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Archives pour le tag ‘Innovation’

L’innovation en Suisse: tout changer ou continuer?

18 juin 2013 2 Commentaires »

Joli débat hier sur l’innovation en Suisse dans l’émission Forum de la RTS dont voici l’avant propos: La Suisse a-t-elle oui ou non une bonne politique d’innovation et de soutien aux start-ups? A cette question, difficile d’obtenir deux réponses aussi discordantes que celle de Fathi Derder et de Xavier Comtesse. L’un estime que tout va plus ou moins bien, l’autre que tout est à faire ou à refaire. Doit-on y voir un conflit de générations? La Suisse a-t-elle une vue d’ensemble suffisante de sa politique d’innovation? Le débat entre Fathi Derder, conseiller national PLR vaudois et président du Réseau, un organe de promotion de l’innovation, et Xavier Comtesse, directeur romand d’Avenir Suisse, avec la réaction de Pascal Jaussi, fondateur et directeur de Swiss Space Systems.

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L’EPFL est au coeur de l’innovation suisse. [Laurent Gillieron - Keystone]

Le débat fut intéressant à plus d’un titre et j’en ai retenu quelques points clés:
- Roche et Novartis [sans oublier Nestlé] cachent la réalité car les startup ne créent pas d’emplois, moins que Macdo en suisse…
- Nous sommes peut-être les numéro 1 mais l’avenir n’est pas garanti, loin de là. Nous naviguons trop à vue.
- Il serait utile avoir un tableau de bord qui donne les métriques… et pas seulement sur la science et l’éducation, mais sur l’innovation.
- Un problème spécifique à la Suisse est qu’il n’y a pas beaucoup d’aide quand le projet est ambitieux! On préfère beaucoup de petits projets.
- Il y a donc un risque de voir partir les meilleurs projets…
- Enfin on ne doit pas « cocooner » les entrepreneurs, même s’ils ont besoin d’aide.

Tout cela n’est pas s’en me rappeler le débat récent que j’ai lu dans le Monde et dont j’ai fait hier un post ici: Le rôle de l’Etat dans l’innovation: Ni austérité, ni keynésianisme! entre Philippe Aghion et Phillip Blond. La Suisse a de vrais problèmes, l’Europe aussi.

Le rôle de l’Etat dans l’innovation: Ni austérité, ni keynésianisme!

17 juin 2013 Commentez! »

Un long article dans Le Monde du 13 juin sur le rôle de l’Etat dans l’innovation « Ni austérité, ni keynésianisme! ». Intéressantes réflexions que je me permets de commenter à ma manière, en y ajoutant références et commentaires en caractères gras, entre parenthèses ou par liens web…

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Voilà deux penseurs qui veulent réformer l’Etat pour le rendre plus juste et plus efficace. Mais l’un, Philippe Aghion, proche des socialistes, veut le rendre intelligent, l’autre, Phillip Blond, inspirateur du concept de « Big Society » des conservateurs britanniques, veut le réduire à sa portion congrue. Confrontation.

Pensez-vous que les Etats sont responsables de la crise ? Ou est-ce que ce sont les entreprises qui sont condamnables?

Phillip Blond (P.B.) – Dans tout système complexe, c’est le système dans son ensemble qui est responsable. Les sphères publiques et privées s’interpénètrent beaucoup plus qu’on ne le pense. Le système s’est effondré, et tout le monde est coupable. Il est indéniable que l’on a socialisé les pertes et privatisé les gains. Et que ceux qui en ont profité représentent une toute petite partie de la population.

Philippe Aghion (P.A.) – La réponse dépend de ce que l’on considère être à la source de la croissance. Durant les « trente glorieuses », la France et ses voisins européens étaient des économies en rattrapage. L’Etat-providence traditionnel était alors bien adapté. La politique industrielle reposait sur les grandes entreprises publiques et les subventions aux champions nationaux. La politique sociale consistait essentiellement à compléter les petits salaires car il n’y avait pas de chômage. Mais à partir des années 1980, l’économie s’est mondialisée, de sorte que l’innovation est devenue notre principal moteur de croissance. Or l’innovation implique la création et destruction permanente d’entreprises et d’emplois. Il faut alors réinventer la politique industrielle pour la rendre plus ascendante (« bottom-up ») et plus « pro-concurrence ». La politique sociale doit également changer pour mettre davantage l’accent sur la sécurisation des parcours professionnels pour aider les travailleurs à rebondir d’un emploi à un autre. Autrement dit, il faut remplacer l’Etat-providence par l’Etat stratège qui investit dans le capital humain, l’innovation et la sécurisation des parcours professionnels. Un Etat qui gère le cycle par l’offre plutôt que par la demande, en aidant les entreprises et les individus à maintenir leurs investissements innovants en période de récession : de keynésien, il faut devenir « schumpetérien ».

[HL: vaste sujet que l'approche Schumpeterienne de création destructrice. Voir mon long post sur Schumpeter].

P.B.- Je suis d’accord. Le keynésianisme récompense les entreprises en place et leur manque d’innovation. Il ne fait qu’accroître le fossé entre la situation actuelle et celle qu’il faudrait atteindre pour avoir une économie compétitive. Et donc le système s’effondre. Ni l’austérité ni le keynésianisme ne fonctionnent. Mais les responsables politiques ne comprennent rien à l’innovation. Il faut de nouveaux acteurs, visionnaires, pour mener des innovations de rupture. Et que les pays se mettent ensemble pour mener à bien un projet courageux.

M. Blond, votre projet de « Big Society », qui transfère des prérogatives de l’Etat vers les citoyens et les associations locales, était justement un projet innovant, adoubé par le premier ministre britannique, David Cameron. Mais est-il un succès?

P.B.- Oui! Ce projet trouve de plus en plus d’adeptes. Certes, les conservateurs l’ont gâché. Ils ont adopté les idées sociales du projet ; mais pas les mesures économiques. Ce qui a étranglé l’ensemble, car l’un ne fonctionne pas sans l’autre. Mais les travaillistes l’adoptent ! Ce projet part du constat que l’Etat échoue avec son principe de bénéfice universel. Il dépense des milliards sans rien résoudre. Il ne pallie pas le manque de gens compétents ; ni les ravages de l’alcoolisme. Car il faut davantage individualiser les aides. Etre plus près des gens. Que les services soient rendus localement. Que les gens prennent en charge ce dont ils ont besoin. Le retour sur investissement est alors bien supérieur parce que ce système élimine la bureaucratie. Un exemple : si vous confiez un délinquant à un groupe social, une association, plutôt que de le mettre en liberté surveillée, sous le contrôle de l’Etat, le taux de récidive baisse de 66 % à 15 %.

P.A.- Certes, la décentralisation permet de réduire les déficits structurels : je pense notamment au mille-feuille administratif et à l’assurance-maladie. Mais il ne faut pas qu’elle crée plus d’inégalités.
En Finlande, les instances locales définissent une partie des programmes éducatifs, mais l’Etat central définit le cursus de base, contrôle la qualité des professeurs sur l’ensemble des territoires et veille à ce que tout élève bénéficie du tutorat nécessaire pour ne pas perdre pied. De même pour la santé. En Suède, la santé a été décentralisée. Mais les grosses interventions demeurent centralisées.

