Archives de catégorie : Donnée Start-up

Célébrons une (trop rare) IPO suisse: Molecular Partners

J’aurais pu dire: célébrons une (trop rare) IPO européenne. Molecular Partners est une spin-off de l’université de Zurich fondée par le Professeur Andreas Plückthun, Christian Zahnd, Michael Stumpp, Patrik Forrer, Kaspar Binz et Martin Kawe en 2004. Elle a été financée par des investisseurs privés: un premier tour de CHF18.5M en 2007 et un second tour de CHF38M en 2009. Elle a aussi signé un grand nombre d’accords avec des sociétés pharmaceutiques, ce qui explique des revenus élevés pour une biotech. L’université de Zurich en est aussi actionnaire depuis un accord de licence signé en 2004, grâce auquel elle touche aussi des royalties.

Molecular-CapTable
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Il est intéressant je crois d’illustrer l’évolution de l’actionnariat en fonction des financements successifs, dont l’IPO qui a apporté une centaine de millions à Molecular.

Molecular-Dilution
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J’aime aussi mentionner l’âge des fondateurs. Le document d’entrée en bourse fournit des données et j’ai estimé les autres à partir du parcours académique (18 ans pour une entrée à l’université…) Une moyenne de 33 ans avec un écart de 20 ans entre les extrêmes. Je sais que l’argent reste un tabou; les Européens n’aiment pas afficher des fortunes, qui restent très théoriques, car on ne vend pas ses actions dans une biotech aussi facilement qu’en employé de Facebook… Pourtant il me semble important de célébrer le succès des fondateurs et de leurs investisseurs… Bravo à tous!

Molecular-Founders-Age

Zalando prépare son entrée en bourse

Zalando, l’une des start-up européennes les plus visibles doit devenir une société cotée le 1er Octobre en Allemagne. Ce n’est pas tant les chiffres que j’ai trouvé d’intérêt, mais combien il m’a été difficile de les obtenir. Comme d’habitude, l’Europe montre moins de transparence. Trouver le prospectus n’a pas été facile, et je ne suis pas sûr que j’aurais pu le trouver sans prétendre que je vis à Berlin. Et encore, je n’ai aucune idée de combien la société a levé, à quel prix et quand. Ce n’est pas dans le prospectus. J’ai juste toutes les dates des augmentations de capital et le nombre d’actions, cela n’aide pas beaucoup.

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Rubin Ritter, David Schneider et Robert Gentz

J’ai quand même pu construire ma table de capitalisation habituelle et voici ce que cela donne.

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L’actionnariait de 305 start-up high-tech avec les parts des fondateurs, employés and investisseurs

Je compile régulièrement des données sur les start-up, notamment l’actionnariat des fondateurs, employés et investisseurs ainsi que la taille des tours de financements. Cette mise à jour contient 305 start-up qui sont allées en bourse (ou en ont eu l’intention en déposant un dossier) ou qui furent des acquisitions connues.

La première start-up à 1000 milliards de dollars

Merci à mon ami Jean-Jacques pour m’avoir mentionné ce joli article historique sur les débuts de la Silicon Valley. D’après The First Trillion-Dollar Startup, « mesurée en dollars d’aujourd’hui », Fairchild pourrait être considérée comme « la première start-up ayant valu 1000 milliards de dollars ». Je vous laisse découvrir l’article et ne vais pas revenir en détail sur une histoire que j’ai traitée dans Les pères de la Silicon Valley: les 8 Traitres

Les auteurs montrent entre autres que la Silicon Valley n’existait pas en 1957. Aucune entreprise active dans le semiconducteur n’y était basée car la côte Est était encore le centre de la high-tech. Mais les fondateurs de Fairchild sont directement ou indirectement à l’origine de 92 entreprises de la Silicon Valley, cotées aujourd’hui au Nasdaq ou au NYSE, valant plus de 2’000 milliards de dollars et employant plus de 800’000 personnes.

