il a un parcours à succès, aura une énorme confiance en lui et sans doute un pouvoir de séduction conséquent pour attirer investisseurs et talents pour ses futurs projets. Il sera prêt à prendre des risques d’autant plus grands que, comme il a déjà réussi, l’échec aurait, pour lui, un moindre impact financier. Les auteurs de l’étude britannique ajoute que ceux qui ont échoué ont vécu un tel trauma qu’ils refouleront cet échec au point de ne pas apprendre quoi que ce soit de l’expérience…

Quelles leçons en tirer pour ceux – investisseurs ou employés – qui seraient prêts à suivre aveuglément un tel héros ? Sans doute qu’il faut faire preuve d’un peu de prudence et analyser avec un peu de rationalité si le projet a du sens et si son créateur semble un minimum rationnel dans sa vision du développement de ce nouveau projet. En réalité, le succès restera toujours du domaine de l’exception, un alignement improbable des planètes. Un entrepreneur se doit d’être toujours optimiste, mais s’il perd trop de vue ces réalités, son aveuglement pourra lui être fatal. Et je me permets d’ajouter un message pour l’entrepreneur sans expérience : à trop écouter les conseils de ceux qui « sauraient », l’entrepreneur risque d’oublier sa petite voix intérieure, cette intuition si fondamentale à tout créateur. Ce mythe du serial entrepreneur montre peut-être que le talent a plus d’importance que l’expérience…

[1] Serial Entrepreneurs: Are They Better? – A View from Stanford University Alumni – Babson Conference “Frontiers of Entrepreneurship Research” 2012. http://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2133127
[2] Why Serial Entrepreneurs Don’t Learn from Failure. Par Deniz Ucbasaran, Paul Westhead et Mike Wright . https://hbr.org/2011/04/why-serial-entrepreneurs-dont-learn-from-failure

L’A&D de Cisco

En 2009, j’avais analysé la stratégie d’acquisitions et de développement (A&D) de Cisco qui prétendument était un substitut à la R&D. Vous pouvez voir mon article précédent également intitulé l’A&D de Cisco. J’ai décidé de refaire la même analyse, à savoir la taille de Cisco par an (chiffre d’affaires et employés), ainsi que le nombre et la valeur de ses acquisitions. J’ai aussi analysé la situation géographique de ces acquisitions. Les résultats suivent ci-dessous. J’ajoute que la Silicon Valley reste la principale source d’acquisitions. La valeur totale des fusions et acquisitions était environ $75B ($48B jusqu’en 2006 et $27B au cours des 10 dernières années).

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Enfin, voici la liste exhaustive de ces acquisitions (à partir du site web de Cisoc et Wikipedia).

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Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents

Comment est-il possible que j’ai jamais utilisé cette citation quand je parle de ce qui est nécessaire pour l’innovation et l’esprit entrepreneurial. Quel crétin, je suis (parfois …)

« Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents, tous ceux qui voient les choses différemment, qui ne respectent pas les règles… vous pouvez les admirer, ou les désapprouver, les glorifier ou les dénigrer, mais vous ne pouvez pas les ignorer, car ils changent les choses, ils inventent, ils imaginent, ils explorent, ils créent, ils inspirent, ils font avancer l’humanité. Là où certains ne voient que folie, nous voyons du génie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde y parviennent. »

Bien sûr, il est probable que vous sachiez ce que c’est. Et sinon, pas de souci. Voici la vidéo:

Et si vous voulez en savoir plus, consultez Think Different sur Wikipedia

Mais je préfère la version américaine, la voix…

le texte…

Here’s to the crazy ones. The misfits. The rebels. The troublemakers. The round pegs in the square holes. The ones who see things differently. They’re not fond of rules. And they have no respect for the status quo. You can quote them, disagree with them, glorify or vilify them. About the only thing you can’t do is ignore them. Because they change things. They push the human race forward. While some may see them as the crazy ones, we see genius. Because the people who are crazy enough to think they can change the world, are the ones who do

Voici les fous. Les marginaux. Les rebelles. Les fauteurs de troubles. Les chevilles rondes dans les trous carrés. Ceux qui voient les choses différemment. Ils n’aiment pas les règles. Et ils ne respectent pas le statu quo. Vous pouvez les citer, ne pas être d’accord avec eux, les glorifier ou les vilipender. Mais la seule chose que vous ne pouvez pas faire est de les ignorer. Parce qu’ils changent les choses. Ils poussent l’espèce humaine vers l’avant. Alors que certains peuvent les voir comme les fous, nous voyons le génie. Parce que les gens qui sont assez fous pour penser qu’ils peuvent changer le monde, sont ceux qui le font.

et plus encore cette autre voix…

Est-ce que le modèle du capital-risque est brisé?

Il y a (parfois) une relation d’amour-haine entre les entrepreneurs et les investisseurs. En fait, il y a un message récurrent selon lequel le capital-risque (VC) ne fournit plus de réponse aux besoins de nombreuses jeunes start-up. Je ne vais pas entrer dans ce débat car je ne connais pas la réponse. Mais comme j’ai lu récemment quatre articles / rapports différents où la situation actuelle du capital-risque est analysée, j’espère que cet article sera utile pour comprendre pourquoi le VC est autant discuté. Ces rapports sont:
Lessons from Twenty Years of the Kauffman Foundation’s Investments in Venture Capital Funds (published in May 2012)
Emergent models of financial intermediation for innovative companies : from venture capital to crowdinvesting platforms (publised in 2014)
Venture Capital Disrupts Itself: Breaking the Concentration Curse (published in November 2015)
Why the Unicorn Financing Market Just Became Dangerous…For All Involved, published in April 2016.

Le rapport Kauffman

La fondation Kauffman a expliqué en 2012 que les retours sur investissments du capital-risque n’ont pas été aussi bons au cours des 10 dernières années qu’ils l’avaient été dans les années 80 et 90. Le rapport montrent aussi quelque chose qui est assez bien connu, je pense, à svaoir « l’industrie du VC » est beaucoup plus importante aujour’dhui que dans les années 90, mais avec moins de fonds. L’explication est simple: les fonds individuels ont augmenté en taille de 100 millions de dollars environ à plus de un millard. La conclusion de la fondation Kauffman est que les fonds de fonds, fonds de pension, les commanditaires (LPs) doivent faire attention à où et comment ils investissent dans le capital-risque. Voici quelques graphiques fournis dans l’étude.

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L’industrie du VC selon la fondation Kauffman

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La performance du VC selon la fondation Kauffman

En particulier, vous pouvez voir que le TRI (IRR en anglais) est une mesure délicate car elle change au fil du temps (de la valeur maximale à la valeur finale) pendant la durée de vie du fonds. La Kauffamn suggère ce qui suit:
– Investir dans des fonds de capital-risque de moins de 400 millions $, ayant une histoire de performances toujours élevées en comparaison aux marchés publics (PME), et dans lesquels les GPs s’engagent à investir au moins 5 pour cent du capital;
– Investir directement dans un petit portefeuille de nouvelles sociétés, sans être tributaires de frais et carried élevés;
– Co-investir dans des rounds tardifs, côte à côte avec des investisseurs chevronnés;
– Déplacer une partie du capital investi dans le VC vers les marchés publics. Il n’y a pas suffisamment d’investisseurs en capital-risque solides, aux performances supérieures aux marchés publics et capables d’absorber même notre capital limité.