[HL: Autre difficulté, un certain mélange des genres entre système social (protection, éducation, santé) d'un côté et innovation, créativité de l'autre. J'ai de plus en plus l'intuition que les deux peuvent être assez déconnectés, même s'il y a des enchevêtrements certains. La Finlande est un cas typique que j'ai souvent abordé ici.]

P.B.- Ce n’est pas le process qu’il faut évaluer. Mais les résultats. Par exemple, financer des associations de recherche d’emploi en fonction du nombre de gens qui trouvent du travail grâce à elles.

P.A.- J’adhère à la culture de l’évaluation et du résultat. Cela devient d’autant plus important pour un Etat stratège qui est obligé de cibler ses investissements et de donner la priorité aux secteurs et activités les plus porteurs de croissance.

M. Aghion, votre idée d’un Etat stratège confirme au contraire le rôle essentiel de l’Etat, mais à condition qu’il mette en oeuvre de nouveaux principes très éloignés de l’Etat-providence. Pouvez-vous préciser votre pensée?

P.A.- L’enjeu auquel sont confrontés les pays de la zone euro, et en particulier du sud de l’Europe, est celui de réduire les déficits publics tout en investissant dans la croissance de long terme et sans porter atteinte à la cohésion sociale.

Il faut donc un « Etat intelligent » qui investit de façon ciblée dans l’éducation, la recherche, l’aide aux PME innovantes, et dans la dynamisation du marché du travail. Et également un Etat dont les investissements transforment la gouvernance : par exemple, les universités d’excellence, aux normes de gouvernance internationale qui ont vu le jour grâce au grand emprunt.

[HL: on voit ici les grands enjeux habituels. Difficile d'être en désaccord.]

P.B.- Avoir des Etats stratèges ne suffit pas. Il faut des actions qui partent de la base (« bottom-up ») pour sortir de cette récession sociale. Notre modèle économique crée des travailleurs qui bénéficient de moins en moins du gâteau qu’est le PIB, même s’il double de taille, comme c’est le cas depuis les années 1960. Il ne s’agit plus d’avoir un Etat-providence, mais un Etat qui distribue l’éducation, la culture, l’excellence, le caractère. J’entends par « caractère » la discipline, la résilience, l’aptitude à se relever. Des études sociologiques ont prouvé que plus vous êtes pauvre, plus vous manquez de la discipline nécessaire pour avoir ce caractère.

[HL: De nouveau on voit ici de grands enjeux. Un peu moins évidents, car d'ordres plus culturels]

M. Blond, vous être pour le développement des PME, les commerces de proximité ; et contre les supermarchés ! Ne pensez-vous pas que les grandes entreprises ont un rôle essentiel à jouer?

P.B.- Ce qui me pose problème n’est pas que les grands groupes soient grands, mais qu’ils empêchent l’entrée de nouveaux acteurs sur le marché. Ils ont des rentes monopolistiques, non innovantes. Ce système fonctionne avec quelques leaders et beaucoup de gens à la traîne. Le coût nécessaire pour innover est trop élevé pour ceux qui sont loin derrière.

P.A.-> Il est de fait que les grandes entreprises n’innovent pas autant que les PME car elles ont davantage peur de voir des produits de remplacement Ce n’est pas pour rien que les grandes innovations se font souvent en dehors des grandes entreprises, bien que souvent impulsées par d’anciens salariés de ces entreprises qui justement les quittent pour innover. Cela dit, des sociétés de grande taille ont un avantage, y compris pour innover, dans des secteurs à forts coûts fixes, comme les industries de réseau et l’industrie aéronautique.

[HL: A nouveau un débat que Joseph Schumpeter puis Clayton Christensen ont formidablement étudié. (Sans oublier Doriot!)]

Mais elles ne doivent pas empêcher les petites entreprises de se développer. Or, en Europe, beaucoup de barrières entravent la croissance des PME. Comparé aux Etats-Unis, le marché du travail est trop rigide ; le marché du crédit est insuffisant, il n’y a pas assez de capital-risque. En outre, en France, les grands groupes n’aident pas assez les PME, ce qui inhibe l’innovation

Que faut-il faire pour favoriser la création et le développement d’entreprises?

P.A.- Supprimer les barrières administratives, rendre la fiscalité plus simple, plus incitative, et moins incertaine. En outre, il faut libéraliser le marché du travail, mettre de l’ordre dans le système bancaire, créer un Small Business Act, comme aux Etats-Unis.

[HL: Vaste sujet qui me rend infiniment sceptique. Aussi bien le sujet de la diminution des barrières que d'un SBA ne m'ont jamais semblé être les éléments critiques d'une innovation dynamique (par rapport aux autres arguments exposés plus haut)]

P.B.- Si j’étais le patron d’un grand groupe, j’investirais dans des PME pour innover. Sinon, les grands groupes ne survivront pas à la globalisation. Et si j’étais patron de PME, j’essaierais de créer une chaîne de petites entreprises qui concurrenceraient les grandes. En Italie, les PME se prêtent entre elles. C’est un système très résilient. Il faut aussi un système bancaire décentralisé. A défaut, les banques ne prêtent pas aux PME, car elles ne savent pas distinguer les bonnes des mauvaises. Elles n’ont pas les informations nécessaires. Elles ne font qu’agréger des données d’un groupe d’entreprises, font des moyennes et concluent que ça ne vaut pas le coup d’investir dans ce groupe. Elles ne prêtent à aucune ; et aucune ne peut donc se développer.

[HL: une idée originale et stimulante... optimiser la puissance des clusters...]

P.A.- C’est pourquoi, il faut un Etat qui privilégie le ciblage dit horizontal de ses investissements : recherche, création d’incubateur pour faciliter le passage des idées à leur concrétisation, subvention des équipements de laboratoire et autres moyens d’innovation, subvention du capital-risque.

[HL: par contre ces idées là peuvent rester lettre morte dans forte volontés individuelles et/ou locales]

Et lorsque l’Etat fait du ciblage vertical, il doit privilégier les secteurs porteurs de croissance et veiller à préserver la concurrence et l’entrée de nouvelles entreprises dans ces secteurs afin de stimuler encore plus l’innovation, car on innove précisément pour échapper à la concurrence. Il faut aussi casser le système d’achat public. Prendre en compte la valeur ajoutée sociale des fournisseurs, estimer ce qu’ils apportent à l’économie et à l’emploi local.

Retrouvez le programme du sommet international des think tanks économiques sur www.isbtt.com

Annie Kahn et Philippe Escande

Sommet mondial des « think tanks »
A moins d’une semaine du Sommet mondial des « think tanks » économiques, co-organisé les 17 et 18 juin par l’Institut de l’entreprise et Le Monde, nous croisons les regards de dirigeants et d’économistes sur l’avenir de l’entreprise en quatre volets. Nous poursuivons cette série avec Philippe Aghion et Phillip Blond, qui succèdent à Antoine Frérot et Mo Ibrahim (Le Monde daté 13 juin), Jean-Marc Daniel et Xavier Huillard (Le Monde daté 11 juin). Programme: www.isbtt.com/fr/programme

Philippe Aghion et Philippe Blond

Philippe Aghion est économiste, professeur à l’université Harvard et à l’Ecole d’économie de Paris. Il est membre du conseil d’analyse économique. Il a publié en 2011 Repenser l’Etat (Seuil). En 2012, il a signé l’appel des économistes en faveur de François Hollande.