Voici une jolie illustration de leur étude,
endeavor-insight-sv-2-retina
mais j’aime toujours autant celle-ci, célèbre poster créé par l’auteur du terme Silicon Valley, que j’ai scanné il y a quelques années,
l’image qui suit est extraite de la précédente, (à gauche et à mi-hauteur – correspondant à 1957)

HDSVBSV
Le rapport complet se télécharge au format pdf et te trouve intéressantes leurs trois leçons:
1- Les grandes entreprises peuvent se développer dans des environnements improbables et difficiles.
2- Quelques entrepreneurs peuvent avoir un grand impact.
3- Il existe un modèle de réussite que les leaders peuvent amplifier: ambition, croissance, engagement, réinvestissement.
HDSVBSV-acceleration

La (triste) situation des entrées en bourse technologiques à Paris

Je viens de lire un excellent article dans le Journal Le Monde: Les investisseurs se lassent des introductions en Bourse.
LeMonde-July14

La première lecture pourrait laisser entrevoir des nouvelles positives, comme le montre les graphiques qui suivent:
LeMonde-FrenchIPOs-2
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LeMonde-FrenchIPOs-3
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LeMonde-FrenchIPOs-1
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J’ai regardé plus en détails les documents d’entrée en bourse de 11 d’entre elles. Pour référence, les 11 sociétés étudiées:
Ask http://www.ask-rfid.com
Awox http://www.awox.com
Crossject http://www.crossject.com
Fermentalg http://www.fermentalg.com
Genomic Vision http://www.genomicvision.com
Genticel http://www.genticel.com
Mcphy energy http://www.mcphy.com
Supersonic Imagine http://www.supersonicimagine.fr
Txcell http://www.txcell.com
Viadeo http://fr.viadeo.com/fr/
Visiativ http://www.visiativ.com
et je vous laisse découvrir ici les 11 tables de capitalisation.

Je vous montre ici les deux plus gros succès Supersonic et Viadeo:

Supersonic-captable
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Viadeo-captable
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Pourquoi ai-je ressenti le besoin d’employer le terme « triste » situation? Parce que:
– les valorisations ne dépassent pas les €200M,
– les montants levés en bourse ne dépassent pas les €50M
Avec de tels chiffres ni les entrepreneurs ni les investisseurs ne peuvent tenir la comparaison avec leurs homologues américains. (Je vous renvoie à ma synthèse des IPOs américaines, si vous n’êtes pas convaincus).

Et si vous n’êtes toujours pas convaincus, je vous renvoie à un excellent débat sur France Culture avec notamment Oussama Ammar, le fondateur de The Family: La France est-elle le paradis ou l’enfer des start-up ? Oussama Ammar y décrit les faiblesses historiques du système français, la trop grande intervention publique, les IPOs (comme celles de Viadeo justement) qui sont si faibles qu’elles n’auraient pas lieu aux USA (alors qu’une start-up française comme Criteo a pu, elle, entrer au Nasdaq). Il y aurait beaucoup à dire à partir de ces 11 IPOS, mais je vous laisse réfléchir à ce qu’elles signifient…

Quelques caractéristiques des innovations / innovateurs de rupture

Mon ami Jean-Jacques (merci :-)) m’a envoyé un lien sur le CNBC Disruptor 50, une liste de 50 « entreprises privées dans 27 industries – de l’aérospatiale aux logiciels d’entreprise ou à la vente au détail – dont les innovations sont en train de révolutionner le monde des affaires ». On pourrait critiquer la méthode, les industries, ce qui du domaine de la rupture et ce qui ne l’est pas, mais la liste est en soi intéressante. Et j’ai fait quelques analyses rapides. (Je veux dire par rapide une analyse discutable de l’âge de fondateurs sur la base des données disponibles – leur âge ou l’année de leur bachelor – mon analyse complète est disponible à la fin du post)

cnbc-disruptors

J’ai trouvé ce qui suit:
– les innovateurs dans la rupture sont jeunes (33 ans),
– ils lèvent beaucoup d’argent: plus de 200 millions de dollars!
– Et oui, ils sont pour la plupart basés dans la Silicon Valley