Le rapport Cambridge Associates

Cambridge Associates (CA) ne montre pas une situation très différente, à savoir qu’il y a en effet plus de fonds plus importants avec une performance globale légèrement dégradée. Mais CA a également fait valoir que la performance du VC est pas concentrée dans un petit nombre de gagnants de haut niveau. Voici tout d’avord quelques éléments d’information:

VC2016-3-VCgainsLes gains du VC selon Cambridge Associates

VC2016-4-VCfund sizeLes gains du VC et la taille des fonds selon Cambridge Associates

Cambridge Associates ne dit pas que le monde du VC va bien mais que l’augmentation de la taille des fonds a un impact sur la dynamique d’investissement. Quant aux performances, la figure suivante (tirée d’un autre rapport) illustre à nouveau le fait que la performance peut en effet être un problème…

VC2016-5-IRRsLa performances du VC selon Cambridge Associates

Bill Curley à propos des licornes

Bill Gurley est l’un des meilleurs VCs de la Silicon Valley. Alors s’il a quelque chose à dire au sujet de la crise du VC, nous devrions l’écouter! Aucun graphique dans son analyse, mais une conclusion très préoccupante:

La raison pour laquelle nous sommes tous dans ce gâchis est due aux quantités excessives de capitaux qui sont investis dans les start-up soutenues par le capital-risque. Cette surabondance de capital a conduit à (1) des dépenses record, probablement 5 à 10 fois les montants de la période 1999, (2) des entreprises en majorité opérant loin, très loin de la rentabilité, (3) une concurrence trop intense produite par l’accès au-dit capital, (4) une liquidité retardée, voire inexistante, pour les employés et les investisseurs, et (5) des pratiques (discutables) de sollicitation de collecte de fonds. Plus d’argent ne résoudra aucun de ces problèmes – il ne fera qu’y contribuer. La chose saine qui pourrait arriver serait une augmentation spectaculaire du coût réel du capital et un retour à une appréciation de l’exécution d’un business solide.

Le rapport sur le crowdinvesting

Aussi, quand j’ai découvert récemment le rapport de Victoriya Salomon sur les nouvelles plates-formes de financement, j’ai été intrigué. Que dit-elle? « Le marché mondial du capital-risque souffre de conditions de sortie défavorables reflétée par la baisse du nombre d’IPOs et de fusions et acquisitions des start-up financées par le VC. Cette tendance touche tous les marchés à travers toutes les régions. En Europe, les fonds de VC ont montré moins d’appétit pour le risque en réalignant leurs choix d’investissement sur des entreprises plus matures et générant des revenus. En outre, en raison de la mauvaise performance de nombreux fonds de capital-risque au cours des six dernières années, ils ont du mal à lever de nouveaux fonds, alors que les investisseurs institutionnels, déçus par les faibles rendements, montrent une préférence pour les grands fonds les plus preformants avec une histoire de performances parfaite. Ce ralentissement affecte particulièrement les investissements traditionnels en capital-risque, alors que, dans le même temps, la part du capital-risque géré par des entreprises a augmenté de manière significative; elle était supérieure à 15% de tous les investissements en capital-risque à la fin de 2012. En Suisse, le marché du capital-risque a également connu une phase de déclin et perdu du terrain dans le financement de l’innovation. En fait, les acteurs suisses du VC souffrent d’un manque de capitaux et peinent à lever de nouveaux fonds. Selon la Commission suisse pour la technologie et l’innovation, le montant du capital de risque investi en Suisse a montré une baisse inquiétante d’environ 40% au cours des cinq dernières années. [Aussi] les investissements en capital-risque au stade précoce des start-up ont chuté de plus de 50% de 161 milliards € en 2011 à 73 milliards € en 2012. En revanche, participations au « stade ultérieur » ont augmenté de plus de 50% en 2012 pour atteindre 77 milliards € contre 34 milliards € en 2011. Bien que le nombre de transactions à un stade précoce soit en baisse, les périodes d’investissement ont tendance à devenir plus longues (7 ans au lieu de 4-5) et le gain en capital plus faible. »

Donc, l’analyse est très similaire. Le monde du VC a connu des transformations majeures. L’auteur estime qu’une solution pourrait être l’émergence de nouvelles plates-formes, telles que crowdinvesting, qui peut être décrit comme du crowdfunding en actions pour les start-ups. Ceci est en effet un argument intéressant. IL s’agirait d’un moyen d’élargir et d’étendre géographiquement l’activité des business angels. Maintenant, il se pourrait être aussi que nous avons juste besoin de revenir à l’essentiel, à savoir moins d’argent avec de plus petits fonds, et d’investir à nouveau, comme dans les années 80 et au début des années 90 dans des start-up plus économes… Quelle que soit la réponse, l’analyse semble cohérente: le monde VC s’est transformé dans une direction (moins de fonds, mains chacun plus gros, aux Etats-Unis principalement) qui ne peut ne pas être bonne pour un monde où beaucoup de nouvelles start-up apparaissent partout sur la planète, pas seulement dans la Silicon Valley, avec des besoins relativement modestes…

Et alors?

Tout d’abord si tout cela vous a semblé ellipitique, voire cryptique, lisez les rapports, ils sont excellents. Ensuite, dans une récente interview, j’ai expliqué que l’argent est nécessaire, mais trop d’argent peut être dangereux. Voilà, je pense que c’est le message principal… vous pouvez lire la suite ci-dessous si vous voulez avoir mon point de vue…

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« Une bonne idée potentiellement dangereuse »
Ancien capital-risqueur, Hervé Lebret est aujourd’hui chargé des Innogrants (fonds d’amorçage) à l’EPFL.
Que pensez-vous de la proposition de créer un Fonds avenir suisse ?
Cela peut être une bonne idée, mais seulement à certaines conditions. Il faut qu’il puisse embaucher des gestionnaires très talentueux, car il s’agit d’un métier extrêmement complexe. C’est ce qu’a fait Israël: lorsqu’elle a créé ses fonds de capital-risque, elle a fait venir des gestionnaires américains expérimentés. Sans les bonnes personnes, c’est la catastrophe assurée. Et il faut que le fonds ait la liberté d’investir partout, et pas seulement en Suisse. Si on veut un fonds qui n’investisse que dans des start-ups suisses, on risque de ne créer que de la médiocrité.
Pourquoi ?
Parce qu’aucun fonds européen ne peut prospérer en n’investissant que dans son pays. C’est une question d’échelle. Seule la Sillicon Valley a une masse critique suffisante. Le modèle du capital risque californien, c’est de perdre de l’argent dans la plupart des placements et de se refaire grâce à un succès fulgurant, du type Google ou Airbnb. Or, il faut dix mille idées pour créer mille entreprises, dont cent vont croître, dix auront du succès et une seule deviendra Google ou Airbnb. Il faut pouvoir en sortir une tous les cinq ans et la Suisse n’a tout simplement pas la masse critique nécessaire. Et il est dangereux de trop se focaliser sur l’argent.
Comment cela ?
Oui. L’argent est une condition nécessaire, mais pas suffisante du succès. Il nécessite des fonds, mais aussi du talent, un marché, un produit, de l’ambition. Ce n’est pas parce qu’on met de l’argent à disposition des start-ups que le succès va venir – les autres ingrédients doivent également être présents. C’est vrai que la Suisse manque de capital risque, mais ce n’est pas cela qui explique que les Google, Apple ou Amazon ne sont pas nés ici. C’est à mon sens plutôt une question culturelle. Nous manquons d’ambition et d’esprit de rébellion. Et c’est le seul facteur qui ne peut pas être décrété par les autorités. Les entrepreneurs se contentent de viser la création d’une firme viable, de taille modeste, dont ils gardent le contrôle. En Suisse, les start-ups créent moins d’emploi que McDonalds. Neil Rimer (co-fondateur de la société de capital-risque Index Ventures, ndlr) écrivait il y a deux ans: « nous, et d’autres investisseurs européens sommes perpétuellement à la recherche de projets d’envergure mondiale émanant de la Suisse. A mon avis, il y a trop de projets manquant d’ambition soutenus artificiellement par des organes — qui eux aussi manquent d’ambition — qui donnent l’impression qu’il y a suffisamment d’activité entrepreneuriale en Suisse. » Je suis parfaitement d’accord.