Phillip Blond est philosophe, théologien et politologue ; directeur du groupe de réflexion ResPublica. Son ouvrage Red Tory (Faber and Faber, 2010) a inspiré le concept de « Big Society » défendu par l’actuel premier ministre britannique, David Cameron.

L’innovation en France: le rapport Beylat Tambourin

11 avril 2013 2 Commentaires »

J’ai publié le 8 avril un premier article sur le rapport Beylat Tambourin L’innovation, un enjeu majeur pour la France, et j’avais alors promis d’ajouter quelques remarques. Ce premier article donnait les 19 recommandations du rapport. Voici quelques commentaires de plus.

Comme le dit très bien le Wall Street Journal dans Nineteen Ways to Make France More Innovative, « In the short-term, the government should move away from considering R&D spend as a metric of innovation recommended the authors, and look at jobs created. France outspent Germany on R&D in many areas, said Mr. Beylat and Mr. Tambourin, but the effect wasn’t felt in the economy. »

Un second commentaire concerne le sous-titre du rapport: Dynamiser la croissance des entreprises innovantes. Tout est dit. Que l’on me comprenne bien, il n’est pas question de start-up uniquement ici, mais le message est que les entreprises innovantes doivent être source de croissance, qu’elles soient des grands groupes, des PMEs ou des start-up. Ce n’est peut-être pas une révolution culturelle, quoi que!

Pour enfoncer le bouchon un peu plus loin, voici un court extrait: « La France oscille entre le rêve américain de la Silicon Valley, où des innovations de rupture sont portées par des start-ups, le rêve allemand d’un Mittelstand industriel bien établi et performant en innovation incrémentale, et une tradition française de la planification industrielle dans des filières régaliennes. Cette oscillation brouille la représentation que la France se fait de l’innovation car elle mélange innovation de rupture, innovation incrémentale et « politique industrielle stratégique ». Il faut couper court à un mythe : si l’innovation nécessite souvent une excellente R&D, elle ne se réduit pas à la R&D. Ce n’est pas non plus son prolongement naturel. L’innovation, c’est avant tout le processus qui mène à la mise sur le marché de produits ou de services rencontrant un besoin, portés par des individus engagés dans une démarche entrepreneuriale. L’innovation est ainsi au carrefour de plusieurs domaines, au premier rang desquels la recherche, l’entrepreneuriat, l’industrie et l’éducation. Il n’y a donc ni optimisation conceptuelle, ni schéma normatif à attendre. » [Page 6]

Et encore sur les aspects culturels: « L’innovation est avant tout une affaire d’individus, de disposition d’esprit et d’ambition pour la société et pour soi. La diffusion des cultures de l’innovation et de l’entrepreneuriat est donc fondamentale. Ces cultures sont en effet étroitement liées : esprit visionnaire, prise de risque, acception et apprentissage de l’échec, capacité d’initiative, culture du projet et volonté d’aboutissement en sont les principales composantes. Enfin, la capacité à créer des entreprises à fort potentiel de croissance (spin-off et start-up), dont certaines deviendront des leaders mondiaux, parfois en quelques années, caractérise un système d’innovation efficace. » [Page 7]

Et j’ajoute enfin une citation du président Obama, qui symbolise parfaitement la problématique: “We insist on personal responsibility and we celebrate individual initiative. We’re not entitled to success. We have to earn it. We honor the strivers, the dreamers, the risk-takers, the entrepreneurs who have always been the driving force behind our free enterprise system – the greatest engine of growth and prosperity the world has ever known”.

Le rapport a été remis aux ministres concernés le 5 avril, puis au premier ministre français le 8 avril, lors de la nomination de Anne Lauvergeon à la présidence d’Innovation 2030. Geneviève Fioraso a toutefois souligné, dans son introduction à la remise de ce rapport, que le Président Obama était capable de prendre la parole pendant près d’une heure sur ce seul chapitre de l’innovation. Quel autre personnalité peut en faire autant?

Enfin et ceci est une note personnelle, ce rapport doit être utilisé plus comme un socle pour l’innovation que comme une boite à outils ou un ensemble de recettes. C’est la vision d’ensemble qui importe et non pas l’extraction de recommandations qui conviendraient aux uns ou aux autres. « Les enjeux de compétitivité montrent que l’innovation doit être placée au cœur des politiques publiques, comme l’ont illustré nos recommandations. Alors que c’est un sujet technique, qui est par nature complexe (du fait de toutes les dimensions qui le composent), pour lequel les « bonnes » décisions sont parfois contre-intuitives (par exemple, la vision linéaire de l’innovation est séduisante mais fausse), il nous semble indispensable que l’innovation devienne un vrai sujet politique pour garantir son appropriation par les décideurs et les citoyens. » [Page 121]

Enfin j’aimerais ajouter des citations sur les écosystèmes innovants. Comme cela commence à être long, je vais le faire dans un prochain article…

Quelques faits et chiffres

Ils montrent les défis de l’innovation, en France en particulier. Je vous laisse juger par vous même.

L’intensité de la R&D

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Une (intéressante) typologie de la recherche…

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… et son évolution en France

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Un vrai problème de croissance

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Des liens complexes avec le financement

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L’innovation, un enjeu majeur pour la France

8 avril 2013 Commentez! »

J’ai eu le plaisir de faire partie du groupe qui a contribué au rapport Beylat Tambourin, L’innovation, un enjeu majeur pour la France, dont le sous-titre n’est pas anodin: Dynamiser la croissance des entreprises innovantes. Ce fut un travail de longue haleine, nous avons commencé à travailler en septembre et le document final a été remis aux ministres compétents le 5 avril. Vous pouvez d’ors et déjà télécharger ce rapport au format pdf. Essayez ici si le lien précédent ne fonctionne plus…

Ce qui est à noter avant de discuter le contenu est que les 25 personnes de la mission viennent de mondes différents (voir en fin d’article), ce qui aurait pu rendre le projet difficile. Ce ne fut pas le cas. Il y eut des débats, mais ce rapport synthétise les propositions sans oublier de points importants, ni diluer le propos, je crois. J’ai lu un (seul) article désobligeant dans les media, mais je ne suis pas sûr que l’auteur avait lu le rapport (voir en fin d’article également)… Je reviendrai plus longuement sur ce travail, mais en voici un bref résumé.