Disruptor50-stats

Les innovateurs dans la rupture sont jeunes

L’âge moyen des fondateurs est 33 ans (alors que l’âge de fondateurs de start-up est plus proche de 39 – voir mon post récent Age and Experience of High-tech Entrepreneurs). Comme dans cette analyse plus générale, des fondateurs dans la biotechnologie et dans l’énergie. sont beaucoup plus âgés que dans le logiciel ou l’internet. C’était quelque chose que j’avais déjà abordé dans ce document: la rupture pourrait être la chasse gardée des jeunes créateurs.

Ils lèvent beaucoup d’argent

Un point vraiment frappant est le montant d’argent recueilli par ces entreprises. Avec une moyenne d’âge de 6 ans, ces entreprises ont levé en moyenne 200 millions de dollars … Dans l’énergie, c’est plus que 400 millions de dollars et même plus de 250 millions de dollars pour l’Internet.

La Silicon Valley en tête

Il n’est pas surprenant que la Silicon Valley semble être l’endroit où être. 27 entreprises y sont basées (un peu plus de 50%). C’est là aussi que les entreprises ont accès à plus de capitaux ($280M en moyenne). Puis sur la Côte Est (25%). Étonnamment, ils sont basés à New York, plus à Boston quand la côte Est est concernée. Seulement 3 sont des Européens… (Spotify, Transferwise et Fon), même si quelques Européens ont également opté pour la SV …

Voici mon analyse complète qui, comme je l’ai dit peut contenir des erreurs (notamment sur l’âge des fondateurs …). Vous pouvez également êrte en désaccord avec mon classement des indjustries…

Disruptor50
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Le succès inhabituel et extraordinaire de deux entrepreneurs en série: Andy Bechtolsheim et David Cheriton

Serial entrepreneur est un terme à la mode. Je n’ai jamais été convaincu par le lien entre l’entrepreneur en série et le succès. J’ai même fait une analyse pour ceux liés à l’Université de Stanford (consultez entrepreneurs série: sont-ils meilleurs?). Mais de temps en temps, vous voyez ces étonnantes et rares réussites.

Andy-David
Andy Bechtolsheim (à gauche) et David Cheriton (à droite) [avec leco-fondateur de Arista, Ken Duda).

Andy Bechtolsheim est une icône de la Silicon Valley. En 1982, il a co-fondé Sun Microsystems. Né en Allemagne en 1995, il a déménagé aux États-Unis à 20 ans pour son master à CMU. Il s’installa dans la Silicon Vallley afin de travailler chez Intel, mais a ensuite atterri à Stanford pour son doctorat. Sun est venu par la suite. Il y est resté jusqu’en 1995…

David Cheriton est un professeur de Stanford. Né en 1951 au Canada, il a obtenu son BS à l’UBC et son doctorat à l’Université de Waterloo. Il arrive à Stanford en 1981. Je ne sais pas comment ils se sont rencontrés, mais ils ont co-fondé Granite Systems en 1995. Un an plus tard, la start-up est achetée par Cisco pour 220 millions de dollars. Bechtolsheim est resté chez Cisco jusqu’en 2003. Cheriton est toujours professeur à Stanford. Deux ans plus tard, ils rencontrent deux étudiants inconnus de Stanford, Larry Page et Sergei Brin. Chacun investit 100’000 dollars dans leur start-up, mais c’est une autre histoire …

En Février 2001, ils fondent ensemble une autre start-up, Kealia. En Avril 2004, « Sun a émis un total d’environ 20’000’000 d’actions ordinaires (y compris les options) en échange de toutes les actions en circulation et les options de Kealia » (source: Newswire). A cette époque, l’action Sun valait environ 4$, ce qui donne une valeur d’acquisition d’environ de 80 millions de dollars. Cette même année, Google est entrée en bourse (le 19 Août) à 85$ par action. Ils avaient reçu 1’600’000 actions pour leur investissement de 100’000$ (soit 0,0625$ par action, un multiple de 1’360 et avec un six mois de lock-up, la valeur de l’action a plus que doublé). Le succès de Kealia est tout relatif…

