Ce blog contient des articles issus du livre "Start-Up" et des articles originaux de Hervé Lebret. Le livre est disponible sur Amazon ainsi qu'en version électronique. Pour acheter le livre cliquez ici.

Archives pour le tag ‘Actionnariat’

Tumblr: l’acquisition et les actionnaires

23 mai 2013 2 Commentaires »

Tumblr a fait la une ces derniers jours, il y a eu quelques discussions très passionnées au sujet des gains des investisseurs, du fondateur et des employés, telles que les réactions de Fred Wilson. On pourrait discuter longtemps des raisons de Yahoo la start-up d’un gamin de 26 ans, comme on avait pu le faire pour Instagram (voir mon post d’Avril 2012), mais le fait est qu’il y a eu un flux continu de telles histoires depuis des décennies dans la Silicon Valley.

david-karp-tumblr
David Karp, 26 ans, fondateur et PDG de Tumblr.

J’ai ajouté comme à mon d’habitude quelques tables de capitalisation ainsi que quelques chiffres sur les rendements et les ROIs (retour sur investissement). Je n’ai pas exactement les mêmes chiffres « énormes » qui sont à la base des discussions mentionnées, mais je peux me tromper… Maintenant, il y avait deux tableaux qui ne sont pas si différents. L’un donne les données par round, l’autre par fonds.

Tumblr-CapTable1
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Tumblr-CapTable2
Cliquez sur l’image pour l’agrandir.

Que vaut Criteo?

27 mars 2013 Commentez! »

Criteo est la dernier succès européen en date. Pas encore, diront certains, mais ses chiffres sont impressionnants. Comment le savoir? Eh bien en France, le Registre du Commerce fournit beaucoup de données, si vous êtes prêt à payer une petite somme (environ 10 € par document que vous téléchargez). Il est possible de connaître les tours de financement, les revenus, les fondateurs. Ce ne fut pas aussi facile que je l’imaginais et peut-être j’aurais dû acheter d’autres documents. (les chiffres de revenus ne sont pas ceux que j’avais lus. Les parts des actionnaires sont sans doute imprécises. Mais cela me semble suffisant.)

Je sais aussi que les personnes impliquées n’aiment pas toujours de telles publications. La richesse, l’argent sont des sujets tabous, en France en particulier. Ce qui est important c’est le message de la création de valeur que les entrepreneurs et leurs investisseurs contribuent à créer pour les autres. Comme je l’ai copié du livre Slicing Pie récemment: « Les entrepreneurs donnent la sécurité aux autres personnes, ils sont des générateurs de bien-être social. Le pays a besoin d’entrepreneurs, le monde a besoin d’entrepreneurs. Sans eux, pas grand chose ne se passerait. En dépit de la vie trépidante et le rôle important des entrepreneurs, la plupart des gens ne vont jamais devenir entrepreneurs. Pour la plupart des gens, la vie est trop risquée. La plupart des gens ne peut pas gérer l’ambiguïté. La plupart des gens ont peur de l’échec. Tout entrepreneur échoue plus souvent qu’il ne réussit. »

Donc, je publie ici encore, un de mes outils préférés, la table de capitalisation de Criteo avec ses tours de financement (47M€ levés), ses revenus (au moins 74M€ en 2011), ses investisseurs et ses fondateurs. Mais la richesse est virtuelle, elle correspond à un prix par action de 15€, soit plus de 3 fois le prix payé par les investisseurs de la série D …

Je ne pense pas que le voyage de Criteo fut facile et simple. Quand j’ai entendu parler de la société pour la première fois, elle développait des systèmes de recommandation, et non pas du « reciblage personnalisé ». Elle a connu son Plan B et le Pivot qui lui est connexe. Alors voilà, avec mes excuses pour les erreurs et/ou frustrations.

Criteo-CapTable

Voici quelques articles de presse récents:
- Criteo va s’introduire en bourse aux Etats-Unis cette année
- Criteo Nabs $40 Million in Funding at $800 Million Valuation
- Criteo Hires Bank for Imminent IPO

Ce dernier article mentionne Marin Software, start-up qui veint de faire son IPO et qui est dans un domaine proche de Critoe. La comparaison n’est pas inintéressante.