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Cliquer sur l’image pour télécharger le rapport au format pdf)

J’extrais de l’introduction les phrases suivantes: « Face à cette accélération et à cette complexification des enjeux, les politiques publiques paraissent parfois démunies, souvent désordonnées. […] Elles l’ont souvent été en regard d’un système de valorisation de la recherche, jugé trop faible, et finalement peu tourné vers la création d’entreprises à forte croissance, en capacité de créer des emplois. […] Mais il n’y a pas de modèle unique de l’innovation. […] En revanche, des invariants existent: l’excellence de la recherche, un décloisonnement entre acteurs publics et privés, une culture de l’entrepreneuriat, une diversité culturelle, une capacité à attirer des talents au niveau international, une politique migratoire orientée, une association réussie entre jeunes entreprises, grands groupes, recherche publique, enseignement supérieur et investisseurs. » [Pages 1-2]

La difficile définition de l’innovation
Voici un excellent paragraphe que je tiens à rappeler: « Il n’y a pas de définition – incontestée et incontestable- de l’innovation mais il est possible de faire émerger quelques caractéristiques de l’innovation :
- l’innovation est un processus long, imprévisible et peu contrôlable,
- l’innovation ne se réduit pas à l’invention et l’innovation n’est pas seulement technologique,
- au bout de ce processus, sont créés des produits, des services ou des procédés nouveaux qui font la démonstration qu’ils répondent à des besoins (marchands ou non marchands) et créent de la valeur pour toutes les parties prenantes.
Un autre point mérite d’être souligné : une innovation ne se décrète pas, ne se planifie pas mais se constate par le succès commercial (ou sociétal) qu’elle rencontre. Ceci explique qu’elle naît souvent aux marges des entreprises existantes et dans des interactions avec des acteurs très différents : « Internet est le produit d’une combinaison unique de stratégie militaire, de coopération scientifique et d’innovation contestataire » selon la phrase célèbre de Manuel Castells. » [Page 5] « En conséquence, il faut passer d’une vision où la dépense de R&D est la principale préoccupation, à une vision systémique axée sur les résultats en termes de croissance et de compétitivité. »[Page 6] Autrement dit, l’innovation n’est ni l’invention, ni la R&D.

Voici donc les 19 recommandations, déclinées en 4 groupes :
I. Développer la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat.
II. Accroître l’impact économique de la recherche publique par le transfert.
III. Accompagner la croissance des entreprises innovantes.
IV. Mettre en place les instruments d’une politique publique de l’innovation.

Pour le premier groupe (culture):
1. Réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes.
2. Mettre en place un programme de grande ampleur pour l’apprentissage de l’entrepreneuriat dans l’enseignement supérieur.
3. Favoriser l’essaimage à partir des grands groupes.
4. Organiser une politique d’attractivité des talents autour de l’innovation.
Pour le deuxième groupe (transfert):
5. Mettre en place le suivi opérationnel des 15 mesures pour une refondation du transfert dans la recherche publique (voir http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/cid66110/une-nouvelle-politique-de-transfert-pour-la-recherche.html)
6. Favoriser la mobilité des chercheurs entre public et privé.
7. Mettre en place un programme cohérent en faveur du transfert par la création d’entreprise.
8. Focaliser les SATT sur la maturation.
9. Mettre en place une politique cohérente de recherche partenariale public-privé, en regroupant les différentes politiques aujourd’hui éparpillées.
Pour le troisième groupe (croissance):
10. Combler le manque de financement en fonds propres des entreprises innovantes (capital-risque et capital-développement technologique) en mobilisant une faible part de l’épargne des français et en améliorant les stratégies de sortie possibles pour les investisseurs sur ces segments.
11. Lancer des initiatives sectorielles « early stage ».
12. Mettre en place les instruments d’une politique de protection (PI, normalisation) au service des entreprises innovantes.
13. Harmoniser les différents labels et qualifications d’entreprises innovantes pour plus de lisibilité et les inscrire dans un parcours jalonné d’accompagnement vers la croissance, alignant de manière cohérente l’ensemble des outils de soutien disponibles.
14. Inciter les grands groupes et les grands établissements publics à s’impliquer dans l’émergence et la croissance des entreprises innovantes, en intégrant de nouvelles dimensions dans leur obligation de publication de RSE.
Enfin pour le dernier groupe (politique publique):
15. Reconnaître le rôle des écosystèmes d’innovation métropolitains comme points d’appui des stratégies régionales et de la stratégie nationale d’innovation.
16. Organiser le système de transfert pour le rendre plus lisible et plus efficace.
17. Se donner les moyens de concevoir, de piloter et d’évaluer une stratégie française de l’innovation, globale et cohérente.
18. Mandater un opérateur unique pour la consolidation opérationnelle des politiques publiques de financement de l’innovation, la BPI (partie innovation).
19. Faire de l’innovation un vrai sujet politique, en organisant un vaste débat public.

Comme indiqué plus haut voici l’origine des 27 membres (2 présidents, 25 experts).

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Quelques réactions des médias:
- Une mission sur l’innovation après le rapport Gallois (les Echos)
- Cinq pistes pour favoriser l’innovation en France (L’Expansion)
- Le gouvernement va-t-il enfin mener une politique volontariste d’innovation ? (ZDnet)
- Un rapport sur l’innovation qui sent la naphtaline (L’article désobligeant de L’Informaticien)

Business Model Generation – Mieux vaut tard que jamais!

26 mars 2013 Commentez! »

La semaine dernière, j’ai participé à un séminaire donné par Raphael Cohen. Il y expliquait son modèle IpOp. Vous pouvez lire le résumé que j’en ai fait: Deux livres sur le Business Planning. C’est un excellent outil si vous souhaitez développer votre projet. Cohen mentionna le désormais célèbre Business Model Generation de Alexander Osterwalder et Yves Pigneur; et il nous montra ses 9 composantes clés. C’est devenu un tel standard… que je n’en n’avais jamais parlé ici. Vieux motard que j’aimais!

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Vous pouvez aussi télécharger son canevas au format pdf.

Viva la robolution

11 mars 2013 Commentez! »

Un de mes collègues (merci Thomas :-) ) m’a vivement encouragé à lire Viva la robolution de Bruno Bonnell

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je n’ai jamais été trop convaincu par les ouvrages de prospective. Je trouve l’exercice trop difficile et rarement convaincant. Mais on ne pourra pas reprocher à Bruno Bonnel ni son enthousiasme communicatif ni une connaissance approfondie du sujet. Si la robotique comme domaine d’avenir vous intéresse, vous trouverez un panorama complet de la situation. Si parfois, on peut avoir l’impression d’un long inventaire, je préfère le voir comme un inventaire à la Prévert, impression que la fraicheur et la poésie les illustrations contribue à renforcer.

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Personne ne pourra dire si Bonnell a raison ou pas. Il faudra revisiter sa vision dans dix ans, mais j’ai aimé son énergie. J’ai aussi beaucoup aimé ce passage (page 108): « Le professeur Clayton Christensen de la très respectueuse Harvard Business School est inventeur du concept de la technologie disruptive. Il clame que de nombreuses inventions majeures sont au départ catégorisées avec mépris dans le camp des jouets ou des gadgets. Puis, lorsque les conditions d’environnement technologiques sont réunies, elles bouleversent le monde. L’ordinateur personnel fut longtemps méprisé pour ses performances médiocres et sa faible autonomie par les constructeurs d’ordinateurs centraux (mainframe computers). On se gaussait des premiers téléphones portables à cause de leur faible portée et de leurs batteries bien trop lourdes. On a vu par la suite comment ces objets « superflus » ont transformé nos vies. »