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Granite a pu avoir un logo, mais je ne l’ai pas le trouvé sur le web. Kealia était apparemment toujours en mode furtif. Pas de logo disponible non plus…

Mais il ne se sont pas arrêtés là. En Octobre 2004, ils co-fondé Arista Networks. Le nom était à l’époque Arastra. La société vient de faire son entrée en bourse, ce qui est la motivation de cet article. Et vous trouverez mon tableau de capitalisation habituel ci-après. Et parce qu’ils avaient ainsi fait beaucoup d’argent, les deux entrepreneurs en série ont financé presque entièrement la start-up eux-mêmes… Pas le moindre succès de tous!

Arista
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PS: Cheriton et Bechtolsheim sont-ils bons amis? Je n’en ai pas la moindre idée, mais le document d’iIPO d’Arista mentionne un litige, je vous laisse aller lire l’article en anglais en cliquant ici.

GoPro prouve qu’une start-up peut faire du matériel et réussir

GoPro vient de déposer son document d’entrée en bourse (voici le lien vers le document S-1 auprès de la SEC). Son fondateur Nick Woodman est si peu conventionnel qu’il est appelé le milliardaire fou.

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Mais ce qui est vraiment peu conventionnel est le fait qu’une société de matériel peut encore aller en bourse à l’ère des médias sociaux. Il y a d’autres caractéristiques peu conventionnelles, en particulier dans l’actionnariat. Le fondateur et son père possèdent ensemble plus de 40% de la société. Le premier développeur en possède encore environ 5%. Bien sûr, les investisseurs n’en ont pas autant… La Silicon Valley est également connue pour la force des réseaux alors comment est-il possible qu’un surfer puisse attirer l’attention de la région? Parce que les caméras GoPro sont superbes bien sûr! Eh bien, ce n’est peut-être pas tout… Irwin Federman est un VC légendaire, actionnaire de GoPro … et beau-père de Woodman…

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Les leçons de l’échec : le témoignage rare et intéressant de Everpix

Deux entrepreneurs de l’EPFL m’ont demandé ce que je pensais de l’histoire d’Everpix . Si vous ne la connaissez pas , vous devriez lire les liens suivants :
– Un article très bien fait sur The Verge: Out of the picture: why the world’s best photo startup is going out of business. Everpix was great. This is how it died.
– Un compte rendu très détaillé de l’histoire d’Everpix par ses fondateurs sur Gifthub avec des tonnes de documentation et d’archives : Everpix – Intelligence

Je connaissais certains acteurs: Pierre- Olivier Latour est un ancien élève de l’EPFL que j’ai rencontré au cours de mes années Index et à nouveau en 2006 quand j’ai visité la Silicon Valley avec les futurs fondateurs de Jilion. Neil Rimer, l’un des investisseurs dans Everpix était mon patron avant que je rejoigne l’EPFL.

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De gauche à droite, Zeno Crivelli, Pierre-Olivier Latour , moi-même et Mehdi Aminian en 2006 dans la Silicon Valley.

L’histoire va certainement alimenter le débat récurrent sur ​​VC ou pas de VC, et je pense que c’est un débat biaisé ! Vous pouvez lire mes récents messages sur les Dilemmes des Fondateurs
– Les dilemmes du fondateur – La réponse est « ça dépend! »
Les dilemmes du fondateur suisse

Convaincre les VCs n’est pas une chose facile. Il est difficile d’obtenir leur argent et quand vous l’avez, les contraintes augmentent. Vous pouvez regarder la vidéo « le capital-risque est une bombe à retardement » du fondateur de 37signals si vous ne savez pas de quoi je parle.