Marin-CapTable

Le partage du gâteau – ou comment répartir les actions entre fondateurs et entrepreneurs

18 mars 2013 Commentez! »

Un entrepreneur EPFL m’avait contacté à propos du partage des actions entre les fondateurs, les employés et les investisseurs dans une start-up. J’ai parlé de mon expérience et d’un billet sur mon blog sur le sujet: La répartition des actions dans les start-up. Puis il est revenu vers moi avec un livre, qu’il m’a conseillé de lire. Je viens de le finir et l’ai en effet trouvé très intéressant. Alors merci Justin :-)

slicing-pie-funding-your-company-without-funds-mike-moyer-paperback-cover-art

Le livre est intitulé Slicing Pie, et sous-titré Le financement de votre entreprise sans fonds. Voici quelques exemples de ce que j’ai aimé:

Le « Gap »

Quelque part entre la découverte d’une idée qui va changer le monde et la présentation aux investisseurs tels que Andreessen Horowitz, il y a un fossé : le « Gap ». Dans cette période, on s’attend à avoir réellement construit quelque chose qui ressemble à une entreprise, assez pour que le capital-risqueur doux et gentil décide que vous avez fait votre travail et vous fasse un chèque. Je l’appelle le «Gap», parce que c’est à ce moment que soit vous comblez l’écart avec ce qui est nécessaire à une entreprise soit vous laissez l’idée se consumer. La plupart des entreprises naissantes connaissent ce dernier cas. La période des années financées uniquement avec powerpoint sont terminées. (En fait, elles peuvent ne jamais avoir existé !) Peu d’investisseurs sont prêts à fournir des capitaux à une société qui est un peu plus qu’une idée approximative. De nos jours, vous devez avoir quelque chose d’intéressant ce qui signifie souvent une équipe, un plan d’affaires, et, si vous êtes intelligent, un prototype fonctionnel. Pour obtenir un bonus, quelques clients qui sont réellement prêts à payer. Maintenant, vous avez quelque chose, un concept qui mérite d’être discuté. [Page 2]

Le besoin d’entrepreneurs

«Les entrepreneurs donnent la sécurité aux autres personnes, ils sont des générateurs de bien-être social. » Le pays a besoin d’entrepreneurs, le monde a besoin d’entrepreneurs. Sans eux, pas grand chose ne se passerait. En dépit de la vie trépidante et le rôle important des entrepreneurs, la plupart des gens ne vont jamais devenir entrepreneurs. Pour la plupart des gens, la vie est trop risquée. La plupart des gens ne peut pas gérer l’ambiguïté. La plupart des gens ont peur de l’échec. Tout entrepreneur échoue plus souvent qu’il ne réussit. [Pages 9-10]

Les bonnes et les mauvaises leçons

L’échec est la façon dont un entrepreneur apprend. Les bonnes leçons améliorent un entrepreneur et augmentent ses chances de réussite future. Si vous avez créé un produit dont personne ne veut, si votre employé vous quitte, si un concurrent émerge, si votre marketing ne fonctionne pas, si vous manquez d’argent, vous allez apprendre. Être un entrepreneur exige beaucoup de confiance en soi. Mais s’il se brûle avec ses partenaires, il apprend de mauvaises leçons. Il passe plus de temps à couvrir ses arrières. Il apprend à se déplacer plus lentement et prend moins de risques. Il apprend à être moins entrepreneur et plus comme tout le monde. [Pages 10-11]

Les Grunts

Les Grunts (puis-je traduire par grognons ?) sont des gens qui sont prêts à renoncer à leur rémunération en espèces en échange d’un morceau du gâteau. Les Grunts font le travail nécessaire pour transformer une idée en une réalité. Ils vont faire le travail amusant et le sale boulot. Ils sont aussi à l’aise à mettre les mains dans le cambouis qu’à bâtir un plan stratégique. [Page 28] (J’adore ces grognons sans doute parce que par certains aspects, j’en suis un, même si je ne suis pas un entrepreneur!)

