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Finlande (épisode 2.5)

Comme suite a mon post et demi sur la Finlande (https://www.startup-book.com/fr/2010/10/28/israel-en-passant-par-la-finlande/ et https://www.startup-book.com/fr/2008/04/03/finlande), voici quelques enseignements que j’ai retiré de mes amis du nord de l’Europe. Laissez-moi juste préciser que j’ai visité l’Université d’Aalto ainsi que l’Université de Technologie de Jyväskylä.

La leçon principale est la confirmation que les petits pays tels que la Finlande, la Suisse ou Israël doivent être ouverts sur le monde. Nokia est un bon exemple de ce que peut accomplir un petit pays, mais cette entreprise inquiète les Finlandais car elle est en perte de vitesse face à Apple ou Android. Alors la Finlande cherche aussi de nouvelles idées avec comme références Israël ou les États Unis. Relisez mes deux posts cités plus haut pour voir combien Israël est une référence.

A Aalto, j’ai particulièrement aimé des expériences telles que

  • leur Venture Garage
  • leur Entrepreneurship Society
  • et évidemment leur voyage en Silicon Valley
  • Will Caldwell coordonne une grande partie de l’effort avec ses collègues et j’ai rencontré des gens passionnés tels que Pauli, Teemu, Panu, Jari, Paolo, Ramine, Matalie, Juha, Kristo et pardon à ceux que j’oublie …

    L’internationalisation ne signifie pas juste envoyer des sociétés ou des individus à l’étranger, cela signifie d’attirer des gens chez soi. J’ai été très intéressé par leur récente étude Silicon Valley Journey, Experiences of Finnish IT Startups from Dot-Com Boom to 2010, sur des Finlandais dans la Silicon Valley dont l’expérience peut être précieuse. Il y a là-bas une conscience que nous n’en savons pas assez sur la Silicon Valley, et nos écosystèmes (étudiants, entrepreneurs, investisseurs et organismes de soutien) devraient toujours être plus curieux de cette expérience unique. Cela signifie aussi attirer des investisseurs internationaux, ce qu’Israël (mais aussi la Suisse d’ailleurs) a très bien réussi à faire.

    J’ai vu des choses similaires à Jyväskylä, mais si cette ville est assez éloignée de la capitale, Helsinki. En voici trois illustrations:

    – les mentors tels que Jussi Nukari, aussi auteur de « Launching Your Software Business in America »,

    – l’expérience Protomo qui soutient els entrepreneurs localement,

    – les cours d’entrepreneuriat de Sharon Ballard qui vient d’Arizona (et qui m’a aussi questionné sur l’efficacité du programme SBIR aux États Unis, un programme qui m’a(vait) toujours laissé sceptique 🙂 mais ceci est une autre histoire!). Sharon amène une attitude typiquement américaine à des étudiants Européens. Et il n’y avait pas là que des étudiants Finlandais, mais un groupe très international de jeunes gens enthousiastes!

    Mille mercis à Juha Saukkonen qui m’a invité à JAMK et qui a peut-être oublié qu’il faut la 1ère personne à me mentionner le rapport Victa report, et merci à ses collègues, Asta, Mari, Heikki, Sharon, Jussi, Kari, Marko, et … Juha, Juha, Juha et Juha encore.

    Des leçons moins positives? J’ai cette impression qui revient régulièrement d’un manque de taille critique en Europe. Chaque pays, chaque région, chaque ville essaie de promouvoir l’innovation et c’est en effet ce qu’ils doivent faire. Mais ne prenons nous pas le risque de diluer l’effort en ne prenant aucune décision de lieux plus concentrés ou centralisés pour l’entrepreneuriat, comme d’ailleurs on le fait pour l’éducation, la recherche, voire le sport ou les arts? Je n’ai pas de bonne réponse à apporter sur le sujet tant il est difficile, et nous savons tous que de toute façon, il faut essayer et essayer encore. Mais les États Unis n’ont qu’une Silicon Valley, même s’ils ont aussi Boston, Triangle Park, Seattle ou Austin. Mais nous n’avons pas de Silicon Valley en Europe. Alors quelle est l’efficacité de tous ces efforts est une question bien délicate.