Je pense que le débat est biaisé car il ne s’agit pas de VC contre pas de VC . Peu d’entrepreneurs ont le choix de ne pas prendre l’argent des investisseurs (les business angels ne sont pas très différents des VCs) Il s’agit plutôt de: « voulez-vous avoir un impact et croître » (vous devez alors souvent avoir des investisseurs) OU « voulez-vous contrôler et rester indépendant ». Et c’est souvent OU et non pas ET. Je sais que beaucoup de gens (y compris des entrepreneurs et des investisseurs ) sont en désaccord avec moi. Mon expérience récente n’a pas fait changé cette conviction que j’ai depuis 15 ans.

Vous devriez lire Founders at Work si ce n’est pas déjà le cas. L’un d’eux affirme : « Les VCs? vous ne pouvez pas vivre avec eux, vous ne pouvez pas vivre sans eux. » Je pense que cela est plus proche de la vérité. Il a dit exactement: « Les VCs sont un groupe intéressant, vous ne pouvez pas vivre avec eux, vous ne pouvez pas vivre sans eux. Ils jouent un rôle dans votre succès, car ils vous donnent de l’argent et un appui très fort. Ils ont ce réseau de connexions mafieuses et ils vous aider avec des offres et à trouver les bons dirigeants. Ils travaillent vraiment votre cas. Selon mon expérience, il est rare qu’ils se retournent contre vous, parce que vous êtes une équipe et si l’équipe ne fonctionne pas, l’entreprise sera vouée à l’échec. Parfois, quand tout échoue, ils auront à prendre une décision difficile et licencier quelqu’un, mais c’est rare à mon avis. Parce qu’ils n’investiraient pas dans votre entreprise si ils ne croyaient pas en vous et votre équipe. Donc, j’ai toujours eu une bonne expérience de travail avec les VCs ».

Retour à Everpix. Je n’ai pas vraiment de point de vue car je ne connais pas les détails. Mais permettez- moi de citer les acteurs directement depuis l’article: «Les fondateurs reconnaissent qu’ils ont fait des erreurs en cours de route. Ils ont passé trop de temps sur le produit et pas assez de temps sur la croissance et la distribution. La première présentation pour les investisseurs était médiocre. Ils ont commencé la commercialisation trop tard. Ils n’ont pas réussi à se positionner efficacement contre des géants comme Apple et Google, dont l’offre est assez robuste – et la plupart du temps gratuite. Et alors que le produit n’était pas particulièrement difficile à utiliser, il y avait une courbe d’apprentissage et un engagement pour confier à une start-up inconnu les souvenirs de votre vie – un défi que Everpix n’a jamais eu le temps de vraiment simplifier. » « On avait réussi sur plein de choses possibles », a déclaré Jason Eberle, qui a construit la version web de Everpix , « à l’exception de la seule chose qui compte ».

Alors ce que les investisseurs soulignent était: « Bien que le produit était clairement superbe avec une communauté certes très petite mais très fidèle, nous n’avons pas été assez à l’aise avec les autres aspects de l’entreprise pour un investissement de plus », a déclaré Neil Rimer, ajoutant: « avoir un bon produit n’est pas la seule chose qui rend finalement une entreprise prospère. » Il reste la question de la création de valeur attendue par les VCs, qui n’est pas toujours accessible aux entrepreneurs:  » Vous semblez être une équipe spectaculairement talentueuse et certaines vérifications l’ont confirmé, mais tout le monde ici est bloque sur l’inquiétude quant à la possibilité de construire une entreprise de plus de 100 M$ de revenus dans les photos à l’âge d’outils de photo gratuits. » Et un partenaire d’uen autre firme: « la réaction a été positive pour vous comme une équipe, mais faible en termes de savoir si une entreprise de $1B pourrait être construite ».

Le débat continuera sans doute, mais c’est à peut près ce que m’inspire cette histoire. Sans oublier la conclusion de Latour: « J’ai plus de respect pour quelqu’un qui commence un restaurant et y met ses économies d’une vie que ce que j’ai fait. Nous sommes quand même chanceux. Nous sommes dans un environnement qui a une assez bon filet de sécurité, dans la Silicon Valley « .