En conclusion de son premier chapitre, l’auteur Mike Moyer affirme que l’entrepreneur a besoin d’une méthode pour partager le gâteau qui est facile à comprendre :
- les participants sont rémunérés pour la valeur relative à laquelle ils contribuent,
- cette méthode fournit la motivation pour continuer à fournir plus d’ingrédients,
- elle permet aux fondateurs d’ajouter ou soustraire des participants,
- elle est flexible face aux changements rapides.

Sans donner tous les détails, voici quelques autres points intéressants. Moyer a probablement besoin de vendre quelques exemplaires! Moyer présente le Fonds Grunt comme un mécanisme d’attribution des actions entre les fondateurs. Il utilise les paramètres classiques que j’ai utilisé dans le passé (voir à nouveau le lien ci-dessus), mais il ajoute un point intéressant: une allocation dynamique basée sur les contributions futures telles que le temps et l’argent, pondérées par votre valeur (réputation, expérience, etc.) Son principe est simple:
- désigner un leader,
- attribuer une valeur théorique aux ingrédients fournis par les différents Grunts,
- garder une trace des contributions et calculer la valeur lorsque vous en avez besoin sur la base des contributions relatives de chaque Grunt.

« Un Fonds Grund rend certaines personnes mal à l’aise. Ils aiment savoir ce qu’ils achètent et ils aiment les points sur les I les barres sur les T. C’est très bien. Si vous vous reconnaissez, alors n’utilisez pas de Fonds Grunt – trouver un emploi à la place. » [Page 50] Alors faites attention de qui et ce dont vous avez besoin. C’est à vous de décider, mais soyez juste! Moyer mentionne à la page suivante le livre de Noam Wasserman, le Dilemme du Fondateur (que je n’ai pas lu) comme une validation théorique de son approche.

Sans entrer dans trop de détails, Moyer donne de la valeur au temps (2 fois ce qui serait un salaire normal) et au cash (4x le montant réel). Ceci est subjectif. L’élément essentiel est que tous les Grunts soient d’accord avec les règles. Elles peuvent changer d’une entreprise à l’autre… « Souvenez-vous, vous avez besoin de compenser non seulement le travail qu’ils ont fait, mais aussi les risques qu’ils prennent. » [Page 64] Quand il est question des idées ou de propriété intellectuelle, Moyer a des principes dont je suis assez proche: « Ne vous méprenez pas, les idées sont essentielles à la réussite d’une entreprise. Mais transformer l’idée en une réalité est là où la valeur e est construite, pas avec l’idée en premier lieu. » [Page 82] Le Fonds Grunt est pour les premiers jours seulement. Quand devez vous cesser de l’utiliser? Lorsque vous avez un modèle d’affaires prévisible, ou lorsque vous avez levé 1M $. [Page 114]

Parfois, vous aurez besoin d’enlever quelqu’un. Il y a 3 possibilités:
- il / elle démissionne sans motif. Vous devez réduire sa part;
- vous mettez fin à son contrat sans motif. Les parts doivent être conservés;
- vous mettez fin pour une cause grave. Il / elle peut perdre sa part.
[Chapitre 5 + Pages 141-145]

En guise de conclusion (et Moyer mentionne ceci plusieurs fois), « un Fonds Grunt est un contrat moral, et non pas un contrat légal. Il nous dit comment traiter les autres équitablement. [...] Un Fonds Grunt est le fondement d’une relation de confiance ». [Pages 121-122]

Quand Apple était encore Apple computer.

31 octobre 2012 Commentez! »

Après avoir lu The Apple Revolution, j’ai découvert Return to the Little Kingdom, sous-titré How Apple and Steve Jobs Changed the World. Le livre est intéressant pour 2 raisons: il a été écrit en 1984 donc quand Apple, Inc s’appelait encore Apple Computer, Inc et il a été écrit par Michael Moritz, alors journaliste à Time Magazine, mais devenu un des plus célèbres capital-risqueur, avec des investissements dans Yahoo et Google, entre autres, quoiqu’il faille sans doute ajouter qu’il a “a rare medical condition which can be managed but is incurable” et qu’il a donc modifié son rôle chez Sequoia.