    La Technologie, notre salut

    « Notre élite technocratique nous a dit de nous attendre à un avenir toujours plus riche et la science n’a pas tenu ses promesses. A l’exception des ordinateurs et de l’Internet, l’idée que nous vivions un progrès technique fulgurant est un mythe. »

    Ainsi parle Peter Thiel dans une interview au Wall Street Journal que j’ai lu lors de mon voyage à la découverte de l’écosystème high-tech finlandais (j’y reviendrai à mon retour). J’ignorais que Peter Thiel était né en Allemagne, voici donc encore un de ses migrants européens de la Silicon Valley.


    Zina Saunders

    « Personne ne veut croire que la technologie a un problème… La pharma, la robotique, l’intelligence artificielle, les nanotechnologies – tous ces domaines où les progrès ont été moindres qu’imaginés. Et la question est pourquoi. » […] L’innovation dit-il vient d’une culture de la « frontière », une culture de « l’exceptionnalisme » où l’on s’attend à des choses exceptionnelles – dans notre monde, un attribut presque uniquement américain mais qui se perd. […] L’idée que la technologie a un problème est un tabou. Un vrai tabou.

    Peter Thiel est un personnage intéressant, un caractère assez unique même pour l’Amérique. je ne suis pas sûr qu’il soit plutôt conservateur que libertarien comme T. J. Rodgers. Vous devriez lire l’interview dans son intégralité (et comme je ne suis pas sûr que le WSJ va l’offrir gratuitement pour encore un peu de temps, je l’ai copiée dans le post en anglais); lisez aussi les commentaires. La raison pour laquelle j’aime cet article est qu’il s’agit d’un sujet qui me préoccupe et que j’ai abordé dans mes posts sur la crise ainsi que sur un certain nombre de mes lectures sur la crise de la science comme celles de Smolin, ou encore Zuppiroli ou Ségalat.

    A nouveau voici le lien pour l’article en anglais sur mon blog.

    Rêves brisés

    Je le fais parfois. Je vous encourage à lire mon post en anglais uniquement cette fois, à propos du livre de Josh Lerner Boulevard of Broken Dreams: Why Public Efforts to Boost Entrepreneurship and Venture Capital Have Failed–and What to Do About It.

    Cet extrait de la MIT Technology Review suffira peut-être à vous faire basculer ici.

    Il n’y aura jamais de nouvelle Silicon Valley

    Bon… qui suis-je pour être capable de prédire l’avenir? En fait je n’en sais rien mais j’en doute. Des bloggers célèbres viennent d’aborder le sujet à nouveau. Dans Techcrunch, il s’agit de Can Russia Build A Silicon Valley? par Vivek Wadhwa. Et dans l’Equity Kicker, cela devenait Building an ecosystem to rival Silicon Valley de Nic Brisbourne. J’ai réagi à ma manière:

    Quel sujet! Quelque chose qui est discuté depuis à peu près… 35 ans (je veux dire comment copier la SV). Le fait que la discussion continue montre la complexité du problème. C’est un de mes sujets favoris depuis des années. Pour la beauté du débat (c’est entre autres ce à quoi servent les blogs, n’est ce pas?), laissez-moi jouer l’avocat du diable. En effet, en allant au bout des choses, je ne crois pas qu’il y aura jamais d’autre Silicon Valley. Par exemple dans son livre sur la SV, Kenney explique qu’il faut 5 ingrédients de base: des universités de très haut niveau (telles que Stanford et Berkeley dans la SV), une forte communauté d’investisseurs, des fournisseurs de service (légal, fiscal, comptables, marketing, PR, etc…), des professionnels de la high-tech (qui acceptent de quitter leur emploi dans des grosses sociétés telles qu’Intel, Cisco, Apple, MSFT, ou même Google aujourd’hui pour rejoindre la nouvelle vague) et pas le moindre des ingrédients une culture entrepreneuriale. Ce qui n’est pas facile à réunir… mais bien pire, je crois que la SV fut un accident, un monstre qui n’a jamais pu être reproduit. Saxenian a montré dans Regional Advantage que même la région de Boston a relativement échoué et le fait que Paul Graham ait complétement déménagé ycombinator de Boston vers la SV est un autre signe. En Europe, Sophia Antipolis fut la première expérience … en 1972 donc? Donc il faut une combinaison difficile à trouver d’ingrédients pour la recette et espérer que le four sera à la bonne température pendant un temps très, très long. Bien sûr je faisais l’avocat du diable et la situation n’est pas si désastreuse. Ainsi, il y a des raisons d’espérer: je ne suis pas convaincu que les états, ni même les institutions soient de bons innovateurs, mais ils peuvent être excellents pour stimuler la recherche. Ainsi l’argent public aux Etats-Unis a investi des milliards à travers les DARPA, NIH, DOE, etc, ce qui a considérablement aidé au développement de Stanford ou de Berkeley et à leurs classements dans les « rankings » à la mode. Et cela a aussi contribué à la création de l’Internet. Les investissements à long terme, voilà dans quoi les états sont efficaces (éducation, recherche, transport, …) Ensuite, oui, je crois qu’il faut créer des ponts avec la SV. C’est exactement ce qu’Israel, Taiwan, puis l’Inde et la Chine ont réussi avec leur diaspora. Les nations devraient inviter leur migrants expérimentés à revenir. Quand il aura le temps, Brin devrait aider la Russie ou Levchin l’Ukraine, ou même Grove la Hongrie. Je suis moins sûr de l’efficacité des avantages fiscaux, des moindres barrières légales et administratives et de leur role dans les années 50, 60 et 70, c’est à dire au commencement de la SV. En conclusion, oui, le sujet est et restera pour encore un moment un grand sujet.

    Bien sûr ma réaction est moins importante que l’origine de ces posts: la Russie veut être plus innovante et a commandé une étude qui fait le bilan de quelques clusters high-tech. Le résultat est le rapport suivant: Yaroslavl Roadmap 10-15-20 (format pdf).

    Rien de réellement nouveau dans ce rapport (surtout pour les experts de l’innovation), mais une très bonne analyse des USA, Israël, Finlande, Inde et Taiwan qui ont essayé, parfois réussi et souvent échoué. Les descriptions historiques, chronologiques sont riches en leçons. J’ai eu cette légère impression toutefois d’une plus grande importance accordée à l’infrastructure qu’à la culture. C’est mon biais habituel qui ressurgit! Il est bien sûr question de culture, mais les auteurs ont sans doute conscience que c’est l’ingrédient le plus difficile à inclure ou à créer dans le système. Si vous aimez le sujet, vous devriez télécharger et lire ce rapport et bâtir votre propre opinion.

    L’innovation chez Google

    Google est célèbre pour sa capacité à innover. Vous pouvez lire ma présentation (certes un peu ancienne) au format powerpoint, la Google Story. Un des points distinctifs de Google est le « maintenant célèbre temps libre de 20% » pour créer.

    Le prix TR35 du MIT (qui récompense 35 jeunes innovateurs de moins de 35 ans) célèbre lui aussi cette capacité d’innovation de Google en incluant Wesley Chan dans ce groupe. Wesley Chan est un investisseur chez Google Ventures. Il est aussi celui qui a découvert et acquis l’équipe à l’origine de Google Analytics. Vous pouvez lire ce qu’en dit la MIT Technology Review dans ce document pdf .

    J’ai extrait quelques phrases de Chan de ce document qui est très cohérent avec le Google des premières années. Le moteur de recherche a changé, des éléments de ses origines sont encore présents:

    – Sans beaucoup d’argent et avec une très forte concurrence, ils ont prouvé qu’ils pouvaient non seulement survivre, mais aussi réussir.

    – Les sceptiques chez Google remarquaient que Urchin n’était pas le leader ni le plus connu des 30 fournisseurs d’analyses considérés.

    – C’était la meilleure équipe de fondateurs. Les grands fondateurs ont la compétence technique, la motivation et les qualités individuelles pour faire un produit à succès. […] Les grands fondateurs comprennent comment résoudre des problèmes inconnus jusque là et comment aller de l’avant. […] Quand je finance une société, je cherche des personnes avec le même style de qualités que celles qu’avaient les fondateur d’Urchin: des entrepreneurs extraordinaires qui peuvent bâtir des produits qui changent les règles du jeu.

