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Peter Thiel – De zéro à un (2ème partie)

Je viens de terminer Zero to One et voici quelques commentaires de plus, moins sur l’esprit d’entreprise que sur les questions sociétales. Quelle que soit la réputation controversée de Thiel dans la Silicon Valley comme possible Libertairarien, il y a quelques sujets qu’il aborde de façon très convaincante. Il n’est pas un pur Contrarien. Il est en désaccord avec certaines modes grand public d’une manière très sérieuse. Voici quelques exemples:

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– La machine ne remplacera pas l’humanité
Oui, les ordinateurs ont fait des progrès impressionnants ces dernières décennies, mais pas au point de remplacer l’humanité. Il montre de manière très convaincante à travers les cas de Paypal et Palantir [pages 144-148] que les ordinateurs ne peuvent pas résoudre les problèmes difficiles de manière automatique, mais ce ne sont que des compléments (excellents et critiques) aux êtres humains. Même l’expérience faite par Google de reconnaître les chats « semble impressionnante – jusqu’à ce que vous vous souveniez que un enfant de quatre ans peut le faire parfaitement » [Page 143]. Il termine son chapitre sur l’homme et la machine de cette façon: « Mais même si l’Intelligence Artificielle forte est une possibilité réelle plutôt qu’un impondérable mystère, elle ne se produira pas de sitôt: le remplacement par les ordinateurs est un souci pour le 22ème siècle. Les craintes indéterminées de l’avenir ne doivent pas nous empêcher de faire des plans précis aujourd’hui. Les Luddites prétendent que nous ne devrions pas construire d’ordinateurs qui pourraient remplacer un jour les humains; les futuristes fous soutiennent que nous le devrions. Ces deux positions sont mutuellement incompatibles, mais elles ne sont pas exhaustives: il y a de la place entre les deux pour les gens sains d’esprit pour construire un monde bien meilleur dans les décennies à venir. Quand nous trouverons de nouvelles façons d’utiliser les ordinateurs, ils ne seront pas seulement utiles à mieux faire le genre de choses que les gens font déjà: ils nous aideront à faire ce qui était inimaginable auparavant » [pages 150-151]. Vous ne serez pas surpris que je préfère cela aux vues de Kurweil.

– Le cleantech était une bulle et cela était évident dès le 1er jour.
J’ai été depuis le début intrigué par la mode greentech / cleantech. Pourquoi les gens se sont-ils tellement excités à propos de la promesse de résoudre un problème important lorsque nous ne disposions pas de solution? Thiel est beaucoup plus dur que moi. D’abord, il montre à l’évidence: c’était une bulle.

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Puis il analyse cette industrie grâce à ses arguments de « zéro à un ».
« La plupart des entreprises cleantech ont failli parce qu’elles ont négligé une ou plusieurs des sept questions auxquelles toute entreprise doit répondre:
– Ingénierie: pouvez-vous réaliser uen percée technologie de pointe à la place des améliorations progressives?
– Timing: est-ce le bon moment pour lancer votre entreprise?
– Monopole: commencez-vous avec une grande part d’un petit marché?
– Fondateurs et employés: avez-vous la bonne équipe?
– Distribution: avez-vous les moyens non seulement de créer, mais aussi de vendre votre produit?
– Durabilité: votre position dans le marché sera-t-elle défendable dans 10 et 20 ans?
– Secret: avez-vous identifié une opportunité unique que les autres n’ont pas vue?
Si vous n’avez pas de réponses à ces questions, vous allez rencontrer beaucoup de «malchance» et votre entreprise va échouer. Si vous avez les réponses à toutes les sept, vous maîtrisez votre destion et allez réussir. Même avoir la léponse à cinq ou six des questions pourrait fonctionner. Mais ce qui est frappant à propos de la bulle des cleantech était que les gens cérant des entreprises avaient zéro réponse – et cela signifiait qu’ils espéraient un miracle « 
[Page 154]. Et après les cleantech? La Fintech?

Comment mesurez-vous votre écosystème entrepreneurial?

Le tire de cet article est la première phrase du rapport publié par la fondation Kauffman intitulé Mesure d’un écosystème entrepreneurial (pdf en anglais). Et c’est une question cruciale. Depuis des années, les universités, les villes, les régions, les pays tentent d’évaluer s’ils sont assez innovants et entrepreneuriaux. Et malheureusement, cela est souvent mesuré par les conditions cadres mais pas par les résultats. Parfois pour de bonnes raisons, parce que les parties prenantes peuvent offrir des conditions favorables mais en définitive ce sont les entrepreneurs et les entreprises qui « font », l’écosystème n’étant là que pour aider…

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La fondation Kauffman propose un ensemble de métriques pour aider à évaluer votre écosystème Il s’agit de propositions ambitieuses car les métriques ne sont pas faciles à obtenir, mais elles m’ont semblé très intéressantes et j’ai pensé utile de les décrire ici. Elles sont classés en quatre catégories:

DENSITÉ

1- Nombre de nouvelles et jeunes entreprises pour 1000 habitants,
où «jeune» peut signifier moins de cinq ou dix ans. Ce premier élément montrera, de la manière la plus simple, comment l’entrepreneuriat évolue au fil du temps par rapport à la population.

2- Part de l’emploi représenté par les nouvelles et jeunes entreprises.
Le dynamisme entrepreneurial ne doit pas seulement être mesuré par le nombre d’entreprises – il devrait également inclure toutes les personnes impliquées dans ces entreprises. Cela inclut fondateurs et employés.

3- Densité des entreprises nouvelles et jeunes en termes de secteurs spécifiques.
Certains endroits peuvent déjà avoir un secteur économique particulier qui a été identifié comme la pièce maîtresse d’un écosystème, tels que les industries de fabrication ou «créatives». Ici aussi il convient d’utiliser la taille de la population comme dénominateur.

FLUIDITE

4- Flux de la population ou des personnes se déplaçant entre villes ou régions.
Le dynamisme entrepreneurial implique des gens qui vont et viennent. Du point de vue de l’écosystème, cela signifie que l’environnement entrepreneurial doit être fluide pour permettre aux entrepreneurs de s’engager. L’envers, bien sûr, est que les limites à la fluidité restreindront dynamisme entrepreneurial.

5- Flux de population au sein d’une région donnée.
Les individus doivent également être en mesure de trouver la bonne adéquation avec différents emplois dans une région. Le rythme auquel ils sont capables de passer d’un emploi à l’autre et entre les organisations devrait être un indicateur important de dynamisme.

6- Le nombre (et la densité) des entreprises à forte croissance,
qui sont responsables d’une part disproportionnée de la création d’emplois et l’innovation. Une concentration d’entreprises à forte croissance indique si oui ou non les entrepreneurs sont en mesure d’allouer des ressources à des fins plus productives. Et il faut noter qu’une forte croissance n’est pas nécessairement synonyme de haute technologie.

CONNECTIVITÉ

7- Connectivité des programmes ou des ressources pour les entrepreneurs.
Un écosystème entrepreneurial dynamique n’est pas simplement une collection d’éléments isolés – les connexions entre les éléments importe tout autant que les éléments eux-mêmes. La diversité de votre population entrepreneuriale est susceptible d’être élevée, et il est peu probable qu’un guichet unique pour servir les entrepreneurs fasse beaucoup de bien. Les entrepreneurs se déplacent dans un écosystème, assemblant des connaissances et de l’aide de différentes sources, et la connectivité des organisations de soutien devrait contribuer à soutenir le développement d’un solide réseau d’entreprise.

8- Taux de spin-off.
La «généalogie» d’entreprises d’une région donnée, telle que mesurée par les liens entre les entrepreneurs et les entreprises existantes, est un indicateur important de vitalité.

9- Le réseau des « dealmakers »
Les personnes avec un riche capital social, qui ont des liens nombreux au sein des économies régionales ou qui ont un rôle de médiation des relations, des connexions et de facilitateur dans la création des entreprises jouent un rôle essentiel dans un écosystème entrepreneurial dynamique.

DIVERSITÉ

10-La diversification économique,
un concept important, car aucune ville ou de la région ne devrait être excessivement dépendante d’une industrie en particulier. Au niveau des pays, la recherche a montré que la complexité économique est corrélée avec la croissance et l’innovation.