Ce n’est que le livre apporte beaucoup plus que The Apple Revolution, mais il y a de jolis messages dont un de mes préférés dans l’Epilogue: En 1984, confronté à la difficulté de gérer une entreprise en pleine croissance dans un marché de plus en plus concurrentiel, le conseil d’administration eut la tâche la plus importante qui se pose à tout conseil: choisir une personne pour diriger l’entreprise. [...] Ce n’est que rétrospectivement que j’en suis venu à comprendre l’immense risque associés à l’embauche d’un étranger à l’entreprise. [...] Ce n’est pas un hasard si la plupart des grandes compagnies d’hier et d’aujourd’hui ont, au cours de leur apogée, été gérées ou contrôlées par les personnes qui leur ont donné vie. [...] Le fondateur, agissant avec les instincts d’un propriétaire, aura la confiance, l’autorité et les compétences nécessaires pour diriger. [...] L’expérience est de peu d’utilité dans une jeune société en pleine croissance, ou dans une nouvelle entreprise qui possède des dynamiques différentes du monde des affaires établi avec un rythme qui lui est inconnu. L’expérience semble plus sûre en apparence, mais est souvent le mauvais choix.

Vous pouvez aussi aller sur la partie anglaise où j’ai amélioré la cap. table d’Apple à l’IPO.

Deezer, la nouvelle success story française?

9 octobre 2012 Commentez! »

Je ne parle pas souvent de start-up françaises, mais après mon récent article sur Parrot, ce serait une erreur de ne pas mentionner la levée de fonds impressionnante de Deezer. Si vous ne connaissez pas service musical de Deezer, essayez-le!

Deezer a été lancé par deux jeunes entrepreneurs français (âgés de 28 et 32 ans à la date de création en 2007), leur premier investisseur fut Xavier Niel, le célèbre fondateur de Free, la start-up est soutenue par AGF Private Equity, DotCorp (la holding des fondateurs de Pixmania) ainsi que par Orange. Deezer a fait pas mal de bruit hier an annonçant un nouveau financement de Access Industries, le propriétaire de Warner Music. En France, il est possible d’obtenir des informations sur les actionnaires des entreprises même quand elles ne sont pas cotées en bourse et ceci grâce à Infogreffe, le registre du commerce français. Cela ne vous coûtera que quelques Euros. Donc… voici la table de capitalisation que j’ai pu construire à partir de ces informations. Sans doute aps 100% exacte, ainsi que je n’ai pas de chiffre pour le CEO ou le COO. Et il semble que Access va aussi acheter des actions aux actionnaires existants (ce qui pourrait expliquer les annonces d’un tour de €100M et non pas les €70M que j’ai trouvés).

Pas encore une success story, mais une histoire prometteuse!


Cliquer sur le tableau pour l’agrandir

« Il faut chérir l’entrepreneuriat » nous dit le chairman de Nokia.

17 septembre 2012 Commentez! »

Je n’ai pas vérifié combien de fois j’ai blogué sur la Finlande, mais il est certainement l’un des pays les plus intéressants pour l’entrepreneuriat high-tech en Europe. Pourtant, lorsque j’ai assisté à la conférence REE à l’Université d’Aalto la semaine dernière, j’ai été frappé par les propos de Risto Siilasmaa. Il n’est pas seulement le président du conseil d’administration du géant des téléphones mobiles, mais aussi le fondateur et le chairman de F-Secure, une start-up de logiciels de sécuité. Si vous avez le temps, regardez son discours en entier et écoutez attentivement. Voici mes notes, que j’espère fidèles. elles commencent par: « l’esprit d’entreprise devrait être célébré, car il sera crucial de l’avenir du monde. Ce n’est pas un métier, c’est un état d’esprit. »


(Aller sur youtube: http://youtu.be/nFyKRCo4QkM si vous ne voyez pas la vidéo insérée!)