    Nic Brisbourne a récemment analysé les acquisitions de Google dans son blog, The Equity Kicker. Vous pouvez aussi les trouver sur Wikipedia. Si vous comparez Google aux acquisitions de Cisco, vous pouvez voir une certaine différence: Google a une tendance à acheter moins cher et (car) plus tôt. C’est uen stratégie plutôt intéressante (bien que Google semble payer plus cher ces derniers temps).

    (Important) Post-Scriptum: à propos des TR35 du MIT, je me dois d’ajouter que pour la première fois, un innovateur de l’EPFL est aussi célébré en compagnie de Google: Jochen Mundinger est le fondateur de routeRank et j’ai la chance de le connaître. Jochen est un grand entrepreneur!


    © Alain Herzog, EPFL

    Le rôle d’un mentor

    J’ai lu récemment un autre post de Fred Wilson sur le rôle des mentors, The CEO Mentor and Coach. Comme toujours, ses posts et les nombreux commentaires qui suivent sont intéressants. J’ajoute simplement une des plus belles descriptions de mentor que j’ai lues. Il s’agit de ce que Robert Noyce représentait pour Steve Jobs. Vous pourrez trouver tout le contenu dans le livre The Man Behind the Microchip de Leslie Berlin ou dans un compte-rendu qu’elle en a fait pour le Computer History Museum (fichier pdf – 6MB).

    Voici donc ce qui est dit!

    «Bob Noyce m’a pris sous son aile. J’étais jeune, dans ma vingtaine. Il était dans la cinquantaine. Il a essayé de me donner la configuration du terrain, de me donner un point de vue que je ne pouvais comprendre que partiellement. Vous ne pouvez pas vraiment comprendre ce qui se passe maintenant que si vous comprenez ce qui a précédé

    « Quand Noyce a quitté la gestion quotidienne chez Intel en 1975, il tourna son attention vers la prochaine génération d’entrepreneurs high-tech. Voilà comment il a rencontré Jobs. » Noyce était pas attiré d’abord par le style hippie, « mais au fil du temps, ses sentiments au sujet d’Apple ont commencé à changer. Cela est dû, dans une large mesure, à Steve Jobs, qui a délibérément cherché Noyce comme mentor. (Jobs a également demandé Jerry Sanders et Andy Grove, s’il pouvait les prendre à déjeuner tous les trimestres et « utiliser votre matière grise »). « Steve apparaissait régulièrement à la maison sur sa moto » se rappelle Ann Bowers [l’épouse de Noyce] « Rapidement, ils disparaissaient dans le sous-sol, et discutaient projets. »

    « Noyce répondait aux appels téléphoniques de Jobs – qui, invariablement, commençaient avec « J’ai réfléchi à ce que vous avez dit » ou « J’ai une idée » – même quand ces appels avaient lieu à minuit. À un certain moment, il confia à Bowers, « Si il appelle encore en retard, je vais le tuer », mais à chaque fois, il répondait au téléphone.

    « Jobs admet que sa relation était presque plus filiale que professionnelle. « Les choses dont je me souviens de Bob sont des choses personnelles. Je me souviens qu’il m’a appris à mieux skier. Et il était très intéressé par – fasciné par – l’ordinateur personnel, et nous avons beaucoup parlé de cela. »

    Une start-up est un bébé

    J’ai souvent utilisé cette analogie dans mes présentations et cours. Fred Wilson l’emploie aussi dans un post récent, The Expanding Birthrate Of Web Startups.