Bonnell appelle la France à un « plan robotique » comme elle l’a fait pour le concorde, le TGV ou le nucléaire. L’Europe est loin d’avoir un retard technologique en robotique comme elle a pu en prendre dans les autres technologies de l’information. L’Asie est certes très en avance, mais les USA sont en retard. J’ai eu aussi le plaisir de trouver des exemples dans des lieux qui me sont chers: l’ENSTA où je travaillais dans le milieu des années 90 héberge Gostai, l’EPFL où je travaille depuis 2004 a hébergé le travaux de Frédéric Kaplan et son Wizkid. Alors que comme le rappelle Bonnell, le concept de « plan » est passé de mode, les Américains ont parfaitement su soutenir des domaines tels que l’électronique, l’informatique (et évidemment l’Internet) sans parler de priorité nationale. Dans une période de crise et de pessimisme ambiant, cette œuvre est salutaire! Je fais pourtant partie des sceptiques, de ceux qui ont cru que la robotique allait révolutionner le monde il y a 20 ans, il y a 10 ans et attendent encore. Mais seuls ceux qui essaient réussissent alors « Bravo, Monsieur Bonnell! »

Après le Cygne Noir, Taleb frappe encore avec Antifragile

21 janvier 2013 Commentez! »

Antifragile, things that gain from disorder by Nassim Nicholas Taleb
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Voici probablement un des articles que j’ai eu le plus de mal à écrire pour ce blog tant le sujet est passionant mais dur à résumer. Désolé si l’article vous semble mauvais. Mais vous pouvez toujours aller directement à la source! Taleb donne dans cette suite au Black Swan une analyse très intéressante de la façon dont le monde peut être moins exposé aux cygnes noirs, et non pas en devenant plus robuste seulement, mais en devenant « antifragile », c’est-à-dire en tirant bénéfice d’événements aléatoires. Ses vues sont liées aux tensions entre l’individu et les groupes, et comment les systèmes distribués sont plus robustes que les systèmes centralisés, comment les petites unités sont moins fragiles que les grosses. Cela ne signifie pas que Taleb soit contre les organisation ou les lois; un gouvernement trop peu interventionniste induit aussi des situations totalement désordonnées. Il s’agit selon lui de mettre le curseur au bon niveau. La Suisse représente pour Taleb une bonne illustration de l’organisation étatique idéale avec peu de gouvernement central et beaucoup de responsabilité locale. Il présente des analogies similaires pour le lieu de travail, où il explique que le travailleur indépendant, qui connaît bien son marché, est moins fragile face aux crises que les grandes entreprises et leurs salariés. Une façon de rendre les systèmes moins fragiles est de mettre un peu de bruit, un peu de hasard qui les stabilisent. Ceci est bien connu dans la science et dans les sciences sociales. Rappelez-vous juste d’Athènes qui parfois tirait au sort des nomination de certains de ses dirigeants pour éviter les excès!

Vous pouvez écouter Taleb ici:

Maintenant, permettez-moi de citer l’auteur. Il s’agit ici de notes plutôt rapidement (donc mal) traduites et pour des critiques construites, allez voir le site de l’auteur, www.fooledbyrandomness.com Premièrement Taleb est injuste, comme d’habitude, mais moins peut-être que dans le Black Swan. Voici un exemple: « Les universitaires (en particulier dans les sciences sociales) semblent se méfier les uns les autres, [...] pour ne pas mentionner un niveau d’envie que je n’ai presque jamais vu dans les affaires … Mon expérience est que l’argent et les transactions purifient les relations ; les idées et les questions abstraites telles que la « reconnaissance » et « crédit » les déforment, créant une atmosphère de rivalité perpétuelle. J’ai grandi en voyant des gens avides de pouvoirs nauséabonds, répugnants, et indignes de confiance. » [Page 17] Taleb est juste sur l’envie et la rivalité, mais a tort de dire que c’est pire dans les milieux universitaires. Je pense que c’est universel! Dans la politique par exemple. Mais quand l’argent est disponible, peut-être la rivalité compte-t-elle moins que là où il y en a peu.

Maintenant un sujet proche de mon activité: « Ce message des anciens est beaucoup plus profond qu’il n’y paraît. Il contredit les méthodes modernes et les idées relatives à l’innovation et au progrès à plusieurs niveaux, car nous avons tendance à penser que l’innovation provient de financements bureaucratiques, grâce à une planification centralisée, ou en plaçant les gens dans un cours de la Harvard Business School donné par un professeur célèbre en Innovation et Entrepreneuriat (qui n’a jamais innové en quoi que ce soit) ou par l’embauche d’un consultant (qui n’a jamais innové en quoi que ce soit). C’est une escroquerie – notez la contribution disproportionnée des techniciens sans formation et des entrepreneurs dans les différentes révolutions technologiques, depuis la révolution industrielle jusque l’émergence de la Silicon Valley, et vous verrez ce que je veux dire. » [Page 42] [Taleb est à nouveau extrême et injuste, même s'il n'a pas entièrement tort]

« L’antifragilité de certains vient nécessairement au détriment de la fragilité des autres. Dans un système, les sacrifices de certaines unités – les unités ou les personnes fragiles – sont souvent nécessaires pour le bien-être des autres unités ou de l’ensemble. La fragilité de toutes les start-up est nécessaire pour que l’économie soit antifragile, et c’est ce qui fait, entre autres choses, la réussite de l’esprit d’entreprise: la fragilité des entrepreneurs individuels et leur taux de défaillances nécessairement élevé « . [Page 65] Ce qui m’a surpris, c’est que Taleb montre plus loin que cela est vrai aussi pour les restaurants (pas beaucoup de succès) que pour les start-up en haute technologie. Ce n’est donc pas à proprement parler une question d’incertitude des nouveaux marchés, mais d’incertitude en général.

Les mathématiques de la convexité

Je dois admettre Taleb n’est pas facile à lire. Non pas parce qu’il est complexe (parfois ses idées sont du pur bon sens), mais parce qu’il est dense, avec des idées très variées même si elles sont plutôt cohérentes. Le livre est divisé en 25 chapitres, mais aussi en 7 livres. En fait, Taleb insiste sur ce point, il aurait pu écrire 7 livres différents! Même ses mathématiques sont simples. Sa définition de la convexité est un peu étrange mais je l’ai trouvé intéressante (j’enseigne l’optimisation convexe, et vous l’ignorez sans doute, c’était le sujet de ma thèse de doctorat!). Un exemple de pensée abrupte mais finalement profonde: « La prise de décision est basée sur les gains, et non pas sur la connaissance. » [Page 337]

L’inégalité de Jensen est intéressante [Pages 342, 227 – Jensen était un mathématicien amateur !] – la transformation convexe d’une moyenne est inférieure ou égale à la moyenne après transformation convexe. Elle est majeure dans les raisonnements de Taleb. De même sa comparaison de l’individu (concave, nous mourons) et du collectif (convexe, antifragile, bénéficie des échecs individuels). Ainsi, la prise de risque est bonne pour la collectivité s’il y a des mécanismes d’assurance. La prise de risque + l’assurance face à la spéculation sans valeur ajoutée.