«En 1924, la Finlande a obtenu 37 médailles dont 14 médailles d’or aux Jeux olympiques, mais beaucoup moins en 2012. La Finlande était pauvre, mais à cette époque, l’Europe représentait 25% de la population mondiale et 33% du PIB. En 2050, elle représentera 7% de la population et 15% du PIB. Et nous ne serons pas en mesure de donner à tous la richesse dont nous, les Européens, jouissons aujourd’hui. Ne parlons même pas du changement climatique et du vieillissement. Aujourd’hui, en Europe, sur 100 personnes, 46 travaillent, dont 8 dans le monde de la santé. En 2050, 38 travailleront dont 18 dans la santé. Moins de 20 créeront de la richesse pour les autres. L’équation ne fonctionne pas. Les subventions européennes vont pour 1/3 à l’extraction du charbon et à l’agriculture et 8% à la R&D et à la technologie. Ceci n’a aucun sens. Les Européens, les citoyens ont besoin d’élire des dirigeants qui ont une vision et du courage… l’esprit d’entreprise doit avoir un impact et il n’y a aucun intérêt à faire de petites innovations quand vous courez à l’échec. »

Risto a fondé F-Secure quand il avait 24 ans, mais a commencé à se faire de l’argent de poche quand il avait 12 ans. Il a étudié à Aalto, mais se souvient plus d’éléments négatifs que positifs quant à ses études. L’esprit d’entreprise n’était pas apprécié à sa juste valeur, les enseignants ne semblaient pas accorder de valeur de leur enseignement ou ne se préoccupaient pas de la qualité de la transmission. « C’était très décevant ». Il n’avait pas eu camarades de classe ayant un intérêt pour l’esprit d’entreprise, mais il doit remercier Aalto pour l’avoir poussé à créer une entreprise avec un ami quand il a commencé à faire des affaires. C’était un cabinet de conseil / de projets et il a engagé de nombreux anciens d’Aalto. Il se souvient aussi de «l’aversion pour le transfert de compétences pratiques» et une d’une attraction pour la théorie [quelque chose auquel il faut peut-être réfléchir - pourquoi ce fait?]. «Les sciences de la gestion étaient décevantes, le plus compliqué vous étiez, le meilleur (savez-vous ce que sont « déséconomies de compression du temps? »[Voir la prochaine ligne]). Un PDG ne va jamais lire de recherche en gestion, les chercheurs veulent simplement que leurs collègues chercheurs les lisent, ou pourquoi n’auraient-ils pas utiliser « délai d’exécution » ou quelque chose de semblable au lieu de la notion complexe citée plus haut? Siilasmaa considère qu’il pourrait y avoir des trésors cachés dans la recherche, mais comment le savoir.» «Encore une fois l’esprit d’entreprise est un état d’esprit, ce qui implique pragmatisme, ambition, rêves, persévérance, optimisme et capacité à renoncer et recommencer à nouveau. Il y a aussi désir de résultats. Nous devons nous réveiller, essayer, tuer ce qui échoue et recommencer.» Siilasmaa a aussi cité George Bernard Shaw: « Certains voient les choses comme elles sont et se demandent pourquoi. D’autres rêvent de choses qui n’ont jamais existé et disent pourquoi pas. »

Puis ce fut la séance de questions-réponses (Q/R):
- le tabou de l’argent. Oui, le nouveau président français a dit qu’il déteste les gens riches. L’argent est un sous-produit, mais le succès devrait être célébré. Une fois que vous en avez assez, vous n’avez pas besoin d’argent, mais c’est un résultat;
- les stock-options – Q: Sont-elles acceptées en Finlande comme dans la Silicon Valley? R: oui, mais les tours de financement successifs et l’absence de sorties font des stock-options un mécanisme moins réussi en Europe, pas moins accepté;
- les valeurs: elles doivent venir de parents, pas de l’école. Maintenant, il est vrai que certains dirigeants ont réussi avec des valeurs étranges, comme des « gourous de secte ». Pas facile de les blâmer quand ils ont du succès, mais comment pouvons nous nous aligner sur ces valeurs … pas facile;
- la recherche sur l’entrepreneuriat à nouveau: si un article n’est pas complexe, il n’est pas accepté pour publication, tant pis! Un PDG lira plus facilement des livres de 300 pages avec 1 seule idée, malheureusement! Alors vous avez besoin de sélectionner des enseignants avec des valeurs et de l’ambition. Pourquoi ne pas des entrepreneurs? Il ya un livre sur la manière de choisir les bonnes personnes. Cherchez le sur Google