    Dans mes présensations, la slide est la suivante (vous pouvez lire la slide 61 du pdf en anglais que j’ai posté dans Start-Up, le livre: un résumé visuel):

    Les voici à nouveau en texte plein:
    – Les parents sont-ils des professionnels de l’éducation des enfants? alors pourquoi demande-t-on aux futurs entrepreneurs d’acquérir d’abord de l’expérience?
    – Les parents vont-ils éternellement contrôler la destinée de leurs enfants? alors pourquoi les fondateurs ont-ils souvent l’angoisse de perdre le contrôle?
    – Demande-t-on aux parents de céder le pouvoir de décision aux professionnels que sont les enseignants, les médecins? alors les fondateurs ne doivent-ils pas simplement s’entourer des meilleurs professionnels pour augmenter leurs chances de succès?
    Une start-up est un bébé qui doit grandir et ses parents doivent l’aider à devenir adulte et bien sûr votre start-up est la plus belle au monde!

    J’ajoute en général, je suis peut-être un peu vieux jeu, que je crois que les familles/entreprises monoparentales sont plus difficiles à vivre pour la progéniture alors trouvez-vous un partenaire, ne vous lancez pas seul dans l’aventure entrepreneuriale.

    Wilson voit l’investisseur, et non pas l’entrepreneur, comme le parent. Poiur moi l’investisseur est un8e) ami(e), un mentor, un parrain/marraine. Mais voici des extraits des commentaires de son post.

    – « I am committing to the care and feeding of the company until cash flow breakeven (the startup equivalent of adulthood) » (Wilson himself)
    – « I worry like a parent with too many kids. Who is going to take care of all of these kids? » (Wilson again)
    – « Parenting is a good way to put it. Unsure about the « pulling the plug » comparison though, doesn’t go very well with parenting! » (Loic Lemeur)
    – « The super-angels and the angels, don’t try to play « parent ». They play friend. It’s a mutual benefit relationship, but the ultimate control is to the entrepreneur. Usually the friends and family who are excited about your seed round (when you leave their company), are not thinking about follow-on. » (Prasanna Sankaranarayanan)
    -« do you think the « orphaned startups » will suffer because their « parent investors » remove themselves » (Adam Wexler)
    -« an environment not unlike pre- or emerging-industrial third world nations. High infant mortality, the necessity of conserving scarce resources for those infants with provable indications that they CAN survive the initial impediments. It doesn’t mean that the parents love or value the survivors more, but rather that as a practical matter there are few options. […] if a ‘gifted child’ is to be sustained through the vagaries of infancy, then it’s important for both the company and the investor(s) to consider this up front. […] When, at the outset, it becomes clear that substantial investment in capital equipment, research and development, or extended operation at a loss is required if a ‘gifted child’ is to be sustained through the vagaries of infancy, then it’s important for both the company and the investor(s) to consider this up front.  » (Rich Miller)
    – « We make fun of parents today who enroll their kids in the right kindegarden so they can get into Princeton, Yale, Harvard, but perhaps they aren’t so wrong if we applied that logic to startups….what do you need to do as an early stage company to ‘get into the right school’ when you come of age? » (Dave Hendricks)
    – « But that’s not good parenting… if you want your child/portfolio company to succeed long term, you’ve got to consider where the road will take you, because the easy road/early exit isn’t a lock and is usually a lot harder than you think » (Reece Pacheco)
    – « History: birthrate without control produces malnourished kids. » (Agilandam)
    – « Short answer: A lower % of these « kids » will make it to their 3rd birthday. » (Andy Swan)
    – « I thought you were going to make a separate point, that there aren’t enough acquirers — Google is active, Microsoft, Yahoo and others much less so — to adopt all the kids who don’t go public. » (Glen Kelman)
    – « If programs like Y Combinator are getting our smartest kids to start companies instead of going to law school, McKinsey etc then that’s going to lead to good things for our industry and our economy. » (Chris Dixon)
    – « Also… you say that entrepreneurs should find a one or 2 VCs and have a long term relationship with them. Isn’t this true for VCs too? Doesn’t it make sense to have the same investors lead the company from birth to adulthood and not one VC for the « toddler » period, one of the « child », one of for the teen? If we take that analogy a little bit further, we know that foster kids who are taken from foster family to foster family usually don’t end up as « well » as the ones who get the same frame all along? » (Julien)

    L’analogie a, je crois, pas mal de sens. Je vous laisse réagir….

    La Crise du Capital-Risque

    Cette fois, le chose semble claire. Le capital-risque est en crise. L’association Capintech tire la sonnette d’alarme dans un récent communiqué de presse (pdf) relayé par le Journal de l’Innovation.