11- Activité et assimilation des immigrants.

Historiquement, les immigrants ont une propension entrepreneuriale très élevée.

12- Mobilité économique
C’est à dire la probabilité de monter ou descendre l’échelle économique à travers différents quintiles de revenu. L’objectif est d’améliorer la qualité de vie des citoyens, d’élargir les possibilités offertes, et de créer un cercle vertueux d’opportunités, de croissance et de prospérité.

L’invention est la mère de la nécessité!

Je lis en ce moment le remarquable De l’inégalité parmi les sociétés de Jared Diamond.

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Je ne pensais pas en le commençant que j’aurais quoi que ce soit à en extraire qui soit lié à l’entrepreneuriat ou à l’innovation. Et j’avais tort. Je viens de lire un passage sur les inventions humaines et l’innovation, qui m’a beaucoup plus. Le voici.

Le point de départ de notre discussion est l’idée courante que résume le diction : « La nécessité est la mère de l’invention. » Autrement dit, il y aurait invention lorsqu’un besoin demeure insatisfait, qu’on s’accorde généralement à reconnaître que telle technologie est limitative ou laisse à désirer. Mus par la perspective de l’argent ou de la renommée, des inventeurs en herbe perçoivent le besoin et s’efforcent d’y répondre. Un inventeur finit par trouver une solution supérieure à la technologie existante, peu satisfaisante. Et la société l’adopte dès lors qu’elle est compatible avec ses valeurs et ses autres technologies.
Très rares sont les inventions conformes à ce lieu commun de la nécessité mère de l’invention. EN 1942, en pleine Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement américain lança le projet Manhattan dans le but explicite d’inventer ka technologie nécessaire pour fabriquer une bombe atomique avant que l’Allemagne nazie n’y parvînt. Le projet fut achevé en l’espace de trois ans et coûta 2 milliards de dollars (plus de 20 milliards d’aujourd’hui). Parmi les autres exemples, on citera Ed Whitney, inventeur en 1794 de l’égreneuse de coton pour remplacer la laborieux nettoyage à la main du coton cultivé dans le sud des Etats Unis ; ou James Watt qui, en 1769, inventa la machine à vapeur pour résoudre le problème du pompage de l’eau des mines de charbon britanniques.
Ces exemples bien connus nous conduisent à supposer à tort que les autres grandes inventions ont été aussi des réponses à des besoins clairement perçus. En réalité, beaucoup d’inventions, voire la plupart, ont été le fait de gens mus par la curiosité ou la passion du bricolage, en l’absence de toute nécessité. Une fois le système inventé, il restait à lui trouver une application. Il a fallu une utilisation prolongée pour que les consommateurs en viennent à éprouver le sentiment d’un « besoin ». D’autres systèmes, inventés sans but précis, ont été finalement utilisés à d’autres fins que nul n’avait prévues. On sera peut-être surpris d’apprendre que ces inventions en quête d’usage comprennent la plupart des grandes percées technologiques des temps modernes, de l’avion et de l’automobile en passant par le moteur à combustion interne et l’ampoule électrique jusqu’au phonographe et au transistor. L’invention est donc la mère de la nécessité, plutôt que l’inverse.
L’histoire du phonographe de Thomas Edison, l’invention la plus originale du plus grand inventeur des temps modernes, en est un bon exemple. Lorsqu’Edison fabriqua son premier phonographe en 1877, il publia un article exposant dix usages possibles de son invention : conserver les dernières paroles des mourants
enregistrer des livres pour les aveugles, annoncer l’heure et enseigner l’orthographe. La reproduction de la musique n’était pas au premier rang de ses priorités. Quelques années plus tard, Edison confia à son assistant que son invention n’avait aucune utilité commerciale. Quelques années encore, et il changea d’avis et se mit à commercialiser son appareil…. comme dictaphone de bureau. Quand d’autres entrepreneurs créèrent des juke-box où il suffisait d’introduire une pièce de monnaie pour qu’un phonographe se mit à jouer un morceau de musique populaire, Edison protesta que c’était dégrader son invention, ainsi détournée de son usage sérieux. Ce n’est qu’une vingtaine d’ann6es plus tard qu’il admit à contrecœur que le principal usage de son appareil était d’enregistrer et de jouer de la musique.
Le véhicule à moteur est une autre invention dont les usages nous paraissent évidents aujourd’hui. Lorsque Nikolaus Otto mit au point son premier moteur à gaz en 1866, cela faisait près de 6 000 ans que les besoins de transports terrestres étaient satisfaits par les chevaux, de plus en plus complétés depuis quelques décennies par les chemins de fer et les locomotives à vapeur. Il ne manquait pas de chevaux et les chemins de fer donnaient toute satisfaction. Le moteur d’Otto était faible, lourd et de plus de 2 mètres de haut, il ne représentait guère un avantage sur les chevaux. Il fallut attendre 1885 pour que, le moteur ayant été suffisamment amélioré, Gottfried Daimler entreprit d’en installer un sur une bicyclette et de créer ainsi le premier cyclomoteur. Il attendit 1896 pour construire le premier camion,
En 1905, les véhicules à moteur étaient encore des jouets pour les riches, coûteux et peu fiables. On resta largement satisfait des chevaux et des chenrins de fer jusqu’à la Première Guerre mondiale, où l’armée se rendit compte qu’elle avait réellement besoin de camions. Après la guerre, le lobbying intensif des fabricants de camions ct des armées finit par convaincre le public de ses besoins, permettant ainsi aux camions de commencer à supp1anter les chariots dans les pays industrialisés. Même dans les plus grandes villes américaines, le changement prit cinquante ans.
En l’absence de demande publique, les inventeurs doivent souvent s’obstiner durablement parce que les premiers modèles donnent des résultats trop médiocres pour être utiles. Les premiers appareils photo, les premières machines à écrire et les premiers postes de télévision étaient aussi redoutables que Je premier moteur à gaz d’Otto avec ses 2 mètres de haut. Du coup, il est difficile à un inventeur de prévoir si son prototype pourra finalement trouver un usage et justifie donc qu’il consacre encore du temps et de l’énergie à le mettre au point. Chaque année, les Etats-Unis d6livrent 70 000 brevets, dont une poignée seulement parvient en fin de compte au stade de la production commerciale. Pour chaque grande invention ayant finalement trouvé un usage, on ne compte pas celles qui sont restées suite. Même des inventions qui répondent au besoin pour lequel elles ont initialement conçues peuvent ensuite se révéler plus utiles pour d’autres fins non prévues. Alors que James Watt a mis au point sa machine à vapeur afin de pomper l’eau des mines, elle devait bientôt alimenter en énergie les filatures de coton, puis (avec bien plus de profit) propulser les locomotives et les bateaux.