La conférence a été riche en intervenants de qualité, mais rien de vraiment comparable à Siilasmaa. J’ai remarqué quelques bonnes choses comme «être entrepreneurs pour avoir un impact. Tout comme pour les scientifiques ou des artistes, il est question de laisser une trace dont l’on se souviendra. Par conséquent, nous devons «exposer autant de personnes que possible à l’esprit d’entreprise et espérer que la diversité va induire la richesse. Encore une fois il s’agit d’un processus darwinien. Et nous devrions aussi être conscients que l’entrepreneuriat n’est pas seulement la satisfaction des besoins, mais aussi la réponse à des frustrations et à des désirs.

J’ai été moins convaincu par le fait que la créativité peut être enseignée (mais je ne suis pas créatif alors peut-être que je devrais suivre ces cours!); j’ai surtout entendu parler des conditions de la créativité. Moins convaincu aussi par l’idée de John Mullins que les clients peuvent être préférables pour financer votre start-up aux investisseurs (ce n’est pas mon expérience mais je pourrais être biaisé) ou même que l’enseignement de l’entrepreneuriat peut remplacer l’état d’esprit. Mais il y eut une analyse intéressante que je reformule à ma façon: «Si 100 étudiants suivent un cours, 10 peut-être vont lancer une entreprise, 5 échoueront car ils n’ont pas écouté / appris, 4 survivront parce qu’ils ont appris les outils pour éviter les erreurs fatales, et 1 réussira parce qu’il n’aura pas entièrement écouté et aura fait son propre chemin différemment des leçons inculquées! »

Permettez-moi de terminer avec quelque chose de vaguement lié. Comme vous le savez peut-être si vous avez un visiteur régulier ici, j’aime publier les tables de capitalisation de start-ups (si les données sont disponible pour la créer, par exemple au moment d’une sortie); voici celle de F-secure.

Parrot et Henri Seydoux, une success story française

10 août 2012 Commentez! »

C’est en découvrant l’investissement de Parrot dans deux start-up de l’EPFL, senseFly et Pix4D, que je me suis souvenu de cette start-up dont j’ignorais les succès récents. Je suis parfois bien déconnecté! J’avais en effet rencontré Henri Seydoux son fondateur à l’une de ses conférences de start-up en vogue à la fin des années 90. La start-up avait déjà reçu le soutien de Sofinnova, mais elle avait moins de 5 ans et était loin des €250 millions de chiffre d’affaires réalisés en 2011 et des quelques 700 employés qu’elle a recruté depuis!

Comme à mon habitude, je n’ai pu m’empêcher d’aller chercher son document d’entrée en bourse, et aussi quelques documents plus anciens sur le registe du commerce français, ce qui m’a permis de construire la table de capitalisation qui suit.


(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Pour en savoir plus sur Parrot, la video qui suit est assez amusante…

Enfin, j’ai aussi voulu essayer d’en savoir plus sur Henri Seydoux, intrigué par un nom de famille assez célèbre en France… sans doute ce travail est plus proche de la presse people que de ce blog mais bon, je trouve la généalogie intéressante!


(Cliquer sur l’image pour l’agrandir)

Les start-up du semiconducteur en crise?