« Simplement, les faibles probabilités sont convexes aux erreurs de calcul. On a besoin d’un paramètre, appelé écart-type, mais l’incertitude sur l’écart-type a pour effet d’augmenter des faibles probabilités. Les probabilités de plus en plus petites nécessitent plus de précision dans les calculs. En fait, les faibles probabilités sont incalculables, même si nous avons le bon modèle – ce que bien sûr nous n’avons pas. » [Taleb oublie de mentionner Poincaré que pourtant il citait dans le Cygne Noir, mais peu importe. ]

Une tension visible entre les intérêts individuels et collectifs

Des citations à nouveau: « Ce que l’économie, en tant que collectif, veut [des diplômés d’école de commerce] faire est non pas de survivre, mais plutôt de prendre beaucoup, beaucoup de risques inconsidérés et être aveuglés par les chances. Les industries s’améliorent d’échec en échec. Les systèmes naturels et la nature ont besoin d’un excès de confiance de la part des agents économiques individuels, c’est à dire, une surestimation de leurs chances de succès et une sous-estimation des risques d’échec dans leurs entreprises, à condition que leurs défaillances n’aient pas d’impacts sur les autres. En d’autres termes, ils veulent l’excès de confiance local, mais pas global ». [...] Autrement, une certaine prise de risque excessive, voire suicidaire, est bonne pour l’économie – à la condition que tous les gens ne prennent les mêmes risques et que ces risques restent faibles et localisés. Maintenant, en perturbant le modèle, comme nous le verrons, avec plans de sauvetage, les gouvernements favorisent généralement une certaine classe d’entreprises qui sont suffisamment grandes pour exiger d’être sauvegardées afin d’éviter la contagion à d’autres entreprises. Ceci est à l’opposé d’une bonne prise de risque, c’est le transfert de la fragilité du collectif à l’inapte. [...] L’expression célèbre de Nietzsche « ce qui ne me tue pas me rend plus fort » peut être facilement mise en œuvre dans le sens de la mithridatisation ou de l’Hormesis mais elle peut aussi signifier «ce qui ne me tue pas ne me rend plus fort, mais m’a épargné parce que je suis plus fort que d’autres, mais il en a tué d’autres et la moyenne de la population est maintenant plus forte, car les faibles ont disparu « . [...] Cette tension visible entre les intérêts individuels et collectifs est nouvelle dans l’histoire. [...] Certaines des idées sur la force et la sélection rendent mal à l’aise l’auteur que je suis, ce qui rend l’écriture de certaines parties plutôt douloureuse – je déteste la cruauté de la sélection, la déloyauté inexorable de Mère Nature. Je déteste la notion d’une amélioration qui nuit à d’autres. Comme humaniste, je suis contre l’antifragilité des systèmes au détriment des individus, car si vous suivez le raisonnement, cela fait de nous des êtres humains individuellement inutiles. » [Pages 75-77]

Une journée nationale de l’Entrepreneur

« Comparez les entrepreneurs aux gérants et aux comptables des sociétés qui grimpent les échelons de la hiérarchie avec presque jamais aucune prise de risque. Leur cohorte est rarement en danger. Mon rêve – la solution – est que nous aurions besoin d’une journée nationale de l’Entrepreneur, avec le message suivant: La plupart d’entre vous vont échouer, méprisés, appauvris, mais nous sommes reconnaissants pour les risques que vous prenez et les sacrifices que vous faites pour l’amour de la croissance économique de la planète et en tirant les autres hors de la pauvreté. Vous êtes la source de notre antifragilité. Notre nation vous remercie. » [Page 80]

Systèmes locaux distribués, hasard et modernité

« Vous n’avez jamais une crise des restaurants. Pourquoi? Parce que cette industrie est composée d’un grand nombre de concurrents indépendants et de petites unités qui ne sont pas individuellement une menace pour le système en le faisant sauter d’un état à un autre. L’aléatoire est distribué plutôt que concentré. » [Page 98]

« Ajouter un certain nombre de politiciens au hasard peut améliorer le fonctionnement du système parlementaire. » [Page 104]

« La modernité, c’est la domination à grande échelle de l’environnement par l’espère humaine, le lissage systématique des irrégularités du monde, et l’étouffement de la volatilité et les facteurs de stress. Nous entrons dans une phase de la modernité marquée par le lobbyiste, la société à responsabilité très, très limitée, le MBA, le profiteur, la sécularisation, le fisc, la peur du patron… » [Page 108]

« L’iatrogénèse signifie littéralement « provoqué par le guérisseur ». L’erreur médicale tue encore actuellement entre trois fois (comme acceptée par les médecins) et dix fois autant de personnes que les accidents de voiture aux États-Unis ; il est généralement admis que les dommages causés par les médecins – sans compter les risques des germes des hôpitaux – représentent plus de décès qu’aucun cancer. L’iatrogénèse est aggravée par le «problème de l’agent» qui apparaît lorsque l’une des parties (l’agent) a des intérêts personnels qui sont séparés de ceux qui reçoivent ses services (le mandant). Un problème d’agent est présent chez les l’agent de change et les médecins dont l’ultime intérêt est leur compte en banque, et non pas votre santé financière ou médicale. » [Pages 111-112]

Théories et intervention

« Les théories sont super fragiles en dehors de la physique. L’emploi même du mot «théorie» est troublant. En sciences sociales, nous devrions appeler ces constructions des «chimères» plutôt que des théories. [Vous comprenez maintenant pourquoi Taleb a beaucoup d'ennemis.] Une source principale de la crise économique a commencé en 2007 dans l’iatrogénèse des tentatives [...] d’Alan Greenspan pour aplanir le cycle explosif qui a poussé à causé cacher des risques sous le tapis. La partie la plus déprimante de l’histoire ed Greenspan, c’est que l’homme était un libertaire et apparemment convaincu par l’idée de laisser les systèmes à eux-mêmes, les gens peuvent se leurrer eux-mêmes sans cesse. [...] L’argument n’est pas encore une fois contre l’idée de l’intervention, en fait, je l’ai montré ci-dessus, je suis tout aussi préoccupé par la sous-intervention lorsque cela est vraiment nécessaire. [...] Nous avons tendance à sous-estimer le rôle du hasard dans les affaires humaines. Nous devons éviter d’être aveugles à l’antifragilité naturelle des systèmes, leur capacité à prendre soin d’eux et combattre notre tendance à leur nuire et à les fragiliser en ne leur donnant une chance de le faire. [...] Hélas, il a été difficile pour moi de développer ces idées au sujet de la fragilité dans le discours politique américain actuel. Le côté démocrate du spectre américain favorise l’hyper-intervention, la réglementation inconditionnelle et le grand gouvernement, tandis que le côté républicain aime les grandes sociétés, la déréglementation inconditionnelle et le militarisme, les deux sont la même chose pour moi. Permettez-moi de simplifier mon point de vue sur l’intervention. Pour moi, c’est surtout d’avoir un protocole systématique pour déterminer quand intervenir et quand laisser seuls les systèmes. Et nous pouvons avoir besoin d’intervenir pour contrôler l’iatrogénèse de la modernité – en particulier les dommages à grande échelle pour l’environnement et la concentration du potentiel de dommages (pas encore manifesté), le genre de chose que nous remarquons seulement quand il est trop tard. Les idées avancées ici ne sont pas politiques, mais fondées sur la gestion des risques. Je n’ai pas une affiliation politique ou d’appartenance à un parti en particulier, mais plutôt, je présente l’idée de dommage et de fragilité dans le vocabulaire pour que nous puissions formuler des politiques appropriées pour nous assurer de ne pas finir par faire exploser la planète et nous-mêmes. » [Pages 116-118]