Dans la vision populaire, les rôles respectifs de l’invention et de la nécessité se trouvent inversés. Elle surestime aussi l’importance des génies rares tels que Watt et Edison La législation sur les brevets ne fait qu’encourager cette « théorie héroïque de l’invention », parce que le détenteur d’un brevet doit prouver la nouveauté de son invention. D’un point de vue financier, les inventeurs ont tout intérêt à dénigrer les travaux antérieurs, voire à les passer sous silence. Dans la perspective du juriste, l’invention idéale est ce1le qui surgit sans précurseurs, comme Athéna de la cuisse de Zeus.
En réalité, même pour les inventions modernes les plus fameuses et apparemment les plus décisives, l’affirmation toute simple suivant laquelle « X a inventé Y » dissimule des précurseurs négligés. Par exemple, on dit souvent que James Watt a inventé la machine à vapeur en 1769, prétendument à la suite de l’observation de la vapeur s’échappant du bec d’une théière. Malheureusement pour cette merveilleuse fiction, Watt a en fait l’idée de sa machine à vapeur en réparant un modèle de Thomas Newcomen, que ce dernier avait inventé cinquante-sept ans plus tôt et dont plus d’une centaine avaient été fabriqués en Angleterre avant l’intervention de Watt. Quant au moteur de Newcomen, il venait à la suite de la machine à vapeur de l’Anglais Thomas Savery brevetée en 1698, elle-même précédée par la machine à vapeur que le Français Denis Papin conçut (mais ne fabriqua point) autour de 1680 et qui, à son tour, avait des précurseurs dans les idles de l’homme de science hollandais Christiaan Huyghens et d’autres. Il ne s’agit en aucune façon de nier que Watt ait grandement amélioré le moteur de Newcomen -en y intégrant un condensateur à vapeur et un cylindre à double action – de même que Newcomen avait grandement amélioré celui de Savery.
On peut rapporter de semblables histoires pour toutes les inventions modernes sur lesquelles on est suffisamment renseigné. Le héros traditionnellement crédité de l’invention a emboité le pas à de précédents inventeurs qui avaient des buts semblables et avaient déjà produit des schémas, dca prototypes ou, comme dans le cas de Newcomen, des modèles couronnés par le succès commercial. La fameuse « invention » par Edison de l’ampoule électrique incandescente dans la nuit du 21 octobre 1789 a été en fait une amélioration de maintes autres ampoules électriques brevetées par d’autres inventeurs entre 1841 et 1878. De même, l’aéroplane mécanique piloté des frères Wright avait été précédé par les p1aneurs pilotés d’Otto Lilienthal et l’aéroplane à moteur mais non habité de Samuel Langley. Le télégraphe de Samuel Morse avait précédé par ceux de Joseph Henry, William Coke et Charles Wheatstone ; enfin 1’égreneuse d’Ed Whitney, pour nettoyer le coton en courte soie (indigène) prolongeait des égreneuses en usage depuis des milliers d’année pour le coton en longue soie (Sea Islands).
Tout cela n’est pas pour nier que Watt, Edison, les frères Wright, Morse et Whitney aient réalisé de grands progrès et, ce faisant, aient accru ou inauguré la réussite commerciale. La forme de l’invention finalement adoptée eût sans doute été quelque peu différente sans la contribution de l’inventeur reconnu. Mais, dans le dessein qui est le nôtre, la question est autre : la physionomie générale de l’histoire du monde eût-elle été sensiblement changée si quelque inventeur de génie n’était point né à tel endroit et à telle époque ? La réponse est claire : le personnage n’existe pas. Tous les inventeurs célèbres et reconnus ont eu des prédécesseurs et des successeurs capables et ils ont réalisé leurs améliorations à une époque où la société était à même d’utiliser leur produit. Toute la tragédie du héros qui a mis au point le disque de Phaïstos est d’avoir conçu quelque chose que la société de son temps ne pouvait exploiter sur une grande échelle.
[Pages 354-360]

Mon « coming out » – dans le monde des start-up

Non il ne s’agit pas d’un vrai coming à la Tim Cook, mais d’un message beaucoup moins spectaculaire! Je me suis réveillé cette nuit, perturbé. Comme vous pourrez le voir plus bas, l’écosystème de soutien aux entrepreneurs de l’EPFL (financement, conseils, exposition, immobilier) est riche et complexe. Pourtant nos succès sont moyens, voire médiocres… Tout ces efforts ne servent à rien sans l’ambition et la prise de risque d’individus enthousiastes et passionnés.

Je ne parle pas des personnes, mais du système. Il y a quelques jours, je disais à des collègues être un entremetteur. Je favorise les rencontres et je mets de l’huile dans les rouages. J’ai alors souri en pensant – je ne suis d’habitude pas trop vulgaire – que j’offrais plutôt de la vaseline pour l’introduction des investisseurs. Il y a une quinzaine d’années, un entrepreneur qui avait apprécié notre échange m’avait dit que je lui faisais penser à une prostituée mais que caché derrière moi, il y avait de vilains maquereaux…

Il y a deux jours, j’ai écouté à l’EPFL un prix Nobel d’économie expliquer que le monde occidental était en perte de vitesse, que la crise s’explique en partie par une faiblesse de l’innovation. Le corporatisme et la financiarisation en sont la raison. Puis il y eut un message choquant d’un autre intervenant. La Suisse irait bien parce qu’elle est travailleuse alors que son voisin irait mal parce que ses travailleurs commencent leur weekend le mercredi à midi. Qui peut croire que le chômage et la faillite à Détroit serait issue de la fainéantise des ouvriers de l’automobile et la réussite de la Silicon Valley aà l’addiction au travail (workaholism) de ces nerds. Les choses sont infiniment plus complexes ! Il suffit de voir en particulier l’analyse récente de Thomas Picketty ou l’excellent article de la MIT Technology Review: la technologie et l’inégalité.

Il y quatre jours, j’écoutai l’ambassadrice des Etats Unis en Suisse et au Liechtenstein. Suzi Levine connaît bien le monde des start-up. Elle s’intéresse donc à la situation suisse. J’ai retenu deux messages :
– d’abord, « vous avez beaucoup d’argent mais peu de capital », je vous laisse réfléchir à ce message qui lui a été donné à l’EPFL, je crois, « vous avez beaucoup d’argent mais peu de capital ».
– ensuite, elle a noté la faiblesse de la présence féminine dans ce monde et a donc tout particulièrement apprécié que le Prix Musy soit créé cette année.
Mais rien n’aura été utile de nos efforts, si nous ne permettons pas, si nous n’encourageons pas l’éclosion d’entrepreneurs passionnés et aventureux… Pas seulement les femmes, mais toute la diversité des individus passionnés qui ne doit pas être entravée par le corporatisme et la financiarisation.

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Plus sur le soutien aux entrepreneurs à l’EPFL

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Christensen a-t-il eu tort et et l’innovation de rupture est-elle une théorie erronée?

Clayton Christensen a été l’un de mes héros. Vais-je devoir tuer cette figure du père? Le souvent excellent magazine New Yorker a publié récemment The Disruption Machine avec pour sous-titre Ce que l’évangile de l’innovation a de faux. L’auteur Jill Lepore coonait bien les gourous de l’innovation, de Schumpeter à Porter et Christensen, et ce qu’elle a à dire est au moins très inquiétant.

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« La rupture est une théorie du changement
fondée sur la panique, l’anxiété,
et des démonstrations fragiles. »

Vous devez lire le article: Lepore semble avoir de solides arguments sur les faiblesses de Christensen. Dans l’industrie du disque dur, selon elle, Seagate Technology n’a pas été abattu par la l’innovation de rupture. Même chose avec Bucyrus et Caterpillar pour l’industrie des pelles mécaniques – ou encore: « Aujourd’hui, le plus grand producteur américain d’acier est – US Steel ». Difficile pour moi d’évaluer les affirmations. Je dois admettre que j’avais lu des livres plus récents de Christensen qui étaient vraiment décevants, mais je pensais que sa première ppublication était solide.

Plus drôle: « La théorie de la rupture est censée être prédictive. Le 10 Mars 2000, Christensen a lancé un Fonds de Croissance Disruptive de 3,8 millions de dollars. Moins d’un an plus tard, le fonds a été discrètement liquidé. En 2007, Christensen avait déclaré à Business Week que «la théorie prédit que Apple ne réussira pas avec l’iPhone», ajoutant: « L’histoire parle très fort là-dessus. » Au cours des cinq premières années, l’iPhone a généré cent cinquante milliards de dollars de chiffre d’affaires ».

Il y a eu un débat à la suite des allégations de Lepore que je vous laisse découvrir:

– Business Week: Clayton Christensen répond à la critique du New-Yorker Takedown de «l’innovation de rupture»: ici.

– Forbes: En quoi Jill Lepore se trompe sur Clayton Christensen et l’innovation de rupture: ici.

– Slate: Même le père de la rupture pense que la « rupture » est devenue un cliché: ici.

PS: un grand merci à Martin pour m’avoir mentionné cet article fascinant.

La collectivité bénéficie-t-elle suffisamment des retombées de l’innovation ?

Voici une nouvelle chronique écrite pour Entreprise Romande. Je reviens sur un sujet qui m’est cher, innovation et société.

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L’entreprise est plus que jamais au centre des débats politiques de par son rôle dans la création d’emplois et de richesses – individuelles et collectives. Elle est indirectement l’enjeu de la montée des populismes et des tentations protectionnistes mondiaux. En son sein et hors de ses murs, l’innovation est le sujet de tensions similaires : la collectivité bénéficie-t-elle suffisamment des retombées de l’innovation ?