11 mai 2012 Commentez! »

J’ai eu la chance d’être invité en tant que panéliste à la Global Semiconductor Conference à Genève le 8 et 9 mai. Le thème de la table ronde était «comment créer plus de start-up à succès ». Mais avant de concentrer sur cette discussion, je voudrais mentionner les participants du débat précédent, qui a rassemblé Stan Boland, ancien PDG et co-fondateur d’Icera Inc, Dennis Segers, PDG de Tabula et Remy de Tonnac, CEO de INSIDE Secure. Stan a vendu Icera à nVidia pour 367M $ après avoir levé 250 millions de dollars (un multiple de 1.3x). Dennis a levé environ 200 M $ pour Tabula et s’est excusé d’empêcher d’autres start-ups de trouver cet argent, alors que Rémy vient de coter INSIDE Secure à la Bourse de Paris, en levant 70 M € après que la société a levé plus de 100 M € en capital-risque depuis sa création .

J’ai été très impressionné par la longue histoire d’INSIDE Secure (fondée en 1994), y compris malheureusement des « washout rounds ». Ce qui était génial est le message de Tonnac, mentionnant que les start-up ne peuvent survivre que si elles gardent leur esprit d’entrepreneurial et l’ADN de l’innovation. Voici donc mon tableau habituel ce capitalisation [L'histoire, la liste des investisseurs et le nombres de tours de financements sont si longs que les chiffres pourrait être approximatifs ...]


cliquer sur l’image pour l’agrandir

Cela montre une fois de plus qu’il est possible d’essayer et de réussir en Europe, mais cela semble prendre beaucoup plus de temps qu’aux Etats-Unis. Maintenant, revenons à mon sujet. La motivation en était le nombre de plus en plus petit de start-up financées dans le domaine du semiconducteur, comme le montre la figure suivante.


cliquer sur l’image pour l’agrandir

Et apparemment, la principale raison de cette « crise » vient de l’énorme besoin d’argent de ces start-up avant d’atteindre la rentabilité.

cliquer sur l’image pour l’agrandir

Eh bien, s’il ne s’agissait que du financement nécessaire, la biotechnologie serait morte elle aussi, et les introductions en bourse dans le domaine (voir mon post Les IPOs biotech, pas si différentes, montre que la réponse n’est pas simple. Il pourrait y avoir au moins deux autres raisons qui expliquent la différence:
- On ne peut pas aller en bourse sans revenu dans le semiconducteur, comme c’est le cas avec la biotechnologie, et je ne sais pas pourquoi (est-ce parce que le cycle de vie des produits Semicon est beaucoup plus court?)
- Les ratios financiers des entreprises ne sont pas excellents (Intel, le leader du marché vaut à peine 2.5x ses ventes et 10x ses bénéfices).
Mais je ne suis pas entièrement convaincu par l’argument.

En fait, j’ai eu un autre argument qui pourrait être simplement dit un manque de créativité associée à une culture de collaboration qui a été perdue. En effet, la veille, un autre panéliste a déclaré: « pourquoi diable devrais-je la partager, si j’avais la killer app ». Eh bien, on pourrait ne pas partager une killer app, mais dans la Silicon Valley, il y a eu beaucoup de partage:

Même aujourd’hui, les gens chez LinkedIn et Facebook s’aident les uns les autres, même si ils sont en concurrence. Je suis moins sûr de ce qui se passe chez Google ou Apple ! Et voici ce que la l’émision de radio de NPR « Morning Edition » avait à dire sur les ingrédients de la Silicon Valley. Je crois fermement et suis d’accord avec de Tonnac que nous avons besoin d’un esprit entrepreneurial et de l’ADN de l’innovation.

Les IPOs biotech, pas si différentes.

3 mai 2012 Commentez! »

Je viens de lire Biotech IPOs Start to Show Some Modest Signs of Life sur le site Xconomy. C’est un article intéressant car il met l’accent sur la biotechnologie, un domaine que beaucoup de gens considèrent comme très différent des autres start-up high-tech comme l’Internet, les logiciels ou l’informatique en général. L’idée générale est que cela prend beaucoup plus de temps pour réussir dans la biotechnologie. Vous devriez lire l’article si la biotechnologie est d’intérêt pour vous et je ne vais pas le commenter plus si ce n’est que la bonne nouvelle est qu’il y a eu ces dernièrs temps pas mal d’IPOs, la moins bonne nouvelle étant que les capitalisations boursières ne sont pas énormes.