« En conclusion, la meilleure façon d’atténuer l’interventionnisme est de rationner la quantité d’informations. Plus vous obtenez de données, moins vous en savez. » [Page 128]

« Les événements de « queue » politiques et économiques sont imprévisibles et leurs probabilités ne sont pas scientifiquement mesurables. » [Page 133]

La stratégie de l’haltère et l’optionalité

« La stratégie de l’haltère est un moyen de parvenir à l’anti-fragilité, en diminuant le risque de baisse plutôt que d’augmenter la probabilité de hausse, en réduisant l’exposition aux cygnes noirs négatifs. Ainsi, tout comme le stoïcisme est la domestication, et non pas l’élimination, d’émotions, de même que la barre de domestication, à l’éradication de l’incertitude. » [Page 159]. C’est une combinaison de deux extrêmes, l’un du type coffre-fort et l’autre du type spéculatif, combinaison jugée plus robuste qu’une stratégie monomodale. Dans les systèmes biologiques, l’équivalent est d’épouser un comptable en ayant une aventure occasionnelle avec une star du rock ; pour un écrivain, obtenir une sinécure stable et écrire sans les pressions du marché. Même les mécanismes d’essais et d’erreurs sont une forme de stratégie d’haltère. » [Glossaire page 428].

« La force de l’entrepreneur Steve Jobs était de se méfier des études de marché et des groupes de discussion – ceux qui demandent aux gens ce qu’ils veulent – et en suivant sa propre imagination, son fonctionnement était que les gens ne savent pas ce qu’ils veulent jusqu’à ce qu’on le leur fournisse. » [Page 171]

« L’atout de l’Amérique est tout simplement la prise de risque et l’utilisation de l’optionalité, la remarquable capacité à s’engager dans des formes rationnelles de tâtonnements, sans honte particulière de l’échec, en recommençant à nouveau et en répétant les mêmes erreurs. Dans le Japon moderne, en revanche, la honte vient, avec l’échec, ce qui pousse les gens à cacher les risques, financiers ou nucléaire, sous le tapis. »

« La nature fait de l’« échec précoce » à la manière californienne – elle a des options et les utilise. La nature comprend des effets d’optionalité mieux que les humains. [...] L’idée est exprimée par Steve Jobs dans un discours célèbre: “Stay hungry, stay foolish.” Il voulait probablement dire « Soyez fou, mais conservez la rationalité du choix de la limite supérieure quand vous la verrez. » Tout essai et erreur peut être considéré comme l’expression d’une option, tant que l’on est capable d’identifier un résultat favorable et de l’exploiter. » [Page 181]

« L’option est un substitut à la connaissance en fait je ne comprends pas ce qu’est une connaissance stérile, car elle est nécessairement vague et stérile. Je fais donc l’hypothèse audacieuse que beaucoup de choses que nous pensons être dérivées par la connaissance ou le savoir viennent en grande partie d’options, d’options bien utilisées, tout comme la situation de Thales [qui avait pris une option sur pressoirs à olives - pages 173-174] plutôt que de ce que nous prétendons comprendre. » [Page 186]

Taleb est sceptique avec les experts, avec quiconque croyant en un modèle linéaire : université -> sciences appliquées -> pratique (ceux qui « apprennent aux oiseaux à voler »), il croit au bricolage, aux heuristiques, à l’apprentissage, et se fait encore beaucoup d’ennemis gratuitement! Il prétend que le moteur à réaction, les instruments financiers modernes, l’architecture, la médecine ont d’abord été mis au point par des praticiens puis théorisé par des scientifiques, pas inventés ou découverts par eux.

Bricolage et recherche

« Il doit y avoir une forme de financement qui fonctionne. Par un tour vicieux d’événements, les gouvernements ont eu d’énormes retombées de la recherche, mais pas comme prévu – regardez l’Internet. Cela vient juste de ce que les fonctionnaires sont trop finalistes dans la façon dont ils regardent les choses et tout comme les grandes entreprises. La plupart des grandes entreprises, dans l’industrie pharmaceutique par exemple, sont leurs propres ennemis. Pensez à la recherche fondamentale, où les subventions et le financement sont donnés aux personnes et non aux projets, réparties en petites quantités à de nombreux chercheurs. Il a été découvert qu’en Californie, les capital-risqueurs ont tendance à soutenir les entrepreneurs, pas des idées. Les décisions sont en grande partie une question d’opinion, renforcée « qui vous connaissez ». Pourquoi? Parce que les innovations dérivent, et on a besoin de talent de type flâneur apte à saisir les occasions qui se présentent. Les décisions importantes du capital-risque se font sans plan d’affaires réel. Donc, s’il y a une quelconque analyse, elle est de nature de sauvegarde et de confirmation. Clairement l’argent devrait aller aux bricoleurs, les bricoleurs agressifs en qui vous avez confiance pour faire fructifier les options. » [Page 229]

« Malgré le succès commercial de plusieurs sociétés et la croissance fulgurante du chiffre d’affaires pour l’industrie dans son ensemble, la plupart des entreprises de biotechnologie ne font aucun profit. » [Page 237] [Optionalité à nouveau]

« (i) Cherchez optionalité ; en fait, classez les choses selon l’optionalité, (ii) de préférence avec des gains ouverts, non bornés, (iii) n’investissez pas dans les plans d’affaires, mais dans les gens, donc cherchez quelqu’un capable de changer six ou sept fois au cours de sa carrière, ou plus (une idée qui fait partie du modus operandi du capital-risqueur Marc Andreessen); on obtient une immunité face aux récits illusoires du plan d’affaires en investissant dans les personnes . Assurez-vous que vous êtes « haltérifiés », quoi que cela signifie dans votre entreprise. » [Page 238]

« Je me suis contenté ici de réfuter l’épiphénomène de ceux qui « apprennent aux oiseaux à voler » et le « modèle linéaire », en suivant les propriétés mathématiques simples de l’optionalité. Il n’existe aucune preuve empirique pour soutenir l’affirmation selon laquelle la recherche organisée (au sens de son actuelle commercialisation) conduit aux grandes choses promises par les universités. [Voir aussi les lamentations de Thiel au sujet de la promesse de technologies - Rien ne va plus.]

Conclusion

« Tout ce que je veux, c’est supprimer l’optionalité négative, réduire l’antifragilité qui blesse les uns en faveur des autres. Grâce à cette simple idée de la via negativa. [...] La règle d’or est la suivante: « Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’il te fasse ». [...] La volatilité crée du gain ou de la perte. La fragilité est ce qui perd de la volatilité ou d’incertitude. [...] Le temps est de la volatilité. L’éducation dans le sens de la formation du caractère, de la personnalité, et de l’acquisition de la vraie connaissance, aime le désordre et l’inconnu, l’éducation étiquetée et ses éducateurs détestent le désordre. L’innovation est justement quelque chose qui profite de l’incertitude. » [Pages 420-22]

« Tout ce qui est non-linéaire est convexe, concave ou une combinaison des deux. [...] Nous pouvons construire des systèmes insensibles aux cygnes noirs en détectant la concavité, [...] et avec un mécanisme appelé transformation convexe, l’autre nom de la stratégie de l’haltère. [...] L’aléatoire distribué (par opposition au centralisé) est une nécessité. »

[Commentaires généraux]

Taleb donne parfois le sentiment de contradictions: le marketing est mauvais, mais Steve Jobs est grand, la stratégie de l’haltère et de l’optionalité est positive, mais n’est-il pas question de risques et d’inconvénients transférés à autrui ? pour les autres [Thales n’est-il pas un pur spéculateur qui profite des autres ?], les cigarettes sont mauvaises, mais les traditions sont bonnes.