L’innovation réclame de la rébellion

Voici un article qui m’avait été demandé par une news letter du ministère de la défense en France. Je la reproduis intégralement.

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L’innovation réclame de la rébellion

Sans capacité de remise en cause courageuse du statuquo, les organisations finissent par mourir.

L’innovation requiert savoir-faire et capital, mais sans un esprit d’aventurier, sans prise de risque, l’échec est paradoxalement plus souvent au rendez-vous. L’innovation ne se décrète pas et même si l’on en connaît les ingrédients, personne ne possède la recette du succès…

Dans une magnifique analyse des ingrédients nécessaires aux écosystèmes innovants [1], Nicolas Colin, co-fondateur de The Family explique que le succès de l’innovation passe par un délicat équilibre entre talent (visionnaire), investissement (intelligent) et esprit de rébellion. Il ne fait que reprendre brillamment les arguments d’un Paul Graham, fondateur de Ycombinator dans la Silicon Valley qui décrit sa région comme la rencontre incongrue de riches et de nerds ou ceux d’un ouvrage plus sérieux du professeur Martin Kenney qui affine l’analyse en donnant une liste de cinq composants nécessaires: des centres de recherche où les idées émergent, du capital-risque qui permet le développement des idées, du savoir-faire technique pour réaliser les produits (et services), du savoir-faire business pour les marqueter et les vendre mais enfin et surtout un esprit de pionnier qui encourage la prise de risque sans stigmatiser l‘échec.

L’Europe est très en retard dans l’innovation technologique.

J’ai quitté la fonction publique de mon beau pays en 1997 après avoir découvert ce qu’était la Silicon Valley pendant mes études. En France, mes amis et collègues préféraient une carrière dans l’administration ou le secteur privé plutôt que l’aventure de la recherche scientifique, je ne parle même pas d’entrepreneuriat, qui, j’en suis persuadé, était tout simplement inconnu de la plupart des ingénieurs. Pendant six ans dans le capital-risque, j’ai fait un constat à peu près similaire à l’échelle de l’Europe. Seules les régions de Boston et de Tel Aviv pouvaient être comparées à la côte ouest américaine. J’ai alors décidé de rejoindre l’EPFL pour y faire depuis 10 ans un travail de fourmi sur les changements culturels indispensables à une véritable culture de l’innovation

La Suisse modèle d’innovation pour l’Europe ?

Dans l’article cité plus haut, Colin explique que l’Allemagne souffre d’une absence totale de rébellion alors que savoir-faire et capital sont disponibles en quantité et en qualité. La Suisse est un modèle économique très semblable. J’ai découvert à l’EPFL une université riche qui a su recruter les meilleurs talents dans le monde entier. Le résultat est un classement des plus honorables dans les rankings universitaires. Mais les chiffres sont à lire avec prudence. Le classement de la Suisse au sommet de l’innovation mondiale est plus le signe de l’alliance parfaite du savoir-faire et du capital que d’une capacité à produire du nouveau. Economie efficace, sans doute, innovante, moins sûr…

L’EPFL produit une quinzaine de spin-off par an. Ces dernières années, ces start-up auront levé une centaine de millions d’euros par an. Une petite dizaine de sorties récentes (ventes à Intel, Dailymotion et d’autres) montrent que l’effort commence à payer. Mais aucune des « unicorns » que la Silicon Valley créée par dizaines. Il y a dix ans, consciente qu’elle pouvait faire plus encore, l’EPFL a créé les Innogrants, un fonds de pré-amorçage soutenant pendant un an les jeunes chercheurs et étudiants ayant des projets de start-up. Parce que l’argent n’est pas le seul ingrédient nécessaire, nous avons aussi lancé des cycles de conférences ou entrepreneurs et investisseurs viennent partager leur expérience, avec l’espoir qu’ils contamineront notre communauté avec le virus entrepreneurial.

Les résultats sont prometteurs mais fragiles. On ne fait jamais assez pour encourager une culture d’innovation. Nous faisons voyager nos apprentis-entrepreneurs aux USA et en Chine. Nous avons créé en 2013 un « open-space », La Forge, pour favoriser la rencontre de ces jeunes. En 2014, nous avons lancé un programme d’échange avec trois autres universités technologiques, l’European Venture Program, financé par Bruxelles et notre région envoie des jeunes de moins de 25 ans découvrir la Silicon Valley.

La Silicon Valley augmente son avance sur le reste du monde

Il ne faut toutefois ne pas se bercer d’illusions. Même si la France et la Suisse ont enfin pris la mesure des enjeux et des défis, même si l’EPFL à petite échelle montre la voie, même si la région parisienne montre avec Criteo ou BlaBlaCar que des entrepreneurs ambitieux peuvent s’exprimer, pourtant Colin considère que l’Europe échoue encore et il dénonce la toxicité de ceux qui se croient des amis et soutiens de l’innovation. « En France, on ne mélange pas les trois ingrédients. Capitalistes, ingénieurs et rebelles sont là, mais ils ne vivent pas dans le même monde et se méfient souvent ouvertement les uns des autres. » En France comme en Suisse, l’entrepreneuriat est encore éteint par le capital et le savoir-faire…

La Silicon Valley n’est pas que le financement spéculatif de nouveaux modèles d’affaires innovants comme l’illustrent les Uber, Airbnb et bien d’autres. Elon Musk est le nouveau Steve Jobs, le nouveau rebelle, l’innovateur du XXIe siècle avec Tesla, SpaceX et SolarCity. L’innovation y est diverse, riche et soutenue dans toutes ses composantes. Certes l’Europe fait des efforts louables mais je ne vois pas de réponses à la hauteur de ces nouveaux enjeux ni en France ni en Europe. Je crains que la prise de conscience nécessaire reste à faire et je vous encourage une dernière fois à lire Nicolas Colin !