Le dilemme des fondateurs suisses

Comme suite à mon récent post sur le livre de Wasserman, Les Dilemmes du Fondateur, permettez-moi de réagir sur des événements récents (et moins récents) liés à des start-ups et des fondateurs suisses. Avons-nous ici les mêmes dilemmes que ceux auxquels les Américains sont confrontés, à savoir le développement d’une start-up avec une stratégie soit orientée vers le contrôle soit orientée vers prospérité ? Si vous ne savez pas ce que je veux dire, lisez mon post ou laissez-moi simplement ajouter que ce modèle binaire correspond à deux choix possibles, soit créer lentement la valeur avec vos clients et partenaires avec peu d’argent des investisseurs, soit prendre le risque d’une croissance rapide avec des investisseurs, en prévision de la demande des clients.

L’exemple ultime de ce modèle dans le livre de Wasserman est Evan Williams qui a fondé Blogger, Oddeo et Twitter, avec des stratégies très différentes. Paul Graham aborde souvent question (par exemple dans Start-up = Croissance ou dans Comment Créer de la Richesse) et pour un jeune entrepreneur, gagner un million peut être évidemment important. Au niveau macro – économique , il y a aussi un débat que honnêtement, je n’ai jamais vraiment compris. Je pense que l’écosystème est (ou devrait être) intéressé dans les entreprises à croissance rapide, et une croissance lente sera moins une priorité, non pas parce que ce ne serait pas important, mais parce que cela a toujours existé et continuera d’exister avec ou sans soutien public… Cependant, parce qu’il y a beaucoup de PMEs en Suisse, le soutien aux petites entreprises semble être important. La situation est-elle très différente des Etats-Unis ? Je vais essayer d’illustrer le propos.

Sensirion est une start-up suisse qui est une bonne illustration du débat. Dans un article écrit en 2008, son co-fondateur, Felix Mayer a écrit sur ​​« Comment financer la croissance ? A mi-chemin entre le « modèle américain » qui vise la lune et le modèle suisse qui développe l’entreprise sur son cash flow avec peu d’employés au début, nous n’avons pas choisi le chemin de capital-risque classique pour financer la première phase de la croissance de l’entreprise, mais nous avons réussi à trouver un investisseur privé. En Suisse, si vous cherchez des investisseurs privés, vous pouvez trouver des entrepreneurs expérimentés qui sont prêts à investir dans une entreprise prometteuse. Ils sont également connus comme les « business angels ». Il a fallu un certain temps pour aller du prototype à une famille de produits ou de 1 à 10 à 100 comme décrit précédemment. Vous devez avoir des partenaires compétents et patients pour survivre durant cette phase faite de hauts et de bas. Et e plus, cela prend plus longtemps que prévu. Néanmoins, à la fin de la journée, vous devez arriver au point où vous générez la croissance avec votre propre trésorerie, ce que Sensirion a atteint 6 ans après sa création. Depuis lors, nous générons suffisamment de trésorerie pour financer une croissance annuelle de l’ordre de 30% à 40%. Afin de gérer cette croissance, nous recherchons en permanence d’excellents talents ! »

Est-ce que Sensirion décrit un modèle différent ? Je suis allé au registre suisse du commerce et j’ai étudié le financement de Sensirion (le canton de Zurich offre des informations très détaillées) . Ce n’était pas un exercice facile et je ne suis pas sûr de l’exactitude des chiffres (vous verrez que les chiffres diffèrent légèrement sur les graphiques !). J’ai essayé aussi de montrer la dilution des fondateurs avec le temps :

Sensirion-equity

et voici sa croissance des employés de Sensirion depuis sa création

Sensirion-employees

Sensirion est clairement une réussite, mais cela est-il si différent du modèle américain ? Il n’y a peut-être pas de VC, mais pour l’investisseur(s) privé(s), il est question d’un total de CHF13M avec une évaluation de CHF190M lors du dernier tour de financement. La croissance a été plus rapide que celle de nombreuses start-up soutenues par des VCs. Les investisseurs étaient peut-être plus patients et la sortie peut-être moins une priorité. Ceci reste très similaire à de nombreux start-up américaines… Mais Sensirion est souvent citée comme un exemple selon lequel les start-up n’auraient pas besoin de capital-risque (ou d’investisseurs). Il n’y a pourtant pas beaucoup de différence entre un investisseur privé et un VC (ou bien?!)