Et aussi cet amour de la tradition rend les gens ayant un solide passé et des ressources plus à l’aise avec la prise de risques en utilisant la stratégie de l’haltère, mais qu’en est-il des pauvres n’ayant rien à perdre? Les gains pourraient aller statistiquement à ceux qui ont déjà … [Cela me rappelle l’histoire racontée par Doumeng : c'est un millionnaire qui raconte ses débuts difficiles : "j'ai acheté une pomme 50 centimes, je l'ai astiquée pour qu'elle brille et je l'ai vendue 1 Fr. Avec ce franc, j'ai acheté deux pommes à 50 cts, je les ai astiquées soigneusement et je les ai vendues 2 Fr. Au bout d'un moment, j'ai pu m'acheter une carriole pour vendre mes pommes et puis j'ai fait un gros héritage..."]

Vous savez maintenant pourquoi écrire ce « résumé » a été un défi. Un livre très étrange, dense, ascinant, mais si vous aimez ces concepts, vous devez lire Antifragile. En fait, vous devez lire le Black Swan d’abord, si vous ne l’avez pas déjà lu et si/qaund c’est fait, je suis sûr que vous allez lire Antifragile.

ParisTech Review: les trois piliers de l’innovation

19 janvier 2013 Commentez! »

Excellente interview de Norbert Alter dans la ParisTech Review de Janvier 2013: les trois piliers de l’innovation.

ParisTechReview

En voici l’introduction: « L’innovation ne se réduit jamais à une bonne idée. C’est un processus, qui se joue pour l’essentiel dans l’appropriation de la nouveauté par ceux qui auront à la mettre en œuvre. On a curieusement tendance à négliger cette démarche d’appropriation, ou à ne la considérer que sous l’angle des freins et des obstacles. Comment, au contraire, valoriser et mobiliser les ressources internes des organisations ? En développant une culture de coopération, qui autorise la transgression, et fasse une place à l’émotion. »

Et voici quelques autres points intéressants:
- Tout d’abord, nous avons tendance à confondre invention et innovation. L’invention, c’est la création de quelque chose de nouveau. Ce peut être le fait d’un seul homme. L’innovation concerne la diffusion de cette nouveauté. Cela renvoie à un processus beaucoup plus large, qui comporte des dimensions sociales, économiques et technologiques.
- Une jolie analogie: « J’ai horreur des GPS. Quand on circule avec un GPS, on ne regarde pas le paysage, on ne remarque pas la signalisation, et comme on ne se perd pas on ne demande jamais son chemin aux autres. »
- Les innovateurs sont toujours minoritaires, en tout cas ils commencent par l’être, et plus on trouve d’alliés dans un projet innovant, mieux on supporte d’être en minorité.

La crise de l’innovation française

7 novembre 2012 2 Commentaires »

Multitude de nouveaux rapports sur la situation de l’innovation en France. Avant de les citer, et parce que je n’ai malheureusement pas le temps d’en faire une analyse personnelle, je vous envoie à deux articles sur l’excellent blog d’Olivier Erzatty, Opinions Libres. Olivier décrypte:
- le rapport de l’IGF que je mentionne plus bas, Le monument de l’IGF sur l’économie numérique
- la situation de la fiscalité de l’innovation dans Déboguer le logiciel économique français

Voici donc ce que j’ai découvert récemment:
- le rapport Gallois intitulé Pacte pour la Compétitivité de l’Industrie Française publié le 5 novembre 2012

- Le soutien à l’économie numérique et à l’innovation rédigé par l’Inspection générale des finances (IGF) en janvier 2012, mais publié en octobre 2012! Il s’agit d’un travail remarquable qui va bien plus loin que la seule économie numérique.

- Le rapport Von Bulow: L’innovation en France : un système en échec

- Le rapport Hayat: Pour un new deal entrepreneurial : créer des entreprises de croissance

Et j’oublie quelques rapports publiés en 2011. Il se passe quelque chose au Royaume de France…

L’innovation aux USA (selon la Radio Suisse)

5 novembre 2012 Commentez! »

Excellente série de chroniques dans l’émission Les Temps Modernes de la RTS sur l’innovation aux USA.

En tout 10 chroniques sur 2 semaines. La première semaine fut consacrée à la Silicon Valley:
- A la conquête de l’app-économie (22 octobre)
- Le poids des géants américains de l’informatique (23 octobre)
- L’écosystème des réseaux sociaux (24 octobre)
- La culture start-up dès l’adolescence (25 octobre)
-l’éducation en ligne, next big thing? (26 octobre)

De cette première semaine, j’ai noté les points suivants:
1- La app-économie (la combinaison du smart-phone et des réseaux sociaux) draine financements et talents (des salaires avec 2ans d’expérience de $110-120k). Une vraie ruée vers l’or. avec des perdants (Nokia-Sony-Ericsson voire Motorola), et un monde devenu américano-centrique (Apple-Android-Facebook)
2- Alain Chuard, un suisse alémanique qui a vendu sa start-up californienne à Google avec 400 employés. Créée en 2008, avec $14M de VC et apparemment rachetée $250M. Google est mûre, Facebook arrive à maturité donc fin d’un cycle. Quelle suite? D’où le point suivant!
3- La prédiction de fin de la SIlicon Valley (SV). Vieux serpent de mer discuté à nouveau. L’un des interviewés pense en effet qu^à un horizon de 15 ans, la SV aura perdu de son importance. Jean Louis Gassée éatit lui moins convaincu, il décrit la région comme un système très propice à la destruction et à la reconstruction, avec des cycles qui entremêlent, avec un progrès continu depuis HP en passant Intel, Apple, Cisco, Google, jsuque Facebook Le PC n’est plus le centre des activités, mais ceci ne veut pas dire la fin de la vallée. J’aime rappeler la citation de AnnaLee Saxenian, experte de l’innovation et des clusters technologiques: “In 1979, I was a graduate student at Berkeley and I was one of the first scholars to study Silicon Valley. I culminated my master’s program by writing a thesis in which I confidently predicted that Silicon Valley would stop growing.” Elle reconnut plus tard son erreur.
4- La culture de la SV: il est facile de rencontrer des gens, même pour un adolescent. Une question de mentalité. Un VC préfère quelqu’un qui a échoué. La prise de risque est encouragée dès le plus jeune âge. « Il faut essayer d’importer cela en Europe, quitter les schémas classiques de carrière, l’innovation est freinée sans cela. »

La deuxième semaine fut consacrée à la côte Est:
- Internet au secours de l’emploi, le pari de Chicago
- la révolution du marketing digital
- le data-mining, ou la ruée vers l’or des données
- le lobby des géants du net
- les serial-entrepreneurs de la biotech

Je note le dernier article qui quitte l’IT pour la Biotech, ce qui pourrait laisser croire que Boston est la capitale du secteur. Partiellement vrai de mon point de vue, je crois que San Francisco a concentré tous les dommaines de l’innovation américaine…