Mariana Mazzucato et l’état entrepreneurial

Un livre récent aborde le sujet du rôle respectif des entreprises et de l’Etat dans l’innovation : Mariana Mazzucato, professeur à l’université du Sussex, développe dans The Entrepreneurial State [1], un ouvrage passionnant et quasi-militant, l’argument que les Etats n’ont pas perçu les fruits non seulement des investissements réalisés dans leurs universités, ni même indirectement des aides et soutiens fournis aux entreprises, investissements et soutiens qui seraient à l’origine des innovations majeures des cinquante dernières années.

Mazzucato illustre brillamment comment l’iPhone et l’iPad intègrent des composants financés initialement par la puissance publique : depuis les composants électroniques développés pour les programmes spatiaux et militaires en passant par les écrans tactiles ou le GPS, jusque Siri, l’outil de reconnaissance vocale (qui a des sources à l’EPFL), l’auteur montre qu’Apple a magistralement intégré des technologies initiées par l’argent public. Google est aussi issu d’une recherche faite à l’université de Stanford. Mazzucato ajoute que les essais cliniques de nouveaux médicaments sont essentiellement faits dans des hôpitaux financés par l’argent public à partir de molécules elles-aussi issues des laboratoires universitaires.

Mazzucato prône donc des réformes majeures aussi bien sur la gouvernance des aides initiales que sur la fiscalité. Elle souhaite que l’impôt vienne compenser l’absence ou l’insuffisance de retours directs vers les universités ou provenant des entreprises d’autant plus qu’il est en effet indéniable que les multinationales optimisent facilement leur fiscalité. Elle montre ainsi qu’Apple a su profiter des règles internationales pour créer des filières au Nevada ou en Irlande pour minimiser son imposition.

La chercheuse anglaise est convaincante en affirmant qu’Apple doit payer plus. Mais payer comment ? En payant une licence pour le GPS, mais à qui ? Je ne suis même pas sûr que le GPS soit breveté. Et si l’internet avait été breveté, il n’aurait sans doute pas eu le même développement (je ne vais pas revenir sur les limitations du Minitel français). En cherchant plus de retours directs (qui ne sont pas si négligeables que l’on pourrait croire – Stanford aura reçu plus de $300M de sa participation dans Google et plus de $200M des premiers brevets de la biotechnologie), le risque serait grand de démotiver les créateurs et de freiner l’innovation. Je doute que la solution se trouve dans une plus grande rigueur des règles nationales.

Peter Thiel et l’individu entrepreneur

Peter Thiel, entrepreneur et investisseur libertarien est tellement opposé à de telles vues qu’il encourage les jeunes motivés par l’entrepreneuriat à abandonner leurs études en leur offrant des bourses de $100’000 et imagine même de déplacer les entreprises vers des navires offshore au large de la Californie pour qu’elles échappent totalement à l’impôt. Il est effrayé par toute forme d’initiative publique qui selon lui devient rapidement bureaucratique. Il est bon d’ajouter que la devise de Thiel montre aussi un certain scepticisme quant aux bénéfices sociaux de l’innovation : « nous voulions des voitures volantes ; à la place, nous avons eu 140 caractères. » [2]

En amont, il y a donc la question des retours directs et du rôle réel de l’Etat. Mais sans la créativité inouïe de Steve Jobs pour Apple, sans l’ambition démesurée de Larry Page et Sergei Brin pour Google, sans la vision de Bob Swanson, fondateur de Genentech, le monde n’aurait sans doute pas vécu les mêmes révolutions technologiques. En aval par contre, se pose la question de créer des règles internationales sur l’innovation. Laissez-moi faire une large digression. L’Internet, autre innovation initiée par la puissance publique, est devenu un enjeu majeur dans les domaines politiques, fiscaux et économiques. Or « la neutralité et l’auto-organisation font partie des options libertariennes […] et sont en contradiction avec la politique. L’humanité doit saisir cette opportunité de rediscuter de ce que l’on considère comme important. […] Internet permet l’émergence d’un espace politique mondial, mais celui-ci est toujours largement à inventer. Le temps de cette invention, Internet aura probablement disparu !» [3]

Si je penche par expérience plutôt du côté de Thiel pour l’innovation comme acte individuel d’exception finalement assez éloigné de l’investissement public qui en est pourtant la semence, je ne peux admettre en conséquence que le collectif soit abandonné. Il est le terreau qui permet l’éclosion des talents exceptionnels. Les entreprises ont aussi leur part de responsabilité dans cette négligence à oublier le rôle de la puissance publique. Comme toute activité humaine complexe, l’innovation est un délicat équilibre entre privé et public. Mais surtout aujourd’hui les enjeux sont devenus mondiaux. La question n’est pas tant comme l’affirme Mazzucato que le rôle de l’Etat a été largement sous-estimé dans ce processus, mais bien plus que le retour par l’impôt est très largement diminué par la globalisation et son absence de gouvernance économique.

L’impôt comme unique solution globale?

Les collectivités retirent-elles quoi que ce soit de l’argent public dépensé pour l’école, les routes, la sécurité ? Non, parce que ce n’est pas un investissement au sens propre avec idée de retour. C’est une mise à disposition d’infrastructure qui permet aux citoyens et aux entreprises de vivre correctement et de se développer. Et ils paient des impôts en retour. Et quand le Darpa finance Stanford, il n’est pas sûr qu’un étudiant de Corée n’en bénéficiera pas pour travaille plus tard pour Samsung. L’idée de faire payer des champions nationaux me semble d’un autre âge.

Reste l’impôt dans une vision renouvelée de la gouvernance mondiale. Que l’innovation soit du domaine privé ou public, la globalisation du monde ne permettra bientôt plus de se réfugier derrière les arguments de qui est fondamentalement à son origine. Non seulement les individus mais aussi les Etats devront accepter un plus grand partage de ses bénéfices, au risque de graves crises. A l’heure où la Suisse doit revoir sa politique fiscale et croit pouvoir se retrancher comme ses voisins derrière ses frontières, il est bon de voir que les tensions actuelles méritent de revisiter la position de l’innovation dans la société avant que de nouvelles crises majeures n’émergent. Un vœu pieux ?

[1] The Entrepreneurial State – Debunking Public vs. Private Sector Myths. 2013, Anthem Press, http://marianamazzucato.com
[2] Peter Thiel. Zero to One – Notes on Startups or How to Build the Future. Sept. 2014, Crown Business press, http://zerotoonebook.com
[3] Boris Beaude. Les fins d’Internet. 2014, FYP Editions, http://www.beaude.net/ie

Les systèmes d’innovation en France: un colloque à Nantes

Pourquoi exprimer une frustration après avoir participé au colloque De l’innovation aux écosystèmes de croissance, par ailleurs très bien organisé et où j’ai trouvé du plaisir ? Sans doute parce qu’après avoir beaucoup attendu de mon pays en matière de réformes sur le sujet de l’innovation (cf mes réflexions passées sur le rapport Beylat-Tambourin), je crains que la France ne reparte dans ses vieux travers : attendre beaucoup de la puissance publique et ne pas comprendre que l’innovation vient avant tout des start-up. Pourtant le problème était bien compris par les organisateurs du colloque qui avaient fait un travail préparatoire remarquable et les invités ont fait leur travail également.

Le grand témoin, Jean-Luc Beylat a fait une analyse détaillée, dont je fournis quelques notes. La France doit prendre en compte quelques grands changements :
– la vélocité des cycles technologiques,
– la puissance des pays émergents (« Shanghai investit plus dans ses transports en commun que l’Europe dans son ensemble »),
– la rareté grandissante des ressources, (notez que j’ai écouté Pascal Lamy la semaine dernière à l’EPFL et celui-ci pense que la matière grise est-elle illimitée et sera utile face à ces défis,)
– le numérique et l’accès au savoir transforme les mécanismes d’innovation.
Parler d’innovation n’est donc pas une posture, mais un devoir. Beylat pense qu’il n’y aura pas de dynamique individuelle sans une politique publique et que si il n’y a pas de copie possible des écosystèmes ayant réussi, il y a des invariants importants:
– l’éducation (et l’importance de tirer vers le haut),
– l’excellence de la recherche,
– le décloisonnement public-privé,
– l’attractivité de ces régions pour les talents,
– la culture de l’entrepreneuriat,
– les financements de la croissance.
L’analyse me convient! Le débat qui suivit parla d’écosystèmes et d’innovation. Et mon malaise a alors grandi alors que les messages étaient clairs : faire émerger les talents et leur fournir des ressources. Point. Comme si je souhaitais plus de radicalisme dans les messages. Un non-choix conduit à arroser un peu partout sans vraiment décider. « Il faut être patient. » « Il n’y a pas que les start-up. » Je crains que les acteurs attendent trop de la puissance publique, peut-être même trop du privé. Alors que bien souvent, l’innovation est une démarche individuelle.