    Quant au diagnostic, trois points sont relevés:

    1- Quels que soient les pays observés, le financement en fonds propres des entreprises innovantes nécessite une forte implication des pouvoirs publics en amont.

    2- Les mesures « prudentielles » vont freiner la participation des banques et des assurances qui apportent des fonds au capital-risque.

    3- Comme dans les autres pays européens et aux USA, l’industrie du capital-risque français doit repenser son modèle économique.

    L’association pense que la crise est durable mais que des mesures sont nécessaires à court terme:

    – La mise en place du Fonds national d’amorçage – FNA.

    – La réflexion globale engagée par l’AFIC peut conduire à une meilleure cohabitation des outils de financement en fonds propres.

    Les données ci-dessous extraites d’un rapport de l’European Investment Fund intitulé Private Equity Market Outlook confirment les difficultés.

    Je ne suis pas tout à fait sûr que ce diagnostic et les soins proposés soient adéquats. La crise est peut-être beaucoup plus profonde comme je le mentionnais à travers les réflexions d’Andy Grove dans mon post précédent. S’il n’y a sans doute pas  de crise de l’inventivité (il y a toujours de belles et nouvelles idées), il y a sans doute une crise de l’innovation, c’est à dire une difficulté à commercialiser ces nouvelles idées et cela ne vient pas seulement d’une crise du capital-risque. Il n’est d’ailleurs pas convaincant comme je l’ai écrit dans mon livre que le capital-risque européen ait jamais fonctionné…

    Ainsi la globalisation des marchés, une certaine maturité de ceux-ci compliquent notre capacité à innover. Après les révolutions que le transistor, l’ordinateur, les télécom puis l’internet nous ont apporté, qui peut dire ce qu’est le prochain cycle? Nanotechnologies, greentech ou cleantech sont des buzzwords qui n’ont pas été (encore?) suivis des faits. La biotech reste un marché très peu prédictible et relativement « petit ». La crise du capital-risque est sans doute en partie le reflet de cette situation également et sans innovation de rupture, le capital-risque est sans doute à bout de souffle ou au mieux surdimensionné.

    Création d’emplois: qui a raison? Grove ou Kauffman

    Deux articles récents semblent tirer des conclusions différentes sur le rôle des start-up dans la création d’emplois. La fondation Kauffman vient de publier le rapport The Importance of Startups in Job Creation and Job Destruction

    Andy Grove, l’ex-CEO d’Intel, connait si bien la Silicon Valley et le monde des start-up que sa contribution How to Make an American Job Before It’s Too Late est assez perturbante. Laissez-moi en traduire un passage:

    C’est une foi mal-placée que de croire aux start-up pour créer des emplois aux USA. Les Américains adorent l’idée que des gars dans un garage inventent quelque chose qui va changer le monde. L’éditorialiste du New York Times, Thomas L. Friedman, a ainsi résumé ce point de vue dans « Des start-ups, pas des sauvetages de banques« . Voici son raisonnement: laissons mourir les vieilles entreprises fatiguées qui ne font que produire des produits à faible valeur, si elles doivent mourir. Si Washington veut créer des emplois, la capitale doit soutenir les start-up.

    Moment mythique.

    Friedman a tort. Les start-up sont une chose merveilleuse, mais elles ne peuvent pas seules augmenter le niveau d’emplois high-tech. Tout aussi important est ce qui suit ce moment mythique de la création dans le garage, lorsqu’il faut passer du prototype à la production de masse. C’est la phase de mise à l’échelle. Il faut finaliser la conception, trouver le moyen de produire économiquement, construire des usines, et recruter par milliers. Mettre à l’échelle est un travail difficile mais nécessaire pour que l’innovation joue pleinement son rôle. Ce processus-là n’a plus lieu aux USA. Et aussi longtemps qu’il ne se fera plus, injecter des capitaux dans de jeunes sociétés qui construisent leurs usines ailleurs continuera a être un mauvais investissement en termes de création d’emplois. La mise à l’échelle a bien fonctionné dans la Silicon Valley. Des entrepreneurs venaient avec leurs inventions. Des investisseurs leur donnaient l’argent pour bâtir leurs entreprises. Si les fondateurs et leurs investisseurs avaient de la chance, la start-up croissait et allait en bourse, ce qui finançait la suite de l’aventure.