[1] Voir https://medium.com/welcome-to-thefamily/what-makes-an-entrepreneurial-ecosystem-815f4e049804#.rzz89gicq et également un article de blog plus ancien Les ingrédients d’un écosystème entrepreneurial selon Nicolas Colin

Les start-up CRISPR

Il n’y a pas beaucoup de semaines, pour ne pas dire de jours, sans qu’on puisse lire quelque chose de nouveau à propos de CRISPR. Je dois admettre que je ne connais pas grand-chose au sujet compte tenu de mon incompétence totale en matière de santé. Mais quand j’ai entendu qu’il y avait une bataille autour de la propriété intellectuelle entre universités (voir Bitter fight over CRISPR patent heats up par exemple) et que des start-up sont déjà entrées dans ce domaine de recherche pourtant récent, au point que l’une est déjà cotée en bourse et une autre en a l’intention prochaine, mon intérêt a été stimulé… Je me devais donc regarder un peu plus les entreprises les plus visibles, et vous savez quoi… j’ai pu construire leur table de capitalisation… les voici:

– Editas Medicine
Crisper-Editas

– Intellia Therapeutics
Crisper-Intellia

– Crispr Therapeutics
Crisper-Crispr

Des choses intéressantes à noter, au moins pour moi ? Ce sont de jeunes entreprises (moins de 3 ans), elles ont levé beaucoup d’argent, au moins $50M chacune. Elles ont des investisseurs très réputés: Polaris, Third Rock & Flagship pour Editas; Atlas & Orbimed pour Intellia et Versant, NEA, Abingworth & SROne pour CRISPR Therapeutics. Les fondateurs sont déjà très dilués (ils ont tous moins de 15% en tant que groupe dans chacune). Autres commentaires bienvenus!

Comment devenir une plaque tournante pour les start-up?

C’est le sujet que le génialissime Paul Graham aborde dans le discours intitulé How to Make Pittsburgh a Startup Hub, discours dont il vient de publier une version écrite sur son blog. Je dis génialissime parce qu’à chaque fois, que je le lis, je suis enthousiasmé par la simplicité de ses messages souvent contre-intuitifs. Ainsi dans How to be Silicon Valley?, il affirmait « Peu de start-up se créent à Miami, par exemple, parce que même s’il y a beaucoup de gens riches, il y a peu de nerds. Ce n’est pas un endroit pour les nerds. Alors que Pittsburgh a le problème inverse: beaucoup de nerds, mais peu de gens riches. » Il est pourtant revenu à Pittsburgh en donnant sa recette, du moins des pistes pour devenir une plaque tournante pour les start-up.

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Image empruntée à Zak Slayback

J’ai décidé de traduire plus bas l’intégralité de son discours, mais voici quelques extraits qui montrent que tout est culturel et qu’il faut avant tout une attitude accueillante et libérale, voire de laisser-faire: « Et ce n’est pas comme si vous aviez à faire des sacrifices douloureux dans l’intervalle. Pensez à ce que j’ai suggéré. Encouragez les restaurants locaux, préservez des bâtiments anciens, profitez de la densité, faire de CMU la meilleure des universités, promouvez la tolérance. Ce sont les choses qui font qu’il fait bon vivre à Pittsburgh aujourd’hui.Tout ce que je veux dire est que vous devez amplifier toutes ces choses. »

Quant aux universités, il explique: « Qu’est-ce que CMU peut faire pour aider Pittsburgh à devenir une plaque tournante entrepreneuriale ? Etre une meilleure université de recherche encore et encore. […] Etre ce genre d’aimant pour les talents est la plus importante contribution que les universités peuvent faire pour rendre leur ville un centre pour les start-up. En fait, c’est pratiquement la seule contribution qu’elles peuvent avoir. Mais attendez, les universités ne devraient-elles pas mettre en place des programmes avec des mots comme « innovation » et « entrepreneuriat » ? Non, elles ne le devraient pas. Ce genre de choses est presque toujours sujet de déceptions. […] Et la façon de découvrir l’esprit d’entreprise est de le pratiquer, ce que vous ne pouvez pas faire à l’école. Je sais que cela peut décevoir certains administrateurs d’apprendre que la meilleure chose qu’une université peut faire pour encourager les start-up est d’être une grande université. C’est comme dire à des gens qui veulent perdre du poids que la façon de le faire est de manger moins. […] Les universités sont parfaites pour réunir des fondateurs, mais au-delà de cela, la meilleure chose qu’elles puissent faire est de se retirer. Par exemple, en ne revendiquant pas de droits sur la « propriété intellectuelle » que les étudiants et les professeurs développent, et en ayant des règles libérales au sujet de l’admission et des congés différés.[…] Mais si une université voulait vraiment aider ses étudiants à lancer des start-up, les données empiriques […] suggèrent que la meilleure chose à faire est littéralement rien. »

Et maintenant, une longue parenthèse. Ce texte m’a rappelé le texte d’une autre génie de la Silicon Valley, Steve Jobs. « Si vous regardez un peu en arrière, il y a deux ou trois choses. Le mouvement Beatnik a commencé à San Francisco. C’est une chose assez intéressante à noter. C’est le seul endroit des États Unis où le Rock’n’roll a vraiment eu lieu. N’est-ce pas ? La plupart des groupes du pays, Bob Dylan dans les années 60, je veux dire, ils sont tous venus d’ici. Je pense à Joan Baez, Jefferson Airplane, les Grateful Dead. Tout est venu d’ici, Janis Joplin, Jimmy Hendrix, tous. Pourquoi ? Vous avez aussi Stanford et Berkeley, deux universités extraordinaires qui attirent les gens brillants de toute la planète et leur font découvrir une région belle et ensoleillée, où ils trouvent d’autres gens intelligents et aussi une nourriture excellente. Et aussi beaucoup de drogue à une certaine époque. Alors ils sont restés. Il y a beaucoup de richesse humaine qui se déverse dans la région. Des gens très brillants. Les gens semblent plutôt brillants ici en comparaison au reste du pays. Ils sont plutôt plus ouverts aussi. Je crois que la région est unique et elle a une histoire qui le montre bien. Tout cela attire plus de monde. Je donne aussi un grand crédit, peut-être le plus grand crédit, à Stanford et Berkeley. »

La dernière contribution de Paul Graham est à lire absolument. Comme d’habitude, c’est long, provocateur, dérangeant et totalement convaincant… Voici donc le texte intégral:

Comment faire de Pittsburgh une plaque tournante pour les start-up?

Avril 2016

(Voici une conférence que [Paul Graham a] j’ai donnée lors d’un événement appelé Opt412 à Pittsburgh. Une grande partie de celle-ci applique à d’autres villes. Mais pas toutes, parce que, comme je le dis dans le discours, Pittsburgh a des avantages importants par rapport à la plupart des possibles clusters de start-up.)

Que faudrait-il pour faire de Pittsburgh une plaque tournante des start-up, comme la Silicon Valley? Je crois comprendre Pittsburgh assez bien, parce que j’ai grandi ici, à Monroeville. Et je comprends la Silicon Valley assez bien parce que c’est là où je vis aujourd’hui. Pouvez-vous obtenir ce genre d’écosystème entrepreneurial ici [chez vous] ?