ColloqueInnovationNantes2014

J’ai exprimé ce malaise lors de la table ronde à laquelle je participais. Je ne suis pas sûr de l’avoir bien explicité. J’ai expliqué le débat à distance que j’ai illustré sur ce blog entre Mariana Mazzucato et Peter Thiel. Mazzucato montre l’importance de la puissance publique, du collectif, Peter Thiel penche du côté de l’entrepreneuriat individuel au point que ce libertarien traiterait sans doute Mazzucato de communiste !

J’ai aussi ajouté que dans deux écosystèmes efficaces comme la Silicon Valley et la région de Boston, il y a aussi des différences similaires. Berkeley et Harvard sont moins favorables aux initiatives individuelles alors que le MIT et Stanford encouragent grandement la création de start-up, sans avoir une « politique d’innovation » très structurée. Stanford et le MIT sont bienveillants envers les entrepreneurs. On pourrait croire que Berkeley et Harvard sont avant tout dans le Savoir, alors que Stanford et le MIT sont dans le Faire et le Vendre (le produit et le client, chers à Steve Blank). Il y a peut-être un lien entre toutes ces dimensions, mais je n’en suis pas sûr. Il est certain par contre que l’entrepreneuriat est du domaine de l’exception, de l’anormal, de la singularité, de l’irrationnel même et donc une « politique publique » pourrait largement ne pas suffire. J’ai aussi expliqué aussi ce que nous faisons à l’EPFL puis l’importance des « role models » et des mentors pour faire émerger les talents, en citant notre Daniel Borel et ma citation habituelle sur la préférence vers la grosse part du petit gâteau que vers la petite part du gros gâteau. Un pari donc sur l’individu autant que sur le collectif.

J’ai répété pour autant que l’on ne sait pas filtrer a priori. Qu’il faut 1000 idées pour faire 100 start-up qui en donneront 10 qui auront les ressources pour croître (du VC) qui donnera 1 succès. Notre rôle est au niveau des 100 en les encourageant à devenir les 10. J’aurais dû ajouter que ce qui compte est :
– la culture (la passion, l’ambition, la prise de risque qui ne fustige pas l’échec)
– l’éducation (au sens de l’exposition au monde des start-up)
– l’argent (public, puis les BAs, puis le VC)
– le talent (encouragé par les mentors, les role models et l’expérience)
– l’internationalisation rapide (« buvez local, pensez global »)

Je crains pourtant d’avoir entendu tous les « buzzwords », l’accélération qui remplace l’incubation, les co-working spaces, les fablab et leurs imprimantes 3D, l’importance du design et des usages – il y a 15 ans on ne parlait que d’incubateurs et de MBAs ! – sans oublier le « ni les start-up ni le capital-risque ne sont la réponse à tout ». Pourtant je crois que la France a gâché des talents en les éloignant de cette simple dualité ! Cette bienveillance qui a tant manqué…

J’ai terminé en indiquant que cette diversité n’est pas ce que j’ai vu dans la Silicon Valley. On y trouve plutôt une majorité quasi-uniforme d’Asperger et de dyslexiques, et le malheureux manque de jeunes femmes n’est pas du à une soi-disant mentalité misogyne de « old boy club » mais plus à une incapacité de ces « talents » intravertis à leur parler…

MarcRougier-LeMonde

J’ai tout de même aimé le discours courageux de clôture de Christophe Clergeau, qui a su critiquer un millefeuille de structures d’innovation dont les SATT ne sont qu’une nième couche. Il a bien compris l’équilibre à trouver entre structures publiques et soutien aux talents et comment tout dépend de la qualité de réseaux. Fleur Pellerin a disparu en France, enfin elle fera autre chose. Pourtant elle revenait de la Silicon Valley, où un entrepreneur français était présenté grâce au Journal Le Monde : « Marc Rougier est un démenti à ceux qui croient que le mot « entrepreneur » n’existe pas dans la langue française. « C’est ma quatrième boîte. La première était toute petite. La deuxième je l’ai réussie. La troisième, je l’ai plantée ». Pour lui, le problème principal pour créer une entreprise en France, n’est ni le fisc, ni la lourdeur administrative, « même si ça existe ». C’est la peur du risque. « On est topissimes pour la capacité à innover. On est des intellos brillants, innovants, mais conservateurs. On est fort sur l’innovation comme jeu intellectuel. Ici on passe à l’acte. On démissionne à midi, on emporte ses cartons à 14 heures. Le lendemain on commence dans une autre boîte. » Tout est dit…

Quand Peter Thiel parle des start-up – Humain après tout

Comme vous l’avez remarqué si vous avez lu mes posts précédents, j’ai été très impressionné par les notes de Peter Thiel sur les start-up. J’ai écrit 7 longs articles. J’avais été impressionné de la même manière par Mariana Mazzucato et son État entrepreneurial, même si avec 5 posts seulement!

Thiel-Mazzucato

Je l’ai dit déjà, j’aurais aimé assister à leur débat dans quelques jours à la conférence Humain après tout, Toronto 2014. Mais apparemment, ils ne participent plus à la même table ronde… (Après avoir lu ce qui suit, je vois que Taleb aurait été un excellent ajout).

– Il discutera du thème « L’économie de l’ incertitude radicale ».
Comment les êtres humains réagissent vraiment face à des conditions de véritables « inconnus non-connus »? Selon Frank Knight, « l’incertitude doit être prise dans un sens radicalement distinct de la notion familière de risque, dont elle n’a jamais été correctement séparée… Le problème essentiel est que « le risque », dans certains cas, est une quantité mesurable, tandis qu’à d’autres moments, il est d’une nature tout à fait différente, et ces différences peuvent être extrêmes et cruciales pour certains phénomènes… il semble que l’incertitude mesurable, ce qui est le risque, tel que nous allons utiliser le terme, est bien différente d’une incertitude incommensurable qui n’est du coup pas du tout une incertitude. « La littérature économique depuis Knight a très bien explicité la facilité avec laquelle les marchés ont tendance à sous-estimer et sur-estimer ces points fondamentaux. Cependant, l’économie ne répond pas adéquatement aux conséquences de l’incertitude « Knightienne », parce que la discipline a du mal à modéliser ce phénomène. Pour obtenir une pleine mesure de cela, il faut entrer dans le domaine de la psychologie et des neurosciences. C’est là que se trouve la définition. L’incertitude radicale, comme beaucoup d’autres concepts, est trop importante pour être laissée à la seule sphère économique.

– Elle fera partie de la table ronde « Innovation : les retours privés produisent-ils les retours sociaux dont nous avons besoin ? »
Les premières machines ont remplacé et multiplié le travail physique des humains et des animaux. Les machines qui suivront remplaceront et multiplieront notre intelligence. La force motrice de cette révolution, soutiennent les « techno-positivistes », accroîtra la puissance de l’informatique (ou réduira son coût) de manière exponentielle. L’exemple célèbre est la loi de Moore, du nom de Gordon Moore, fondateur d’Intel. Depuis un demi-siècle, le nombre de transistors sur une puce semi-conductrice a doublé au moins tous les deux ans. Mais l’âge de l’information a coïncidé avec – et doit, dans une certaine mesure, avoir causé – des tendances économiques défavorables: stagnation des revenus médians réels; inégalité croissante des revenus du travail et de la répartition des revenus entre le travail et le capital, et chômage de plus en plus long. Les gains importants en richesse et la prospérité matérielle créée par nos entrepreneurs est-elle suffisante pour produire les rendements sociaux souhaités demandés dans le monde d’aujourd’hui ?