Je suis plus intéressé par la mise à jour de mes données start-up (j’ai maintenant 131 start-up; voir ma dernière analyse en mars 2012 avec 116 entreprises) et voir comment se comporte la biotechnologie. Voici la synthèse (si vous êtes intéressé, la liste détaillée est fournie à la fin).

Alors qu’est-ce que je vois comme étant spécifique à la biotechnologie ? Tout d’abord, il ne leur faut pas plus de temps pour aller en bourse (8 ans contre une moyenne de 7 ans). La différence n’est pas dans le temps nécessaire à la liquidité. Elles lèvent 98M $ en moyenne, mais cela ne semble aps non plus spécifique. Mais, et c’est là le mais, leurs ventes ne sont que de $11M au moment de l’IPO. Donc, il leur faut beaucoup plus de temps pour atteindre les revenus. Mais cela ne les empêche pas d’aller sur les marchés (ou même d’être acquise au moment où elles commencent à avoir de bons résultats dans les essais cliniques).

Un autre élément spécifique est concerne les fondateurs. La moyenne d’âge des fondateurs est de 41 ans (similaire à la technologie médicale et aux semi-conducteurs), alors qu’elle est de 35 en moyenne. Pourquoi cela? parce nombre de fondateurs sont des professeurs d’université établis, reconnus. Souvent, ils ne travaillent pas à plein temps dans la start-up, mais ont un rôle de scientifique en chef ou de conseiller. De ce fait la part des fondateurs dans la start-up est plus petite que la moyenne (8% contre 15%).

Je dois enfin ajouter que la part globale fondateurs/employés est beaucoup plus petite (25% contre 40%) et les raisons sont nombreuses:
- les fondateurs ont moins d’actions (je viens de le mentionner),
- les investisseurs ont une plus grande équité (50% contre 45%) pour la raison qui suit,
- les actions vendues à l’IPO sont plus élevées (25% contre 16%). Cela vient du fait (je crois) qu’un objectif de levée d’argent équivalent est plus dilutif pour une entreprise avec moins de revenus;
- je n’ai pas mentionné un autre élément statistique: elles ont moins d’employés. Le tableau détaillé ci-dessous donne environ 100 employés (et vous pouvez voir que beaucoup d’entre elles ont même moins de 50 ou 20 employés). Cela induit une plus petite quantité de stock-options… (En moyenne mes 130 entreprises ont 500 employés au moment de l’IPO).

Je pensais que ces données était d’un certain intérêt. S’il vous plaît, réagissez ou commentez!

Annexe: les données détaillées (notez qu’il me manque celles d’Amgen)


cliquer sur le tableau pour l’agrandir

Une fois est une exception; deux, une tendance: les IPOs de Sequoia et la Chine

14 mars 2012 Commentez! »

Dans le flux d’analyses des structures d’actionnaires de start-up que je fais régulièrement, je suis tombé deux fois de suite sur des start-up chinoises. Et deux fois, Sequoia était un investisseur. Et deux fois, les start-up avaient pour siège les Iles Cayman. Je ne connais presque rien à la Chine, mais ces simples faits sont intéressants. Une start-up est dans l’Internet, VIPShop, l’autre dans les biotechnologies, NewSummit.


Cliquer pour agrandir

Et voici la structure de holding, plutôt complexe. Sans doute bâtie pour permettre un investissement de Sequoia dans une start-up chinoise.

J’ai essayé de trouver des traits communs aux fondateurs: aucun ne semble avoir étudié ou travaillé hors de Chine, ce qui est un peu inhabituel pour des entrepreneurs high-tech. Leur âge: 32, 33, 36 et 37, ce qui donne une moyenne de 34.5. Pour rappel, mon analyse globale de 257 fondateurs est de 34.9. Je n’ai trouvé aucune photographie de ces fondateurs, mais cela peut être lié au fait que les sites web sont en langue chinoise essentiellement.


Cliquer pour agrandir