Lorsque j’ai accepté de parler ici, je ne pensais pas que je serais en mesure de donner un discours très optimiste. Je pensais que je serais capable de dire ce que Pittsburgh pourrait faire , mais tout au conditionnel, pour devenir une plaque tournante des start-up. Mais en fait, je vais parler de ce que Pittsburgh peut vraiment faire.

Ce qui a changé mon état d’esprit est un article que j’ai lu dans la section « alimentation » du New York Times. Le titre était « Le boom alimentaire de Pittsburgh axé sur les jeunes. » Pour la plupart des gens, cela pourrait sembler sans intérêt, et encore moins un sujet lié aux start-up. Mais cela a été pour moi une révélation de lire ce titre. Je ne crois pas que j’aurais pu choisir sujet plus prometteur si je l’avais voulu. Et quand j’ai lu l’article, je fus encore plus excité. Ainsi il est écrit: «les personnes âgées de 25 à 29 ans représentent maintenant 7.6% de tous les résidents, en hausse de 7% il y a environ une dizaine d’années. » Wow, me suis-je dit, Pittsburgh pourrait être le prochain Portland. La ville pourrait devenir l’endroit cool où tous les jeunes adultes veulent aller vivre.

Quand je suis arrivé ici il y a quelques jours, j’ai pu sentir la différence. J’ai vécu ici de 1968 à 1984. Je ne le savais pas à l’époque, mais pendant toute cette période, la ville était en chute libre. En plus de la fuite vers les banlieues qui se produisit partout, les industries de l’acier
et du nucléaire étaient en train de mourir. Mais les choses sont différentes aujourd’hui. Ce n’est pas seulement que le centre-ville semble beaucoup plus prospère, mais il y a une énergie qui n’existait pas quand j’étais gamin.

Quand j’étais un enfant, c’était un endroit que les jeunes quittaient. Maintenant, c’est un endroit qui les attire.

Qu’est-ce que cela a à voir avec les start-up ? Les start-up sont faites de personnes, et l’âge moyen des personnes dans une start-up typique est justement de 25 à 29 ans.

J’ai vu la puissance pour une ville d’avoir ces gens. Il y a cinq ans, ils ont déplacé le centre de gravité de la Silicon Valley de la péninsule vers San Francisco. Google et Facebook sont sur la péninsule, mais la prochaine génération des grands gagnants sont tous à SF. La raison pour laquelle le centre de gravité s’est déplacé est la guerre pour les talents, pour les programmeurs en particulier. La plupart des 25-29 ans veulent vivre dans la ville, et non pas dans les banlieues ennuyeuses. Alors qu’ils le veuillent ou non, les fondateurs savent qu’ils doivent être dans la ville. Je connais plusieurs fondateurs qui auraient préféré vivre dans la vallée proprement dite, mais qui se sont déplacés à SF parce qu’ils savaient sinon qu’ils perdraient la guerre des talents.

Donc, être un aimant pour les personnes dans la vingtaine est une chose très prometteuse. Il est difficile d’imaginer un lieu devenant une plaque tournante pour les start-up sans être aussi cela. Quand je lis cette statistique sur le pourcentage croissant des 25-29 ans, j’ai eu exactement le même sentiment d’excitation que quand je vois les graphiques qui commencent à se glisser vers le haut depuis l’axe des x.

À l’échelle nationale, le pourcentage des 25-29 ans est de 6.8%. Cela signifie que vous êtes .8% au-dessus [à Pittsburgh]. La population est de 306 000, nous parlons d’un surplus d’environ 2 500 personnes. C’est la population d’une petite ville, et c’est juste l’excédent. Donc, vous avez un avantage. Maintenant, vous avez juste à le développer.

Et bien que le « boom alimentaire axé sur les jeunes » peut paraître un concept frivole, ce n’est pas du tout le cas. Les restaurants et cafés sont une grande partie de la personnalité d’une ville. Imaginez, vous marchez dans une rue de Paris. Qu’est-ce que vous voyez ? Les restaurants et cafés. Imaginez que vous conduisez dans une quelconque banlieue déprimante. Que voyez-vous ? Des Starbucks et des McDonalds et des Pizza Hut. Comme l’a dit Gertrude Stein, il n’y a pas d’ici, là-bas. Vous pourriez être partout.

Ces restaurants et cafés indépendants ne sont pas seulement là pour nourrir les gens. Ils font d’un là, un ici.

Voici donc ma première recommandation concrète pour transformer Pittsburgh en la prochaine Silicon Valley: faire tout votre possible pour encourager ce boom alimentaire axé sur les jeunes. Que pourrait faire la ville? Traiter les personnes qui lancent ces petits restaurants et ces cafés comme vos clients, et allez leur demander ce qu’ils veulent. Je peux deviner au moins une chose qu’ils pourraient vouloir: un processus d’autorisation rapide. San Francisco vous a laissé une énorme chance pour la battre dans ce domaine.

Je sais que les restaurants ne sont pas le principal moteur bien sûr. Le moteur principal, que l’article du Times a mentionné, est un logement abordable. C’est un gros avantage. Mais cette expression « logement abordable » est un peu trompeuse. Il y a beaucoup d’endroits qui sont moins chers. Ce qui est spécial à propos de Pittsburgh n’est pas que c’est abordable, mais que c’est un endroit abordable où vous avez réellement envie de vivre.

Une partie tient aux bâtiments eux-mêmes. Je me suis rendu compte, il y a longtemps, quand j’étais un pauvre et jeune adulte moi-même, que les meilleurs plans étaient des endroits qui avaient été chers autrefois, puis sont devenus pauvres. Si un endroit a toujours été cher, il est agréable mais trop cher. Si un endroit a toujours été pauvre, il n’est pas cher, mais déprimant. Mais si un lieu était cher autrefois et est ensuite devenu abordable, vous pouvez trouver des palais à des prix abordables. Et voilà ce qui amène les gens ici. Lorsque Pittsburgh était riche, il y a cent ans, les gens qui vivaient ici ont construit de grands bâtiments solides. Pas toujours du meilleur goût, mais certainement solides. Voici donc un autre conseil pour devenir une plaque tournante pour l’entrepreneuriat : ne pas détruire les bâtiments qui font venir les gens ici. Quand les villes sont sur le bon chemin, comme Pittsburgh l’est maintenant, les développeurs foncent pour démolir les vieux bâtiments. Ne laissez pas cela se produire. Focalisez-vous sur la préservation historique. Les grands projets de développement immobilier ne sont pas ce qui amène les jeunes ici. Ils sont à l’opposé des nouveaux restaurants et cafés; ils retirent sa personnalité à la ville.

Les données empiriques suggèrent que vous ne pouvez pas être trop strict sur la préservation historique. Mais plus les villes sont strictes à ce sujet, mieux elles semblent s’en sortir.