Les start-up sont un domaine idéal pour étudier la tension entre les individus et la société. Une sorte de nouvelle manière d’aborder le problème de la poule et l’oeuf… En effet, elles pourrait expliquer l’écart croissant entre les Etats-Unis et l’Europe dans de nombreuses dimensions. Mazzucato serait sur ​​du côté du collectif, Thiel plus proche de l’individuel. Mais il n’y a pas de provocation ou de caricature dans cette classification. Les pensées de Thiel et Mazzucato sont profondes. Je suis d’accord avec la plupart de ce qu’ils disent, en désaccord sur des sujets mineurs, bien que la plupart des gens pourraient penser que leur pensée ne peut être conciliée. Je pense vraiment que la combinaison de leur point de vue est une approche intéressante pour comprendre que sont l’innovation et ses enjeux …

PS (8 mai 2014): Je viens de trouver cette vidéo de Thiel à SXSW.

Quand Peter Thiel parle des start-up – partie 7: la chance et l’indertitude.

Voici mon dernier post sur ​​les notes de cours de Thiel à Stanford et il s’agit de sa classe 13 – la chance. Maintenant je dois attendre son livre soit publié…

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J’aime les accidents. Je l’ai mentionné dans un post qui n’a rien à voir avec les start-up (lié au Street Art). L’accident ici est amusant: j’avais totalement oublié de copier – coller la classe 13 de Thiel et c’est seulement quand j’ai commencé à lire la classe 14 que j’ai remarqué mon erreur. Maintenant, permettez- moi de citer Thiel: « Notez que c’est la classe 13 . nous n’allons pas faire comme les gens qui construisent des bâtiments sans 13ème étage et sautent par superstition de la classe 12 à 14. La chance n’est pas quelque chose à contourner ou à craindre. Nous avons donc la classe 13. Nous dominons la chance. » Étrange, non? Je me devais d’appeler cette dernière partie, la partie 7 …

Alors qu’est-ce Thiel dit de la chance ? Eh bien, c’est un sujet très débattu, comme je l’ai vécu dans mon activité à l’EPFL. Thiel ressent la même chose. Il commence par: « La grande question philosophique sous-jacente est de savoir si les start-up ont beaucoup de chance quand elles réussissent. Si importante que soit la question de la chance face à la compétence, cependant, il est très difficile d’obtenir une réponse. Les outils statistiques ne veulent rien dire si vous avez une taille d’un échantillon. Ce serait génial si vous pouviez faire des expériences. Lancer Facebook mille fois dans des conditions identiques. Si cela fonctionne 1000 fois sur 1000, vous pourriez conclure qu’il n’était question que de compétences. Si cela fonctionnait juste une fois, vous concluriez que c’était un coup de chance. Mais, évidemment, ces expériences sont impossibles » et d’ajouter la célèbre phrase de Thomas Jefferson: « Je suis un grand croyant en la chance, et je trouve que plus je travaille, plus elle me sourit ».

Thiel n’est pas tellement intéressé par la chance autant que par le déterminisme contre l’indéterminisme. « Si vous croyez que l’avenir est fondamentalement indéterminé, vous irez vers la diversification. […]. Si l’avenir est déterminé, il fait beaucoup plus de sens d’avoir des convictions fermes. […] Superposez cette dynamique diversification / convictions avec la question optimisme / pessimisme et vous obtenez plus de raffinement. Que vous regardiez vers l’avenir ou en ayez peur fait une grande différence. Et voici sa vision du monde:

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Avec une illustration encore plus surprenante (et tout à fait convaincante si vous lisez Thiel)

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« Mais l’avenir indéterminé est en quelque sorte celui dans lequel probabilités et statistiques sont la modalité dominante pour donner un sens au monde. Les courbes en cloches et les marches aléatoires définissent ce à quoi l’avenir va ressembler. Un argument pédagogique est que les écoles secondaires devraient se débarrasser du calcul classique et le remplacer par les statistiques, qui sont vraiment importantes et réellement utiles. Il y a un courant de pensée important selon lequel les statistiques vont influencer l’avenir ».

Mais ici, je serais ravi de demander à Peter Thiel ce qu’il fait des cygnes noirs s’il croit au « 0 à 1″ plus qu’au « 1 à n ». Le « 1 à n » appartient aux statistiques, pas le « 0 à 1″… (relisez ma partie 1 si je suis incompréhensible!)

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Thiel aime les idées folles, comme le projet de Reber pour la région de San Francisco dans les années 1940 (voir ci-dessus). Il croit aussi encore dans la finance, malgré ses excès: « Dans un avenir à l’optimisme déterminé, vous créez des villes sous-marines et des villes dans l’espace. Dans un monde à l’optimisme indéterminé, vous obtenez la finance. Le contraste ne pourrait pas être plus prononcé. La grande idée de la finance est que le marché boursier est fondamentalement aléatoire. Ce n’est que mouvement brownien. Tout ce que vous pouvez savoir, c’est que vous ne pouvez rien savoir quoi que ce soit. C’est alors une question de diversification. Il existe des moyens astucieux pour combiner divers investissements pour obtenir des rendements plus élevés et à faible risque, mais vous ne pouvez repousser la frontière. Vous ne pouvez pas savoir quelque chose de substantiel sur aucune entreprise spécifique. Mais le monde doit rester optimiste, la finance ne fonctionne pas si vous êtes pessimiste. Vous devez supposer que vous allez faire de l’argent. […] L’indétermination a réorienté les idées des investisseurs. Alors qu’auparavant les investisseurs avaient des convictions, aujourd’hui, ils se concentrent sur la gestion des risques. Le capital-risque a été la victime de ce même phénomène. Au lieu d’avoir des idées bien formées sur l’avenir, la grande question aujourd’hui est de savoir comment avoir accès à de bons tuyaux. En théorie du moins, le VC devrait avoir très peu en commun avec une telle approche statistique de l’avenir. »

Et il sera peut-être d’accord avec Mariana Mazzucato lors de son débat à venir avec elle (lors de la conférence Human After All, Toronto 2014 – programme en pdf): « La taille du gouvernement n’a pas changé tant que ça dans les 40-50 dernières années. Mais ce que fait le gouvernement a radicalement changé. Dans le passé, le gouvernement prenait position sur des idées spécifiques et les implémentait. Pensez au programme spatial. Aujourd’hui, le gouvernement ne fait plus autant de choses spécifiques. Principalement il déplace seulement de l’argent de certaines personnes vers d’autres personnes. Que faites-vous à propos de la pauvreté ? Eh bien, nous ne savons pas. Donc, nous allons donner tout l’argent aux gens, en espérant que cela aide, et laissons-les découvrir ».

Darwinisme et design.

Et tout à coup, dans le fil de la lecture sur la chance, Thiel me surprend encore! De toute évidence, l’optimisme indéterminé peut être facilement lié à la théorie de l’évolution de Darwin. Les accidents arrivent, mais il y a une évolution positive générale. « Appliquée aux start-up, l’obsession de l’indétermination conduit aux phénomènes suivants:
• des tests darwinistes A/B
• des processus itératifs
• l’apprentissage automatique
• pas de réflexion sur l’avenir
• des horizons de temps court. »

Il s’agit là de messages typiques d’un Steve Blank ! Mais Thiel envisage une autre possibilité: « Apple est l’antithèse absolue de la finance. Apple fait du design délibéré à tous les niveaux. Il y a bien sûr sa manière de concevoir les produits. La stratégie de l’entreprise est bien définie. Il existe des plans précis, pluriannuels. Les choses sont méthodiquement déployées. » (Je ne pense pas que Thiel face allusion aux théories du design intelligent qui s’opposent au Darwinisme, mais la coïncidence est un peu déroutante !)