Maintenant, il est vrai que beaucoup des start-up du Top100 Suisse lèvent très peu d’argent avec des business angels, dans l’ordre de CHF1-2M. Récemment Jilion de l’EPFL a été acquis par Dailymotion pour un montant non divulgué et la presse locale mentionne que Jilion avait levé environ un million. Optotune à Zurich est un modèle similaire avec 200’000 élevés selon le registre du commerce. TechCrunch s’est inquiété du premier tour de BugBuster de seulement 1 million. Dacuda soulevée au sujet d’un million de trop à une évaluation de CHF7M . LiberoVision soulevé CHF200k avec Swisscom à une valeur de CHF2.5M avant d’être acheté pour environ CHF8M ( il aurait pu être plus avec bons côtés ). NetBreeze a été acquise par Microsoft après sensibilisation sur CHF5M d’un groupe d’investisseurs qui détenait 80 % de la société. Wuala a été acquis par LaCie 2 ans après sa création et il a été totalement auto-financé . Et la liste est presque sans fin .

Mais il y a aussi des entreprises à croissance rapide. Covagen, GlyxoVaxyn, GetYourGuide, InSphero, Molecular Partners, NEXThink, TypeSafe, UrTurn ont levé beaucoup d’argent avec les VCs. Et les gens qui qui pensent que la Suisse est essentiellement focalisée sur les start-up du médical verront qu’elle est beaucoup plus diversifiée …

Start-up Domaine Investissement Valorisaiton récente Investisseurs
Covagen Biotech 56M ND Gimv, Ventech, Rotschild
GetYourGuide Internet 16M 50M Highland
GlycoVaxyn Biotech 50M 37M Sofinnova, Index, Rotschild
InSphero Biotech 4M 16M Redalpine, ZKB
Molecular Partners Biotech 56M 115M Index, BB Biotech
Nexthink Logiciel 15M ND VI, Auriga
Sensirion Electronique 13M 190M ND
TypeSafe Logiciel 16M ND Greylock
UrTurn Internet 12M 36M Balderton

 

Et bien sûr les fondateurs sont dilués. Je ne vais pas donner la dilution individuelle mais l’illustrer de manière anonyme même si les données sont publiques.

Start-up Fondateurs Seed A B et suivants ESOP
1 9% 26% 65%
2 30% 33% 31% 6%
3 34% 32% 33%
4 40% 7% 12% 41%
5 43% 47% 10%
6 35% 11% 27% 28%


Je ne suis pas sûr, avec tous ces chiffres, que la Suisse soit bien différente qualitativement… je vais terminer en rappelant une interview de Daniel Borel, fondateur de Logitech: « La seule réponse que je puisse avancer c’est la différence culturelle entre les Etats-Unis et la Suisse. Lorsque nous avons créé Logitech, en tant qu’entrepreneurs suisses, nous avons dû jouer très tôt la carte de l’internationalisation. La technologie était suisse, mais les Etats-Unis, et plus tard le monde, ont défini notre marché, alors que la production est vite devenue asiatique. Je m’en voudrais de faire un schéma définitif parce que je pense que beaucoup de choses évoluent et que beaucoup de choses bien se font en Suisse. Mais il me semble qu’aux Etats-Unis, les gens sont davantage ouverts. Lorsque vous obtenez les fonds de Venture capitalists, automatiquement vous acceptez un actionnaire extérieur qui va vous aider à diriger votre société, et peut-être vous mettre à la porte. En Suisse, cette vision est assez peu acceptée: on préfère un petit gâteau que l’on contrôle complètement qu’un gros gâteau que l’on contrôle seulement à 10% ce qui peut être un facteur limitatif. »

SwissSU-overall
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