Mais l’attractivité de Pittsburgh ne tient pas seulement aux bâtiments eux-mêmes, mais à ses quartiers. Comme San Francisco et New York, Pittsburgh a la chance d’être une ville antérieure à l’automobile. Elle n’est pas trop étalée. Parce que ces 25-29 ans n’aiment pas conduire. Ils préfèrent la marche ou le vélo, ou prendre les transports en commun. Si vous avez été à San Francisco récemment, vous ne pouvez pas ne pas remarquer le grand nombre de cyclistes. Et ce n’est pas juste une mode que les jeunes ont adopté. A cet égard, ils ont découvert une meilleure façon de vivre. Les hipsters passeront, mais pas les vélos. Les villes où vous pouvez vous déplacer sans conduire sont juste meilleures. Point. Donc, je vous suggère de faire tout votre possible pour tirer profit de cela. Comme pour la préservation historique, il semble impossible toutefois d’aller trop loin.

Pourquoi ne pas faire de Pittsburgh la ville la plus accueillante du pays pour les piétons et les cyclistes ? Voyez si vous pouvez aller assez loin au point de rendre San Francisco ringarde en comparaison. Si vous le faites, il est très peu probable que vous le regretterez. La ville sera comme un paradis pour les jeunes que vous voulez attirer. S’ils la quittent toutefois pour obtenir un emploi ailleurs, ce sera avec regret de laisser derrière eux un tel endroit. Et quel est le risque ? Pouvez-vous imaginer un titre « Une ville ruinée d’avoir été trop favorable aux cyclistes ? » Cela ne se produit jamais.

Donc, supposons que les vieux quartiers sympas et les petits restaurants sympas font de vous la prochaine Portland. Cela sera-t-il suffisant ? Cela vous mettra dans une meilleure situation que celle de Portland, parce que Pittsburgh a quelque chose que Portland n’a pas : une université de recherche de premier ordre. CMU [Carnegie Mellon] plus les petits cafés signifie que vous avez plus que des hipsters buvant des lattés. Cela signifie que vous avez des hipsters buvant des lattés tout en parlant de systèmes distribués. Maintenant, vous vous rapprochez vraiment de San Francisco.

En fait, vous êtes mieux que San Francisco dans un sens, parce que la CMU est au centre-ville, mais Stanford et Berkeley sont dans les banlieues.

Qu’est-ce que CMU peut faire pour aider Pittsburgh à devenir une plaque tournante entrepreneuriale ? Etre une meilleure université de recherche encore et encore. CMU est l’une des meilleures universités du monde, mais imaginez ce que les choses seraient si elle était la meilleure, et que tout le monde le savait. Il y a beaucoup de gens ambitieux qui doivent se rendre au meilleur endroit, là où il est, – et même si c‘est en Sibérie. Si CMU était cet endroit, ils seraient tous venus ici. Il y aurait des enfants au Kazakhstan rêvant de vivre un jour à Pittsburgh.

Être ce genre d’aimant pour les talents est la plus importante contribution que les universités peuvent faire pour rendre leur ville un centre pour les start-up. En fait, c’est pratiquement la seule contribution qu’elles peuvent avoir.

Mais attendez, les universités ne devraient-elles pas mettre en place des programmes avec des mots comme « innovation » et « entrepreneuriat » ? Non, elles ne le devraient pas. Ce genre de choses est presque toujours sujet de déceptions. Elles visent les mauvaises cibles. La manière d’obtenir l’innovation est de ne pas viser l’innovation, mais de viser quelque chose de plus spécifique, comme de meilleures batteries ou une meilleure impression 3D. Et la façon de se découvrir l’esprit d’entreprise est de le pratiquer, ce que vous ne pouvez pas faire à l’école.

Je sais que cela peut décevoir certains administrateurs d’apprendre que la meilleure chose qu’une université peut faire pour encourager les start-up est d’être une grande université. C’est comme dire à des gens qui veulent perdre du poids que la façon de le faire est de manger moins.

Mais si vous voulez savoir d’où les start-up viennent, examinez les preuves empiriques. Regardez les histoires des start-up les plus connues, et vous trouverez qu’elles grandissent organiquement d’un couple de fondateurs qui bâtissent quelque chose et qui commence comme un projet secondaire intéressant. Les universités sont parfaites pour réunir des fondateurs, mais au-delà de cela, la meilleure chose qu’elles puissent faire est de se retirer. Par exemple, en ne revendiquant pas de droits sur la « propriété intellectuelle » que les étudiants et les professeurs développent, et en ayant des règles libérales au sujet de l’admission et des congés différés.

En fait, l’une des choses les plus efficaces qu’une université puisse faire pour encourager les start-up est une forme élaborée de retrait inventée par Harvard. Harvard avait l’habitude de placer les examens de la session d’automne après Noël. Au début de Janvier, ils avaient quelque chose appelé « période de lecture » où vous étiez censé étudier pour les examens. Et Microsoft et Facebook ont quelque chose en commun que peu de gens savent: elles ont toutes deux commencé pendant la période de lecture. C’est la situation parfaite pour produire ce genre de projets parallèles qui se transforment en start-up. Les étudiants sont tous sur le campus, mais ils n’ont rien à faire parce qu’ils sont censés étudier pour les examens.

Harvard peut avoir supprimé cette occasion, car il y a quelques années ils ont déplacé les examens avant Noël et raccourci la période de lecture de 11 jours à 7. Mais si une université voulait vraiment aider ses étudiants à lancer des start-up, les données empiriques, pondérées par la capitalisation boursière, suggèrent que la meilleure chose à faire est littéralement rien.

La culture de Pittsburgh est un autre de ses points forts. Il semble qu’une ville doit être socialement très libérale pour être une plaque tournante pour les start-up, et la raison en est assez simple. Une ville doit tolérer l’étrangeté pour être accueillante pour les start-up, parce que les start-up sont si étranges. Et vous ne pouvez pas choisir d’autoriser seulement les formes d’étrangeté qui vont se transformer en grandes start-up, parce que tout est mélangé. Vous devez tolérer toutes les étrangetés.

Cela exclut immédiatement une grande partie des USA. Je suis optimiste, cela ne concerne pas Pittsburgh. Une des choses dont je me souviens pour avoir grandi ici, même si je ne savais pas à l’époque qu’il y avait quelque chose d’inhabituel à ce sujet, est la façon dont les gens s’entendaient. Je ne sais toujours pas pourquoi. Peut-être l’une des raisons était que tout le monde se sentait comme un immigrant. Quand j’étais un enfant à Monroeville, les gens ne se disaient pas américains. Ils se sentaient italiens ou serbes ou ukrainiens. Imaginez ce que ce devait avoir été ici il y a une centaine d’années, quand les gens affluaient de vingt pays différents. La tolérance était la seule option.

Ce dont je me souviens de la culture de Pittsburgh est qu’elle était à la fois tolérante et pragmatique. Voilà comment je décrirais la culture de la Silicon Valley aussi. Et ce n’est pas une coïncidence, parce que Pittsburgh était la Silicon Valley de son temps. C’était une ville où les gens bâtissaient de nouvelles choses. Et alors que les choses que les gens bâtissaient ont changé, l’esprit que vous deviez avoir pour ce genre de travail est resté le même.