« Dans la foulée d’Apple, a émergé l’idée que les produits bien conçus étaient très importants. Airbnb, Pinterest, Dropbox et Path ont tous ont tous un côté anti-statistique. […] Ce point commun – la conception de qualité – semble fonctionner mieux et plus vite que les tests darwinistes A/B ou la recherche itérative dans un très grand espace de possibilités. Le retour de la conception contribue pour une grande part au courant allant à l’encontre de la philosophie dominante de l’indétermination. S’ajoute à cela l’observation que les entreprises avec de très bons plans, généralement, ne se vendent pas. Si votre start-up obtient de la traction, les gens feront des offres d’achat. Dans un monde indéterminé, vous vous vendez et vous prenez l’argent, parce que l’argent est ce que vous voulez. […] Mais lorsque les entreprises ont des plans précis, ces plans encouragent à ne pas vendre. […] Dans un monde indéfini, les investisseurs donnent aux plans secrets une valeur nulle. Mais dans un monde déterminé, la robustesse du plan secret est l’un des paramètres les plus importants. […] Il est important de noter que vous pouvez toujours bâtir un plan précis, même dans le plus indéfini des mondes. […] La tendance est que nous tombons plutôt vers le pessimisme. Mais alors pouvons-nous encore revenir à l’optimisme déterminé? »

Ceci conclut mes notes sur la vision assez extraordinaire de Thiel sur les start-up.

Quand Peter Thiel parle des start-up – partie 5: une vision du futur de la technologie

Je ne suis toujours pas sûr de savoir comment les notes de cours de Thiel sur les start-up se termineront, mais elles sont de plus en plus fascinantes, classe après classe. Je parle surtout de la vision de Thiel sur ce monde.

La classe 14 parle des ​​technologies propres et de l’énergie. « Les énergies renouvelables et les technologies propres ont attiré une énorme quantité d’investissements et d’attention lors de la dernière décennie. Presque rien n’a fonctionné contrairement aux attentes. L’expérience des technologies propres peut donc être riche d’enseignements. […] Pour penser à l’avenir de énergie, nous pouvons utiliser une [autre] matrice avec les quadrants qui suivent:
– Déterminé, optimiste: un type spécifique d’énergie est le meilleur et doit être développé.
– Déterminé, pessimiste: aucune source de technologie ou d’énergie n’est nettement meilleure. Vous avez ce que vous avez. Donc il faut la rationner et la conserver.
– Indéterminé, optimiste: il y a mieux et moins cher, mais nous ne savons pas ce que c’est. Il faut donc un portefeuille de choses.
– Indéterminé, pessimiste: nous ne savons pas ce que sont les bonnes sources d’énergie, mais elles pourraient être pire et plus coûteuses. Il faut aussi adopter une approche de portefeuille ».

Tant pour l’énergie que pour le transport, Thiel remplit ses quadrants avec des exemples intéressants :
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Et il ajoute: « Le pétrole a dominé le transport et le charbon a dominé dans la production d’électricité. […] Généralement, une source unique domine à un moment donné il y a une raison logique à cela: il n’est pas possible de croire que l’univers serait être ordonné de telle sorte que de nombreux types de sources d’énergie seraient presque exactement égales. Le solaire est très différent de l^éolien, qui est très différent du nucléaire. Ce serait très étrange si le prix et l’efficacité de ces diverses sources d’énergie s’étaient avérés presque identiques. Il y a donc une bonne raison à ce que nous devrions nous attendre à voir une source dominante. Cela peut être présenté comme une fonction de la loi de puissance. Les sources d’énergie ne sont probablement pas normalement distribuées dans leur coût ou leur efficacité. Il en est probablement une qui est bien meilleure que toutes les autres ».

Mais l’analyse expliquant la bulle des technologies propres ont été loin d’être claire. « Une des raisons est que les gens étaient ambigus sur ce qu’était le problème. Y a t-il pénurie de ressources? Ou s’agit-il principalement de problèmes d’environnement? » […] « Pour avoir un une forte probabilité de succès d’une start-up, vous devez avoir de bonnes réponses – ou au moins un bon plan pour obtenir des réponses. » Des réponses à de nombreuses questions telles que
– le marché
– les secrets
– l’équipe et de sa culture
– le financement
et malheureusement de nombreuses erreurs ont été commises.

En ce qui concerne le marché, il y avait la question du choix entre devenir le leader d’un segment (PV, éolien, …) et d’expliquer pourquoi un segment était meilleur. En ce qui concerne le secret: « Si vous voulez démarrer une entreprise, vous devriez avoir quelque secret important, mais dans la pratique, dans la plupart des domaines – éolien, solaire, technologies propres – les entreprises se sont appuyées sur des améliorations incrémentales ». Pire encore, « la plupart des entreprises cleantech dans la dernière décennie avaient scandaleusement des équipes et une cultures non-techniques. La culture était par défaut celle de la concurrence à somme nulle. Les observateurs avisés auraient vu le problème avec des gens qui portaient costumes et cravates. Dans le high-tech, les gens portent des t-shirts et des jeans. Dans la cleantech, en revanche, les équipes ressemblaient à des vendeurs. Et en effet, c’est ce qu’ils étaient. Ce n’est pas un point de détail. Si vous avez affaire à quelque chose qui est incrémental et de durabilité douteuse, vous devez réellement être un très bon vendeur pour convaincre les gens que ce que vous avez est nettement meilleur ». Enfin « une bonne règle de base est de ne jamais investir dans des sociétés qui sont à la recherche de moins de 1 million de dollars ou de plus de 1 milliard de dollars. Si les entreprises peuvent faire tout ce qu’elles veulent avec moins d’un million de dollars, les choses peuvent être un peu trop faciles. Il ne peut y avoir rien de très difficile à construire, et c’est juste une question de timing. A l’autre extrême, si une entreprise a besoin de plus d’un milliard de dollars pour réussir, elle doit devenir si grande que l’histoire commence à devenir invraisemblable ».

Si Thiel devait parier sur quelque chose, ce serait apparemment le thorium comme combustible nucléaire.

La classe 15 traite ​​d’autres paris sur l’avenir.

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Thiel est un fervent partisan de paris « contrariens » (et parfois énormes). Il est intéressé ou au moins intrigué par les transports, la robotique, la météorologie et le stockage de l’énergie. Et sa façon de choisir est de regarder ce qui n’a pas (encore) marché dans le passé. « Plusieurs entreprises de capital-risque de la Silicon Valley m’ont mis en garde et ont exprimé leur préoccupation [à propos de investissements dans des technologies uniques]. Ils nous ont avertis que l’investissement dans SpaceX était risqué et peut-être même fou. Ce n’était pas même à un stade très précoce. […] (Danielle Fong:) les gens aiment dire qu’ils aiment être perturbateurs et prendre des risques. Mais c’est en général juste en parole. Ils ne le pensent pas. Ou si c’est les cas, ils n’ont pas nécessairement l’influence au sein du partenariat pour y arriver. (Peter Thiel:) il est très dur pour les investisseurs de parier sur les choses qui sont uniques. La difficulté psychologique est difficile à estimer. Les gens sont attirés par l’approche moderne du portefeuille. Le récit que les gens font, c’est que leur portefeuille sera diversifié. Mais cela semble étrange. Les choses qui sont vraiment différentes sont difficiles à évaluer. […] L’avantage de faire quelque chose avec lequel vous n’êtes pas familier, comme les fusées, c’est qu’il est probable que personne d’autre n’y connaît plus quelque chose. Le niveau concurrentiel est abaissé. Vous pouvez vous concentrer sur l’apprentissage plus que sur le processus, ce qui est peut-être mieux que de rivaliser contre des experts ».

La classe 16 traite peut-être du plus grand de tous les paris: la vie et la mort.

Je n’ai pas parlé jusqu’ici de la phrase qui vient au début de chaque série des notes de cours: « Votre esprit est un logiciel, programmez-le; votre corps est une coquille, changez-en; la mort est une maladie, guérissez-en; l’extinction est proche, combattez-la ».

Le problème.

« Comme la mort elle-même, la découverte de médicaments modernes est probablement trop une question de chance. Les scientifiques commencent par envisager 10000 composés différents. Après un processus de sélection rigoureux, les 10000 sont réduits à peut-être 5 qui pourraient atteindre la phase 3 des essais cliniques. Peut-être un seul passera les tests et sera approuvé par la FDA. c’est un processus extrêmement long et assez aléatoire. C’est pourquoi le démarrage d’une entreprise de biotechnologie est généralement une entreprise brutale. Pour la plupart, cela dure 10 à 15 ans. Il y a peu ou pas de contrôle en chemin. Ce qui semble prometteur peut ne pas fonctionner. Il n’y a pas d’itération ou de sens du progrès. C’est juste un résultat binaire à la fin d’un processus largement stochastique. Vous pouvez travailler dur pendant 10 ans et ne toujours pas savoir si vous avez perdu votre temps .