    Intel comme exemple de startup.

    J’ai eu la chance de vivre une telle aventure. En 1968, deux technologistes bien connus et leurs amis investisseurs mirent $3 millions pour créer Intel, qui fabriqua des puces mémoires pour l’industrie des ordinateurs. Dès le début, il fallut penser production en masse. Nous eûmes à bâtir des usines; recruter, former et garder des employés. Et résoudre un million d’autres problèmes avant qu’Intel ne devienne une très grosse entreprise. Trois ans plus tard, nous étions cotés en bourse, et Intel est devenue une des plus grandes sociétés high-tech. En 1980, dix ans après l’IPO, nous avions environ 13 000 employés aux USA. Non loin de nos quartiers généraux de Santa Clara, d’autres en firent autant. Tandem Computers eut une histoire similaire, puis Sun Microsystems, Cisco Systems, Netscape Communications, etc. Certaines sociétés disparurent sur le chemin, d’autres furent achetées, mais chaque survivant ajoutait à cet écosystème technologique complexe qu’est devenue la Silicon Valley. Avec le temps, les salaires et les coûts de la santé ont augmenté et la Chine s’est ouverte, si bien que les sociétés américaines ont découvert qu’elles pouvaient produire et même concevoir de manière beaucoup plus économique outremer. Et ce faisant, les marges se sont améliorées, les équipes de direction étaient heureuses ainsi que les actionnaires. La croissance s’est poursuivie, de plus en plus profitable. Mais la machine à emplois s’est grippée.

    USA contre Chine.

    Aujourd’hui, les emplois dans la production d’ordinateurs aux USA sont de 166 000 — moins qu’à l’époque du premier ordinateur personnel, le MITS Altair 2800, en 1975. Entre temps, une industrie de la production de ces mêmes ordinateurs est née en Asie, avec un million et demi de travailleurs – ouvriers, ingénieurs et dirigeants. La plus grande de ces entreprises est Hon Hai Precision Industry Co., aussi connue sous le nom de Foxconn. La croissance de cette société fut à peine croyable, d’abord à Taiwan et ensuite en Chine. L’an dernier, son chiffre d’affaires à atteint 62 milliards de dollars, plus qu’Apple, Microsoft, Dell ou Intel. Foxconn emploie plus de 800 000 personnes, plus que la somme cumulée des emplois de Apple, Dell, Microsoft, Hewlett-Packard, Intel et Sony.

    Rapport de 1 à 10

    Jusqu’à la récente vague de suicides dans le complexe industriel géant de Foxconn à Shenzhen, peu d’Américains avait entendu parler de cette société. Pourtant tous connaissent les objets qu’elle produit : des ordinateurs pour Dell et HP, des téléphones portables pour Nokia, des consoles Xbox 360 pour Microsoft, des circuits pour Intel, et une quantité d’autres gadgets familiers. Quelques 250 000 employés de Foxconn dans le sud de la Chine fabriquent les produits d’Apple alors que la société à la pomme, n’a que 25 000 employés aux USA – ce qui veut dire que pour chaque employé Apple aux USA, il y en a 10 qui travaillent en Chine sur les iMacs, iPods et iPhones. Le même rapport de 1 à 10 tient pour for Dell, pour le fabriquant de disques durs Seagate Technology, et bien d’autres.

    Si vous téléchargez le papier de la Kauffman, vous lirez que les start-up ont une création nette d’emplois alors que les sociétés établies ont une destruction nette d’emplois (elles en créent moins que n’en suppriment). Il n’y a pas vraiment de contradiction entre les deux articles, tous les deux montrent le rôle crucial de l’innovation, mais Andy Grove ajoute que cela ne suffit pas à long terme: il faut pérenniser la création de richesse initiale par des créations d’emplois stables dans la production. Le constat est d’autant plus intéressant qu’il vient de Mr. Grove dont la crédibilité n’est pas discutable…