Ainsi, même si un afflux de hipsters buveurs de lattés peut être gênant à certains égards, je crois qu’il faut les encourager. Et plus généralement tolérer l’étrangeté, aussi loin que ces fous de Californiens la tolèrent. Pour Pittsburgh c’est un choix sans risque : c’est un retour aux racines de la ville.

Malheureusement, j’ai gardé la partie la plus difficile pour la fin. Il y a encore une chose que vous devez avoir pour devenir une plaque tournante pour les start-up, que Pittsburgh ne possède pas : les investisseurs. La Silicon Valley a une très forte communauté d’investisseurs, car elle a eu 50 ans pour la développer. New York a une très forte communauté d’investisseurs, car elle est pleine de gens qui aiment l’argent et beaucoup sont prompts à remarquer de nouvelles façons d’en gagner. Mais Pittsburgh n’en a aucune. Et le logement abordable qui attire d’autres personnes ici n’a aucun effet sur les investisseurs.

Si une communauté d’investisseurs grandit ici, cela va se passer de la même façon que dans la Silicon Valley: lentement et organiquement. Donc, je ne parierais pas sur le fait d’avoir une communauté d’investisseurs à court terme. Mais heureusement, il y a trois tendances qui font que cela est moins nécessaire qu’auparavant. La première est que les startups sont de plus en plus pas simples à lancer, de sorte que vous n’avez tout simplement pas besoin d’autant d’argent que dans le passé. La deuxième est que grâce à des choses comme Kickstarter, une start-up peuvent obtenir des revenus plus rapidement. Vous pouvez mettre quelque chose sur Kickstarter depuis n’importe où. La troisième vient de programmes tels que Y Combinator. Une start-up partout dans le monde peut aller à YC pendant 3 mois, trouver des fonds, puis retourner à la maison si elle le souhaite.

Mon conseil est de faire Pittsburgh un endroit idéal pour les start-up, et peu à peu plusieurs d’entre elles s’y installeront. Certaines vont réussir; certains de leurs fondateurs deviendront des investisseurs; et encore plus de start-up apparaîtront.

Ce n’est pas un chemin rapide pour devenir une plaque tournante entrepreneuriale. Mais c’est au moins un chemin, que peu d’autres villes peuvent avoir. Et ce n’est pas comme si vous aviez à faire des sacrifices douloureux dans l’intervalle. Pensez à ce que j’ai suggéré. Encouragez les restaurants locaux, préservez des bâtiments anciens, profitez de la densité, faire de CMU la meilleure des universités, promouvez la tolérance. Ce sont les choses qui font qu’il fait bon vivre à Pittsburgh aujourd’hui. Tout ce que je veux dire est que vous devez amplifier toutes ces choses.

Et voilà une pensée encourageante. Si le moyen pour Pittsburgh de devenir une plaque tournante entrepreneuriale est d’être encore plus elle-même, elle a une bonne chance de réussir. En fait, elle a probablement la plus forte probabilité de succès parmi les villes de sa taille. Il faudra un certain effort, et beaucoup de temps ; mais si une ville ne peut le faire, c’est bien Pittsburgh.

Merci à Charlie Cheever et Jessica Livingston pour la lecture de brouillons de ce discours, et à Meg Cheever pour l’organisation de Opt412 et m’y avoir invité à parler.

Alexandre Grothendieck, 1928 – 2014

Quels liens y a-t-il entre Andrew Grove (l’article précédent) et Alexandre Grothendieck? Au delà d’initiales communes, d’une jeunesse similaire (naissance dans l’Europe de l’Est communiste qu’ils ont quittée pour faire carrière à l’Ouest) et d’être devenus des icônes de leur monde, il y a simplement qu’ils représentent mes deux passions professionnelles: les start-up et la mathématique. La comparaison s’arrête là, sans doute, mais j’y reviendrai plus bas.

Deux livres ont été publié en janvier 2016 sur la vie de ce génie: Alexandre Grothendieck – sur les traces du dernier génie des mathématiques par Philippe Douroux et Algèbre – éléments de la vie d’Alexandre Grothendieck de Yan Pradeau. Si vous aimez les mathématiques (je devrais dire la mathématique) ou même si vous ne l’aimez pas, lisez ces biographies.

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Je connaissais comme beaucoup l’itinéraire atypique de cet apatride, devenu grande figure de la mathématique dont il obtint la médaille Fields en 1966 et qui décida de vivre en reclus du monde pendant plus de 25 ans dans un petit village proche des Pyrénées jusqu’à son décés en 2014. Je dois aussi avouer que j’ignorais tout de son travail. La lecture de ces deux très jolis livers me montre que je n’étais pas le seul, tant Grothendieck avait exploré des contrées que peu de mathématiciens ont pu suivre. J’ai aussi découvert les anecdotes suivantes:
– à 11 ans, il calcule la circonférence du cercle et en déduit que π vaut 3,
– plus tard, il reconstruit la théorie de la mesure de Lebesgue. Il n’a pas 20 ans,
– un nombre premier est à son nom, 57, qui vaut pourtant 3 x 19.
Oui, cela vaut la peine de découvrir la vie de cet illustre mathématicien.

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La raison du lien que je fait entre Grove et Grothendieck est en fait assez ténue. Elle vient de cette citation: « il y a seulement deux véritables visionnaires dans l’histoire de la Silicon Valley. Jobs et Noyce. Leur vision était de construire de grandes entreprises … Steve avait vingt ans, aucun diplôme, certaines personnes disaient qu’il ne se lavait pas, et il ressemblait à Hô Chi Minh. Mais c’était une personnalité brillante, et c’est un homme brillant maintenant … Succès phénoménal de la jeunesse … Bob était une de ces personnes qui pouvait prendre du recul parce qu’il était excessivement rationnel. Steve ne le pouvait pas. Il était très, très passionné, très compétitif. » Grove était proche de Noyce à plus d’un titre, et extrémement rationnel et trouvait même Noyce trop peu rigoureux. Grothendieck pourrait être rapproché de Jobs. Hippie, passionné et aussi d’une certaine manière autodidacte. La réussite peut venir de personnalités si diverses.

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Dernier point commun ou peut-être une différence. La migration. Grove est devenu un pur américain. Grothendieck fut un éternel apatride, malgré son passeport français. Mais tous les deux montrent son importance. La Silicon Valley regorge de migrants. J’en parle souvent ici. On sait moins que ce que l’on appelle « l’école française des mathématiques » a aussi ses migrants. Si vous allez sur la page wikipedia de la Médaille Fields, vous pourrez lire:

Dix « médaillés Fields » sont d’anciens élèves de l’École normale supérieure : Laurent Schwartz (1950), Jean-Pierre Serre (1954), René Thom (1958), Alain Connes (1982), Pierre-Louis Lions (1994), Jean-Christophe Yoccoz (1994), Laurent Lafforgue (2002), Wendelin Werner (2006), Cédric Villani (2010) et Ngô Bảo Châu (2010). Ceci ferait de « Ulm » la deuxième institution au palmarès après « Princeton », si le classement portait sur l’établissement d’origine des médaillés et non le lieu d’obtention. Concernant le pays d’origine, on aboutit à un total de quinze médaillés Fields issus de laboratoires français, ce qui pourrait placer la France en tête des nations formatrices de ces éminents mathématiciens.