Pour être juste, il faut reconnaître que tous ces processus basés sur les statistiques et la chance et qui ont dominé la pensée des gens ont assez bien fonctionné au cours des dernières décennies. Mais cela ne signifie pas nécessairement que l’indétermination est une bonne pratique. Les coûts peuvent augmenter rapidement. Peut-être avons-nous trouvé tout ce qui est facile à trouver. Si c’est le cas, il sera difficile d’améliorer quoi que ce soit avec des processus aléatoires. Cela se reflète dans l’augmentation des coûts de développement. Cela coûtait 100 millions de dollars pour développer un nouveau médicament en 1975. Aujourd’hui, cela coûte 1,3 milliard $. Probablement tous les fonds d’investissement en sciences de la vie ont perdu de l’argent. L’investissement biotech a été à peu près aussi mauvais que la cleantech ».

Les perspectives.

« La découverte de médicaments est fondamentalement un problème de recherche. L’espace de recherche est extrêmement grand. Il y a beaucoup de composés possibles. Une question importante est donc de savoir si nous pouvons utiliser la technologie informatique pour réduire la chance. L’informatique peut-elle rendre la biotechnologie plus déterminée? »

« Ce sont de grands secrets qui se jouent sur ​​des horizons de temps très longs, et non pas des applications web qui ont une fenêtre de 6 semaines pour conquérir le monde. »

« Le séquençage du génome est comme les premiers paquets envoyés sur ARPANET. C’est une preuve de concept. Cette technologie se développe, mais elle n’est pas encore convaincante. Donc, il y a un marché énorme si l’on peut faire quelque chose de suffisamment convaincant avec un génome séquencé. C’est comme l’email ou le traitement de texte. Initialement, ces choses étaient peu pratiques. Mais quand elles deviennent manifestement utiles, les gens quittent leurs zones de confort pour les adopter.  »

« La Biotech a eu son plus grand éclat à la fin des années 70 et au début des années 80, avec le nouvel ADN recombinant et des techniques de biologie moléculaire. Genentech a ouvert la voie à la fin des années 70. Neuf des 10 plus grandes sociétés de biotechnologie américaines ont été fondées au cours de cette très courte période. Leur technologie est sortie 7-8 ans plus tard. C’était leur la fenêtre d’opportunité. Peu d’ entreprises de biotechnologie intégrées ont vu le jour depuis. Il y avait peu de choses à trouver et des gens les ont trouvées. Et avant Genentech, le paradigme était la pharma, pas la biotech. Cette fenêtre-là (devenir une société pharmaceutique intégrée) avait été fermée pendant environ 30 ans avant Genentech. Ainsi, le pari est que, bien que la fenêtre de la biotechnologie traditionnelle soit peut-être fermée, la fenêtre de la bio-informatique est juste en train de s’ouvrir. »

« Il n’y a vraiment pas d’urgence à divulguer des plans secrets. Cet espace est très différent de celui des start-up Internet. Ici, si vous avez quelque chose d’unique, vous devez prendre votre temps. »

« L’itération lente n’est pas une loi de la nature. Pharma et Biotech se développent habituellement très lentement, mais les deux se sont parfois développées très rapidement. En 1920-1923, l’insuline s’est développée à la vitesse du logiciel. Aujourd’hui, les plates-formes comme Heroku ont considérablement réduit les temps d’itération. La question est de savoir si nous pouvons le faire pour la biotechnologie. Nulle part il n’est écrit dans la pierre que vous ne pouvez pas aller de la conception au le marché en 18 mois. Cela dépend beaucoup de ce que vous faites. Genentech a été fondée la même année que Apple, en 1976. Construire une plate-forme et une infrastructures prend du temps. Il peut y avoir beaucoup de frais généraux. Des choses auxiliaires peuvent prendre plus de temps qu’un seul cycle de vie du produit. [Le modèle] VC est cassé dans la biotechnologie. Les VCs Biotech ont tous perdu de l’argent. Ils ont généralement des horizons temporels qui sont beaucoup trop courts. Les VCs qui disent investir dans la biotechnologie ont tendance à chercher des produits mis sur le marché très rapidement. « Une plate-forme de médicaments intégrée » à mauvaise presse chez les VCs. Les autres VCs dans la biotechnologie sont axés sur la mondialisation plus que sur l’innovation technique. Les VCs trouvent généralement une entreprise autour d’un seul composé, puis déversent un tas d’argent pour la pousser vers un processus d’essais cliniques intensif en capital. La plupart des VCs ne sont pas intéressés dans les entreprises multi-composés qui font de la recherche pré-clinique sérieuse ».

Et en conclusion de la classe 16, « Les startup ont toujours des débuts difficiles. On stocker futons et planche à repasser dans les bureaux. Vous vous dépêchez de tout ranger juste avant les réunions. Mais peut-être la chose la plus difficile est juste de bien commencer les choses et de vous assurer que vous construisez quelque chose de valeur. Il ne doit pas s’agir d’un forum scientifique au début. Vous avez juste à faire la bonne analyse que ce que vous faites est valable. Vous devez vous donner le meilleur chance de succès ».

La classe 17 aborde ​​le cerveau, l’intelligence artificielle (iA), peut-être la dernière frontière de la technologie, certainement Thiel va encore plus loin que pour les sujets précédents traités ici.

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Pas grand-chose de plus à ajouter, sauf peut-être une brève description de l’approche de 3 start-up:
Vicarious tente de construire sont IA en développant des algorithmes qui utilisent les principes sous-jacents du cerveau humain. Ils croient que les concepts de plus haut niveau sont issus de l’expérience, et créer l’IA exige d’abord de résoudre une modalité sensorielle humaine.
Prior Knowledge (acquise par Salesforce depuis la classe de Thiel) adopte une approche différente de la construction de l’IA. Leur but est moins d’imiter le fonctionnement du cerveau et plus d’essayer de trouver différentes façons de traiter de grandes quantités de données. Ils appliquent une variété de techniques probabilistes bayesiennes pour identifier des modèles et déterminer le lien de causalité dans les grands ensembles de données. Dans un sens, c’est le contraire de simuler le cerveau humain.
– La grand pari de Palantir (…) n’est pas une analyse par régression, où vous regardez ce qui a été fait dans le passé pour tenter de prédire ce qui va être le prochain événement. Une meilleure approche serait la théorie des jeux. Le cadre de Palantir n’est pas fondamentalement ​​l’IA, mais plutôt ​​l’augmentation de l’intelligence.

Et voici un commentaire de plus: « Pour la plupart, les universitaires ne sont pas motivés par cela (le travail sur l’IA forte ou des choses folles) parce que leur structure d’incitation est tellement bizarre. Ils ont une incitation perverse à ne faire que marginalement des progrès. Et la plupart des entreprises privées ne fonctionnent que pour gagner de l’argent à court terme. (…) Des revendications audacieuses exigent également des preuves extraordinaires. Si vous promettez une machine temporelle, vous aurez besoin de montrer des progrès graduels. Peut-être que votre démo envoie une chaussure de l’investisseur dans le temps. Ce serait génial. Vous pouvez montrer un prototype et expliquer aux investisseurs ce qui sera nécessaire pour faire fonctionner la machine sur les problèmes les plus valables.
Il est intéressant de noter que, si vous promettez une technologie révolutionnaire par opposition à une invention incrémentale, il est beaucoup mieux de trouver des VCs qui peuvent comprendre la technologie. Lorsque Trilogy essayait de lever leur premier tour, les VCs ont engagé des professeurs pour évaluer leur approche du problème du configurateur. La stratégie de Trilogy était trop différente du statu quo, et les professeurs dirent aux VCs que ça ne marcherait jamais. Ce fut une erreur coûteuse pour les VCs. Quand il y a des connaissances à contre-courant, vous voulez des investisseurs qui ont la capacité de penser par eux-mêmes ».

Fin de la partie 5 !