Mais outre Grothendieck, l’apatride, Pierre Deligne, le belge, fit sa thèse avec lui, Wendelin Werner fut naturalisé à l’âge de 9 ans, Ngô Bảo Châu l’année ou il reçut la Médaille Fields, après avoir fait toutes ses études supérieures en France, et Artur Ávila est brésilien et français… On pourrait parler de l’Internationale de la Mathématique, ce qui n’aurait peut-être pas déplu à Alexandre Grothendieck.

Andrew S. Grove 1936 – 2016

Andrew Grove est mort il y a quelques jours. Je me souviens de la lecture de « Seuls les paranoïaques survivent ». Je me souviens qu’il a eu une vie étonnante, au moins ses premières années depuis sa Hongrie natale jusqu’à ce qu’il arrive à New York.

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Andrew S. Grove a été président du conseil d’administration d’Intel Corporation de mai 1997 à mai 2005. Il a été directeur général de la société de 1987 à 1998 et son président de 1979 à 1997. Source: Andrew S. Grove 1936 – 2016 (Site web d’Intel)

Je me souviens aussi qu’il a écrit en 1010 une très profonde analyse sur les start-up. Je vais donc le citer à nouveau.

C’est une foi mal-placée que de croire aux start-up pour créer des emplois aux USA. Les Américains adorent l’idée que des gars dans un garage inventent quelque chose qui va changer le monde. L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a ainsi résumé ce point de vue dans Des start-ups, pas des sauvetages de banques. Voici son raisonnement: laissons mourir les vieilles entreprises fatiguées qui ne font que produire des produits à faible valeur, si elles doivent mourir. Si Washington veut créer des emplois, la capitale doit soutenir les start-up.

Moment mythique.

Friedman a tort. Les start-up sont une chose merveilleuse, mais elles ne peuvent pas seules augmenter le niveau d’emplois high-tech. Tout aussi important est ce qui suit ce moment mythique de la création dans le garage, lorsqu’il faut passer du prototype à la production de masse. C’est la phase de mise à l’échelle. Il faut finaliser la conception, trouver le moyen de produire économiquement, construire des usines, et recruter par milliers. Mettre à l’échelle est un travail difficile mais nécessaire pour que l’innovation joue pleinement son rôle. Ce processus-là n’a plus lieu aux USA. Et aussi longtemps qu’il ne se fera plus, injecter des capitaux dans de jeunes sociétés qui construisent leurs usines ailleurs continuera a être un mauvais investissement en termes de création d’emplois. La mise à l’échelle a bien fonctionné dans la Silicon Valley. Des entrepreneurs venaient avec leurs inventions. Des investisseurs leur donnaient l’argent pour bâtir leurs entreprises. Si les fondateurs et leurs investisseurs avaient de la chance, la start-up croissait et allait en bourse, ce qui finançait la suite de l’aventure.

Intel comme exemple de startup.

J’ai eu la chance de vivre une telle aventure. En 1968, deux technologistes bien connus et leurs amis investisseurs mirent $3 millions pour créer Intel, qui fabriqua des puces mémoires pour l’industrie des ordinateurs. Dès le début, il fallut penser production en masse. Nous eûmes à bâtir des usines; recruter, former et garder des employés. Et résoudre un million d’autres problèmes avant qu’Intel ne devienne une très grosse entreprise. Trois ans plus tard, nous étions cotés en bourse, et Intel est devenue une des plus grandes sociétés high-tech. En 1980, dix ans après l’IPO, nous avions environ 13 000 employés aux USA. Non loin de nos quartiers généraux de Santa Clara, d’autres en firent autant. Tandem Computers eut une histoire similaire, puis Sun Microsystems, Cisco Systems, Netscape Communications, etc. Certaines sociétés disparurent sur le chemin, d’autres furent achetées, mais chaque survivant ajoutait à cet écosystème technologique complexe qu’est devenue la Silicon Valley. Avec le temps, les salaires et les coûts de la santé ont augmenté et la Chine s’est ouverte, si bien que les sociétés américaines ont découvert qu’elles pouvaient produire et même concevoir de manière beaucoup plus économique outremer. Et ce faisant, les marges se sont améliorées, les équipes de direction étaient heureuses ainsi que les actionnaires. La croissance s’est poursuivie, de plus en plus profitable. Mais la machine à emplois s’est grippée.

USA contre Chine.

Aujourd’hui, les emplois dans la production d’ordinateurs aux USA sont de 166 000 — moins qu’à l’époque du premier ordinateur personnel, le MITS Altair 2800, en 1975. Entre temps, une industrie de la production de ces mêmes ordinateurs est née en Asie, avec un million et demi de travailleurs – ouvriers, ingénieurs et dirigeants. La plus grande de ces entreprises est Hon Hai Precision Industry Co., aussi connue sous le nom de Foxconn. La croissance de cette société fut à peine croyable, d’abord à Taiwan et ensuite en Chine. L’an dernier, son chiffre d’affaires à atteint 62 milliards de dollars, plus qu’Apple, Microsoft, Dell ou Intel. Foxconn emploie plus de 800 000 personnes, plus que la somme cumulée des emplois de Apple, Dell, Microsoft, Hewlett-Packard, Intel et Sony.

Rapport de 1 à 10

Jusqu’à la récente vague de suicides dans le complexe industriel géant de Foxconn à Shenzhen, peu d’Américains avait entendu parler de cette société. Pourtant tous connaissent les objets qu’elle produit : des ordinateurs pour Dell et HP, des téléphones portables pour Nokia, des consoles Xbox 360 pour Microsoft, des circuits pour Intel, et une quantité d’autres gadgets familiers. Quelques 250 000 employés de Foxconn dans le sud de la Chine fabriquent les produits d’Apple alors que la société à la pomme, n’a que 25 000 employés aux USA – ce qui veut dire que pour chaque employé Apple aux USA, il y en a 10 qui travaillent en Chine sur les iMacs, iPods et iPhones. Le même rapport de 1 à 10 tient pour for Dell, pour le fabriquant de disques durs Seagate Technology, et bien d’autres. … (plus sur l’article de Bloomberg)

Un grand homme vient de disparaître.

Start-Up, une culture de l’innovation

Je viens de publier un très bref essai. Un résumé mis à jour de ma vision de la culture de l’innovation: « Il y a presque 10 ans, j’ai écrit un livre intitulé Start-up, ce que nous pouvons encore apprendre de la Silicon Valley. Si je devais faire une seconde édition, je ne crois pas que je changerais grand-chose malgré toutes les imperfections et maladresses de l’exercice. Pourtant un matin du mois de février 2016, j’ai eu envie de faire un bilan de dix ans d’action dans le soutien aux créateurs de start-up et d’envoyer d’anciens et de nouveaux messages à ceux que le monde de l’innovation et de l’entrepreneuriat high-tech intrigue ou intéresse. »

Tous ces livres existent aussi en anglais. Si vous souhaitez obtenir une version pdf des livres, envoyez moi un email…

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